L’ESPRIT FRANCAIS CONTRE LA CENSURE

Aujourd’hui en France, nul n’est à l’abri de passer devant les tribunaux pour « incitation à la haine ». Tout un arsenal juridique a gravé dans le marbre le droit d’user de l’arbitraire pour condamner les citoyens.

Comment se peut-il qu’on admette l’existence d’associations communautaires dont les membres sont  liés par une histoire commune, des mœurs et quelques traits de caractère, qu’on admette les propos favorables sur la question de tous ces traits de caractère communs tandis qu’on refuse les propos défavorables à propos de certains autres traits qu’on leur prêterait?

Comment se peut-il qu’on autorise les mots flatteurs tandis qu’on n’autorise pas les mots frappeurs?

Comment se peut-il qu’on autorise l’écrivain à se trouver des amis tandis qu’on lui refuse le droit de se trouver des ennemis, de les décrire, de les désigner et de les nommer? Libre à lui! Cet homme-là n’a pas commis de crime de sang! Il a désigné son ennemi à la façon des politiciens qui, loin de s’en priver, le font à longueur de journée! Faut-il désigner ses ennemis selon que le pouvoir a les mêmes et se taire si nos ennemis sont ses amis?

Comment se fait-il qu’un ministre français (Manuel Valls) qui dit faire de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une priorité ne soit pas disqualifié lorsqu’il trouve que la ville d’Evry donne une mauvaise image parcequ’elle manque de « blancs » (1)? Quelle est donc cette tromperie? N’a-t-on plus le droit que de nous aimer ? Ne peut-on plus se disputer, se déchirer à coups de plume sans que tombe le couperet lâché par des mains fascistes qui crient à qui veut bien l’entendre sans même y rien entendre « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » ?

La France a perdu toute raison en rétablissant la censure qu’elle a confiée aux vilaines mains de groupements et qu’elle a armés de lois scélérates dont ils abusent et par lesquelles ils frappent les citoyens qu’ils auront sélectionnés au gré de leurs humeurs. La LICRA, le MRAP, SOS Racisme (et d’autres encore) n’ont aucune légitimité pour juger quiconque. Sans ces groupements, qui porterait les opinions devant les tribunaux? Quel citoyen irait se risquer à porter devant la justice une opinion qu’il aura trouvée irritante ou malveillante? N’y réfléchirait-il pas à deux fois, considérant le temps et l’argent qu’une telle action lui coûterait? Ne prendrait-il pas son mal en patience et n’empoignerait-il pas l’arme du pauvre (mais ô combien plus équitable) – la plume – pour se défendre? Quel visage aurait la France sans ces groupements procéduriers ?

La seule place qui revient à ces groupements de personnes – aux côtés des dirigeants complices pour des raisons purement électorales – est le cachot!

Le cachot pour avoir initié des procès pour délit d’opinion sur des chefs d’accusation imprécis et élastiques à l’infini.

Le cachot pour avoir entravé la parole qui leur déplaisait et fait condamner des hommes qu’ils se sont publiquement réjouis d’avoir socialement et professionnellement avilis.

Le cachot pour s’être toujours ralliés à la plus vile et sournoise des chasses aux sorcières chaque fois qu’ils le pouvaient, en nombre et contre un seul homme.

Le cachot pour avoir bafoué chaque citoyen français dans ce qu’il a mis de confiance en la justice par l’usage malpropre qu’ils en ont fait dans leur prétention grossière à lutter contre un » racisme et un antisémitisme » qu’ils affirment débusquer partout et tout le temps à la moindre contrariété.

Le cachot pour avoir diffamé des hommes d’étude qui n’avaient rien à gagner mais tant à perdre.

De cette sorte de malhonnêteté n’a-t-on pas le droit de parler? Sur cette sorte d’ escroquerie n’a-t-on pas le droit de gloser ?

S’il est possible de chanter les louanges d’un homme, c’est qu’il possède certainement quelques qualités qui les méritent. Mais s’il est un homme, alors il possède nécessairement par ailleurs quelques mauvaises attitudes et quelques travers  qui méritent d’être dénoncés. S’il existe un seul individu sur terre qu’on a pas le droit de soumettre à la critique c’est qu’il n’est pas un  homme, et s’il n’est pas un homme c’est qu’il est un dieu. Chaque homme doit accepter d’être la cible potentielle des critiques de tous les autres hommes.  Qu’il s’exprime à son tour pour se défendre et attaquer est juste, mais qu’il se cache derrière des armes juridiques dont nul ne l’oblige à faire usage pour assassiner l’expression des idées qu’il déplore devrait être considéré unanimement comme vile perfidie.

