CONTRE LA LOI GAYSSOT: OUI MAIS…

NDLR – GAYSSOTERIES : NOTRE RÉPONSE A M. ÉLIE ARIE (EN BAS DE PAGE)

L’inefficace loi Gayssot face au négationnisme

Suite à la polémique sur les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo, notre chroniqueur associé, Elie Arié, revient sur la loi Gayssot. Celle-ci interdit le négationnisme, une mesure jugée contre-productive par notre chroniqueur associé.

Par un amalgame fâcheux, ceux qui, à l’occasion des dernières caricatures de Mahomet par Charlie-Hebdo, défendent le droit d’attaquer et/ou de ridiculiser  toute religion (mais pas les personnes qui y croient) s’entendent souvent opposer la «loi Gayssot», qui, d’après eux, instituerait deux poids et deux mesures selon la religion visée.

Rappelons que cette loi a deux volets différents.

L’article premier de cette loi rappelle que «toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite». Cette disposition, qui s’applique à toutes les religions, ne fait que rappeler la loi du 1er juillet 1972 relative à la lutte contre le racisme, et n’apporte rien qui n’existait déjà.

Mais son article 9 qualifie de délit la contestation de l’existence des crimes contre l’humanité, tels que définis dans le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg. En pratique, elle n’est appliquée que vis-à-vis du négationnisme du génocide juif pendant la Seconde Guerre mondiale (même si plusieurs propositions de loi ont été déposées depuis lors pour étendre l’application de la loi Gayssot à la négation du génocide arménien ou à celle de l’ensemble des génocides).

Ce dernier volet de la loi me semble devoir être abrogé.

Rappelons d’abord la différence entre le «révisionnisme» et le «négationnisme». Le premier n’est autre qu’une démarche scientifique normale, consistant à réviser en permanence  les interprétations de l’ Histoire à partir de nouveaux documents ou de nouvelles analyses («la politique de Louis XIV n’était pas telle qu’on la présente habituellement»). Le second terme décrit une attitude qui consiste à nier des faits établis sans s’appuyer sur des documents permettant de le faire («Louis XIV n’a jamais existé»), seul cas visé par la loi Gayssot.

Même si elle part d’une intention louable, la pénalisation du négationnisme me semble avoir un effet contre-productif.

En effet, les propos négationnistes ont trois types de lecteurs :

– Ils sont lus par des négationnistes déjà convaincus que rien ne fera changer d’avis: donc, pour ceux-là, les interdire ou les autoriser n’a aucun effet.

– Ils sont lus par des gens informés qui savent ce qu’il faut penser du négationnisme et qu’ils ne convaincront pas; là encore, pour ceux-là, les interdire ou les autoriser n’a aucun effet.

– Ils sont lus par des gens qui ne sont pas négationnistes a priori ou qui ne s’étaient jamais interrogés sur cette question, et, là:

  • l’interdiction et la pénalisation créent un doute («si on n’a pas le droit d’en parler, c’est qu’on cherche à cacher quelque chose») et apportent aux négationnistes l’aura de la victimisation («ce sont des esprits libres qu’on cherche à faire taire, de nouveaux Galilée ou Giordano Bruno»).
  • seule l’autorisation permet de démonter l’argumentation des négationnistes (ce n’est vraiment pas difficile) et de convaincre de l’absurdité de cette thèse ceux qui avaient des doutes.

La diffusion des thèses négationnistes est, de toute façon, incontournable depuis l’existence d’internet : il est plus efficace de s’astreindre à en démontrer l’inanité et à lever les doutes des gens de bonne foi qui en auraient.

 

(source:http://www.marianne.net/L-inefficace-loi-Gayssot-face-au-negationnisme_a222971.html)

 

NOTRE ANALYSE CRITIQUE  – Réponse à Monsieur Elie Arié : Le négationnisme « décrit une attitude qui consiste à nier des faits établis sans s’appuyer sur des documents permettant de le faire («Louis XIV n’a jamais existé»), seul cas visé par la loi Gayssot ».

Cette définition est inexacte. Le négationnisme consiste à nier. Rien ne suggère qu’il le fait en ne s’appuyant sur aucun document. L’avis personnel de Monsieur Arié sur le travail révisionniste s’est « agrippé » à la définition. Par ailleurs, Monsieur Arié connaît mal son histoire officielle puisqu’il ignore les concessions faites aux révisionnistes au fil du temps. En outre, qu’il y ait des documents ou qu’il n’y en ait pas, le révisionnisme est condamné par la loi.

