PROCES GARAUDY – PLAIDOIRIE DE Me VERGES

Roger GAraudy 1981 Caracas

NDLR (Gayssoteries) : Considérant l’inégal traitement de la loi Gayssot pour tous les crimes contre l’Humanité, force est d’oser le constat suivant :

Notre nation, la France, est sous le joug d’une occupation idéologique et historique qui utilise nos propres instances juridiques : sorte de pathétique auto-flagellation orchestrée par des esprits scélérats appliqués, sur ce point, à se distinguer de la masse populaire majoritaire en l’invectivant de se repentir ad vitam æternam et à faire montre de compassion pour les siècles des siècles…

EXTRAIT :

(Jacques Vergès, Plaidoirie reproduite dans « Le procès de la liberté », R. Garaudy et J. Vergès, Éditions Vent du large, Paris, 1998, pages 109-112) 

« Avant de discuter du texte de loi censé protéger sur le plan de la presse les victimes du crime contre l’humanité, il convient de définir d’abord ce que veut dire le mot Humanité en français et dans la loi Gayssot.
En français le mot Humanité au singulier désigne à la fois le genre humain dans sa totalité et le sentiment de compassion que chacun doit éprouver pour tous ses semblables. S’il est un mot en français qui exclut l’exclusion c’est bien celui là. L’Humanité c’est tous ou personne.
Dans la loi Gayssot et la jurisprudence qui en est issue, c’est tout le contraire. L’humanité ne désigne que les juifs qui furent victimes du nazisme. Autant dire que l’humanité a perdu son sens.La remarque est d’autant plus étonnante que Monsieur Gayssot écrit parfois dans un journal qui s’appelle l’Humanité, dont aucun des lecteurs ne pense qu’il s’agit seulement d’Israël. Le fait est pourtant là.
Monsieur Gayssot exclut de la protection de sa loi, toutes les autres victimes des autres génocides et des autres crimes commis dans le monde hier et aujourd’hui.
Exclues les victimes de l’esclavage que le Code Noir définissait comme objets, plus précisément biens, meubles et non pas personnes.Le Président de la Cour de Cassation dans une déclaration récente pouvait mettre un signe d’égalité entre l’esclavage et le massacre des juifs par les nazis. Cela n’a aucune conséquence
juridique et l’on peut défendre aujourd’hui l’esclavage sans tomber sous le coup de la loi Gayssot.
De même peut-on justifier que les Australiens Blancs aient pu considérer jusqu’en 1947 les premiers habitants du pays comme des bêtes et non des êtres humains. Ils sont exclus de la compassion de Monsieur Gayssot et de la loi. Qu’on les ait chassés à courre comme des renards laisse Monsieur Gayssot de marbre.
Les Tasmaniens ont été massacrés jusqu’aux derniers par les colons blancs. Il est loisible à un raciste de le justifier sans tomber sous le coup de la loi Gayssot. La dernière Tasmanienne est morte en 1877 et son cadavre empaillé a été exposé dans un musée de Hobarth jusqu’en 1947,entre un loup de Tasmanie et un kangourou. Monsieur Gayssot et sa loi raciste s’en moquent. Comme ils se moquent des Indiens d’Amérique dont il disparaît une tribu par an. Comme ils se moquent des Khmers ou des victimes de Sabra et Chatila.
Exclues de l’Humanité et de la loi les autres victimes de la 2ème guerre mondiale. Exclus les Éthiopiens contre qui, furent utilisés les gaz asphyxiants par les Italiens. Ils sont noirs. Ils n’intéressent pas Monsieur Gayssot, ni sa loi raciste. Pas plus que les femmes et les enfants d’Hiroshima et de Nagasaki réduits en cendres par les bombes nucléaires américaines en 1945. Il est vrai qu’ils avaient la peau jaune et les yeux
bridés. Ils n’intéressent ni Monsieur Gayssot ni sa loi raciste..
Exclues de l’Humanité selon Monsieur Gayssot les victimes des répressions coloniales qui firent suite à la victoire des prétendues démocraties. Les quelques dizaines de milliers de civils Algériens assassinés par les milices coloniales à Sétif et à Guelma, en Algérie, le 8 mai 1945, le jour même de la capitulation allemande. Il est vrai qu’ils étaient musulmans, ils n’intéressent pas Monsieur Gayssot ni sa loi raciste.
Exclus les 100 000 civils Malgaches massacrés par les troupes coloniales et les colons en1947. Il est vrai qu’ils n’étaient pas juifs et qu’à ce titre ils n’intéressent pas Monsieur Gayssotet sa loi raciste.
