CONSEIL DE LECTURE : « MENSONGES ET RUMEURS EN TEMPS DE GUERRE » de Arthur Ponsonby

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Mensonges et rumeurs en temps de guerre de Arthur Ponsonby est un ouvrage publié pour la première fois en 1928 à Londres par G. Allen & Unwin sous le titre Falshood in War-Time ; Containing an assortment of Lies Circulated Throughout the Nations During the Great War. Traduit en français une première fois en 1930, Les Editions du Dragon vert – qui l’on retraduit depuis – notent que cette première version n’était par exempte d’erreurs, de contresens et de faux-sens grossiers.

C’est donc la version des Editions du Dragon vert de 1996 que nous vous recommanderons pour découvrir les mensonges et rumeurs qui ont circulé pendant la première guerre mondiale.

Le lecteur y découvrira quelques spécimens de mensonges et de rumeurs dont certains lui rappelleront ceux et celles qui ont également circulé pendant la seconde guerre mondiale : certaines rumeurs ont perduré jusque pendant et après les procès des vaincus, avec présentation de preuves qui n’en étaient pas tandis qu’on reconnaît aujourd’hui certains faits pour ce qu’ils sont : de simples rumeurs de guerre (nous pensons aux savons de graisse humaine mais aussi aux objets fabriqués à partir de peaux de détenus…)

Arthur Ponsonby nous raconte dans ce livre :

  • Les accords secrets (niés à l’époque) entre l’Angleterre et la France aux termes desquels la Grande Bretagne s’engageait, en cas de guerre avec l’Allemagne, non seulement à porter secours à la France sur mer, mais également sur le continent en débarquant des troupes.
  • L’acheminement de troupes russes par la Grande Bretagne : cette rumeur, qui avait une indéniable valeur militaire, ne fût pas démentie par les autorités. C’est ainsi que la nouvelle fût publiée sans mal par la presse de l’époque (et sans vérification) puis se rependit par le bouche à oreille. On trouva maints témoignages de gens qui disaient avoir vu les soldats russes tandis que la nouvelle était officiellement démentie à la chambre des communes dès le 18 novembre 1914.
  • L’histoire de l’infirmière mutilée : un mensonge fabriqué de toute pièce et dont l’auteure fût démasquée à l’occasion du jugement de l’affaire devant le tribunal de Demfries
  • L’histoire des bébés belges aux mains coupées (faux témoignage, faux témoins qui prétendaient avoir vu le bébé une fois l’histoire publiée, aucun démenti des autorités qui permirent à la rumeur de se propager et aucune preuve que des bébés belges aient jamais eu les mains coupées par des soldats allemands)

 

  • L’histoire du Canadien crucifié : histoire d’un officier canadien qui aurait été mis en croix au moyen de baïonnettes plantées dans ses mains et ses pieds pendant les combats d’Ypres, le 22 avril 1915. Cette histoire a subi de nombreuses variations : il s’agissait tantôt d’un canadien, tantôt d’une canadienne mais aussi parfois d’un américain. Il s’est avéré qu’il n’existait pas de soldat de ce nom sur les contrôles des West kents et que le 2ème bataillon était resté en Italie pendant toute la durée de la guerre.

 

  • L’usine de transformation des cadavres : la rumeur racontait que les allemands convertissaient la graisse des cadavres de leurs propres soldats en huile de graissage et que tout le reste était réduit dans un broyeur à os en une poudre destinée à être mélangée à la nourriture des cochons et employée comme engrais. Des critiques contestèrent la traduction du terme Kadaver (jamais utilisée pour des cadavres humains en allemand) et le Lancet discuta les aspects techniques de cette industrie. La vérité sur ce mensonge ne se fit jour qu’en 1925. Il s’agissait d’une histoire de propagande destinée à la Chine – Le mensonge fût dénoncé à la chambre des communesbritannique.