« Nier des faits établis »  Les faits sont toujours établis avant qu’ils ne le soient plus. Un fait établi ne dispense personne d’envisager de le réviser sans quoi nous serions condamnés à l’immobilisme et à la léthargie intellectuelle.

« Ils sont lus par des gens informés qui savent ce qu’il faut penser du négationnisme et qu’ils ne convaincront pas ». Il est inquiétant que Monsieur Arié puisse écrire ceci sans sourciller. Pourquoi donc les lire s’ils savent par avance ce qu’il FAUT en penser ? Mieux : s’ils savent à l’avance ce qu’ils en penseront? Qu’en est-il s’ils venaient à être convaincus? Serait-ce qu’on ne leur a pas suffisamment expliqué ce qu’il FAUT penser ?

« Gens informés » : qui sont donc ces gens informés en réalité? Des gens érudits qui ont acquis les connaissances nécessaires des travaux des uns et des autres pour se forger une opinion ou des gens qu’on a simplement mis en garde de façon suffisamment efficace pour qu’ils ne doutent jamais?

« […] apportent aux négationnistes l’aura de la victimisation («ce sont des esprits libres qu’on cherche à faire taire, de nouveaux Galilée ou Giordano Bruno»). Il est certain que la vérité ne se trouve pas obligatoirement du côté des victimes. Permettez-nous d’oser dire que ceci est vrai également pour les victimes de l’Holocauste. En outre, la pénalisation relative à la loi Gayssot a tendance, il est vrai, à rendre les défenseurs de l’histoire officielle suspects : cette loi qui valide et protège leurs théories n’en fait pas pour autant des menteurs mais non plus d’honnêtes gens. L’essentiel, toujours, dans l’affaire qui nous occupe n’étant pas d’être honnête, sincère ou gentil mais plutôt d’avoir raison.

« il est plus efficace de s’astreindre à en démontrer l’inanité ». Nous rejoindrons toujours l’idée qu’il faut combattre par l’argumentation plutôt que par la censure. En revanche, les tentatives antérieures à la loi Gayssot qui ont été menées pour invalider les travaux révisionnistes se sont soldées par d’étranges assertions. Cet extrait d’une déclaration signée par 34 historiens dans le journal Le Monde en permet le constat :

« Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartient de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz.» (Le Monde, 21 février 1979, p.23)

Ces 34 historiens révélaient publiquement que le point de départ de leurs recherches en était une conclusion ! Comment donc une telle chose a-t-elle pu être quo-signée par 34 historiens sans qu’un seul d’entre eux n’en relève le caractère tautologique? Que cherchent donc ces historiens qui ont trouvé avant même d’avoir commencé à chercher? Dans ces conditions, et lorsqu’il n’est pas refusé, le débat est voué à l’échec. (Voir le cas de révisionnisme officiel relatif au camp de Dachau : https://gayssoteries.wordpress.com/revisionnisme-officiel/dachau/)

« Même si elle part d’une intention louable, la pénalisation du négationnisme me semble avoir un effet contre-productif ». Nous sommes d’accord : la pénalisation du négationnisme est contre-productive. Monsieur Arié salue ici l’intention louable de la pénalisation du négationnisme tandis qu’il refuse celle, tout aussi envisageable, des négationnistes.

Monsieur Arié considère qu’il n’est « vraiment pas difficile » de démonter leur argumentation et de « convaincre de l’absurdité de cette thèse ceux qui avaient des doutes. » Partant du postulat que les négationnistes n’ont aucune preuve de ce qu’ils avancent, aucun document ni construction intelligente de leurs démonstrations, Monsieur Arié suggère qu’ils ne peuvent être animés que d’une flagrante malveillance et n’envisage rien de constructif dans leur démarche. Si nous raisonnions comme lui, nous le penserions aussi.

Cet article nous amène, en creux, à tirer la leçon suivante :

Les négationnistes savent que l’histoire officielle est exacte et la nient effrontément dans le but de réhabiliter le droit de haïr les juifs, les tziganes et les homosexuels (voir de les exterminer par gazage puisque, Hitler ne l’ayant pas fait, la place reste à prendre…).

Les censeurs, eux, sont le bras armé de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui punissent les mauvaises gens, protégeant ainsi de la haine la civilisation entière, avec toute la force du cœur qui est la leur.

Monsieur Arié nous chuchote finalement ici ce qu’il FAUT penser.

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