Ces hommes qui bâillonnent d’autres hommes en se réclamant des plus nobles  intentions sont les véritables ennemis de la liberté et doivent être mis à genou en retour de toutes les intelligences qu’ils ont contraintes.  Et si ces hommes sont des dieux, si ces hommes  sont au-delà de toute critique,  alors qu’on les nomme précisément et qu’on écrive leurs noms dans les lois de la République. Ainsi fait, chacun saura qu’il doit les vénérer ou se taire en ce qu’ils ne sont désormais plus des hommes parmi les hommes.

Gayssoteries.

Afficher l'image d'origine

Robespierre, Discours sur la Liberté de la Presse, prononcé à la Société des Amis de la Constitution le 11 Mai 1791, par M. de Robespierre député à l’Assemblée Nationale et membre de cette société, imprimé par ordre de l’Assemblée Nationale. Imprimerie Nationale, Paris, 1790, IN-8°.

Extraits :

    « Le droit de communiquer ses pensées, par la parole, par l’écriture ou par l’impression, ne peut être gêné ni limité en aucune manière ; voilà les termes de la loi, que les États-Unis d’Amérique ont faites sur la liberté de la presse, et j’avoue que je suis bien aise de pouvoir présenter mon opinion, sous de pareils auspices, à ceux qui auraient été tentés de la trouver extraordinaire ou exagérée.

La liberté de la presse doit être entière et indépendante, ou elle n’existe pas. Je ne vois que deux moyens de la modifier, l’un d’en assujettir l’usage à certaines restrictions et à de certaines formalités, l’autre d’en réprimer l’abus par des lois pénales ; l’un et l’autre de ces deux objets exigent la plus sérieuse attention.

    D’abords il est évident que le premier est inadmissible, car chacun sait que les lois sont faites pour assurer à l’homme le libre développement de ses facultés, et non pour les enchaîner ; que leur pouvoir se borne à défendre à chacun de nuire aux droits d’autrui, sans lui interdire l’exercice des siens. Il n’est plus nécessaire aujourd’hui de répondre à ceux qui voudraient donner des entraves à la presse, sous le prétexte de prévenir les abus qu’elle peut produire. Priver l’homme des moyens que la nature et l’art ont mis en son pouvoir de communiquer ses sentiments et ses idées, pour empêcher qu’il n’en fasse un mauvais usage, ou bien enchaîner sa langue de peur qu’il ne calomnie, ou lier ses bras de peur qu’il ne les tourne contre ses semblables, tout le monde voit que ce sont là des absurdités du même genre, que cette méthode est tout simplement le secret du despotisme qui, pour rendre les hommes sages et paisibles, ne connaît pas de meilleur moyen d’en faire des instruments passifs et de vils automates. Eh! quelles seraient les formalités auxquelles vous soumettriez le droit de manifester ses pensées? Défendrez-vous aux citoyens le droit de posséder des presses, pour en faire d’un bienfait commun à l’humanité entière, le patrimoine de quelques mercenaires? Donnerez-vous ou vendrez-vous aux uns le privilège exclusif de disserter périodiquement sur des objets de littérature, aux autres celui de parler de politique et des événements publics? Décrèterez-vous que les hommes ne pourront donner l’essor à leurs opinions, si elles n’ont obtenu le passeport d’un officier de police, ou qu’ils ne penseront qu’avec l’approbation d’un censeur et par permission du gouvernement? Tels sont en effet les chefs d’œuvre qu’enfanta l’absurde manie de donner des lois à la presse : mais l’opinion publique et la volonté générale de la nation ont proscrit, depuis longtemps, ces infâmes usages. Je ne vois en ce genre qu’une idée qui semble avoir surnagé ; c’est celle de proscrire toute espèce d’écrit qui ne porterait point le nom de l’auteur ou de l’imprimeur, et de rendre ceux-ci responsables ; mais comme cette question est liée à la seconde partie de notre discussion, c’est-à-dire à la théorie des lois pénales sur la presse, elle se trouvera résolue par les principes que nous allons établir sur ce point.

