POLICE DE LA PENSEE

 

ÉRIC DELCROIX

Avocat au barreau de Paris

LA POLICE DE LA PENSÉE

CONTRE LE RÉVISIONNISME

DU JUGEMENT DE NUREMBERG

A LA LOI FABIUS-GAYSSOT

 

AAARGH

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Table des Matières

Quatrième de couverture ………………………………………………………………………………..3

Introduction …………………………………………………………………………………………………4

CHAPITRE I : Le texte de la loi et son fondement ……………………………………………..6

CHAPITRE II : Une loi qui bafoue les principes du droit …………………………………..15

CHAPITRE III : Une loi que les juges appliquent de façon contestable ………………..20

CHAPITRE IV : Une loi de nature sacrée ……………………………………………………….25

CHAPITRE V : Les recours possibles contre cette loi ……………………………………….32

CHAPITRE VI : Chronique de la répression antirévisioniste………………………………39

Conclusion…………………………………………………………………………………………………51

ANNEXE 1 : Au fondement de la loi Fabius-Gayssot : le procès de Nuremberg…….53

ANNEXE 2 : Jacques Toubon contre le délit de révisionisme historique ………………61

ANNEXE 3 : Pierre Vidal-Naquet en faveur du délit de révisionisme historique ……63

ANNEXE 4 : Brefs aperçus de la répression légale à l’étranger……………………………65

Bibliographie ……………………………………………………………………………………………..68

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Nous vivons une seconde Épuration.

En France, tandis que le « collabo » se trouve à nouveau pourchassé, toute velléité de résistance aux idées en cours sur « les droits de l’homme » et « la Mémoire » (sélective) est dénoncée par les médias et les ligues, condamnée par des lois spéciales et durement sanctionnée par les juges. La police de la pensée est à la fête. Sa cible d’élection : le révisionnisme historique.

En 1986, Pierre Vidal-Naquet, Serge Klarsfeld et François Bédarida, réunis autour du grand rabbin René-Samuel Sirat, préconisent une loi spéciale contre le révisionnisme. Ce sera, en 1990, la loi Fabius-Gayssot. Depuis la publication de cette loi, aucun chercheur, aucun historien, aucun savant ne peut plus contester le jugement de Nuremberg. Ce qu’en 1946 les juges de Nuremberg, au terme d’une mascarade judiciaire, avaient énoncé – sans le prouver – sur la « politique d’extermination des Juifs », sur les « chambres à gaz » homicides et sur les « six millions » est soudain devenu en 1990 une vérité historique définitivement intouchable !

Peine perdue.

En France comme à l’étranger, le révisionnisme se développe. Certains pensent qu’il faut persister à censurer, châtier, réprimer. D’autres estiment qu’il faut servir le droit, la liberté, ainsi qu’une mémoire non sélective. Pour ces derniers, la France doit en finir avec les horreurs de l’Épuration, les mensonges de Nuremberg et l’esprit de guerre civile. Le dogme légal né de la loi Fabius-Gayssot constitue une impudente innovation où s’annonce peut-être le crépuscule du droit.

Éric Delcroix est né en Normandie en 1944. Avocat au barreau de Paris, il s’est acquis une notoriété dans l’étude des infractions de presse. Ses courageuses prises de position en faveur de la liberté d’expression l’ont amené à devenir le conseil d’un certain nombre d’organes de presse et à présenter, devant les tribunaux, dans des conditions parfois périlleuses, la défense de nombreux révisionnistes, à commencer, dès 1979, par celle du professeur Faurisson.

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INTRODUCTION

Pour bien des esprits, dont certains sont à courte vue mais qui, pour la plupart, souffrent de la sidération ambiante, la liberté d’expression ne serait guère en danger dans les pays occidentaux. Ces pays jouiraient d’une forme de civilisation qui les mettrait à l’abri des passions surannées et des égarements imputables à la superstition religieuse. En réalité, il n’y a là qu’illusion. Les belles âmes qui réclament la liberté d’expression pour Salman Rushdie ou pour Madame Nasrin sont celles qui, réunies en meute impitoyable, obtiennent la proscription du professeur Faurisson ou de Bernard Notin et, plus généralement, des révisionnistes, vrais ou supposés.

Que l’on ne s’y méprenne pas !

Ce qui est ici en jeu n’est pas tant la liberté d’expression, réduite aux droits des individus, que la liberté d’accès, pour un citoyen adulte, à toute information, sans qu’un censeur soit autorisé à passer au crible la masse des informations et à en faire un tri « ad usum Delphini ». Dans les conditions actuelles, c’est-à-dire en présence d’esprits sidérés par les mécanismes de l’ahurissement audiovisuel, cette question est essentielle ; elle l’est d’autant plus que tous les grands médias occidentaux dépendent de l’omnipotence du « gros argent » et relèvent nécessairement d’une logique ploutocratique. Si l’on ne peut plus accéder librement aux écrits révisionnistes, qui nous garantit que d’autres censures ne sont pas – ou ne seront pas – opérées sur d’autres sujets essentiels et même vitaux (dans le domaine du nucléaire, de l’environnement, de la biologie,) ?

En accord avec tous les historiens, les auteurs révisionnistes admettent que, durant la seconde guerre mondiale, les Juifs européens ont connu, en grand nombre, la persécution et, parfois, l’internement ou la déportation. Ils reconnaissent l’existence des camps de transit, de travail ou de concentration. Dans certains de ces camps, les Allemands utilisaient des chambres à gaz de désinfection et des fours crématoires. Les Juifs, disent-ils, ont pu souffrir des conditions parfois affreuses des ghettos et des camps. Le travail forcé, la faim, la soif, la chaleur, le froid, la promiscuité et surtout les épidémies, notamment celles de typhus ou de fièvre typhoïde, opéraient leurs ravages.

Il ne fait aucun doute que les Juifs européens ont vécu là une tragédie. Mais le reste de l’Europe et l’Asie, on l’oublie volontiers, souffraient également. D’autres communautés que la communauté juive ont durement pâti de la guerre. Et, pour ce qui est des horreurs en tout genre, y compris les déportations, les Alliés en ont perpétré de gigantesques pendant et après la guerre.

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Ce que les auteurs révisionnistes contestent au terme de recherches approfondies, c’est que l’Allemagne aurait accumulé plus de crimes (et en quantité et en qualité) que ses vainqueurs. Ces derniers n’ont gagné la guerre que parce qu’ils ont, proportionnellement, plus tué que les vaincus, non sans avoir visé tout spécialement les populations civiles (c’est d’ailleurs à cette fin que les Anglo-Saxons avaient inventé les forteresses volantes, bombardiers conçus pour la destruction des villes).

Les révisionnistes contestent que l’Allemagne ait eu une politique d’extermination physique des Juifs. Ils contestent l’existence et le fonctionnement de chambres à gaz homicides, véritables abattoirs chimiques qui auraient constitué l’arme spécifique du crime spécifique. Ils contestent enfin le chiffre de six millions de morts juives.

En France, ces trois contestations-là sont devenues interdites sous peine de prison et

d’amende depuis la publication de la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990.

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Dans les pages qui suivent je m’efforcerai de montrer que cette loi constitue une monstruosité dans son fondement, dans sa rédaction et dans son application. Je montrerai que des recours sont possibles notamment auprès de la Cour européenne des droits de l’homme et que l’on se trouve dans un cas où les révisionnistes pourraient invoquer le droit de « résistance à l’oppression ».

Une nouvelle loi antirévisionniste est en préparation : la loi Korman-Gaubert (né Goldenberg). Elle prévoit contre les révisionnistes une peine de deux ans de prison, une amende de 500 000 francs et d’autres sanctions encore. De telles lois, si étranges, pour certains, à l’aube de l’an 2000, sont intéressantes à étudier. A l’historien, au sociologue, à l’homme politique mais aussi au magistrat, à l’avocat, à l’universitaire et au citoyen elles apportent, sur le fonctionnement de notre société et sur les droits des personnes, bien plus d’informations que ne sauraient le faire les grands médias, tous plus soucieux les uns que les autres de nous masquer les vrais interdits et les vrais tabous de notre temps.

Des milliards d’événements qui constituent la trame de l’histoire des hommes peuvent être librement interprétés au gré de chacun. Un seul de ces événements – l’« Holocauste » des Juifs en chambres à gaz entre 1942 et 1944 – est décrété intouchable sous peine d’amende, de prison et aussi, parfois, d’interdiction professionnelle ou de mort civile. Les milliers d’années antérieures à 1942 et le demisiècle postérieur à 1944 peuvent, du moins en principe, recevoir toutes les interprétations qu’on voudra, tandis que l’histoire des seules années 1942-1943-1944 est placée sous la haute surveillance des autorités religieuses, politiques, judiciaires et médiatiques de ce pays.

Ainsi le veut l’impudente loi Fabius-Gayssot.

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CHAPITRE I

LE TEXTE DE LA LOI ET SON FONDEMENT

(Le jugement de Nuremberg)

Le texte de la loi

La loi du 13 juillet 1990, qui se présente comme « antiraciste », n’est pas radicalement différente de la loi Pleven du 1er juillet 1972 bien qu’elle aggrave le châtiment des discriminations, même dans leurs expressions les plus naturelles. Son originalité et son véritable sens résident en son article 9 qui institue le délit de « contestation de crimes contre l’humanité », c’est-à-dire le délit de révisionnisme historique. C’est pour cette raison qu’il convient d’appeler franchement « loi antirévisionniste » une loi qui, se donnant les apparences d’être, si l’on peut dire, banalement antiraciste, vise en fait à réprimer le révisionnisme.

A côté de sa dénomination officielle (« loi du 13 juillet 1990 »), elle connaît plusieurs dénominations usuelles et sa disposition proprement antirévisionniste reçoit habituellement d’autres dénominations encore.

Dénomination officielle de la loi antirévisionniste

Officiellement, il s’agit de la « loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe » ; en bref : « loi du 13 juillet 1990 ».

Le texte en figure au Journal officiel de la République française, Lois et décrets, 14 juillet 1990, p. 8333-8334. Le rapport de la commission des lois de l’Assemblée nationale avait été présenté par François Asensi, député communiste, tandis que le rapport de la commission des lois du Sénat était présenté par Charles Lederman, sénateur communiste.

L’Assemblée nationale adoptait la proposition de loi le 2 mai 1990. Le Sénat la rejetait le 11 juin. L’Assemblée nationale l’adoptait à nouveau le 28 juin. Le Sénat la rejetait une nouvelle fois, le 29 juin. Finalement, l’Assemblée nationale adoptait en dernière lecture la proposition de loi le 30 juin 1990 ; 308 députés communistes et socialistes, dont 305 absents, votaient pour, tandis que votaient contre cette proposition 265 députés dont 263 absents, les deux présents étant Louis de Broissia (qui avait eu à tourner toutes les clés des absents) et la seule représentante du Front National, Marie- France Stirbois. Tout en décidant de voter contre l’adoption de la loi, Louis de Broissia avait traité les révisionnistes de « dérangés », d’« imbéciles » et de « tricheurs de l’histoire » (J.O., Assemblée nationale, 29 juin 1990, p. 3124). Marie-France Stirbois avait lutté pied à pied contre l’adoption de la loi non sans faire preuve d’une remarquable connaissance du dossier historique et du dossier juridique. Le 13 juillet 1990, cette loi était signée par François Mitterrand, président de la République. Elle portait également la signature de Michel Rocard (premier ministre),

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de Roland Dumas (ministre d’État, ministre des Affaires étrangères), de Pierre Arpaillange (garde des Sceaux, ministre de la Justice), de Jean-Pierre Chevènement (ministre de la Défense), de Pierre Joxe (ministre de l’Intérieur), de Jack Lang1 (ministre de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire) et enfin de Catherine Tasca (ministre délégué auprès du ministre de la Culture, chargé de la Communication).

Cette loi comprend quinze articles distribués sous trois titres. Nous intéresse ici surtout l’article 9 du titre II, lequel s’intitule : « Modifications de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse » (sic). Voici cet article 9 qui, comme on va le voir, comporte essentiellement ce qu’il est convenu d’appeler « l’article 24 bis de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse » :

Art. 9. – Il est inséré, après l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté

de la presse, un article 24 bis ainsi rédigé :

« Art. 24 bis. – Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de l’article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l’article 23, l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale.

« Le tribunal pourra en outre ordonner :

« 1°L’affichage de sa décision dans les conditions prévues par l’article 51 du code pénal ;

« 2°La publication de celle-ci ou l’insertion d’un communiqué dans les conditions prévues par l’article 51-1 du code pénal, sans que les frais de publication ou d’insertion puissent excéder le maximum de l’amende encourue. »

Le sixième alinéa de l’article 24 prévoit une peine d’un mois à un an d’emprisonnement et/ou une amende de 2 000 à 300 000 francs. On notera qu’à ces sommes peuvent s’ajouter les frais de publication judiciaire. Ne manquent enfin jamais de s’ajouter, au surplus, des sommes considérables à verser au titre de dommages-intérêts pour de multiples associations (elles sont parfois de huit à douze associations) désormais habilitées à porter plainte comme l’étaient auparavant, au regard de la loi de 1972, les associations dites antiracistes. Et cela sans compter les frais d’avocat et de procédure en première instance, en appel, en cassation, etc.

1 On notera qu’en 1990 Jack Lang aura ainsi fêté le 201e anniversaire de la prise de la Bastille, bastion supposé de l’absolutisme royal et de la censure, par la publication, sous sa signature, au Journal officiel de la République française, d’une loi de censure : la loi Fabius-Gayssot. Dans la même livraison du J.O., huit pages plus loin (p. 8342), on constate que Pierre Vidal-Naquet, grand inquisiteur contre le révisionnisme historique, est nommé chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du même Jack Lang. Sur P. Vidal-Naquet, voy. Annexe 3.

