ANTISEMITISME ET ANTISIONISME

 LE MARIAGE FORCE

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« Que des groupes radicaux, extrémistes, dans ces manifestations, ou sur les réseaux sociaux abritent derrière la mise en cause d’Israël, un antisionisme de façade, c’est-à-dire tout simplement leur antisémitisme et la haine des juifs, il faut là aussi le dire et dire la vérité à ceux qui peuvent se retrouver dans ces manifestations [Applaudissement sur les bancs de l’Assemblée]. Et je l’ai dit ici-même il y a quelques mois : il y a un nouvel antisémitisme qui s’est banalisé et qui mêle : cause palestinienne, Djihadisme, détestation d’Israël et haine de la France et de nos valeurs. Et cet antisémitisme reprend tout simplement la thèse ignoble, insupportable, de la théorie du complot juif. » (Manuel Valls, 1er Ministre français – discours devant l’Assemblée nationale pour la journée des questions au gouvernement – 2014)

Il n’aura pas échappé à nos concitoyens français que, dans la bouche de certaines personnalités (de Monsieur Hollande à Manuel Valls en passant par Monsieur Bernard-Henri Lévy) l’antisémitisme avait la fâcheuse tendance à se voir rattaché (devrions-nous dire « ligoté ») à l’antisionisme.

Rappelons tout d’abords ce que signifient l’un et l’autre :

Antisémitisme : L’antisémitisme (originellement : anti-sémitisme) est le nom donné de nos jours à la discrimination et à l’hostilité manifestées à l’encontre des Juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou racial.. (Wikipédia)

Antisionisme : L’antisionisme (ou anti-sionisme) désigne historiquement l’opposition au projet sioniste d’établissement d’un foyer national juif en Palestine. (Wikipedia)

Notons que le premier (antisémitisme) consiste en un « rejet » d’un groupe pour ce qu’il porte comme valeurs religieuses et ce qu’il est en tant qu’être humain (dans sa chaire) tandis que le second (antisionisme) consiste en un « rejet » d’un projet politique et social (sa nature est idéologique).

Notons qu’une idéologie peut être partagée par tout un chacun, indépendamment de son groupe ethnique, religieux ou racial.

Nous avons donc à notre disposition deux vocables qu’il est nécessaire de conserver indépendamment l’un de l’autre puisqu’ils peuvent être « vécus » indépendamment l’un de l’autre mais surtout « pensés » indépendamment l’un de l’autre ; mieux !  Ils peuvent être pensés en s’ignorant l’un l’autre et peuvent exister chacun en l’absence de l’autre (ainsi, l’on pouvait ressentir l’antisémitisme avant l’existence du vocable « sionisme » et, par là-même, celle de l’antisionisme. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ?).

Pourquoi, aujourd’hui, certaines figures politiques et médiatiques les relient comme s’ils étaient les deux faces d’une même médaille ?

L’argument fallacieux qui prévaut à cette tentative de « fusionner » ensemble les deux vocables consiste à dénoncer l’antisémitisme (parfois seulement supposé) de certains antisionistes et inversement. Ainsi, le mariage des deux vocables serait-il parfaitement justifié pour autant qu’il serait possible d’être à la fois antisémite et antisioniste ?

La critique d’une politique peut-elle devenir un délit ?  Pourtant, tous les juifs ne sont pas sionistes et n’ont pas adhéré à la mise en œuvre du projet sioniste. Certains ont même combattu le Sionisme et combattent encore sa politique coloniale – citons par exemple l’UJFP* (Union Juive Française pour la Paix) mais encore le « Neturei Karta » (groupe de juifs radicalement opposés au sionisme).

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Notons également qu’il est tout-à-fait envisageable qu’un antisémite soit un fervent sioniste. Cela vous surprendra peut-être, pourtant, lorsqu’on hait un groupe d’individus, ne sommes-nous pas enthousiastes à l’idée qu’il puisse avoir un foyer à rejoindre et ainsi espérer qu’il se tienne à bonne distance de notre espace vital? (Hitler lui-même, antisémite notoire, était favorable au projet sioniste et avait, dès les premiers temps, collaboré avec les acteurs sionistes (Accord Haavara) ; Le Sionisme d’alors ne luttait pas contre l’antisémitisme mais s’en nourrissait. Aussi, Theodor Herzl, fondateur du Sionisme, considérait-il l’antisémitisme comme inévitable).