    Peut-on établir des peines contre ce qu’on appelle l’abus de la presse? Dans quel cas ces peines pourraient-elles avoir lieu? Voilà de grandes questions qu’il faut résoudre, et peut-être la partie la plus importante de notre code constitutionnel.

   […]

Les lois peuvent atteindre les actions criminelles, parce qu’elles consistent en faits sensibles, qui peuvent être clairement définis et constatés suivant des règles sûres et constantes : mais les opinions ! Leur caractère bon ou mauvais ne peut être déterminé que par des rapports plus ou moins compliqués avec des principes de raison, de justice, souvent même avec une foule de circonstances particulières. Me dénonce-t-on un vol, un meurtre ; j’ai l’idée d’un acte dont la définition est simple et fixée, j’interroge des témoins. Mais on me parle d’un écrit incendiaire, dangereux, séditieux? Ces qualifications peuvent-elles s’appliquer à celui qu’on me présente? Je vois naître ici une foule de questions qui seront abandonnées à toute l’incertitude des opinions ; je ne trouve plus ni fait, ni témoins, ni loi, ni juge ; je n’aperçois qu’une dénonciation vague, des arguments, des décisions arbitraires. L’un trouvera le crime dans la chose, l’autre dans l’intention, un troisième dans le style. »

Sylvain Maréchal - Wikipedia, the free encyclopedia

Sylvain Maréchal, Révolution de Paris, n° 110. Troisième année, du 13 au 20 Août 1791. Imprimerie des Révolutions de Paris, tome IX, p. 267-280

Extrait :

« L’opinion publique, dont les caractères d’imprimerie sont les organes les plus sûrs et les plus prompts, est une juridiction suprême et vaste, à laquelle tout particulier a le droit d’appeler contre tout homme en place : l’imprimerie à le droit d’appeler contre tout homme en place : l’imprimerie est une arène dans laquelle le dernier des citoyens peut jeter le gant, et sommer au combat le premier fonctionnaire de l’empire. Tant mieux pour la chose publique, s’il succombe sous les coups qu’on lui porte ; la nation aura la mesure de son mérite, et saura à quoi s’en tenir sur ceux qu’elle a placés à sa tête : elle leur retirera ou les conservera sa confiance selon le cas.

La dignité ne consiste pas à se mettre hors de rang comme un lâche, pour être inaccessible aux accusations, aux censures, voire même à la médisance et à la calomnie… Oui, à la calomnie. Il n’y a que la liberté de la presse, poussée jusqu’à la calomnie, qui puisse balancer le décret de l’inviolabilité de la personne du roi et des députés, et lui servir de correctif. Acceptons la constitution telle qu’elle est, fût-elle plus monstrueuse encore, pourvu qu’on nous laisse la franchise illimitée de l’imprimerie : mais point de loi prohibitive contre la presse ; on ne doit pas plus se mettre en garde contre la plume des écrivains, que contre l’assommoir des bouchers : la police ne s’est pas encore avisée de placarder un règlement pour restreindre l’usage des assommoirs.

    Chez les peuplades qui vivent encore selon la nature, le chef d’une horde est obligé de soutenir les assauts du premier qui veut se mesurer avec lui ; il cède au plus fort, et par ce procédé tout simple la nation a la certitude de n’avoir pour chef que le plus courageux, le plus habile de tous les membres de l’état.

   […]

  Citoyens! nous ne saurions trop vous le répéter : défendez de tous vos moyens, de tous vos pouvoirs, de toutes vos ressources, la liberté indéfinie de la presse ; chacun de vous dût-il en souffrir dans sa réputation, dans celle des personnes qui lui sont le plus chères, faites-en le sacrifice, plutôt que de renoncer à cette première de toutes les prérogatives d’une nation qui s’est rendue libre, et qui probablement ne veut pas l’être pour un seul jour. Dans quelque état que se trouve la chose publique, n’en désespérez pas tant qu’elle n’aura pour sentinelle la liberté absolue de la presse. Mais n’attendez rien du salut de la patrie, si vous vous laissez dessaisir de cette arme, avec laquelle vous serez vulnérables, sans laquelle redeviendrez esclaves. Répétez avec nous, et faites répéter à vos familles, d’âge en âge, ce serment solennel, garant de tous les autres, et que nous avons gravé sur la porte de notre imprimerie, vierge encore :

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

OU LA MORT


(1) (à partir de 00:31 mn) https://www.youtube.com/watch?v=ESXpTsAJQ-4

Illustration : Gravure de Grandville

Publicités