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L’article 23 énonce les moyens utilisés : écrits, imprimés, moyens de communication audiovisuelle, etc. La juridiction internationale en question est le tribunal militaire ayant siégé à Nuremberg (1945-1946), où les vainqueurs, jugeant les vaincus, ont, rétroactivement, défini des crimes et un statut juridique entièrement nouveaux, ce statut étant exclusivement destiné au vaincu et ne disposant que pour le passé.

A la date du 14 juillet 1990, la seule juridiction internationale qui se fût ainsi prononcée sur des crimes contre l’humanité était précisément ce Tribunal militaire international de Nuremberg et la seule juridiction française était celle du procès, à Lyon, en 1985, de l’Allemand Klaus Altmann-Barbie, citoyen bolivien, enlevé de Bolivie au mépris de toute loi. Le 20 avril 1994 allait s’ajouter la condamnation, à Versailles, de Paul Touvier, pour complicité de crime contre l’humanité.

Les mots « et qui ont été commis » sont d’importance. Ils signifient que les juges français, s’ils veulent observer la loi, devraient prouver que ces crimes ont été commis.

Dénominations usuelles de la loi antirévisionniste

La loi du 13 juillet 1990 porte souvent le nom de « loi Gayssot », du nom d’un sinistre

député communiste de la Seine-St-Denis, Jean-Claude Gayssot, qui passe pour en

avoir pris l’initiative parlementaire. En réalité (voy., ci-dessous, la Chronique, p. 78),

cette initiative revient au socialiste Laurent Fabius ; d’où son nom de « loi Fabius-

Gayssot ». Elle est également connue sous le nom de loi « Rocard-Gayssot », le

socialiste Michel Rocard l’ayant cosignée en tant que premier ministre. On en désigne

la disposition antirévisionniste encore sous d’autres appellations : « lex Faurissonia »,

« loi Faurisson » ou encore, simplement, « article 24 bis ».

La loi antirévisionniste pourrait porter le nom de son véritable instigateur extraparlementaire et s’appeler « loi Vidal-Naquet » (voy., ci-dessous, la Chronique, p. 74 et aussi Annexe 3). Depuis 1979, ce spécialiste de la Grèce ancienne, directeur de l’École des hautes études en sciences sociales, voue aux révisionnistes une haine fervente. Il vient charger ces derniers jusqu’à la barre des tribunaux. Il n’affecte d’être hostile à la persécution, judiciaire ou autre, de tel ou tel révisionniste que lorsqu’il est assuré que cette persécution est devenue irréversible. Il désigne alors une autre proie

possible. La justice immanente voudrait que cette loi antirévisionniste porte aujourd’hui le nom de P. Vidal-Naquet mais la justice des hommes invite à l’appeler de son nom le plus courant, celui de « loi Fabius-Gayssot ».

Je parlerai donc indifféremment de « loi antirévisionniste » ou de « loi Fabius- Gayssot » pour désigner une loi qui, sous couvert de réprimer les « racistes », vise surtout les révisionnistes.

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Une loi fondée sur un jugement qui n’a jamais été publié

La loi Fabius-Gayssot transgresse le principe de la nécessaire publicité des lois. Elle

fait état de jugements, tel celui du Tribunal militaire international de Nuremberg

(TMI), qui n’ont jamais été publiés au Journal officiel de la République française. Un

jugement n’a pas à être publié au J.O. tant qu’il reste un jugement mais, dès lors qu’il

devient partie constituante d’un texte de loi, il doit être porté à la connaissance de tout

un chacun par la voie officielle. C’est à cette condition expresse qu’on peut décréter

que « nul n’est censé ignorer la loi ».

La publicité des lois est régie par un décret du gouvernement de Défense nationale en

date du 5 novembre 1870, lequel énonce :

Art. 1er. – Dorénavant, la promulgation des lois et décrets résultera de leur

insertion au Journal officiel de la République française, lequel, à cet égard,

remplacera le Bulletin des lois. […]

Art. 2. – Les lois et décrets seront obligatoires, à Paris, un jour franc après la

promulgation, et partout ailleurs, dans l’étendue de chaque arrondissement, un

jour franc après que le Journal officiel qui les contient sera parvenu au cheflieu

de cet arrondissement. […]

Pour être applicable, la loi antirévisionniste publiée au J.O. du 14 juillet 1990 aurait

dû s’accompagner de toutes les annexes nécessaires à son intelligence. En plus du

jugement rendu à Nuremberg les 30 septembre et 1er octobre 1946 auraient dû être

publiés au Journal officiel les arrêts du procès Barbie en 1985. Quant aux arrêts

postérieurs à la date de publication de la loi, ils sont encore plus inaccessibles : sauf

dans le cas de l’arrêt de Paul Touvier, rendu le 20 avril 1994, ils sont encore dans les

limbes, puisqu’on ignore à l’heure qu’il est si la France connaîtra d’autres procès pour

« crimes contre l’humanité ».

Consultée sur ce point, la Cour de cassation se dérobe

A l’occasion d’un procès qui lui était intenté, Alain Guionnet avait repris

sommairement, devant la Cour de cassation, mon argument selon lequel le jugement

de Nuremberg n’avait pas été publié au J.O. Il s’attirait la réponse suivante :

Attendu que, pour écarter l’argument soutenu par Guionnet selon lequel lui

était inopposable, faute d’avoir été publié au Journal officiel de la République

française, le jugement du tribunal international auquel se réfère l’article 24 bis

[…], les juges du fond […] observent que l’autorité de la chose jugée d’une

décision de justice procède de son caractère définitif, indépendamment de

toute publication et que le décret du 5 novembre 1870 est inapplicable aux

décisions de justice ;

Attendu qu’en l’état de ces motifs, l’arrêt attaqué n’encourt pas les griefs du

moyen, qui ne peut donc être accueilli (arrêt Guionnet, 23 février 1993).

La réponse manque de pertinence. La Cour de cassation affecte d’ignorer que le

législateur a brisé le sceau de décisions judiciaires pour en accaparer le contenu à des

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fins qui lui sont propres. L’argumentation de la Cour de cassation est d’ailleurs si peu

convaincante qu’un commentateur de la prudente et conformiste Gazette du Palais n’a

pas manqué d’écrire :

On peut regretter que la Cour de Cassation […] ait frileusement répondu par

des arguments formels qui ne sont nullement convaincants. L’autorité entre les

parties de la chose jugée […] ne saurait à l’évidence jamais équivaloir à une

publication tournée vers tous les justiciables (Gazette du Palais, 18 au

20 juillet 1993, p. 6 et 7).

Le commentateur, il est vrai, a cru bon d’ajouter que certains révisionnistes ne

pourraient pas utiliser l’argument de la non-publication au J.O. quand leurs propres

travaux laissent supposer qu’ils ont connaissance du texte du jugement de Nuremberg.

Ledit commentateur fait fausse route ; la loi ne saurait distinguer les justiciables en

raison de leur érudition supposée. Par ailleurs, quand les révisionnistes, convoqués à

la barre d’un tribunal, citent des extraits du jugement de Nuremberg, ils le font non

sans déplorer qu’en l’absence de tout texte officiel il leur faille se contenter d’un texte

qui, certes, se présente comme un compte rendu des débats du Tribunal militaire

international (TMI) mais qui est dénué de toute garantie de valeur authentique.

Le commentateur de la Gazette du Palais ne manquait pas de bon sens juridique mais

sans doute s’est-il effrayé de son audace ; il ne fallait pas qu’on le soupçonne de tenir

la loi-dogme pour inapplicable ni qu’on croie qu’il désapprouvait la condamnation des

révisionnistes ; aussi lui fallait-il user d’une échappatoire.

Difficulté extrême de se procurer et d’étudier le texte officiel du jugement de

Nuremberg

Avant même de recevoir l’approbation, sur ce point, de la Cour de cassation, des juges

avaient rejeté notre argument selon lequel, sans publication au J.O., le texte du

jugement de Nuremberg ne pouvait être réputé connu du justiciable. Ils l’avaient fait

non sans maladresse et en trahissant leur ignorance du sujet. C’est ainsi que, sur la

seule foi de l’affirmation d’un avocat général, la XIe chambre de la Cour d’appel de

Paris avait déclaré que chacun était censé connaître le jugement de Nuremberg au

motif suivant :

Considérant que le procès qui s’est conclu par le jugement du 1er octobre 1946

du Tribunal militaire international de Nuremberg a fait l’objet d’une

publication officielle, en langue française ; que les archives de ce procès sont

détenues par la Cour internationale de justice de La Haye, dépositaire du

jugement, qui peut être communiqué ;

Considérant, en conséquence, que le jugement du Tribunal militaire

international en date du 1er octobre 1946 s’impose à tous, alors même qu’il n’a

pas été publié au Journal officiel de la République française (arrêt Guionnet du

27 mai 1992).

Le texte des comptes rendus et des documents du Procès des grands criminels de

guerre devant le Tribunal militaire international, Nuremberg 14 novembre 1945 –

1er octobre 1946, forme un ensemble de 42 volumes (41 volumes dans l’édition

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française où manque fâcheusement le volume XXIII, qui devait contenir l’index des

matières ainsi que les corrections).

Le texte du jugement figure aux pages 440-631 du volume XXII, aux dates où ce

jugement a été prononcé, c’est-à-dire le 30 septembre et le 1er octobre 1946 ; il figure

également sous une forme continue, sans aucune interruption, dans les pages 181-367

du premier volume. Dans le premier cas, le jugement occupe 192 pages et, dans le

second cas, 187 pages. Pour un juriste, la simple consultation en bibliothèque est

d’autant plus insuffisante qu’il lui est nécessaire, pour comprendre de nombreux points

de ce jugement, de se reporter au contenu des autres volumes. Bref, il lui faut faire

l’acquisition des 41 volumes de l’édition française. Jamais réédité, l’ouvrage ne se

trouve que par chance, en marchandise d’occasion, au prix d’environ 6 000 francs. Il

est encombrant et d’un usage difficile dans sa version française La sagesse commande

de se procurer, de surcroît, soit la version américaine, soit la version anglaise, soit la

version allemande, pour disposer d’un index des matières (où chercher, par exemple,

le nom d’Auschwitz). Avec cet index en anglais ou en allemand, on se reportera au

texte anglais ou allemand des débats ; on y cherchera le ou les passages à examiner ;

puis, retournant à l’édition française, on s’efforcera, non sans d’inévitables

tâtonnements, de trouver ce même ou ces mêmes passages en français

Le texte imprimé du jugement de Nuremberg ne revêt aucun caractère officiel

Aura-t-on la garantie de disposer ainsi du texte officiel des débats et du jugement ?

Certes non. L’édition française porte en caractères d’imprimerie les précisions

suivantes : « Édité à Nuremberg, Allemagne, 1947 », puis : « Suivant les directives du

Tribunal Militaire International, ce volume est publié par le Secrétariat du Tribunal

sous la juridiction des Autorités Alliées de Contrôle pour l’Allemagne » ; enfin, on lit :

« Texte officiel en langue française ». Dans l’avant-propos, on nous affirme que le

texte français a été certifié pour la publication par une certaine Mlle Aline Chalufour !

Mais quel est l’organisme officiel, quelle est la personne responsable qui parle ici ?

Nul cachet, nul timbre, nul sceau, nulle signature, nulle date précise.

On se trouve donc devant un pur produit de librairie, une production simplement

commerciale, dont rien, au regard d’un juriste, ne garantit l’authenticité ou simplement

la conformité à une pièce originelle manuscrite ou dactylographiée, signée du nom de

ses auteurs et revêtue des marques d’usage en la matière. De plus, l’éditeur suggère,

par une feuille volante insérée dans chaque volume, que des erreurs ont pu se glisser ;

il remercie par avance ceux qui pourront lui proposer des corrections factuelles

Difficulté de se procurer même le texte officieux du jugement de Nuremberg

Si l’on se tourne, comme je l’ai fait, vers la Cour internationale de justice de La Haye,

dépositaire du jugement, on rencontre des difficultés d’une autre nature. Il ne m’a pas

fallu moins de seize mois pour obtenir, au prix de demandes renouvelées,

communication du seul texte du jugement, à l’exclusion du texte des débats,

nécessaire, comme on va le voir, à la compréhension dudit jugement.

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Nécessité de se procurer aussi le texte des débats

Je n’en suis d’ailleurs guère plus avancé. Sur les « camps d’extermination nazis »

(expression forgée par les Alliés), sur les chambres à gaz « nazies » et sur le nombre

des Juifs censés avoir péri du fait des Allemands, le texte du jugement est

remarquablement bref, vague et allusif. Pour avoir quelque chance d’en saisir la

portée, il me faudrait, de toute évidence, me reporter aux débats eux-mêmes.

Prenons un exemple. Le tribunal clôt ses brèves considérations sur l’extermination des

Juifs par la phrase suivante :

Adolf Eichmann, que Hitler avait chargé de ce programme, a estimé que cette

politique avait causé la mort de six millions de Juifs, dont quatre millions

périrent dans les camps d’extermination (TMI, I, p. 266).