Il y a toujours mille et une raisons de soutenir une politique et la haine de celui qu’on aide dans son projet peut en faire partie pour autant qu’on y trouve son compte.

Quelle est la motivation de ceux qui voudraient amalgamer l’antisionisme à l’antisémitisme?

Notre analyse est simple : lorsqu’on veut relier deux mots qui n’ont pas la même signification et que, parmi ces deux mots, il en est un qui renvoie à un délit condamné par la loi, c’est qu’on souhaite voir le second subir le même sort. Lorsqu’on s’évertue à relier sans cesse l’antisémitisme à l’antisionisme, c’est qu’on tente de rendre l’antisionisme condamnable : dans un premier temps par la morale et pourquoi pas, dans un second temps, par la loi (proposition de censure des sites antisionistes en France).

En outre, cette tentative est nécessairement celle d’individus qui souhaitent interdire aux citoyens français, par la contrainte, de désapprouver la politique sioniste actuelle. C’est une tentative de censure qui use de la lutte contre le racisme comme d’un paravent et l’instrumentalise à des fins politiques.

Ainsi, un premier ministre français (il est le plus actif dans cette tentative de mariage forcé et se montre particulièrement exalté sur le sujet) tente-t-il d’empêcher son propre peuple de se montrer opposé au projet politique (sioniste) d’un pays étranger (Israël). Aussi en fait-il une cause nationale : les français sont dubitatifs.

Condamner l’antisionisme, c’est, en filigranes, le signe qu’on souhaite protéger le sionisme (du moins qu’on y trouve son intérêt). Le cheval de bataille de notre premier ministre consiste à protéger la politique d’un pays étranger : les français s’interrogent.

Le terrain est glissant lorsqu’on manipule les mots et qu’on joue de cette façon à les détourner car nous pensons avec les mots, hors, toute distorsion des mots provoque immanquablement une distorsion de la pensée. A un certain niveau de distorsion, la misère intellectuelle guette.

L’enfant du mariage forcé :

Enfin, et pour terminer sur une note cabotine, nous vous livrons « l’enfant » (rejeton) d’un tel mariage forcé : « Antisiomitisme ».

Il va de soi que, si l’on marie ensemble les deux vocables, il convient également de marier ensemble leurs contraires. Ainsi, nous obtenons « Siomitisme » : ce qui suppose qu’à « l’Antisiomitisme » s’oppose le «Siomitisme». Absurde!

Insulter la part des citoyens français qui ne nourrit aucune haine à l’égard du peuple juif si d’aventure ils se montraient opposés et/ou critiques à l’égard du projet sioniste** doit être combattu avec la plus grande fermeté. Nous déplorons le succès de cette distorsion propagée sous couvert de lutte contre le racisme alors même qu’il s’agit en réalité de protéger une politique pour laquelle on nourrit quelque sympathie parfois toute exaltée. Si l’antisionisme est le nouveau visage de l’antisémitisme, l’antiracisme est-il le nouveau visage du sionisme?

La politique sioniste est une politique parmi tant d’autres. Il n’y a aucune raison de lui offrir quelque immunité.


NDLR : Après la seconde guerre mondiale, le terme de « judéophobie » est venu prendre place dans les discours (sans toutefois s’imposer) afin de détacher le vocable des thèses racialistes (de nos jours, il est majoritairement admis par les communautés scientifiques qu’il n’existe pas de races mais une seule race « humaine »).

*Veuillez noter que l’Union Juive Française Pour la Paix, dans sa charte, se définit comme « non sioniste » et non pas « antisioniste », nuance qu’il était important de préciser.

**Certains pourraient nous rétorquer que le Sionisme politique relève de l’histoire passée puisque Israël existe depuis 1948 et qu’il est donc nécessairement malhonnête de se réclamer de l’antisionisme tandis que le sionisme est mort le jour où Israël a été créé.  Nous serions d’accord si les frontières d’Israël étaient précisément définies depuis 1948, hors, il n’en est rien. Israël, loin de posséder des frontières clairement établies, ne cesse de les redéfinir dans une dynamique expansionniste  qui ne s’est pas interrompue depuis sa création. Le projet politique du Sionisme est donc toujours à l’œuvre et reste un sujet d’actualité : l’état juif n’en a pas terminé de son installation, parachevant de cette façon le projet du sionisme. Critiquer et s’opposer à cette politique n’est donc pas nécessairement le paravent d’un antisémitisme viscéral mais bien la critique d’une politique qui aurait dû s’éteindre en 1948.