Voyez le démenti du journal israelien Haaretz relatif à la rumeur des savons fabriqués à partir de graisse juive qui s’est propagée pendant la Seconde Guerre Mondiale : https://gayssoteries.wordpress.com/revisions-officielles/savons-rif/

Ajoutons à cela la rumeur des gazages homicides parue dans la presse dès 1911  : https://gayssoteries.wordpress.com/6-millions/de-1911-a-1936/1916-2/

Cette rumeur, qui est ressortie pendant la Seconde Guerre mondiale et à perduré des années après la fin de la guerre nous rappelle combien la propagande, utile voir vitale en temps de guerre, peut s’incruster dans les mémoires et resurgir en temps de crise. Ces rumeurs et mensonges sont très difficiles à éradiquer, aussi, c’est seulement avec le temps et une étude approfondie des faits historiques que nous parvenons à démêler le vrai du faux : parfois avec succès, parfois avec plus de difficultés, selon que les rumeurs nourrissent encore quelque intérêt et ce parfois même des décennies après que les événements ont eu lieu. Le problème avec ces rumeurs qui perdurent réside dans la fertilité des imaginations qui continuent de les alimenter et enracinent encore davantage certaines convictions dans l’inconscient collectif or, plus le temps passe plus il est ardu de défaire ces « rumeurs poids-lourd ».

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  • Les photographies truquées : Dans ce chapitre, on y relate les histoires d’atrocités illustrées de photographies censées prouver les faits rapportés sur le compte des l’ennemi. Ainsi, on y trouve l’histoire d’une photographie allemande de la ville de Schwirwindt après l’occupation par les russes publiée au Danemark comme représentant « [u]ne citée française après un bombardement allemand ». On y relate également l’histoire de la photographie de trois officiers de cavalerie qui tenaient dans leurs mains des coupes et d’autres trophées qu’ils avaient remportés au streeple-chase de l’armée à Grünwald. La photographie fût reproduite dans un journal russe avec le titre : « les pillards allemands en Pologne ».
  • La falsification de documents officiels : ce chapitre relate quelques falsifications parmi les plus « fameuses » qui ont été réalisées par les gouvernements des nations impliquées dans la Grande Guerre. Parmi elles, nous relatons celle relative au « communiqué délivré en 1918 par le gouvernement révolutionnaire de Kurt EISNER à Munich et censé donner le texte d’une dépêche du ministre de Bavière à Berlin. Tel qu’il était publié, il montrait le gouvernement allemand s’attendant cyniquement au déchaînement d’une guerre mondiale comme résultat des mesures coercitives que l’Autriche voulait prendre à l’encontre de la Serbie. L’incident donna lieu à une plainte en diffamation. Douze personnalités étrangères examinèrent le document et toutes aboutirent à la conclusion qu’il y avait eu falsification. M. Edouard DUJARDIN, professeur à la Sorbonne, déclara : « Je suis d’avis que ce texte tel qu’il a été publié par la Bayerische Staatszeitung est une des falsifications les plus manifestes et les plus criminelles qui soient connues dans l’histoire. » Le texte complet montrait que le gouvernement allemand s’attendait, non pas à une guerre mondiale, mais à une guerre localisée entre l’Autriche et la Serbie. »

 

Nous terminerons cette courte présentation avec un passage tiré de l’ouvrage Propaganda Technique in the World War de Harold D [Wight] LASWELL (New York, Knopf, 1927) et cité par Arthur Ponsonby :

« Les résistances psychologiques à la guerre sont si fortes dans les nations modernes qu’il faut faire apparaître chaque guerre comme une guerre défensive contre un agresseur menaçant et meurtrier. Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté sur ce qui doit faire l’objet de la haine du public. La guerre n’est certainement pas due à un système planétaire sur la conduite des affaires internationales, ni à la stupidité ou à la malveillance des classes dirigeantes, mais à la rapacité de l’ennemi. Il faut répartir géographiquement coupables et innocents : tous les coupables doivent se trouver de l’autre côté de la frontière. Si le propagandiste veut mobiliser la haine de la population, il doit veiller à ne diffuser que ce qui établit la responsabilité exclusive de l’ennemi. »

Cette réflexion sur la propagande est valable pour tout ce qui à trait aux conflits actuels, aux engagements français sur des territoires étrangers, aux nouvelles qui nous sont rapportées à leur propos et dont nous ne saurons que dans un futur indéterminé si elles étaient le reflet fidèle de la réalité ou pures outils de propagande et de manipulation des foules. Veillons à garder à l’esprit que nous ne pouvons être totalement blancs tandis que l’ennemi ne peut être totalement noir.

Aussi y-a-t-il fort à parier que de l’autre côté de la frontière ce soit NOUS les barbares de l’histoire.

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