On remarquera que le tribunal rapporte une « estimation » attribuée à Eichmann mais

qu’il ne donne pas ici sa propre estimation. Quelques pages plus loin (Ibid., p. 311), le

tribunal change sa formulation et ces mêmes « camps d’extermination » deviennent

des « camps de concentration ». Pour en avoir le coeur net, il me faut donc

entreprendre des recherches afin de déterminer comment, au cours des débats, les

juges ont pu connaître de ce point. Ces recherches ont nécessité plusieurs jours au

terme desquels j’ai eu la surprise de découvrir que, comme l’avait déclaré le professeur

Faurisson à maintes reprises, les juges avaient commis là une grave erreur. Jamais

Eichmann n’avait dit que six millions de Juifs étaient morts, dont quatre millions dans

des « camps d’extermination ». C’est un collaborateur des autorités américaines, un

ancien SS du nom de Wilhelm Höttl, qui l’avait affirmé. Plus exactement, W. Höttl

avait dit qu’Adolf Eichmann le lui avait dit vers la fin août 1944, à Budapest. (Entre la

fin août 1944 et le 8 mai 1945, date de l’armistice, bien d’autres morts juives auraient

dû être ajoutées à ce total de six millions !) La déclaration de W. Höttl avait été lue

par un avocat général américain devant le tribunal, le 14 décembre 1945. Elle avait

fait sensation. Un avocat allemand avait alors demandé la comparution à la barre de

  1. Höttl afin d’obtenir des éclaircissements sur cette extraordinaire affirmation. Il

avait ajouté que rien n’était plus facile : Höttl était sur place, à Nuremberg, en prison

où nous en avons la preuve il collaborait avec l’accusation tout comme il l’avait déjà

fait pendant la guerre où il était en liaison avec les services américains en Suisse.

Visiblement embarrassé, l’avocat général américain avait immédiatement fait marche

arrière et le président avait décidé qu’on verrait plus tard. En réalité, W. Höttl ne fut

jamais convoqué à la barre. Les juges le savaient bien qui, rédigeant leur jugement,

ont, par conséquent, commis soit une grave erreur, soit un mensonge délibéré.

Si un révisionniste que je suis amené à défendre se voit reprocher de contester le

chiffre de six millions et si, sur le fondement de la loi antirévisionniste, on l’accuse de

contester ainsi un point du jugement de Nuremberg, je m’estime en droit de faire

remarquer au tribunal l’erreur ou le mensonge, sur ce point, des juges de Nuremberg.

Mais, pour être en mesure de le faire, il m’aura fallu entreprendre un véritable

parcours du combattant et franchir bien des obstacles. La XIe chambre de la Cour

d’appel de Paris ignore superbement les justiciables et leurs défenseurs quand elle

prononce, ex cathedra, que le jugement et les archives du procès de Nuremberg sont

pour ainsi dire à la portée de tous, même si rien n’en a été publié au J.O. ! Pour sa

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part, elle ne semble en avoir connaissance que par des éléments tronqués que lui

transmet furtivement et secrètement la Chancellerie !

Dans le chapitre III, nous verrons de quelle manière les juges tendent à appliquer la

loi Fabius-Gayssot mais, d’ores et déjà, puisque j’en suis ici à traiter du fondement de

cette loi, à savoir le jugement de Nuremberg lui-même, il convient de s’attarder un

instant sur l’usage que font aujourd’hui les juges français de ce jugement du Tribunal

militaire international de Nuremberg.

Les juges d’aujourd’hui ne consultent pas même le texte du jugement de

Nuremberg

A l’exception de la Cour d’appel de Caen, les juridictions saisies d’affaires mettant en

cause des révisionnistes n’ont pas jugé nécessaire de se munir publiquement et

contradictoirement du texte du jugement de Nuremberg ou de tout autre jugement, par

une juridiction française, de personnes accusées et condamnées pour des « crimes

contre l’humanité ». Il semble que les juges français accordent ainsi, dans leur

ensemble, à l’autorité relative de la chose jugée, une autorité absolue, un statut,

pourrait-on dire, d’absolu ontologique qui n’a plus rien à voir avec la justice des

hommes. Quant au texte officiel des débats, indispensable pour éclairer le texte du

jugement, aucune juridiction, hormis la Cour de Caen, ne s’est souciée de le produire.

Les juges condamnent des révisionnistes au nom de textes qu’ils sont incapables de

produire à la vue de tous. Ils invoquent des écritures enfermées dans un tabernacle

dont nul n’approche même s’il est revêtu de la robe de justice.

Les juges d’aujourd’hui se fient aux rumeurs sur le procès de Nuremberg

Notre justice a repris à son compte ce que propage la commune renommée. Elle

interdit de contester l’existence des chambres à gaz « nazies », le génocide des Juifs et

la mort de six millions de Juifs parce que, selon elle, « tout le monde sait que ces

choses-là ont été établies à Nuremberg ». Grave erreur : elles n’ont pas été établies

mais, grâce en grande partie à l’article 21 (voy., ci-dessous, p. 98) du statut de ce

tribunal, elles ont été « tenues pour établies » à titre de « preuves authentiques », et

encore dans les termes les plus vagues ou au prix d’erreurs ou de mensonges qu’on

découvre à la lecture attentive des comptes rendus imprimés du procès. Le lecteur

hâtif s’imagine que les juges de Nuremberg ont établi le nombre des morts

d’Auschwitz ainsi que le nombre total des morts juives pour toute la guerre. En réalité,

pour Auschwitz, ils ont invoqué l’ « avis » (sic) de Rudolf Höss et, pour le nombre

total, ils ont mentionné le nombre « estimé » (sic) par Adolf Eichmann (TMI, p. 264,

266).

Les juges d’aujourd’hui font de la surenchère sur les juges de Nuremberg

Le prévenu Pierre Marais avait publié une étude, de caractère chimique, sur la

« chambre à gaz du Struthof ». Il s’est vu condamner pour son scepticisme par la

XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris et par la XIe chambre de la

Cour d’appel. Or, le texte du jugement de Nuremberg qu’on lui opposait ne mentionne

nulle part cette chambre à gaz ! Le comble, par ailleurs, est que cette chambre à gaz

est la seule qui ait fait l’objet d’une « expertise de l’arme du crime » et que cette

expertise, rédigée en décembre 1945 par le professeur René Fabre, doyen de la faculté

14

de médecine de Paris, a conclu négativement. J’ai pu le constater personnellement, en

1980, en examinant, au Palais de justice de Paris, les pièces du « procès du Struthof »

(Tribunal de Metz) détenues par la Direction de la Gendarmerie et de la Justice

militaire.

Pour la défense de P. Marais, j’avais pris soin de souligner les deux passages suivants

du jugement de Nuremberg :

Un certain nombre de camps de concentration possédaient des chambres à gaz

pour l’exécution massive des prisonniers, dont les corps étaient ensuite brûlés

dans des fours crématoires. Ces camps furent en fait utilisés à la « solution

finale » du problème juif par l’extermination. […]

Tous ceux qui le pouvaient encore devaient travailler ; ceux qui étaient hors

d’état de le faire étaient exterminés dans des chambres à gaz, après quoi l’on

brûlait leurs cadavres. Certains camps de concentration, tels que Treblinka et

Auschwitz, furent principalement choisis à cette fin (TMI, I, p. 247 et 264).

C’est en ces termes que s’exprime essentiellement la sainte Écriture de Nuremberg sur

le chapitre des chambres à gaz.

Dans l’affaire Marais, le tribunal et la cour ont balayé toute objection, considérant que

l’étude chimique incriminée était susceptible d’être étendue au cas d’autres chambres à

gaz dans d’autres camps de concentration ! En effet, dans son jugement du 10 juin

1993, le tribunal a prononcé :

En réalité, malgré le titre de l’article, la démonstration de M. Marais et ses

conclusions ne prennent appui sur la « confession » du chef du camp de

Struthof que par prétexte, et visent à affirmer, de façon beaucoup plus

générale, l’invraisemblance technique des « prétendues chambres à gaz ».

Et la cour d’appel a confirmé, dans son arrêt du 2 décembre 1993 : « Considérant que

le délit est donc caractérisé ; que les premiers juges ont fait une juste application de la

loi pénale qui sera confirmée par la cour ; […]. »

Un fondement des plus fragiles : le procès de Nuremberg

La loi Fabius-Gayssot se fonde essentiellement sur le jugement du procès de

Nuremberg. Elle trouve son origine dans ce procès ou, plutôt, dans cette mascarade

judiciaire. Elle en est le rejeton tardif. Son infirmité est congénitale.

Sur le procès de Nuremberg, on consultera, ci-dessous, l’Annexe 1.

15

CHAPITRE II

UNE LOI QUI BAFOUE LES PRINCIPES DU DROIT

On viole le principe de la séparation des pouvoirs

La loi Fabius-Gayssot n’est pas une loi ; elle est une voie de fait. Aucun législateur

n’avait le droit de la prendre et de créer ainsi un type d’infraction auquel on ne trouve

pas de précédent dans l’histoire de la civilisation et du droit.

Le législateur, c’est-à-dire le Parlement français, a commis là un acte de forfaiture. En

portant atteinte, d’une manière unique et caractérisée, à l’impartialité des juges, il a

violé le principe de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif a bafoué le

pouvoir judiciaire. Étonnant effet de la dégradation intellectuelle et morale des juges,

les intéressés eux-mêmes ne semblent pas s’en être rendu compte. Dès 1991, j’ai

appelé l’attention des magistrats sur cette violation du principe de la séparation des

pouvoirs. L’argument a été repoussé, y compris par la Cour de cassation. Mon

confrère, Jean Stévenin, avocat au barreau de Nanterre, a par la suite, en 1993, repris

l’argument en le développant et en l’enrichissant de considérations nouvelles.

Je pense nécessaire de revenir sur ces points.

Le crime n’est pas défini, sinon capricieusement et rétroactivement

La loi Fabius-Gayssot porte donc sur la contestation des « crimes contre l’humanité » ;

or, le législateur se révèle incapable de caractériser définitivement ce type de

« crimes ».

Ainsi que j’en ai fait la remarque par ailleurs1, les juridictions françaises n’ont, pour

leur part, découvert le crime contre l’humanité que de manière adventice et tardive.

Après quelques tentatives de définition au cours des années soixante, soixante-dix et

quatre-vingt, c’est seulement en 1985, à l’occasion du procès Barbie qu’on a mis au

point une définition boiteuse pour, au demeurant, la modifier par la suite afin de

l’adapter aux besoins du procès Touvier. C’est assez dire que tous les records de

rétroactivité sont ici battus. Déjà, en 1945, les Allemands vaincus s’étaient vu

appliquer une législation rétroactive, définie précisément le 8 août 1945, soit trois

mois après la fin du conflit en Europe ; aux Français « complices » du camp des

vaincus, on applique une législation définie, de façon laborieuse et confuse, cinquante

ans après que ces hommes ont cessé toute activité réputée criminelle.

1 La Francophobie, éditions Libres Opinions (B.P. 579-01, 75027 Paris Cedex 01, 85 F), 1993, 113 p.,

  1. 28, 98 sqq.

16

Le juge se trouve soumis au préjugé

Traditionnellement, et cela sans exception, le juge règle des cas d’espèce mettant en

cause des personnes responsables. Cette responsabilité est civile ou pénale. Le juge

doit faire montre d’impartialité dans l’examen des cas particuliers, surtout humains,

qui lui sont soumis. En aucun cas d’espèce, ni en aucun ensemble de cas d’espèces, il

ne peut abdiquer son devoir de souveraineté ou même en abandonner une part. Il jouit

d’une totale liberté d’appréciation des faits ; cette liberté constitue même son premier

devoir. Seule s’impose à lui la règle de droit. Il s’agit là d’un principe objectif d’ordre

général et abstrait : une norme. La norme, est-il besoin de le rappeler, doit s’appliquer

sans préjugé. Le juge n’a pas à se soumettre à ce qui serait une autorité absolue de la

chose jugée. Il ne doit connaître ni préjugé ni « préjugement ». Aucun plaideur ne

peut être jugé d’avance. Ce scrupule du juge à ne juger que cas par cas peut d’ailleurs

aboutir à des situations difficiles, ou même absurdes, mais tel est le prix à payer pour

garantir tous ses droits au justiciable. Supposons qu’au terme de toutes les procédures

normales un individu soit condamné pour vol et imaginons qu’après sa condamnation

on arrête un complice du même vol. Fort de l’autorité relative de la chose jugée,

l’avocat de ce dernier sera en droit d’établir que ce vol-là n’a tout simplement pas eu

lieu. En d’autres termes, cela signifie que l’avocat défendant une autre partie, même en

présence de la même cause et du même objet, pourra faire mettre à néant une

prétendue vérité relative précédemment établie. Le complice devra être relâché tandis

que son compère demeurera en prison avec, pour seul espoir, le bénéfice d’une mesure

de grâce ou d’une problématique révision de son procès. Le résultat, certes, heurte le

bon sens mais c’est ainsi qu’on sauvegarde la souveraineté des juges, laquelle doit, en

tout état de cause, rester inaliénable. Grâce à l’autorité relative de la chose jugée, tout

plaideur doit savoir qu’il bénéficie d’une chance spécifique, même si son procès

ressemble à bien d’autres procès, fussent-ils connexes.

On oublie que la chose jugée ne peut être que relative

Avant la loi Fabius-Gayssot, il existait, certes, une « autorité de la chose jugée » mais

il faut bien comprendre que cette autorité n’était que relative, c’est-à-dire qu’elle ne

s’appliquait qu’aux parties en cause. Dans deux procès similaires, un juge ne pouvait

pas se prévaloir d’une décision rendue dans le premier procès pour l’appliquer

purement et simplement au second procès. Toutes les décisions de justice restaient

formellement indépendantes les unes des autres. Le procès changeait dès lors que

changeait l’un de ses trois éléments constitutifs : soit les personnes en présence, soit la

cause qui avait provoqué le procès, soit l’objet de ce même procès, c’est-à-dire ce que

chaque partie prétendait obtenir (dans le langage judiciaire : la communauté de

parties, de cause et d’objet). Bref, le jugement du procès de Nuremberg n’est

formellement valable que relativement aux accusés de Nuremberg, que ces derniers

aient été condamnés ou acquittés.

