POURQUOI NOUS COMBATTONS LA LOI GAYSSOT

http://data.abuledu.org/URI/519cb0fe

 

Depuis un an et demi que cette page existe nous n’avons pas songé à exprimer les raisons et le dessein qui nous motivent dans ce combat contre la loi Gayssot – dans ce combat pour gagner la liberté de nier tout événement historique passé quel qu’il soit.

Dans notre esprit, et si la loi Gayssot était abrogée, il ne s’agirait pas d’autoriser quiconque à nier impunément n’importe quoi n’importe comment. Lorsque l’on combat une loi comme c’est le cas pour nous ici, on travaille dans un sens qui tend à déconstruire en permanence or il va de soi que toute déconstruction  d’un système doit être suivie d’une reconstruction. Il nous a semblé nécessaire de vous donner  ici quelques images de l’avenir que nous entendons construire.

Car il ne s’agit pas seulement de briser des tabous par plaisir et pour le sport mais plutôt d’offrir des alternatives qui permettraient à chacun de vivre dans un sens qui lui semble être profitable pour tous mais aussi juste pour tous. Chacun doit avoir la conviction qu’il est protégé dans sa liberté comme son voisin peut l’être, ni plus, ni moins, mais aussi condamné pour les fautes qu’il aura commises, comme son voisin, ni plus, ni moins.

La loi Gayssot est une loi de circonstance qui vise à supprimer les effets néfastes d’une certaine version de l’histoire. Ce faisant, elle ne fait pas de l’histoire mais de la prévention en vue de maintenir l’ordre public. « C’est une bonne chose! » nous direz-vous. Peut-être, d’un certain point de vue. Mais qui a jugé et pesé les effets bénéfiques d’une certaine version de l’histoire ? Qui a pesé, dans la balance, le poids de chacune des versions pour décider de celle qui serait la plus profitable à l’ordre public ?  Profitable pour combien de temps? Profitable pour qui? Profitable pour quoi?

La version officielle de l’histoire admet l’existence d’une extermination systématique des juifs,  soit. D’après la loi Gayssot, la négation de cette extermination systématique porterait donc préjudice à tous ceux qui auraient survécu à ce génocide (qui auraient échappé à une extermination systématique) mais aussi  à leurs  proches ainsi qu’à leurs descendants. Qu’en est-il de tous les autres ? Qu’en est-il de tous ceux qui se trouvaient de l’autre côté de la barrière et qu’on a accusés , de leurs proches et de leurs descendants ô combien plus nombreux  que les victimes ?

La négation du génocide  profiterait de toute évidence à une  majorité écrasante d’individus qui  pourraient arguer que toute affirmation catégorique d’après laquelle ils seraient responsables d’un génocide relève également du racisme. Pourquoi non puisque l’inverse est valable? Pourquoi non, puisque relève du racisme le fait de nier qu’un génocide a eu lieu aux moyens qu’on croit avoir été utilisés? Si la loi Gayssot, comme elle  prétend le faire, ne condamne que le racimse, elle doit alors clairement affirmer que l’histoire officielle n’est pas exempte d’erreurs et que les révisionnistes peuvent avoir raison sur certains points. Alors, nous serions fixés quant au fait que le mensonge ou l’erreur n’ont aucune importance (nul ne peut affirmer que les historiens sont exempts d’erreurs) pour autant que des sensibilités de ceux qui croient au génocide ne soient pas froissées. La loi Gayssot ne serait alors qu’une psychanalyse, un pansement, une compresse posée sur la souffrance des uns au détriment de la souffrance des autres.

La loi Gayssot ne maintient pas l’ordre public mais une certaine forme d’ordre public. Elle est toute dédiée à une portion réduite de la population et le fait au détriment d’une écrasante majorité qui pourtant peut se trouver malmenée dans sa dignité par une version de l’histoire qui affirme qu’il y a eu génocide (accusations de collaboration, de complicité, réparations, repentance, sentiment de culpabilité, honte…).  La loi Gayssot pose un acte politique (nous l’avons écrit plusieurs fois), elle cautionne et alimente une forme de politique qui anesthésie la raison au profit de la passion, une politique qui envisage le passé comme un outil de morale plutôt qu’un outil de travail (dont on peut tirer une morale). Mais on ne soigne pourtant pas la migraine en coupant la tête des malades !

Et s’il était autorisé de nier n’importe quel événement historique passé ?

    Il y aurait ceux, inévitablement, qui nieraient par intime conviction. Cette négation serait émotionnelle, guidée par la passion, les regrets, les nostalgies, les espoirs et l’idéologie… Ceux-là sont très nombreux aujourd’hui. Ils ont une culture révisionniste très pauvre, quelques slogans à l’esprit, quelques bons mots qui les séduisent, beaucoup de promesses et la passion pour principal moteur. Sans argumentation, elle serait vite oubliée et ne nécessite pas qu’on s’y attarde.