Exclus les vietnamiens victimes de la sale guerre menée par la 4ème République puis par les américains. Les militants du PCF étaient à l’époque solidaires des Vietnamiens. C’est un passé que renie Monsieur Gayssot.
Exclus encore les quelques centaines de milliers de civils Algériens morts pendant la guerre d’Algérie, de faim et de froid dans les camps de regroupement dénoncés à l’époque par Monsieur Rocard. Ils n’étaient pas européens. Ils n’ont pas droit à la compassion de Monsieur Gayssot et de sa loi raciste.
Exclues encore les victimes des génocides qui continuent aujourd’hui en Afrique dans la région des grands lacs, et au Congo dit démocratique. Les Noirs ont-ils une âme ? Monsieur Gayssot sans doute ne le pense pas, autrement il se serait arrangé pour que sa loi s’applique à eux.
Un homme aujourd’hui illustre avec éclat ce mépris raciste des grands principes antiracistes :M. PAPON.
Il est poursuivi pour complicité de crimes contre l’humanité pour avoir, jeune secrétaire général de préfecture, prêté la main à l’arrestation et à la déportation de juifs à Bordeaux, en 1943. Mais le même M. PAPON n’est pas poursuivi pour les ratonnades organisées à Paris en 1961,alors qu’il était Préfet de Police. Crime contre l’humanité dans un cas, simple bavure dans l’autre.Pourtant à l’époque, les plus grands noms de la culture française, Sartre, Aragon, Boulez affirmaient dans un manifeste : » Qu’entre les algériens enfermés au Palais des Sports en attendant d’être refoulés, et les juifs parqués à Drancy avant la déportation nous nous refusons à faire une différence « . Monsieur Gayssot lui, a eu l’audace de la faire et pour notre honte, l’institution judiciaire, prise à son piège s’est résignée à le suivre.
Déboutés la veuve de Monsieur LAKDAR TOUMI et les orphelins de Monsieur YACOUB assassinés pendant la guerre d’Algérie (décision de la Chambre Criminelle de la Cour de Cassation, le 29 novembre 1988). Les parties civiles disent aujourd’hui qu’elles sont pour appliquer aux crimes du colonialisme la loi de 1964, qui punit les crimes contre l’Humanité. Mensonge !Leurs dirigeants et amis parlementaires ont la possibilité de déposer une loi en ce sens et ne le font pas ! Le MRAP a beau porter un masque maghrébin les jours de carnaval, il ne trompe personne.
Déboutés aussi par votre tribunal en octobre 1994 les Arméniens qui avaient porté plainte contre Monsieur B. LEWIS qui niait la réalité du génocide Arménien de 1915. Comment à ce moment là, ne pas se poser la question que se pose Monsieur Jean-François Forges, professeur d’histoire dans un lycée lyonnais, quand il écrit dans son livre  » Éduquer contre Auschwitz « ,  » les silences officiels sur certains aspects de la colonisation peuvent donner l’impression qu’on fait le tri parmi les victimes « . On ne saurait mieux dire. Monsieur Gayssot et sa loi font le tri parmi les cadavres d’enfants et de femmes. Et comment ne pas entendre sa terrible mise en garde : » Pourquoi ceux qui mentent par omission à propos des massacres d’Aes diraient-ils la vérité à propos des massacres de juifs ? « .
La loi Gayssot n’interdit pas non plus de trouver des excuses aux médecins américains émules et prédécesseurs de Mengele qui de 1932 à 1972, ont utilisé comme cobayes des centaines de Noirs atteints de la syphilis à qui ils refusaient tout traitement. (Libération 19.05.1997), ni aux médecins australiens qui de 1945, l’année de la capitulation allemande, à 1970, ont utilisé des orphelins pour tester de nouveaux vaccins contre l’herpès ou la diphtérie (Libération 12.06.1997), ni aux autorités suédoises qui, pendant 40 ans de 1935 à 1976, ont ordonné à des médecins indignes, de stériliser 62000 personnes réputées inférieures, infirmes, prostituées ou métis.
Il y a cinq ans, l’ONU décidait une ingérence humanitaire en Somalie. Elle portait le beau nom de  » Restaurons l’espoir « . Un ministre, à l’époque s’était fait remarquer, portant  » pour la photo « , un sac de riz sur l’épaule. Une autre photo aujourd’hui, soulève l’émotion. Elle représente une jeune somalienne attachée nue sur un véhicule blindé et violée avec une fusée éclairante enduite de confiture par des soldats italiens (Jeune Afrique 18.02.1997). Leurs chefs qui leur avaient dit : » Nous ne devons pas traiter les somaliens comme des êtres humains, même s’il s’agit de femmes et d’enfants «  (Le Monde 17.VI.97) ne tombent pas non plus sous le coup de la loi Gayssot puisqu’ils n’appartiennent pas à une organisation déclarée criminelle à Nuremberg,mais à un corps réputé d’élite qu’aucune juridiction internationale n’a compétence pour juger.