Le jugement de Nuremberg n’était « opposable » qu’aux parties en cause

La chose jugée doit pouvoir être « opposable », le juge contraignant telle personne à

faire ou à ne pas faire telle chose. Dans ce cas, les intéressés doivent être informés de

la décision, soit oralement quand ils sont présents à l’audience, soit en recevant une

notification (par lettre recommandée avec accusé de réception) ou une signification

(par acte d’huissier). Mieux : une décision judiciaire peut nécessiter une publicité

17

générale à l’adresse de tous. On la dit alors opposable « erga omnes » (envers tous).

Une telle décision peut, en effet, avoir des conséquences secondes et induites d’ordre

général à l’égard de tiers. Tel est le cas, par exemple, pour :

– l’inscription en marge des actes d’état civil, pour les affaires dites d’état (nom,

prénom, sexe, filiation, mariage ou divorce) ;

– la transcription à la Conservation des hypothèques des droits immobiliers ;

– l’inscription au Registre civil de tout ce qui concerne la capacité des personnes

physiques (mesures de protection, mise sous tutelle ou curatelle, renonciation à une

succession, etc.) ;

– l’inscription au Registre du Commerce et des Sociétés de tout ce qui a trait aux

garanties qu’offrent les commerçants à leurs créanciers potentiels ou à l’existence et au

fonctionnement des sociétés ;

– l’inscription en préfecture de tout ce qui concerne l’existence et le fonctionnement

des associations qui prétendent à la personnalité juridique ;

– etc.

Si Hitler ou Himmler revenaient sur terre, aucun juge ne pourrait leur « opposer » le

jugement rendu contre Göring ou Kaltenbrunner et les condamner d’office. Ils auraient

droit à un procès où le juge aurait à charge de rechercher s’ils ont, par exemple,

commis des « crimes contre l’humanité ». Or, un révisionniste ne se voit pas même

accorder ce droit ; d’avance, il est condamné pour avoir « contesté » (et non pas même

« commis ») des « crimes contre l’humanité » dont le juge ne cherche même pas à

établir la réalité et les contours. Au révisionniste on « oppose » abusivement le

jugement rendu contre Göring ou Kaltenbrunner ; juridiquement, on le prive d’un droit

qu’on accorde – au moins en apparence – aux Nationaux-socialistes allemands.

On ne garantit plus l’indépendance du juge

En Europe, quel que fût le système judiciaire en vigueur, le principe de

l’indépendance du juge avait toujours été formellement respecté. Il l’était dans le droit

coutumier comme dans le droit écrit. Le droit coutumier était le nôtre avant la

Révolution et il reste celui de l’Angleterre, tandis que le droit écrit est celui de la

France contemporaine et des pays d’Europe continentale.

Sous l’empire du droit coutumier, comme c’est le cas en Angleterre, la jurisprudence

tend à être rigide. En l’absence de loi écrite, cette jurisprudence définit une fois pour

toute la règle de droit. Le juge est tenu de respecter un droit que le « précédent » a

défini pour toujours. Cependant, pour parer aux inconvénients d’une soumission

formelle à ce précédent, le juge est maître de constater, comme il l’entend, le fait et les

circonstances. Il lui suffit, pour recouvrer sa liberté, d’estimer que le fait qui lui est

soumis se différencie, ne fût-ce que par un détail, du fait précédent. En revanche, il

n’est pas supposé libre de définir la règle de droit applicable ; il lui faut observer la

coutume. Il ne peut s’opposer à la règle législative (qui n’est pour lui que subsidiaire)

ou coutumière mais il garde la ressource de démontrer que les faits de telle cause

particulière ne correspondent pas exactement au champ d’application de la loi ou de la

coutume. C’est ainsi que le juge anglais conserve son indépendance.

Sous l’empire du droit écrit, comme c’est le cas en France, le précédent n’a pas

d’autorité formelle. Le juge se réfère à la loi écrite. Il lui est interdit de prendre des

18

« arrêts de règlement ». L’article 5 du code civil précise : « Il est défendu aux juges de

prononcer par voie de disposition générale et réglementaire sur les causes qui leur

sont soumises ». La règle normative et objective ne dépend pas des juges mais relève

de la souveraineté législative du Parlement ou du pouvoir réglementaire de

l’administration. Seuls les cas particuliers sont l’apanage du juge, qui, lui, est

totalement libre dans son appréciation des faits. C’est ainsi qu’à son tour le juge

français conserve son indépendance.

Le juge est dépouillé de sa raison d’être

La loi Fabius-Gayssot, elle, dépossède le juge de ce qui avait toujours été sa raison

d’être. Depuis que les rois médiévaux ont délégué aux juges le droit de rendre la

justice, il ne s’est pas rencontré un cas analogue à celui de cette loi antirévisionniste.

Même la Convention n’avait à ce point dépouillé les juges terroristes de leur

prérogative la plus normale.

Il arrive au législateur de se prononcer sur des cas particuliers. C’est ainsi que le

Parlement élève un militaire à la dignité de maréchal de France ou distingue

nommément, par l’effet d’une loi, tel citoyen qui « a bien mérité de la patrie » mais il

ne s’agit là que de mesures s’appliquant à des individus et sans effet sur l’exercice de

la fonction judiciaire.

Le juge est gagné par l’embarras

Aujourd’hui, la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris, sous la présidence

de Jean-Yves Monfort, ne parvient pas à dissimuler son embarras sur le sujet. Dans un

jugement rendu le 24 mars 1994, elle repousse l’argument de la non-publication du

jugement de Nuremberg et d’autres jugements pour crimes contre l’humanité en

déclarant :

On doit admettre que, par une technique législative spécifique, le législateur a

entendu poser une véritable présomption de connaissance du jugement du

tribunal de Nuremberg, ou des autres jugements de condamnation pour crimes

contre l’humanité, qui ont été rendus publiquement, et qui constituent à la fois

des faits juridiques, opposables à tous, et des faits historiques majeurs,

commentés et connus de tous, que la définition légale a intégrés comme

éléments constitutifs du délit de l’article 24 bis.

Que veut dire « on doit admettre » ? Pourquoi devrait-on « admettre » ? S’agit-il d’une

hypothèse ? d’une obligation morale ? d’une nécessité juridique ? Que signifie : « une

technique législative spécifique » ? Qu’est-ce qu’une « technique législative » ? De

quelle loi relève-t-elle ? Qu’est-ce qui autorise cette technique ? Cette technique a-telle

des précédents ? Que veut dire « le législateur a entendu poser » ? Qu’en sait-on ?

Que le législateur ait « entendu poser » signifie-t-il qu’il avait le droit de « poser » ?

ou d’imposer ? S’il ne l’a pas dit, faut-il le lui faire dire ? Que signifie « une véritable

présomption » ? Que fonde-t-on sur une présomption de ce genre ? Quelle est la

portée de l’adjectif « véritable » ? Comment peut-on présumer que tous, c’est-à-dire

tous les Français, connaissent les 187 pages imprimées du texte officieux du jugement

de Nuremberg ou, plutôt, toutes les pages du texte officiel de ce jugement que le

président Monfort lui-même n’a pas été en mesure de produire lors de l’audience ? Et

19

comment tous les Français connaîtraient-ils les textes « des autres jugements de

condamnation pour crimes contre l’humanité » ? Enfin, comment peut-on parler de

« faits historiques majeurs, commentés et connus de tous » ? Comment la XVIIe

chambre peut-elle affirmer que tous les Français commentent et connaissent (sans

doute a-t-elle voulu dire : connaissent et commentent) des « faits historiques

majeurs » qui ne sont ni énumérés, ni définis, ni situés dans le temps ou dans

l’espace ? La XVIIe chambre a eu l’honnêteté de vouloir répondre à l’argument de la

non-publication du jugement de Nuremberg (et d’autres jugements du même type)

mais elle n’y est pas parvenue, sinon par des moyens que doit se refuser tout juge : le

pathos, l’amphigouri, le vide des notions et des mots.

Une « mauvaise loi », admet Me Charles Korman

Même ceux qui souhaitaient voir instituer le délit de révisionnisme sont obligés de

convenir que la loi Fabius-Gayssot est une « mauvaise loi ». C’est l’opinion de Charles

Korman, l’un des avocats les plus en vue parmi les censeurs du révisionnisme

historique. En mai 1990, à l’époque du débat parlementaire sur cette loi, il constatait :

Il demeure que le texte voté est techniquement maladroit. La presse n’en a pas

publié le détail. Or, sa rédaction révèle que le fait délictueux punissable est

« la contestation de l’existence des (ou d’un) crimes contre l’humanité « tels »

que définis par l’article 6 de l’Accord de Londres du 8 août 1945 « et qui ont

été commis » soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle soit

par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction

française ou internationale ».

Est-ce là un texte simple et facile à appliquer ? On pourrait le penser à

supposer qu’on ait vérifié l’exhaustivité en fait de crimes contre l’humanité de

tous les jugements existants […] il faudra démontrer aux juges que tous les

éléments qui caractérisent le crime contre l’humanité sont réunis dans

l’exaction dont l’existence sera contestée et que de plus elle avait été commise

soit par un membre de la SS, soit de la Gestapo ou de la SD, soit du parti nazi,

et en d’autres termes se livrer à un travail d’identification des auteurs quant à

leurs noms et qualités. Simple ? En fait cette définition délirante du délit de

contestation de crimes contre l’humanité va obliger les plaignants à engager les

magistrats – qui n’en veulent pas : et on les comprend ! – à rejuger l’Histoire, à

les transformer non seulement en exégètes mais en véritables interprètes

d’autres juges. Côté plaignants il sera vivement recommandé d’être doté de

volumineuses bibliothèques […] C’est donc une mauvaise loi car d’application

malaisée ; elle sera donc inefficace. Ne demeurera que l’incantation

(Information juive, « Une mauvaise loi », mai 1990).

Me Korman fournissait là une série d’arguments qui, exploités par les avocats des

révisionnistes, auraient dû convaincre les juges. Il n’en a rien été.

20

CHAPITRE III

UNE LOI QUE LES JUGES APPLIQUENT DE FAÇON CONTESTABLE

Des magistrats au service de la police de la pensée

Dans La Francophobie, je me suis efforcé de montrer comment la loi antinationale du

1er juillet 1972, dite « loi Pleven » ou « loi antiraciste », avait transformé la justice

française en une justice partisane. J’ai décrit comment, peu à peu, une récente

génération de magistrats, se coupant des traditions morales et culturelles de ses aînés,

s’était mise au service d’un nouveau conformisme venu des États-Unis, celui de la

pensée « politically correct ». Ce conformisme puritain a donné naissance à une sorte

d’intolérance judiciaire. Là où leurs aînés, conscients de brider la liberté d’opinion,

n’appliquaient la loi de 1972 qu’avec gêne, ces nouveaux magistrats se sont mis à

condamner avec sévérité les dissidents de la pensée « politiquement correcte ». Ces

magistrats paraissent agir en toute bonne conscience mais il n’est pas à exclure qu’une

certaine terreur révérencielle ne dicte aussi leurs décisions.

Ils abandonnent l’interprétation stricte des textes

Pour commencer, les nouveaux magistrats ont fait évoluer la justice pénale sur l’un

des points les mieux établis et les plus sages de la jurisprudence : le principe

d’interprétation stricte des textes d’incrimination, c’est-à-dire le principe qui veut que

la loi « ne puisse être opposée à un accusé ou prévenu qu’à la lettre, sans recours

possible aux raisonnements par analogie, similitude ou déduction logique qui sont

courants dans les autres branches du droit (droit civil, commercial, social, etc.) »1. Ce

principe, ils ont même fini par le détruire.

Ils aggravent arbitrairement les peines financières

Puis, dans leurs jugements ou arrêts de condamnation, ils se sont mis à accorder aux

associations dites antiracistes, au lieu d’indemnisations symboliques, de substantielles

réparations financières ; à la fois délatrices et assoiffées d’argent, ces associations

pudibondes, perpétuellement à l’affût des pensées coupables, ont été récompensées de

leur activité nouvelle d’auxiliaires de justice. Innovation jurisprudentielle des années

quatre-vingt, les condamnations pour infraction de presse visent non plus seulement à

punir les dissidents mais à les ruiner. Ces juges contribuent ainsi, pour leur part, à la

création d’une société où l’être est interdit et où seul l’avoir, donc l’argent, compte.

1 La Francophobie, op.cit., p. 45

21

Ils jettent les hérétiques en prison

Enfin, les nouveaux magistrats, dans leur zèle à détruire et à ruiner, ont assené des

amendes particulièrement lourdes et sont allés jusqu’à rétablir la peine de prison ferme

pour infraction de presse ; c’est à cette sanction que s’exposent ceux qui, tel Alain

Guionnet1, refusent de se soumettre à la censure et savent qu’ils ne trouveront aucun

recours auprès de la « grande presse », laquelle se soumet d’avance aux ordres au

point de cacher à ses lecteurs le fait même de cette incarcération. Anne Chemin, qui

appartient au service juridique du Monde, a admis que son journal avait pour politique

de passer sous silence tout fait dont la révélation pourrait servir à la publicité des

révisionnistes : « Pour ce qui concerne les révisionnistes, notre politique est très

claire : en parler le moins possible car leur existence dépend directement de l’écho

médiatique qu’on en fait » (entretien téléphonique du 17 juin 1993).

Ils laissent la politique pénétrer dans le prétoire

« Quand la politique entre dans le prétoire, la justice en sort ». L’histoire de la justice

est émaillée de procès politiques. La justice y a rarement gagné ; la morale sociale y a

perdu et les magistrats impliqués y ont révélé leur complaisance pour les puissants du

jour. Avec son « Vae victis ! » Brennus, lui, ne prétendait pas à une supériorité morale

par rapport aux Romains vaincus. Ce barbare l’emportait par là, du point de vue

moral, sur des juges soi-disant civilisés qui, pour servir les détenteurs du pouvoir,

acceptent de desservir leur propre idéal.

