PROCES DE NUREMBERG

JUSTICE DES VAINQUEURS

« Le nazisme présente une particularité unique dans l’Histoire : il est le seul régime qui s’abîma dans une guerre et dont les vainqueurs firent le procès, ou plutôt les procès, d’une partie de ses dirigeants. Car cette séquence de l’histoire allemande, ce passé qui, suivant l’expression de l’historien allemand Ernst Nolte, ne veut pas passer, n’en finit pas d’être évoqué au cours d’épisodes juridiques dont on peut penser qu’aujourd’hui, soixante ans après la capitulation allemande des 7 et 8 mai 1945, l’ère touche à sa fin. »

« Le procès de Nuremberg était une formidable innovation. Les alliés de 1939-1945 réussirent là où les vainqueurs de 1914-1918 avaient échoué. Pourtant, il fut critiqué. Et il était critiquable. C’était une justice de vainqueurs, et il eût probablement mieux valu, comme il fut suggéré alors, que les nazis fussent jugés dans un procès organisé par des Etats restés neutres pendant le conflit ou par des Allemands ayant lutté, en Allemagne même ou en exil, contre le nazisme.

« Le procès contreviendrait au principe universellement accepté : Nulla poena sine lege : Nulle peine sans loi antérieure au crime ».

« Parmi les vainqueurs, l’Union soviétique. Et sa présence parmi les puissances accusatrices donne un argument de poids aux adversaires du procès. Car non seulement l’URSS avait signé avec l’Allemagne un pacte de non-agression assorti d’un protocole partageant tout simplement la Pologne et déclenché cette guerre en même temps que l’Allemagne, mais elle avait perpétré aussi sur les officiers polonais, à Katyn notamment, des massacres à grande échelle. Bronislaw Baczko insiste sur cet aspect du débat : « Le grand mérite de la procédure de Nuremberg résidait dans la définition même des crimes contre l’humanité. Cela dit, son grand défaut, ce fut de limiter la responsabilité de ces crimes et de les faire imputer à priori et uniquement aux Allemands. C’était le procès où les vainqueurs jugeaient le régime nazi vaincu. Du coup, par un arrangement tacite entre les Alliés, furent éliminés les crimes commis par les Soviétique. Katyn en est l’exemple le plus frappant. Mais, poursuit l’historien d’origine polonaise, s’il est possible aujourd’hui de qualifier l’extermination de quinze mille officier polonais de crime contre l’humanité, nous en sommes redevables, reconnaissons-le, à la jurisprudence de Nuremberg. »

« Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, au contraire, c’est la dureté du verdict qui est parfois l’objet de violentes critiques. Le sénateur Taft parle de « viol de la justice » et le J.F.C. Fuller, célèbre commentateur militaire anglais, n’hésite pas à comparer le sort des généraux allemands… à celui des Juifs : « parce que dans l’Allemagne hitlérienne, les Juifs persécutés étaient considérés comme l’ennemi intérieur du peuple allemand, ils furent condamnés comme une race, c’est-à-dire collectivement ». De même, dans son discours sur Sens du procès de Nuremberg, prononcé à Paris le 25 avril 1945, le général Telford Taylor avait déclaré : « l’enjeu dont il s’agit réellement maintenant n’est pas dans la vie de ces généraux en particulier, mais dans l’influence de l’Etat-major allemand sur l’Allemagne, et en conséquence, sur la vie des peuples de tous les pays ».

« Dans le premier cas, poursuit Taft, les Juifs avaient à souffrir parce qu’ils étaient une race que les nazis avaient en horreur ; dans l’autre, les généraux ont à souffrir parce qu’ils appartiennent à une organisation dont le monde à horreur. Chercher une différence serait couper les cheveux en quatre. »

« Au-delà de cas de Katyn, certains, tel Casamayor, de son vrai nom Serge Fuster, qui fit partie […] de l’accusation française au procès, vont plus loin, reprochant aussi des crimes de guerre aux alliés :  « Fusiller cent mille hommes, femmes, enfants, vieillards comme la Wehrmacht le fit en Ukraine, c’est mal. Tuer cent mille, deux cent mille hommes, femmes, enfants, vieillards par bombardement comme à Dresde, Hiroshima, Nagasaki, c’est bien. »

«Léon Poliakiov cite une formule fréquemment employée : « A dater de maintenant, il y a deux genres de droit international, un pour les Allemands, l’autre pour le reste du monde ».

(Le Procès de Nuremberg, Annette Wieviorka, Editions le mémorial de Caen, 2005)


 

Laisser un commentaire (civil et courtois)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s