Jerzy Kosinski

L’EXPRESS

Un mystificateur nommé Djerzi Kosinski

Par Jérôme Dupuis, publié le 04/01/2013 à 15:00 , mis à jour le 07/01/2013 à 15:06

Djerzi Kosinski, l’auteur de L’Oiseau bariolé, best-seller mondial sur un enfant juif pendant la guerre, était un mystificateur. Portrait d’un personnage flamboyant et attachant qui a fasciné New York.

C’est une histoire horrible. Jurek, garçonnet juif martyrisé par des paysans polonais pendant la guerre. Pendu à une poutre avec un chien furieux qui essaie de le déchiqueter. Enfermé dans un sac et jeté dans une fosse à purin. Menacé à chaque instant d’être livré aux nazis. En réchappant finalement, un numéro sur l’avant-bras. Devenu Jerzy Kosinski, le petit Jurek rassemblera ses macabres souvenirs dans L’Oiseau bariolé, best-seller international des sixties. Salué par Elie Wiesel et Konrad Adenauer. Nommé Témoin de l’Holocauste. Pressenti pour le Nobel de littérature.

Comme une confession après trois doubles vodkas

Oui, une histoire horrible. Mais une histoire en grande partie fausse. Le petit Jurek a au contraire été protégé par les villageois polonais. Un prêtre catholique lui a fourni un faux certificat de baptême. Les chiffres griffonnés sur son avant-bras étaient ceux du code des valises dans lesquelles ce paranoïaque enfermait ses manuscrits. Alors, un imposteur, ce Jerzy ? C’est plus compliqué – et plus intéressant que cela. Son compatriote et ami Janusz Glowacki a tenté de rassembler les éléments épars de la vie hallucinante de ce mystificateur aux nerfs d’acier. Good night, Djerzi!, le livre qu’il en a tiré, est décousu, cru et attachant comme une confession après trois doubles vodkas.

Il faut dire que l’on fait difficilement plus flamboyant que Jerzy Kosinski (1933-1991). Après avoir émigré aux Etats-Unis en 1957, ce Polonais fantasque et obsédé sexuel, époux d’une milliardaire de vingt ans son aînée, ami de Polanski et de Warhol, posant volontiers en grande tenue de joueur de polo, lauréat du prestigieux National Book Award en 1969, triomphera avec Bienvenue Mister Chance, porté à l’écran avec Peter Sellers et Shirley MacLaine. Il parade aux Oscars. Avant que l’on ne s’aperçoive que l’ouvrage ressemble comme deux gouttes de vodka à un roman polonais de Tadeusz Dolega-Mostowicz, paru en 1932. Et que plusieurs petites mains ont aidé Kosinski à l’écrire. Pure désinformation des services secrets polonais, furieux de l’image désastreuse qu’il avait donnée de son pays natal, rétorquera le principal intéressé ! Kosinski ou la mythomanie élevée au rang des beaux-arts.

Janusz Glowacki est retourné sur les traces de cette sorte de Jean-Edern Hallier juif polonais. C’est l’occasion pour nous de plonger, à la manière onirique et déjantée d’un film de Kusturica, dans les folies de la colonie russo-polonaise de New York : restaurants de luxe de Little Odessa, putains magnifiques, boîte SM, alcool à gogo… Quand le sommelier lui demandait : « Blanc ou rouge ? », Jerzy répondait invariablement : « Ça m’est égal, je suis malvoyant. » Ce qui, une fois encore, était faux, naturellement. Plus son passé le rattrape – le Village Voice finit par révéler le pot aux roses -, plus Kosinski se réfugie dans les lignes de cocaïne et les courbes de jeunes filles russes. Dans la nuit du 3 mai 1991, il ingurgite des barbituriques, se met un sac en plastique sur la tête et s’installe dans sa baignoire. Un suicide. Bien réel, celui-là.

La séduction captieuse de ce Good night, Djerzi! tient au fait que Janusz Glowacki ne juge jamais son compatriote. Il nous donne à voir un homme insaisissable, qui joue à cache-cache au milieu des buildings de New York comme il l’avait fait entre les fermes polonaises. Dans L’Oiseau bariolé, Kosinski dit n’avoir jamais oublié le terrible conseil que son père lui avait donné pour échapper aux bourreaux nazis : « Sois si insignifiant que ce serait dommage de gâcher une balle pour toi ! » Toute sa vie durant, « Jurek » se sera ingénié à faire exactement l’inverse : s’offrir comme une cible magnifique et immanquable.

Good night, Djerzi !, par Janusz Glowacki, trad. du polonais par Laurence Dyèvre. Fayard, 340 p., 21,50 euros.

(Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/good-night-djerzi_1205474.html#RUEcTe2fxi9QmHIc.99)


MARIANNE

Comment les imposteurs ont pris le pouvoir

« Quand l’invention touche à la Shoah, la démarche devient plus dérangeante. Après Jerome Charyn, c’est Janusz Glowacki qui s’attaque ainsi à la figure très controversée de Jerzy Kosinski, né en 1933 à Lodz. Son roman, Good Night, Djerzi ! (Fayard) est aussi rock’n’roll que la vie de ce menteur compulsif qui, dans l’Oiseau bariolé (1965), se présentait en garçon juif martyrisé par les Polonais. L’ouvrage se vendit dans le monde entier. Ce mensonge relevait-il d’un sauvetage identitaire ou d’une véritable pathologie ? »

(Source : http://www.marianne.net/Comment-les-imposteurs-ont-pris-le-pouvoir_a225940.html)

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