Le sinistre stalinien Erich Honecker a échappé à la justice ouest-allemande. On s’en

félicitera ici, même si l’on est farouchement anticommuniste. La justice doit, en effet,

se contenter de sa part de souveraineté sans empiéter sur le domaine du politique. Elle

ne peut prétendre à l’indépendance, laquelle suppose un effort permanent de

neutralité, que si elle se garde d’intervenir dans le discours politique ou social.

Ils donnent libre cours à leurs propres passions : exemple du juge Bernard Darcos

Ainsi certains magistrats en viennent-ils à se sentir libres d’exprimer au grand jour des

passions partisanes à la mode. Loin du secret des délibérés où se conçoivent

jugements et arrêts et au mépris du devoir de réserve qui dicte normalement leur

conduite hors du prétoire, ils prennent publiquement parti, non sans éclat et dans le

style journalistique, en faveur de motifs sans cesse repris et orchestrés par la

propagande d’État.

Le 10 janvier 1994, lors de la cérémonie solennelle de la rentrée judiciaire, Bernard

Darcos, président du Tribunal de grande instance de Versailles, consacrait son

discours à la dénonciation du « néo-racisme culturel ». A l’occasion d’un cérémonial

et devant une assemblée officielle où il savait que ses propos engageaient également

ses pairs, il prononçait une diatribe contre les Français qui se disent attachés à la

défense de leur identité culturelle. Fustigeant « cette valorisation extrême de la

supériorité de sa propre identité culturelle [qui a remplacé l’affirmation d’une

prétendue pureté raciale mais perpétue bien] la bête immonde », il ajoutait : « Il

1 Alain Guionnet, directeur de la publication mensuelle Révision, a déjà subi, pour des infractions de

presse, plus d’un an de prison en 1991, 1993 et 1994.

22

faudra qu’un jour notre civilisation ait raison de cette hydre ». Puis, il dénonçait

« ceux qui égorgent les poètes, ceux qui prônent la purification ethnique ». Il ne

semble pas que le président Darcos ait alors songé ni au poète Robert Brasillach, ni à

la purification ethnique, en 1945-1946, de douze millions d’Allemands de tout l’Est

européen, ni à celle, en 1962, des Français d’Algérie ayant à choisir entre « la valise

ou le cercueil » ou encore à celle qui, depuis 1948 (quarante-six ans !), s’applique aux

Palestiniens en terre de Palestine.

« Il fallait du courage et accepter d’entrouvrir son âme pour parler si franchement du

racisme. » Telle fut l’appréciation obséquieuse d’une journaliste d’un quotidien de

Versailles (Sylvie Piffara dans Toutes les Nouvelles, 19 janvier 1994). Mais de quel

courage le président Darcos avait-il fait preuve ? Certes, il avait poussé l’audace

jusqu’à fouler aux pieds le devoir de réserve mais quel vrai risque avait-il couru ? Estil

dangereux de réciter le credo du jour ? La preuve qu’il se conformait à l’esprit du

temps réside précisément dans l’hommage reçu : pudiquement il avait entrouvert son

coeur et, ce faisant, il nous avait permis d’apercevoir une belle âme : franche,

courageuse et antiraciste.

  1. Darcos est magistrat du siège et président de juridiction. D’un tel personnage les

justiciables attendent mesure, impartialité et une conduite qui s’efforce d’être

exemplaire. Or, ce magistrat s’était exprimé dans le style à clichés du journaliste

sectaire. Il allait récidiver deux mois plus tard dans une copie de potache intitulée

« Du droit à la différence au néo-racisme culturel » où il s’en prenait aux

« mouvements révisionnistes ou négationnistes » et autres « gueules venimeuses de

cette moderne Hydre de Lerne, dont la civilisation devra bien pourtant, un jour, avoir

raison » (Experts [près la Cour d’appel de Versailles], mars 1994, p. 5-6). Un

justiciable est désormais en droit de refuser d’être jugé par un magistrat qui se trouve

avoir ainsi manifesté un esprit partisan. Les avocats qui auront à plaider à Versailles

devant B. Darcos pour la défense de clients attachés, eux, à la culture française

devront se souvenir du discours du 10 janvier 1994 : une diatribe à la Fouquier-

Tinville.

Effets sur les juges de la peur ambiante

De telles atteintes au devoir de réserve ne sont possibles qu’à cause de la peur

ambiante que j’appelle la terreur révérencielle. Les magistrats qui entendent ou lisent

de tels discours ne réagissent pas. Il se peut que certains approuvent B. Darcos ;

d’autres, qui le désapprouvent, se taisent précisément parce qu’ils se sentent soumis à

l’obligation de réserve ; mais d’autres aussi ont peur.

Aujourd’hui, la peur de l’anathème a pris de graves proportions. Un totalitarisme,

particulièrement insidieux, prend le contrôle des esprits. Il procède sans bottes ni

casques. L’effet de sidération est général.

Pour prendre subitement conscience de ce totalitarisme, il faut une expérience

personnelle. On a risqué une réflexion, une phrase, un rien : on se retrouve devant un

tribunal, on est condamné, la presse vous dénonce et c’en est fait de vous. Même si la

23

sanction n’est pas forcément là, on sent qu’à tout moment elle peut tomber. Une peur

diffuse se crée. Les idées déshonnêtes sont peu à peu proscrites.1

C’est précisément en raison de cette crainte diffuse que les librairies ordinaires

pratiquent une autocensure qui s’aggrave d’année en année. Les libraires, eux aussi,

cèdent à la crainte commune. Non seulement certains d’entre eux sont effrayés mais

ils ont peur d’avouer leur peur, sinon en toute confidence.

Le 13 avril 1992, la première chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris (Jean-

Pierre Henne, Yves Chagny, Jean-Paul Dupertuys) prononçait un arrêt de non-lieu en

faveur de Paul Touvier. Le hourvari déclenché par cette décision est encore dans les

mémoires. Les médias, le Parlement, le président de la République lui-même,

François Mitterrand, participèrent à la danse du scalp autour des trois magistrats

responsables de la décision. Au mépris de l’article 226 du code pénal punissant celui

qui aura « cherché à jeter le discrédit sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans

des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son

indépendance », un véritable concours s’instaura d’outrages à magistrats.

Pas un instant le ministre de la Justice, garde des Sceaux, n’osa prendre la défense ni

des hommes ni de la décision attaqués.

En novembre 1992, l’arrêt de non-lieu fut cassé. Comment des magistrats auraient-ils

pu courir le risque de déclencher une nouvelle campagne de haine et de folie encore

plus épileptique ?

Les juges sanctionnent le délit d’opinion

Jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, les juges ne jouaient, dans la vie

politique, qu’un rôle d’appoint. Au nom des nécessités d’un ordre social minimum, on

pouvait leur demander de participer à la défense des hommes politiques en place mais

la justice ne contribuait ni au renforcement ni à la répression d’une idée politique. Elle

n’aidait ni à l’accession au pouvoir ni à la privation du pouvoir. Son rôle se limitait à

la conservation de la sécurité de chacun. Il s’apparentait à celui de la police régulière,

tout simplement, abus compris.

Les juges réprimaient, par exemple, l’appel à l’émeute ou encore la provocation – si

elle était directe ou suivie d’effet – à la commission de délits de droit commun. Il leur

arrivait, dans ces limites, de s’en prendre, au gré de certains, à la liberté d’opinion

mais, s’ils condamnaient ainsi des individus, c’était pour l’expression ponctuellement

subversive de thèses qui, en elles-mêmes, ne tombaient pas sous le coup de la loi.

Au XXe siècle, en France, la pleine censure idéologique n’a vraiment été instaurée

qu’en 1939 avec les décrets-lois du gouvernement de gauche d’Édouard Daladier.

Aggravée sous Pompidou (loi de 1972, dite antiraciste), elle atteindra les actuels

1 « Déshonnêtes » : c’est à dessein que j’emprunte ce mot au vocabulaire de la pudibonderie du

XIXe siècle ; le tabou s’est transféré du sexe vers la race, puis, de la race, vers un ensemble, de plus en

plus large, d’idées, de convictions ou de comportements aujourd’hui tenus pour outrageants et

blasphématoires (voir La Francophobie, op. cit., p. 61 à 65).

24

sommets sous la présidence de François Mitterrand, grâce aux gouvernements et aux

parlementaires socialistes.

Aujourd’hui, la loi et les juges vont jusqu’à l’interdiction pure et simple de thèses

contraires à certaines idéologies en vogue. Depuis un demi-siècle, les dissidents ou les

hérétiques ont été à tel point diabolisés que ceux qui les répriment n’ont peut-être pas

même conscience de nous ramener par leur intolérance à une situation que l’Occident

n’a connue que lors des guerres de religion ou des procès de sorcellerie. Aux États-

Unis, même les adeptes du « politically correct » n’ont pu obtenir la création juridique

du délit d’opinion.

La régression est patente. Maître Jacques Isorni ne peut plus dire du maréchal Pétain

ce qu’il en a dit de 1945 au 25 janvier 1990. Par arrêt de la Cour d’appel de Paris en

date du 26 janvier 1990, il a été condamné, ainsi que Marie-Françoise Le Hideux,

André Laurens (directeur du Monde) et Hubert Massol, pour apologie de crimes de

guerre ou délits de collaboration pour avoir publié un manifeste en faveur, dit la cour,

« de Pétain et de ses zélateurs » (voy. la publication judiciaire dans Le Monde du

4 août 1990, p. 17). Ce langage, digne de juges-accusateurs, n’était pas même celui

des juges au moment où ils condamnaient le maréchal Pétain dans la chaleur des

passions.

Plus on s’éloigne de la guerre, moins on peut en parler librement ; cette évolution est

contraire au droit des gens et à l’usage commun ainsi qu’à la nécessité de n’écrire

l’histoire qu’après un certain laps de temps.

25

CHAPITRE IV

UNE LOI DE NATURE SACRÉE

Dans un pays où les grands moyens d’information collaborent à la répression de toute

dissidence de la pensée, la loi Fabius-Gayssot a pour fonction de protéger une

croyance, de nature de moins en moins scientifique et de plus en plus religieuse, en un

événement fondateur du monde moderne : l’extermination délibérée par l’Allemagne

de six millions de Juifs, principalement par le moyen diabolique d’abattoirs chimiques

appelés chambres à gaz homicides.

Hors de cette croyance, sur le bien-fondé de laquelle je refuse ici de me prononcer

pour des raisons d’ordre purement légal, point de salut !

Si toute croyance est respectable aussi longtemps qu’elle n’est pas imposée, le fait de

recourir à « la force injuste de la loi » pour décréter une « vérité historique »

incontestable sous peine d’amende et de prison ne peut aboutir qu’à des aberrations.

Les médias collaborent à la répression

Nous voici parvenus au temps du procès politique permanent, mieux : du procès

idéologique permanent. Aux accusés on ne reproche plus tant leurs actes, à supposer

qu’il y ait des actes, mais leurs idées. C’est de leurs idées d’abord et avant tout qu’on

leur fait grief ainsi que d’intentions d’agir qui sont, par les accusateurs, arbitrairement

induites de ces idées-là. La presse française, pourtant intéressée au premier chef par

des décisions de justice qui concernent des infractions dites de presse, préfère

détourner son regard quand il ne lui arrive pas de collaborer spontanément à la

répression judiciaire. Loin de la réalité présente et loin de la France, elle opère les

diversions nécessaires en direction de l’affaire Dreyfus ou de la Collaboration, quand

ce n’est pas de l’Irak ou de Sarajevo. Que ne s’interroge-t-elle sur le rôle qu’on lui fait

jouer pour la protection d’une idéologie de plus en plus arrogante ? La presse juive

(L’Arche, Information juive, Tribune juive,) ainsi que Le Monde, Libération, Le

Canard enchaîné, L’Événement du jeudi participent activement à la chasse au

révisionnisme et aux révisionnistes en tant qu’individus. Individus au nombre desquels

je me flatte de compter.

La Shoah protégée par la loi française

Pourtant l’oligarchie qui est ainsi parvenue à neutraliser l’esprit critique des Français

manifeste quelque inquiétude, peut-être même une inquiétude croissante. Elle a senti

la nécessité de dresser une barrière juridique propre à dissuader une fois pour toutes

les questionneurs, les sceptiques, les hérétiques, les dissidents qui persistaient, malgré

tout, à faire preuve d’esprit critique. Elle s’est dit que, parmi les événements

historiques devenus mythologiques dont il convenait de protéger la mémoire, il en

26

était un, et un seul, à valeur de mythe fondateur, qu’il fallait préserver coûte que

coûte : celui de l’« Holocauste », de la « Shoah », du génocide des Juifs et de la

chambre à gaz « nazie ».

Un mythe peut se développer autour d’un événement réel ou fictif. Pour les

exterminationnistes, l’extermination physique des Juifs par le IIIe Reich appartient à

l’ordre du réel tandis que, pour les révisionnistes, elle relève de la fiction.

Pour une raison qui relève uniquement des contraintes légales, je me garderai

d’affecter d’entrer ici dans la controverse. Je me contenterai de faire remarquer qu’afin

de préserver le mythe qui s’est développé autour de l’extermination réelle ou supposée

des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, la République française en est venue à

accoucher d’une monstruosité juridique qui n’a pas de précédent : la loi Fabius-

Gayssot.

L’histoire des hommes est riche de milliards d’événements parmi lesquels le

législateur français a jeté son dévolu sur un événement et un seul pour le placer sous

la protection des juges, des gendarmes et de la police.

En France, cet événement bénéficie depuis 1990 d’un statut exorbitant : il est devenu

intouchable. Il est de l’ordre de la Révélation. Il n’est plus d’ordre physique mais

d’ordre métaphysique. « Indicible », « ineffable », « inénarrable », « inconcevable », il

est aussi devenu juridiquement incontestable sous peine de prison, d’amende et du

versement de considérables dommages-intérêts.

