Pourquoi gardes-tu le silence ?

Lettre ouverte à Rolf Hochhuth (auteur dramatique allemand)

1er septembre 2015

Lieber Rolf,

Plus de cinquante ans d’amitié me permettent de te poser une question cruciale. Je la relie à un événement littéraire. Dans un de tes tout derniers ouvrages dramatiques, Le Tartuffe de Molière, tu mets en évidence le traitement cruel réservé aux dissidents de l’époque. Claude Lepetit, poète libre penseur contemporain de Molière, fut brûlé à Paris en place de Grève (aujourd’hui place de l’Hôtel de ville) le premier septembre 1662 ; Molière lui-même (c’est le sujet de ta pièce) échappa au supplice grâce à la protection de Louis XIV. Tu t’es dressé ta vie durant contre l’injustice dans tous les domaines : contre les abus de pouvoir, le mensonge et la raison d’Etat. Tu fus même à une époque assimilé à « la conscience de l’Allemagne ». Aujourd’hui, en 2015, croupissent derrière les barreaux des citoyens allemands n’ayant commis d’autre crime que d’avoir des opinions différentes de la doxa, de la pensée officielle. Celle-ci s’impose par la loi. L’institution judiciaire, fondement de la démocratie, semble avoir perdu le sens de sa mission.

Pourquoi restes-tu coi, pourquoi gardes-tu le silence ? Tu soutiens de facto des procédures iniques ne serait-ce qu’en occultant le fait que l’on emprisonne des citoyens uniquement en raison de leurs opinions.

Animé, moi aussi, comme toi, de soif de vérité, j’en connais un grand nombre, personnellement ou par courrier comme Ernst Zündel dans ses différentes prisons. Ce sont tous des individus de qualité, faisant honneur à l’Allemagne, cultivés et généralement non violents.

Aujourd’hui, ne pourrais-tu défendre les principes sur lesquels repose ton œuvre, presque GOETHEENNE, et prendre, comme Zola jadis avec Dreyfus, la défense de Gerd Ittner, soumis à une procédure-farce à Nüremberg (dans la salle même où siégea le fameux tribunal), de Wolfgang Fröhlich, de Horst Mahler et de cent autres victimes de l’Inquisition moderne ?

Mesures-tu la proximité entre la conception de la justice de la République fédérale et les méthodes en vigueur dans les régimes que tu abhorres et dénonces ? Sommes-nous en Chine ou en Corée du Nord ? Il est même question – le sais-tu ? – de mettre un dissident (Gerd Ittner) en hôpital psychiatrique alors que les experts consultés affirment résolument qu’ils sont sains d’esprit. Procès staliniens dans les prétoires de la République exemplaire : peux-tu t’en satisfaire ?

T’ayant vu vivre depuis plus d’un demi-siècle, ayant lu – et même ayant traduit pour les scènes francophones certaines de tes œuvres – je ne puis comprendre que tu sois à ce point aveugle quant à l’injustice flagrante frappant des contemporains pensant autrement ! Tu fouines encore pour éclairer le mystère de la mort de Kennedy ou d’Aristide Maillol mais tu abandonnes à la hache du bourreau ceux qui se consacrent à la recherche historique.

Je t’embrasse toi et ta chère compagne,

Jacques Vecker (que tu as imaginé compagnon de Jaurès dans ta pièce SOMMER 14 (Eté 14) le jour de son assassinat qui ouvrit la première guerre mondiale !)

(Illustration : Portrait de Rolf Hochhuth)

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