Mais cette loi scandaleuse n’est pas seulement raciste puisqu’elle ose trier parmi les victimes suivant leur religion ou la couleur de leur peau, refusant aux uns la protection accordée aux autres. Elle est fasciste dans la mesure où à propos d’événements historiques elle interdit de mettre en cause une vérité officielle, elle interdit de penser.
Si les crimes innommables commis contre l’Humanité depuis Nuremberg, en Indochine, en Indonésie, en Afghanistan, en Algérie, au Liban, en Somalie et ailleurs, n’intéressent pas Monsieur Gayssot, il entend voir interdire et sanctionner tout examen, toute recherche, toute interrogation concernant le procès de Nuremberg, dont les décisions devraient être acceptéescomme parole d’Évangile et vérité révélée. Il n’est pas étonnant dans ces conditions, que le Chef de l’État, Monsieur Chirac, alors député, ait voté contre, comme Monsieur Toubon, futur Ministre de la Justice, dont je me permets de rappeler le propos : » Lorsque nous en avons discuté en 1990, sur la base d’une proposition de loi du groupe communiste, dont le premier signataire était Monsieur Gayssot, j’avais contesté – je n’étais pas le seul – le principe de ce texte, qui consiste à fixer la vérité historique par la loi au lieu de la laisser dire par l’histoire. Certains objectent que si c’est bien l’histoire qui fait la vérité et si ce n’est pas à la loi de l’imposer, certains propos vont trop loin et il ne faut pas permettre de les exprimer. Mais c’est glisser insensiblement vers le délit politique et vers le délit d’opinion. Donc, sur le fond, il y a dans ces dispositions un très grand danger de principe (…). Par conséquent, sur le principe, l’article 24bis représente, à mon avis, une très grave erreur politique et juridique. Il constitue en réalité une loi de circonstance, et je le regrette
beaucoup « .
Un an après, à froid, nous pouvons, comme je viens de le faire, examiner la validité de cette loi, la validité de ce délit de révisionnisme prévu par l’article 24 bis, et conclure, avec Simone Veil, que ce délit est inopportun (…). C’est une faute sur le plan politique et sur le plan juridique. (JO22.VI.1991). Madame Veil, ancienne déportée et ancien magistrat qui persiste et signe dans une interview récente (EDJ 27.VI.1996): » l’histoire doit être libre. Elle ne peut être soumise à des versions officielles . »
Présidente d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, et historienne, Madame Madeleine Rebeyrioux lui fait écho (Le Monde 21.V.1996). » Chercher, toujours chercher, – établir les faits, les confronter, comprendre leur enchaînement et leur sens -, c’est une tâche d’historien, et de citoyen. Proclamer l’entière liberté de cette
recherche, telle est entre autres la vocation de la Ligue des Droits de l’Homme. C’est pourquoi, elle prit position en 1990 contre la partie de la loi, dite loi Gayssot, qui, le 13 juillet de cette année là, constitua en délit relevant des tribunaux le fait de contester  » un ou plusieurs crimes contre l’humanité, tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du tribunal militaire annexé à l’accord de Londres du 8 mai 1945 « . C’est au nom de ce texte intégré (article 24 bis) à la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 que Monsieur Garaudy a été mis en examen.
Ainsi que s’interroge Monsieur Alain-Gérard Slama dans le Figaro (3.v.96) » L’histoire n’est pas un tribunal. Les tribunaux ne sont pas un jury d’historiens. Les falsifications de la mémoire ne se traitent pas, hélas, comme de la fausse monnaie. A trop croire qu’il existe une morale objective, notre société rend chaque jour le droit plus subjectif et, à ce titre, plus intolérant. Et de cette erreur là aussi, tôt ou tard, il faudra répondre « .
Il appartient au juriste de combattre ce texte totalitaire selon l’expression de Monsieur François Terré, professeur de droit et membre de l’Institut, nous rappelant vous et nous, MM les magistrats, à notre devoir (Le Figaro 15.V.96).  » Il lui appartient en effet, de veiller à la sauvegarde de libertés fondamentales auxquelles la loi Gayssot porte atteinte : la liberté d’opinion et d’expression car, suivant la Déclaration de 1789, » nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi  » (art. 10) ; la liberté de  » communication de pensées et des opinions, qui est un des droits les plus précieux de l’homme  » (décl. 1789, art.11) ; la liberté de la presse affirmée par la loi de 1881, et celle de l’audiovisuel, par une loi de1986.