Notre pays est le premier du monde à avoir définitivement jugé et fixé un point

d’histoire par une loi spécifique. En ce domaine, il a devancé l’Autriche (1992) et

l’Allemagne (vote, à l’unanimité, du Bundestag ; vote attendu du Bundesrat à la fin de

1994) (voy. Annexe 4).

Plus cynique que Staline, plus répressif que Jackson

La loi Fabius-Gayssot prononce que les faits qui reçoivent rétroactivement la

définition de « crimes contre l’humanité » soit par le Tribunal militaire international

de Nuremberg, soit par une juridiction française, doivent être tenus pour

définitivement acquis, établis, sûrs, certains et incontestables. Il est interdit de

remettre en cause la « réalité » de ces faits énoncés, principe extraordinaire et sans

précédent historique. Même des personnes étrangères à ces procès ne peuvent se

permettre la moindre contestation.

La nouveauté est formidable. L’Inquisition n’y avait pas songé. Joseph Staline non

plus. Nous voilà en présence d’une extraordinaire innovation : le dogme judiciaire.

En 1945, à Nuremberg, le procureur américain Robert H. Jackson avait lancé aux

juges : « L’histoire nous jugera demain » (TMI, II, p. 109). En 1990, à Paris, il devient

défendu de juger les juges de Nuremberg ! Même à l’aune de l’historien !

Le Tribunal de Nuremberg n’entendait pas faire oeuvre législative.

27

Le Parlement français, ainsi que nous l’avons vu, a brisé le sceau de la chose jugée. Il

s’est approprié certains éléments des délibérations des magistrats de Nuremberg et –

c’est un comble – de toutes les délibérations de procès à venir pour « crimes contre

l’humanité » sans qu’on puisse – par définition – connaître aujourd’hui le contenu de

ces procès. Sont en quelque sorte d’avance absorbés et sublimés dans la loi Fabius-

Gayssot tous les jugements, arrêts ou sentences qui paraîtront utiles à une accusation

qui ne cesse de changer de forme.

On n’avait pas interdit de contester la condamnation de Dreyfus

Comme les promoteurs de la loi antirévisionniste de 1990 ne font pas mystère de leur

attachement à la mémoire du capitaine Dreyfus, on se permettra de leur suggérer que

l’affaire Dreyfus aurait pu donner lieu à la proclamation d’une loi antirévisionniste.

Vers 1898, les antidreyfusards, qui étaient alors majoritaires, auraient pu interdire, par

une loi, de contester la sentence de 1894 qui condamnait le capitaine Dreyfus pour

trahison. Les révisionnistes de l’époque se seraient vus légalement punir pour leur

campagne en faveur du condamné. Peut-être la cohésion nationale y eût-elle gagné

mais qui ne voit que le droit aurait alors souffert un dommage aux conséquences

imprévisibles ?

Un Français est obligé de croire que Katyn est un crime allemand

Si la loi antirévisionniste de 1990 avait été édictée deux ans auparavant, les journaux

français n’auraient pas eu le droit, sous peine de poursuite judiciaire, de publier la

révélation de Gorbatchev sur la responsabilité exclusive des Soviétiques dans le

massacre de la forêt de Katyn, puisque, aussi bien, les juges de Nuremberg avaient

imputé ce massacre aux Allemands par le biais de l’article 21 du statut du TMI

déclarant vérité d’office (en anglais : to take judicial notice of) l’intégralité des

rapports des commissions des crimes de guerre établis par les Alliés. Une commission

soviétique avait établi un rapport attribuant le massacre aux Allemands. Les juges ne

pouvaient que cautionner d’office les conclusions de ce rapport mensonger (voy. La

Francophobie, op. cit., p. 92-93). Aujourd’hui, un Français reste, en principe, obligé

de croire que « Katyn » est un crime allemand cependant que procureurs et

associations habilitées par la loi à porter plainte sont totalement indifférents à la

tragédie de ces milliers d’officiers qui n’étaient, après tout, que de simples Polaks de

religion catholique

Devant l’interdit, la soumission des parlementaires

Il aurait suffi de soixante parlementaires pour saisir le Conseil constitutionnel au sujet

de la loi antirévisionniste. En mai-juin 1990, sous l’effet du montage de l’affaire de

Carpentras, les parlementaires sont restés figés de peur. Il semble que Robert

Badinter, président du Conseil constitutionnel, ait été le premier surpris de l’absence

de tout recours parlementaire. Le 21 juin 1991, Jacques Toubon demandait

l’abrogation de cette loi qu’il qualifiait de « stalinienne ». Trop tard !

L’antirévisionnisme était plus que jamais à l’ordre du jour. La chape de plomb était

définitivement tombée.

La demande de J. Toubon mérite qu’on s’y attarde. On en trouvera ci-dessous des

extraits (voy. Annexe 2). Notons que, revenue au pouvoir, la majorité UDF-RPR qui

28

avait voté contre l’adoption de la loi Fabius-Gayssot au temps de la majorité socialiste,

s’est, dans les faits, ralliée à cette loi et en prépare même une version aggravée avec la

loi Korman-Gaubert (ou Pasqua-Gaubert) qui sera vraisemblablement adoptée à la fin

de 1994.

Au moment de la campagne électorale des Législatives de 1993, les révisionnistes

avaient interrogé les candidats UDF-RPR sur leurs intentions en ce qui concernait la

loi Fabius-Gayssot. Les réponses allaient de la dérobade à des esquives comme celle

de Claude Malhuret (« Je suis en faveur du maintien de cette loi pour des raisons

d’opportunité [sic] ») ou encore à des engagements formels comme celui de Jacques

Myard (« on ne fige pas la vérité historique par une loi. Il s’agit d’une atteinte à une

liberté fondamentale : la liberté d’expression. Il va de soi que je ne porte aucun

jugement de fond sur les thèses défendues par les uns ou les autres. Mais nous ne

pouvons accepter que soit instituée par avance une vérité officielle par une loi alors

que l’Histoire fait toujours l’objet à chaque génération de recherches scientifiques

menées par les Historiens. Ce sont les raisons pour lesquelles le Rassemblement Pour

la République est en faveur d’une révision de cette disposition introduite par les

socialistes dans la loi sur la liberté de la presse. »). Seule la peur du tabou historique,

politique et religieux, protégé par le B’naï B’rith, la plus importante organisation juive

du monde, peut expliquer une telle paralysie des esprits.

L’interdit religieux

Hormis l’Autriche, qui, en 1992, a suivi l’exemple de la France, et l’Allemagne qui,

elle, possédait depuis plusieurs années tout un arsenal juridique contre le

révisionnisme historique (mais sans aller jusqu’à une prohibition explicite de la

contestation de « Nuremberg »), aucun pays du monde occidental ne possède de loi

comparable à la loi Fabius-Gayssot. La Belgique, un moment tentée par l’adoption

d’une telle loi, vient d’y renoncer à l’automne 1993. Mais la menace de la légalisation

d’un tel tabou primitif demeure dans le monde entier tant la religion de

l’« Holocauste » se répand hors de tout esprit critique et tant une nouvelle doctrine se

forge autour du seul nom d’Auschwitz (voy. Annexe 4).

Les Suisses se prononceront, eux, par référendum le 25 septembre 1994.

Une loi contre le blasphème

Pour les colonies juives du monde entier, l’ « Holocauste » est devenu l’épisode

central d’un nouveau livre de la Thora. Ce livre est en train de s’écrire et toute

contestation à son propos est imputée à blasphème, c’est-à-dire à une « parole qui

outrage la divinité, qui insulte la religion ». « Pour l’erreur », disait Hugo, « éclairer,

c’est apostasier ». Des régimes qui se qualifient de démocratiques et de laïcs, qui se

prétendent attachés aux libertés d’opinion et d’expression et qui ont depuis longtemps

aboli toute loi contre le blasphème (ce n’est pas encore le cas en Allemagne), se

comportent, dès lors que l’« Holocauste » est en jeu, comme des monarchies ou des

dictatures théocratiques, hostiles à ces libertés et favorables à la punition du

blasphémateur. Ainsi que le fait remarquer Ahmed Rami, emprisonné en Suède pour

son activité révisionniste, on fait fête au blasphémateur Rushdie parce que la religion

musulmane est en cause mais on approuve le châtiment du révisionniste Faurisson

parce que la religion juive s’estime lésée.

29

Le Vatican fait chorus

Face aux progrès de cette religion triomphante et sourcilleuse de l’ « Holocauste », on

se demande ce qui l’emporte, chez les responsables politiques, du fanatisme, de la

peur ou de l’opportunisme. Le Vatican lui-même s’incline. A Seymour Reich,

président du Comité juif international pour les consultations interreligieuses, le pape

Jean-Paul II avait assuré : « Aucun dialogue entre Juifs et chrétiens ne peut ignorer la

Shoah » (6 décembre 1990). Mgr Ratzinger renchérit en affirmant qu’« après

Auschwitz, la réconciliation [entre Juifs et chrétiens] ne peut être différée » (3 février

1994). Pour Joaquin Navarro, porte-parole du Vatican : « la Shoah est un gouffre

monstrueux duquel s’est dégagée une lueur blême qui a permis d’entrevoir, dans toute

sa profondeur, la noirceur du mal humain » (15 février 1994).

Est-ce à dire que la crucifixion de Jésus n’avait pas, depuis près de deux mille ans,

« permis d’entrevoir la noirceur du mal humain » ? Voit-on se manifester ici ce que

d’aucuns parmi les catholiques dénoncent comme le noachisme1, c’est-à-dire comme

une hérésie où le christianisme est subordonné au judaïsme, ce dernier étant considéré

non plus comme simplement antérieur mais comme supérieur ? La rédemption passet-

elle désormais par Auschwitz et le peuple juif serait-il le Messie ? Le Vatican va-t-il

condamner les sectateurs du « Galiléen » ?

Le père Bertrand de la Margerie, prêtre de la Compagnie de Jésus, écrit : « Pendant

les cérémonies de la Semaine sainte, les disciples de Jésus crucifié entrevoient que sa

Passion unique de Dieu fait homme se prolongeait mystérieusement dans les

chambres à gaz d’Auschwitz » (Le Monde, 7 avril 1994, p. 2). Un dogme s’élabore

avec l’assentiment des docteurs de la Loi.

Aux dernières nouvelles, il semble que le Vatican s’apprête à reconnaître sa

responsabilité dans la Shoah (« Holocauste : le repentir de l’Église », Le Figaro,

26 mai 1994).

La religion de l’« Holocauste » (Claude Lanzmann)

La réaction de Claude Lanzmann au livre de Jean-Claude Pressac sur Les Crématoires

d’Auschwitz confirme le caractère religieux de l’« Holocauste » et de la chambre à gaz

« nazie ». Elle atteste du même coup que la loi Fabius-Gayssot est, dans son essence

et dans son application, non pas tant une loi de la République française que

l’expression d’un interdit religieux. C. Lanzmann, auteur du film Shoah, dénonce avec

véhémence l’approche matérialiste de Pressac en qui il voit un disciple du professeur

Faurisson, lequel est réputé pour son argumentation essentiellement physique,

1 (1) Noachisme : de Noah (Noé en hébreu), doctrine selon laquelle la Révélation christique (ou le

prophétisme mahométan) n’a nullement résilié l’Alliance entre Dieu et le peuple juif, mais a permis aux

gentils (non juifs) d’avoir enfin une justification, cette justification supposant toutefois la subordination

des non juifs au peuple de Dieu, Messie et Rédempteur. Bref, la Nouvelle Alliance ne modifierait pas le

rôle prédominant des enfants fidèles de Sem sur leurs frères infidèles (Mahométans), mais surtout sur

les enfants de Japhet et de Cham. Le développement, même descriptif, de cette théorie (illustrée jadis

par Gougenot des Mousseaux, dans Le Juif et la judaïsation des peuples chrétiens, Paris, 1869 et 1886)

semble impossible en France, eu égard à la législation répressive en vigueur (voir La Francophobie,

  1. cit., p. 39-85). On lira avec intérêt, sur ce sujet, l’article publié récemment en Italie dans la revue

Sodalitium, n° 34, janvier 1993, édition française, Località Carbignano, 36, I-10020 Verrua Savoia

(To.), Italie.

30

chimique, technologique, topographique et, faut-il, l’ajouter, connu aussi pour son

athéisme. C. Lanzmann déclare :

De même que Faurisson déclarait tous les témoignages non avenus, de même

Pressac, prétendant se situer sur le plan glaciaire de la technique pure,

disqualifie, dans ses interviews scandaleux, non seulement tout le travail

antérieur, mais également les témoignages frappés de suspicion ou de nullité à

cause du « coefficient personnel d’émotion ». […]

S’extasier, comme on semble le faire, devant le caractère « froidement

analytique » de la démonstration de Pressac est une faute morale. […]

Je préfère les larmes du coiffeur de Treblinka dans Shoah au document

Pressac sur les détecteurs de gaz. Ses larmes et sa parole étranglée sont le

sceau même du vrai : il y a là plus de vérité que dans n’importe quelle

« preuve » matérielle (Le Nouvel Observateur, 30 septembre 1993, p. 96).

Jean-Jacques Pauvert a même rapporté qu’à l’occasion de la sortie en salle du film de

Steven Spielberg, La liste de Schindler, ce même Lanzmann avait déclaré que s’il

avait entre les mains un document filmé authentique sur Auschwitz, « il le

détruirait » !1.