    Il y aurait ceux qui nieraient en usant d’arguments fallacieux, en falsifiant, en trichant. Ceux-là feraient naturellement l’objet d’analyses, tant de la part des curieux que des contradicteurs. Et la justice, tandis qu’elle ne serait pas mise à contribution pour condamner la négation d’une version de l’histoire, pourrait être expressément sollicitée pour condamner les falsificateurs, les menteurs et les tricheurs. Car c’est bien la seule chose qu’on lui demanderait de trancher : non pas  de savoir si le génocide a eu lieu ou n’a pas eu lieu mais seulement si tel individu qui nie tel génocide a prétendu en apporter les preuves en trichant ou en ne trichant pas. Elle ne condamnerait pas des thèses mais seulement les tricheurs. Elle ne prétendrait plus sonder les coeurs mais sonder les faits. Les individus qui affirmeraient qu’un génocide a eu lieu seraient biensûr eux aussi soumis aux mêmes vérifications et se verraient condamner pour autant qu’il serait clairement établi qu’ils ont triché pour prouver leurs thèses.

    Enfin, il y aurait évidemment ceux qui proposent une version de l’histoire sans mentir ni falsifier. Ceux-là, quelque soit la version de l’histoire qu’ils proposent et dès lors qu’ils le font honnêtement, seraient méritant. Tout mépris pour ce que la vérité possède de hautement bénéfique n’est jamais qu’une anesthésie dont chacun se réveillera ô combien plus abîmé qu’il ne l’eût été si on lui avait appris à aimer, dès son plus jeune âge et tout au long de son existence, la vérité.

Ainsi, tout le monde aurait le droit de s’exprimer. Tout le monde aurait le droit de présenter ses thèses mais personne n’aurait le droit de tricher et d’abuser des lecteurs qui n’ont pas les outils nécessaires,  les connaissances ni le temps suffisants pour démasquer les faussaires.

La justice, garante de la liberté d’expression totale, serait également garante des responsabilités qui en découlent inévitablement (responsabilités qui sont parfois très lourdes à porter). Elle veillerait à entretenir cet amour de l’expression réfléchie qui ne badine pas avec les faits et ne se joue pas du lecteur ni de la réputation d’une discipline toute entière.

Il s’agirait de laisser à chacun le soin d’engager son honneur, son sérieux et sa responsabilité lorsqu’il souhaite affirmer qu’un événement historique a eu lieu ou qu’il n’a pas eu lieu.

La justice ne serait alors qu’une garantie de qualité, une garantie de ce qu’elle n’exige de chaque citoyen que l’honnêteté. Ainsi, chaque citoyen qui souhaiterait avancer une version de l’histoire y réfléchirait à deux fois et se verrait dans l’obligation de fournir le travail sérieux qu’exige la discipline dont il se revendique. Il n’aborderait pas avec prétention des thèses qu’il ne serait pas en mesure de prouver mais il avancerait des hypothèses qu’il exposerait pour ce qu’elles sont véritablement : des idées non démontrées. Qu’il ne soit pas en mesure de prouver ce qu’il affirme alors qu’il n’écrive pas! Le temps pour lui de travailler suffisamment pour atteindre son objectif et mériter les honneurs sinon la paix intérieure.

En amont de toute publication et pour les disciplines qui possèdent un caractère scientifique, un collège d’examinateurs indépendant, constitué de spécialistes, pourrait être instauré. Celui-ci vérifierait les sources de chacun des travaux proposés et validerait les travaux selon que l’auteur aura été honnête et en mesure de livrer clairement ses références. Les auteurs seraient bien entendu dans l’obligation d’indiquer leurs sources sans quoi leurs travaux ne seraient pas recevables.

Les examinateurs n’auraient pas pour mission de juger des conséquences d’une théorie mais son honnêteté, sa transparence et son intégrité.  Passée cette étape, l’ouvrage pourrait être publié sans que nul ne puisse s’y opposer pour autant qu’il ne soit pas en mesure de prouver qu’il y ait eût malhonnêteté.

Enfin, si quiconque remarquait un mensonge a posteriori (et non pas une simple erreur)  il pourrait se tourner vers la justice afin que l’ouvrage soit soumis à un nouvel examen : la falsification prouvée, l’ouvrage serait disqualifié et son auteur condamné pour tromperie.

Les livres spécialisés seraient publiés en moindre quantité mais de meilleure qualité. Le lecteur aura la garantie du contenu tandis que la science profitera de cette exigence pour avancer plus sûrement. Notre rapport au temps s’en verrait chamboulé pour le meilleur. La recherche de la sagesse serait automatiquement réhabilitée  – car la science ne peut se passer de la philosophie.

A ces quelques conditions, les révisionnistes et les historiens ne seraient pas en conflit par la seule force d’une loi qui ne se soucie pas le moins du monde des falsifications mais sur les seuls et honorables critères que sont l’amour de la vérité, du travail bien fait et de l’honnêteté intellectuelle.

Au lieu de cela, nous sommes aujourd’hui dans un système malade et paranoïaque qui divise  et ne rend plus le moins du monde hommage à la raison, seul véritable salut pour une authentique paix sociale.

Lorsque nous combattons la loi Gayssot, nous ne voulons pas diviser – car tout est déjà divisé – mais rassembler sous l’égide d’un corpus de valeurs essentielles portées par la Justice et que chacun pourrait ressentir non pas comme une contrainte mais comme une libération des victoires possibles de son intelligence.

Il est honorable celui qui s’émeut devant la souffrance mais il l’est encore davantage celui qui s’émeut devant la recherche de vérité. Le premier n’a besoin que d’un cœur et lui vient sans efforts tandis que le second exige le labeur et lui vient au prix de grands efforts.

Gayssoteries


(Illustration : Le laboureur et ses enfants, par J.J. Grandville. Illustrations des Fables de La Fontaine. 1838-1840.

Publicités