A quoi s’ajoute la libre recherche scientifique, consacrée par les lois de la République (loi du 26 janvier 1984 art. 3), et dont la liberté de l’historien est une illustration. Il y a plus d’un siècle nos juridictions le rappelaient : ce n’est pas devant les tribunaux que l’Histoire doit trouver ses juges.
Par une série d’arrêts retentissants, la cour de Strasbourg a affirmé qu’à la fonction de la presse, qui consiste à diffuser des informations, s’ajoute le droit du public d’en recevoir, » faute de quoi la presse ne pourrait jouer son rôle indispensable de  » chien de garde « . Cela vaut, précise-t-elle, » non seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme indifférentes « , mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent. Ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture, sans lesquels il n’est pas de société démocratique  » (arrêts Handyside contre Royaume-Uni, 7 déc. 1976 ; Lingensc/Autriche, 8 juil. 1986 ; Jersild c/Danemark, 23 sept. 1994 ; etc.).
Notre souhait, Monsieur le Président, Mesdames, est que votre décision ne nous contraigne pas à ce recours, à une juridiction européenne. Il existe pour cela des moyens de droit sur lesquels je reviendrai.
Nous avons le droit en France, de demander la révision d’une décision rendue par les juges français, et nous n’aurions pas le droit de simplement nous interroger sur le jugement rendu à Nuremberg, par entre autres, le Major Général Nikitchenko et le Lieutenant Colonel Volchkov ?
Ce n’est pas concevable, vous en conviendrez.
L’affaire de la bibliothèque du Lycée Edmond-Rostand, à Saint-Ouen l’Aumône, est une illustration parfaite des dérapages auxquels peut entraîner cette loi. Nommée en septembre 1996 documentaliste dans ce lycée, Mme Cherkaoui n’a rien eu de plus pressé que de dresser la liste des livres à proscrire pour  » révisionnisme « 
Furent ainsi exclus de la bibliothèque du lycée :
• Joseph de Maistre (mort en 1821),
• Maurice Barrès (mort en 1923),
• MM Alain Peyrefitte, ancien ministre du Général de Gaulle,
• Jean-François Deniau, qui vient de présider la commission de réforme des
  cours d’assises,
• Marc Fumaroli et Jean-François Revel, de l’Académie Française,
• L’historien André Castelot et Jean Tulard, autorité reconnue dans les études
   napoléoniennes.
 » C’est devenu un procédé courant, écrit J.F. Revel, de précipiter dans le nazisme ou le révisionnisme, tout individu dont on veut salir la réputation « . (Le Point – 28.11.97)
Mme Cherkaoui, dans sa chasse aux sorcières, a eu le soutien du MRAP, aujourd’hui partie civile contre Monsieur Garaudy.
Monsieur Roger Garaudy a deux tares :
1 – Il est français
2 – Il est musulman.
S’interroge-t-il, sans nier le massacre, sur le nombre réel des victimes juives du nazisme. On vous demande de le condamner. Mais il n’est pas le premier chercheur à le faire. Monsieur Poliakov en son temps a contesté le chiffre sacré de 6 millions retenu à Nuremberg. Il estime que le nombre de victimes se situe autour de 2 millions. Ni la LICRA, ni le MRAP, ni les différentes organisations de déportés n’ont porté plainte contre lui. C’est qu’à la différence de Monsieur Garaudy, il était juif.
Monsieur Hillberg est plus radical encore, il estime que le chiffre de 2 millions doit être réduit à 1 million 250 000. Il n’est pas poursuivi par ces messieurs non plus. Il a la chance en effet de ne pas être français et d’être juif.
Roger Garaudy s’interroge de même sur les chambres à gaz, l’arme du crime selon les juges de Nuremberg. Il pense qu’après les expertises faites aux États-Unis et en Pologne une clarification s’impose. Il est traîné devant vous, mais pas l’expert américain, ni l’expert polonais. Où est la justice égale pour tous ? Pourtant il n’a pas écrit comme Monsieur Elie Wiesel, prix Nobel de la Paix, que: » les chambres à gaz, il vaut mieux qu’elles restent fermées au regard indiscret «  (Tous les Fleuves vont à la mer – Le seuil 1994). Ni, comme Monsieur Goldhagen, que les chambres à gaz sont  » un épiphénomène dans l’extermination des juifs «  (les Bourreaux Volontaires de Hitler, les Allemands Ordinaires et l’holocauste) – Le Seuil 1997). Ni la LICRA, ni le MRAP n’ont porté plainte contre eux. Pourtant ces livres ont été publiés en France. »
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