Déjà en 1979, le tabou édicté par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet

Dès 1979, Léon Poliakov, Pierre Vidal-Naquet, Pierre Chaunu et trente-et-un autres

historiens et intellectuels avaient signé, contre leur collègue Robert Faurisson, une

déclaration qui, onze ans plus tard, trouverait en 1990 son aboutissement juridique

dans la loi Fabius-Gayssot. Cette déclaration de 1979 poussait jusqu’à la sottise la plus

naïve l’expression du terrorisme intellectuel :

Chacun est libre d’interpréter un phénomène comme le génocide hitlérien

selon la philosophie qui est la sienne. Chacun est libre de le confronter ou de

ne pas le confronter avec d’autres entreprises de meurtre, antérieures,

contemporaines, postérieures ; chacun est libre, à la limite, d’imaginer ou de

rêver que ces faits monstrueux n’ont pas eu lieu. Ils ont malheureusement eu

lieu et personne ne peut en nier l’existence sans outrager la vérité. Il ne faut

pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été

possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de

départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous

appartenait de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat

sur l’existence des chambres à gaz (Le Monde, 21 février 1979, p. 23).

Le législateur, lui, a tenté de masquer l’intention terroriste mais, au fond, sa pensée ne

diffère pas de celle qu’exprimaient si ingénument nos trente-quatre historiens et

intellectuels. L’ineptie de 1979 s’est faite loi en 1990 et, si « la déclaration des trentequatre

» est inacceptable, la loi Fabius-Gayssot, qui en est l’expression juridique, ne

1 Jean-Jacques Pauvert, Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, Les Belles Lettres, Paris,

juin 1994, note p. 141.

31

l’est pas moins. Comme au temps de Lavoisier, donc : « La République n’a pas besoin

de savants ! »

Cette loi n’est que de police et de censure

A ma connaissance, dans les nombreux procès intentés aux révisionnistes, pas un

procureur, pas un avocat général, pas un substitut n’a émis en public la moindre

réserve sur la loi Fabius-Gayssot.

Pourtant, si ces magistrats doivent obéissance au garde des Sceaux et si leur plume est

donc serve, leur parole, comme le prononce l’adage, est libre. Au contraire, Martine

Valdès-Boulouque sonne le tocsin contre le révisionnisme, qu’elle appelle

« négationnisme ». Deux jours après la philippique du juge B. Darcos contre « la bête

immonde », ladite personne, premier substitut du procureur, prenait la parole à

l’occasion de l’audience solennelle d’ouverture du Tribunal de grande instance de

Paris, le 12 janvier 1994, pour s’alarmer de « la levée progressive des interdits ». Sous

le titre « Le parquet de Paris appelle à la vigilance face aux révisionnistes », Le

Monde (14 janvier 1994) écrit que, pour ce substitut :

Face au phénomène récent de la banalisation du racisme dans les mentalités,

face à la levée progressive des interdits, notre réponse judiciaire consiste à

envoyer à tous un signe clair : notre société, quelles que soient ses failles, ses

imperfections, voire ses turpitudes, n’acceptera pas la transgression de nos

valeurs de tolérance et d’universalisme.

Évoquant le rôle de la justice face aux organes de presse, quelle que soit leur

audience, qui cultivent le « révisionnisme », Mme Boulouque a indiqué : « Notre

propos est d’empêcher la greffe de prendre, de saisir et d’éradiquer (sic) le mal […]. »

Tout en se félicitant de l’entrée en vigueur de la loi [antirévisionniste] du 13 juillet

1990, qui sanctionne jusqu’à l’incarcération le délit de contestation de crime contre

l’humanité, elle a précisé : « Ne nous leurrons pas outre mesure ! La réponse judiciaire

au négationnisme, pour nécessaire qu’elle soit, n’est pas suffisante. » Le substitut en a

appelé à « la sauvegarde de la mémoire », avant de conclure son exposé en traitant du

« problème très préoccupant des librairies », notamment à Paris, qui « ne vivent que

par et pour la diffusion de cette nourriture malsaine que constituent le racisme et sa

variante, le négationnisme ». Mme Boulouque a suggéré une surveillance étroite et

régulière de ces officines par la police, afin de permettre le déclenchement

d’éventuelles poursuites. Née en 1953 et titulaire d’une maîtrise de droit, elle vient

d’être élue vice-présidente de la commission européenne contre le racisme et

l’intolérance mise en place au Conseil de l’Europe. Elle vient également d’être élue, à

Paris, au Conseil supérieur de la magistrature.

Le bureau de censure du ministère de l’Intérieur porte le nom de « Direction des

libertés publiques » (sic) ; il est dirigé par Jean-Paul Faugère, successeur de Jean-

Marc Sauvé.

32

CHAPITRE V

LES RECOURS POSSIBLES CONTRE CETTE LOI

Contre la loi Fabius-Gayssot, il est des recours d’ordre judiciaire et d’autres recours

encore.

La Convention européenne des droits de l’homme

La France est liée par des conventions internationales qui, se multipliant, tendent à

dissoudre la particularité nationale dans des ensembles cosmopolites. Sur les droits de

l’enfant, sur la peine de mort et sur d’autres sujets, la France en est amenée à rendre

des comptes à la Bolivie, à la Hollande ou à d’autres pays quant à sa propre manière

de concevoir les choses. Il n’y a pas matière à se féliciter d’une telle évolution, mais il

est loisible d’en tirer parti pour combattre la loi Fabius-Gayssot.

En son article 6, la Convention européenne des droits de l’homme dispose que :

« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement […] par un

tribunal indépendant et impartial […] ».

Or, nous avons vu ci-dessus (p. 25-26) que la loi Fabius-Gayssot transgresse le

principe de séparation des pouvoirs. En créant cette loi, le Parlement, c’est-à-dire le

pouvoir législatif, a amputé l’autorité judiciaire de sa prérogative la plus normale. Il a

dépossédé les juges de leur absolue maîtrise en ce qui concerne la constatation du fait

et l’appréciation du fait. Il a, par des voies détournées, arbitrairement limité la

souveraineté du juge. Le paradoxe est que les juges de Nuremberg, ligotés par toutes

sortes d’obligations propres à un tribunal d’exception ou, plutôt, de circonstance,

étaient pourtant plus libres que les juges français qui ont à faire application de la loi

Fabius-Gayssot.

Cette loi a tout bouleversé. Dans un état dit de droit elle perpétue les pratiques d’un

tribunal de circonstance issu d’un temps de guerre et elle en aggrave les errements.

Ainsi que nous l’avons vu (ci-dessus, p. 29), on en est venu à priver les révisionnistes

de droits qu’on reconnaît – hypocritement, il faut l’admettre – à de présumés

« criminels nazis ».

L’article 10 de cette Convention, avec ses restrictions

En son article 10, la Convention européenne des droits de l’homme dispose que :

Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté

d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des

idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans

considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de

33

soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un

régime d’autorisations.

Cependant la même Convention s’empresse d’ajouter que cette liberté d’expression,

fièrement proclamée, connaît aussi d’autres limites que celle mentionnée dans la

dernière phrase et que ces limites sont fort nombreuses.

Elle précise en effet :

L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut

être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues

par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société

démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté

publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de

la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits

d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour

garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire [souligné par moi].

Toutes ces restrictions, accumulées comme à plaisir, permettent au juge timoré ou

partisan de s’opposer à l’exercice de la liberté d’expression. Il sera toujours loisible à

ce juge de prétendre que le justiciable s’est, sur tel sujet, exprimé d’une manière qui

porte atteinte, par exemple, soit à la prévention du crime, soit à la protection de la

réputation ou des droits d’autrui. Il pourra affirmer que contester l’existence des

chambres à gaz « nazies » représente – on ne sait d’ailleurs trop pourquoi – une atteinte

à la réputation des Juifs.

Cependant, comme on va le voir, les défenseurs de la loi Fabius-Gayssot ne peuvent

pas invoquer ces restrictions.

La Convention ne prévoit pas qu’on puisse interdire l’étude d’un sujet historique

La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ne permet pas qu’un

État démocratique aille éventuellement jusqu‘à supprimer le droit d’étudier un sujet

quelconque. Car il faut bien voir que la loi Fabius-Gayssot oblitère totalement un

sujet où pourraient s’exercer les libertés d’opinion et d’expression. Et cela, la

Convention ne l’avait pas prévu. Nulle part, cette Convention ne va jusqu’à prétendre

que l’exercice de ces libertés comporte des devoirs et des responsabilités telles qu’audelà

des formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, il y a lieu

de décider que tel ou tel sujet de discussion, de controverse, de réflexion, en matière

d’histoire, de biologie, de droit, devra être interdit, supprimé, oblitéré totalement et à

jamais.

Depuis 1946, il est paru mille ouvrages ou études consacrés au procès de Nuremberg.

Les juges de Nuremberg, les procureurs, les avocats, les accusés y font l’objet

d’analyses, de critiques, de CONTESTATIONS diverses. Les faits que les juges

avaient tenus pour établis ou « de notoriété publique » ont été ainsi réexaminés,

révisés, réévalués. Certains de ces faits se sont révélés totalement faux. De telles

études et de telles révisions n’ont rien que de normal. Or, voilà que, par l’effet d’une

loi publiée le 14 juillet 1990, les Français se sont soudain vu priver d’un droit qu’ils

exerçaient jusque-là normalement, du moins en principe. Tandis que continuent de

34

jouir de ce droit les sciences historiques américaine, anglaise ou russe, la science

historique française, elle, a reçu du Parlement français l’ordre de suspendre toute

recherche critique dans un certain domaine ! En agissant ainsi, le Parlement français

s’est arrogé un droit qui est exorbitant en son principe et insupportable par ses effets

sur la science historique de notre pays.

Un recours contre l’application de la loi Fabius-Gayssot est donc possible. Il l’est soit

auprès de la juridiction française qui juge d’un délit de révisionnisme, soit auprès de la

Cour européenne des droits de l’homme, « institution internationale qui, sous certaines

conditions, peut recevoir les requêtes de personnes se plaignant d’une violation des

droits garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ».

Cette Cour siège à Strasbourg.

La Convention ne peut admettre qu’on interdise au peuple le droit de savoir par luimême

Jupiter a fait perdre l’esprit à nos censeurs qui ont multiplié les délits d’opinion, allant

jusqu’à créer de tels délits inavoués et même innommés puisque les opinions des

dissidents sont qualifiées de « délits » et non pas d’« opinions » (ex : « Le

révisionnisme n’est pas une opinion mais un délit »). Pour couronner l’édifice, ils ont

effectivement créé le « délit de révisionnisme ». Leurs victimes se comptent parmi des

Français que la répression frappe durement et dans le silence, pour l’instant du moins.

Mais la France tout entière est aussi leur victime en ce sens qu’ils manifestent par là,

de façon insultante, leur mépris à l’égard du peuple tout entier. Ce peuple, ils le

qualifient de souverain mais ils le traitent en enfant. Ils s’en méfient. Se flattant de

défendre le gouvernement du peuple, ils s’arrogent le droit de définir la démocratie à

leur façon et, pour commencer, retirent au peuple le droit de SAVOIR PAR LUIMÊME.

Contre le droit pour chacun d’acquérir son propre savoir, ils ont créé les délits

d’opinion et, en même temps, institué ce qu’ils appellent une « pédagogie ». Le mot

est révélateur : la pédagogie est la science de l’éducation des enfants. Le peuple, tenu

pour incapable de discernement, est traité à l’égal d’un enfant qui ne saurait se passer

de pédagogues. Et le monopole de cette forme d’éducation revient, bien entendu, à

ceux qui se sont eux-mêmes proclamés démocrates.

A la Cour européenne de Strasbourg il convient de montrer que la loi Fabius-Gayssot

édicte l’interdiction de contester et donc l’interdiction de savoir. Sans contestation,

objection, discussion, il n’y a ni science, ni connaissance. Au « pays de Descartes »,

ce devrait être une évidence. Il est paradoxal qu’au « pays des droits de l’homme » soit

paru au Journal officiel de la République française, sous la signature du président de

la République, le 14 juillet 1990, jour où se commémore la prise de la Bastille au nom

de la liberté, une loi sur « la liberté de la presse » (sic) qui abolit le droit de contester

et, par conséquent, le droit au doute, à la recherche, à la connaissance et à la

SCIENCE.

Ou bien voudrait-on donner raison aux sceptiques pour qui les professions de foi en

faveur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne sont que l’expression fallacieuse

d’une idéologie foncièrement dominatrice, fondée sur la convoitise, l’usure et la

corruption, et sûre d’elle-même ?

35

La Convention ne peut admettre qu’on entrave la recherche scientifique

Aussi longtemps que la loi Fabius-Gayssot semble respectée et tant que la croyance

aux chambres à gaz d’Auschwitz est affirmée, fût-ce en une formule rituelle, la

recherche scientifique sur certains points de l’« Holocauste » reste admise.

Le révisionnisme historique est proscrit mais le pseudo-révisionnisme à la Jean-

Claude Pressac est autorisé. Pressac a eu le droit de publier un ouvrage intitulé : Les

Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse (CNRS éditions,

1993). Décrit comme pharmacien le jour et historien la nuit, l’auteur accumule tant

d’inepties qu’on peut dire de son livre qu’il restitue au mot d’ « élucubration » son sens

plein et originel d’ouvrage composé à la lueur de la chandelle, dans ces moments où la

folle du logis tend à se donner libre cours. Il faut lire la cinglante réplique qu’il s’est

attirée de la part du professeur Robert Faurisson dans une Réponse à Jean-Claude

Pressac sur le problème des chambres à gaz .1 Mais il reste que, par bien des aspects,

le livre de Pressac viole la loi antirévisionniste sans qu’on lui en fasse grief. Ce qui

sauve Pressac, c’est qu’il affirme sa foi dans le tabou des chambres à gaz « nazies » et

même qu’il prétend vouloir prouver l’existence et le fonctionnement de ces chambres,

sans pourtant en fournir la moindre représentation physique sous la forme d’une

photographie ou d’un dessin. Peu importe alors, aux yeux de la police des idées, s’il

enfreint la loi : l’intention est pure. C’est assez dire qu’on est loin du respect des lois

laïques et des juges laïcs et qu’on est proche de la loi scripturaire commentée par les

docteurs de la foi religieuse.

Dans une interview recueillie par le journaliste juif Laurent Greilsamer, Pressac

redouble d’audace dans ses défis à la loi antirévisionniste2. Il en a le droit ! Il pratique,

nous assure le journaliste du Monde, un révisionnisme « au sens noble du terme ».

Nobles et manants : la loi n’est pas la même pour tous. Dans sa Réponse à Jean-

Claude Pressac sur le problème des chambres à gaz, le professeur Faurisson avait

noté que, pour Pressac, le total des morts d’Auschwitz n’était plus de 9 millions

(chiffre donné à la fin du film Nuit et Brouillard), ni de 4 millions (chiffre décrété

d’office et inscrit jusqu’en avril 1990 sur le monument d’Auschwitz-Birkenau), mais

de 775 000, arrondi à 800 000. Il avait ajouté que, le moment venu, Pressac réduirait

encore ce chiffre. Quelques mois plus tard, les événements allaient donner raison au

professeur : dans la récente édition en allemand de son ouvrage3, Pressac ramène le

total des morts d’Auschwitz à un minimum de 630 000 (il précise : de 630 000 à

710 000). Ainsi va l’histoire pseudo-révisionniste.

Ainsi apparaît en même temps une sorte de recours naturel contre la loi Fabius-

Gayssot. Il suffit, pourrait-on dire, d’attendre un peu pour que cette loi se vide de son

contenu. Les auteurs antirévisionnistes à la Pressac se chargeront de la besogne.

A son corps défendant, Arno Mayer, professeur, d’origine juive, à l’Université de

Princeton, vient déjà de donner plus qu’à demi raison aux révisionnistes en écrivant :

1 Diffusion R.H.R., B.P. 122, 92704 Colombes cedex, France.

2 « Les plans de la mort. » Le Monde, 26/27 septembre 1993, p. 7.

3 J.C. Pressac, Die Krematorien von Auschwitz/Die Technik des Massenmordes, Piper Verlag,

München, Zürich, 1994, XVIII-211 p.

36

Les sources dont nous disposons pour étudier les chambres à gaz sont à la fois

rares et douteuses […] de 1942 à 1945, à Auschwitz en tout cas, les causes

dites « naturelles » tuèrent plus de Juifs que les causes « non naturelles » (La

« Solution finale » dans l’histoire, préface [embarrassée] de Pierre Vidal-

Naquet, La Découverte, 1990, p. 406, 410).

Autres recours possibles

On n’entrave pas facilement le progrès d’une idée. Une armée de fonctionnaires monte

la garde contre le révisionnisme historique. Pour ne s’en tenir qu’à Paris, les magistrats

de la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance et de la

4e section du Parquet, ceux de la XIe chambre de la Cour d’appel, les policiers du

4e Cabinet de délégations judiciaires chargés des enquêtes, d’autres fonctionnaires du

ministère de la Justice, du ministère de l’Intérieur, du secrétariat d’État chargé des

Anciens combattants, du ministère de l’Éducation, du ministère de la Culture passent

chaque jour tous les écrits au peigne fin, pour y détecter les moindres manifestations

de révisionnisme. Ils n’en peuvent mais. Il faudrait décupler sinon centupler les

procès. Une nouvelle loi antirévisionniste est en préparation. Rien n’y fera. Les

Darcos et les Valdès-Boulouque, tout comme les Chalandon, Fabius, Sarre, Gayssot,

Méhaignerie, Pasqua, Korman, Gaubert en seront pour leurs frais même si, pour

l’heure, la soupe est bonne A supposer que la France se dote de la loi Korman-Gaubert

(ou Pasqua-Gaubert) et à supposer que l’Europe entière se livre à la chasse aux écrits

révisionnistes, la police de la pensée s’essoufflera dans cette interminable poursuite,

du Yunnan à la terre Adélie

L’exemple des États-Unis est parlant. Le révisionnisme historique se déploie sur les

campus des universités américaines et pénètre jusque dans les grands moyens

d’information, malgré l’opposition déterminée d’une communauté juive réputée pour

sa puissance, en particulier dans les médias. A l’heure de l’information électronique,

des satellites, des réseaux câblés et de toutes sortes de moyens de communication qui

se développent à une vitesse incontrôlable, on ne voit plus comment une armée de

fonctionnaires, même aidés d’une armée de délateurs, pourrait encore, en s’appuyant

sur des textes de lois, empêcher l’échange des idées.

Au cas, invraisemblable, où le monde occidental tout entier s’efforcerait de proscrire

le révisionnisme en injectant des milliards dans le fonctionnement de la grande

machine répressive, il resterait un recours pour le révisionnisme français : celui de la

délocalisation. Ce n’est plus de Paris que les Français s’adresseraient aux Français

mais de Beyrouth, de Singapour ou de Tokyo, et cela sans passer nécessairement par

l’écrit.

Animés de cette confiance en l’avenir, certains révisionnistes français ne courberont

tout simplement pas la tête. Au substitut Marthe Didier qui, l’écume aux lèvres,

requérait contre le professeur Faurisson une peine de prison avec sursis en le

menaçant « pour la prochaine fois d’une peine de prison ferme », ce dernier n’avait-il

pas fait remarquer au tribunal : « Je suis prêt à aller en prison. Ce serait un honneur

pour moi et, pour ceux qui décideraient de m’y envoyer, un déshonneur » ? La

rébellion des révisionnistes se fait de plus en plus ouverte à mesure que s’aggrave la

répression : selon leur formule, ils « refusent de collaborer avec la police et la justice

françaises dans la répression du révisionnisme historique ».

37

Trois droits primordiaux sont inscrits à l’article 2 de la Déclaration des droits de

l’homme et du citoyen de 1789 : « Ces droits sont la liberté, la sûreté et la résistance à

l’oppression ». Il ne fait guère de doute que, pour leur liberté et pour celle de tous les

Français ainsi que pour assurer leur sûreté et celle de tous les intellectuels de ce pays,

les révisionnistes français, s’inspirant d’une longue tradition de lutte contre les lois

scélérates, useront de leur droit de résistance à l’oppression.

Les syndromes autrichien et allemand

L’annexe 4 du présent ouvrage est consacrée à de « Brefs aperçus de la répression

légale à l’étranger ». On y constatera que l’Autriche a suivi en 1992 l’exemple de la

France et qu’elle possède une loi permettant d’infliger à un révisionniste une peine

d’un an à dix ans de prison. Cette loi a déjà été appliquée à Gerd Honsik (condamné à

dix-huit mois et dix jours de prison), lequel a trouvé refuge en Espagne. Elle devait

également être appliquée à l’ingénieur Emil Lachout et à l’ingénieur Walter Lüftl,

président de la chambre des ingénieurs d’Autriche. Le premier avait, en 1987, publié

le sensationnel « document Müller » ou « document Lachout » (voy. « Un sujet de

réflexion pour les historiens : les récentes révélations du document Müller », Annales

d’histoire révisionniste, printemps 1988, p. 12-15). Le second avait, en mars 1992,

rédigé une étude technique concernant les « présumés gazages d’Auschwitz » ; sa

conclusion était formelle : « technisch unmöglich » ; ces gazages étaient

techniquement impossibles (voy. Revue d’histoire révisionniste n 6, mai 1992, p. 200).

A l’initiative des organisations juives d’Autriche, le ministère public de Vienne ouvrait

une information contre les deux ingénieurs. E. Lachout était notamment accusé de

faux. Une vaste campagne de publicité par le livre et la télévision se déclenchait

contre lui. Sa femme et lui étaient chassés de toutes les organisations auxquelles ils

appartenaient. Pendant plus de six ans et demi, malgré ses demandes réitérées,

  1. Lachout ne pouvait obtenir une décision du ministère public. Il devait saisir la Cour

des droits de l’homme siégeant à Strasbourg pour « prolongation abusive de

procédure ». Le 24 mai 1994, le ministère public autrichien se décidait enfin à lui

signifier sa décision par une ordonnance de non-lieu. Une décision identique était

rendue le 8 juin en faveur de W. Lüftl. La presse autrichienne tout entière fait état des

protestations indignées du Centre de documentation juive de la résistance autrichienne

pour lequel il s’agit « d’un sérieux revers dans le combat contre la contestation de

l’Holocauste et d’une carte blanche pour tous les futurs contestataires de

l’Holocauste ». Le ministre de la Justice, Nikolaus Michalek, en est tenu pour

responsable.

Ces deux événements et tout un ensemble de signes et de symptômes aux causes les

plus diverses permettent de parler d’un syndrome autrichien qui pourrait se manifester

dans les pays qui ont cru bon d’utiliser la répression judiciaire la plus forte possible

contre toute manifestation de révisionnisme. C’est le cas de la France et de

l’Allemagne (même si cette dernière attend encore la décision du Bundesrat pour avoir

sa propre loi antirévisionniste). Même si le ministre autrichien était conduit à

démissionner et même si E. Lachout et W. Lüftl étaient à nouveau inculpés, la

répression aura désormais de fâcheuses répercussions pour la police de la pensée.

Déjà, le plus connu des journalistes autrichiens, Richard Nimmerrichter, qui, dans

Kronen Zeitung, signe « Staberl », défie ouvertement à la fois cette police et le

responsable, en Autriche, de la colonie juive.

38

En Allemagne, le couvercle de la marmite judiciaire se soulève. Des juges du

Tribunal de Mannheim ont condamné le révisionniste Günter Deckert à un an de

prison mais avec sursis. Ces juges ont été manifestement sensibles à l’argumentation

révisionniste sur les impossibilités physiques des chambres à gaz ; ils ne peuvent

qu’avoir été ébranlés par la succession des récentes expertises chimiques, en

particulier celle de l’Américain Fred Leuchter et celle de l’Allemand Germar Rudolf,

qui confirment en tout point les découvertes du professeur Faurisson.

Fidèles à leur rôle de chiens de garde, les grands médias du monde entier réclament la

démission des juges (« Scandale judiciaire outre-Rhin », Le Monde, 12 août 1994,

  1. 1).

39

CHAPITRE VI

CHRONIQUE DE LA RÉPRESSION ANTIRÉVISIONNISTE

On trouvera ci-après une chronologie, en même temps qu’une chronique, succincte, de

la répression exercée en France contre les révisionnistes, en particulier dans le

domaine judiciaire.

En un premier temps, de 1949 à 1989, soit pendant quarante années de suite, la

répression s’est exercée d’abord avec le silence complice des médias (1949-1977),

puis avec l’exploitation cynique par ces mêmes médias de montages tels que ceux

développés autour de l’affaire Darquier de Pellepoix (1978) et de l’attentat intrasémitique

de la synagogue de la rue Copernic (1980).

En un deuxième temps, d’avril à juillet 1990, cette répression se montrant impuissante

à entraver le développement du révisionnisme, on a institué le délit de révisionnisme

avec la loi Fabius-Gayssot dont le vote, qui s’annonçait laborieux, a été grandement

facilité grâce à l’aide apportée par les médias dans le montage organisé autour de

l’affaire du cimetière juif de Carpentras.

En un troisième temps, le 1er mars 1994, on a inséré dans le nouveau code pénal deux

dispositions permettant la chasse aux révisionnistes sur le plan privé.

En un quatrième temps, on se prépare pour la fin de l’année 1994 à créer une loi

draconienne destinée à étouffer dans l’oeuf toute velléité de révisionnisme historique.

Avant la loi Fabius-Gayssot (1949-1989)

Dès 1949, le révisionnisme historique fait l’objet d’une répression judiciaire. Pendant

trente ans (de 1949 à 1978), les médias s’efforcent de dissimuler cette répression mais,

à partir de 1979, avec l’affaire Faurisson, qui éclate en novembre 1978, ils se trouvent

contraints de sortir d’un silence complice ; c’est, à de rares exceptions près, pour

joindre leur clameur à celle des procureurs, dans une atmosphère de chasse aux

sorcières.

Maurice Bardèche, professeur, est l’auteur, en particulier, de Nuremberg ou la Terre

promise (Les Sept Couleurs, 1948) et de Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs (Les

Sept Couleurs, 1950). Il ne conteste l’existence ni du génocide ni des chambres à gaz

mais la légitimité du Tribunal militaire international de Nuremberg. Condamné pour

apologie de crime, il subit près d’un an de prison.

Paul Rassinier, résistant et ancien déporté, est l’auteur, en particulier, du Mensonge

d’Ulysse (Éditions Bressanes, 1950), où il commence à mettre en doute l’existence des

chambres à gaz. Il est condamné par la Cour d’appel de Lyon à 15 jours de prison avec

40

sursis et à 100 000 francs d’amende ainsi qu’à de lourds dommages-intérêts pour

injures et diffamation. La Cour de cassation de Paris casse l’arrêt. En mai 1955, la

Cour d’appel de Grenoble le relaxe. Jusqu’à la fin de sa vie (1967), il connaîtra

d’autres démêlés avec la justice ; dans un cas, il sera débouté de sa plainte ; dans un

autre, il sera condamné pour diffamation.

L’affaire Faurisson commence en novembre 1978. Elle sera précédée du montage de

l’affaire Darquier de Pellepoix et suivie du montage élaboré autour de l’attentat, en

octobre 1980, contre la synagogue de la rue Copernic, premières illustrations d’une

impressionnante série de montages comme celui de Carpentras en 1990.

Jusqu’en 1989 seront inquiétés, poursuivis ou condamnés, parfois en véritables rafales

judiciaires, de nombreux révisionnistes. Faute de loi spécifique contre le

révisionnisme, les motifs sont les plus divers : diffamation envers un particulier,

diffamation raciale, provocation à la haine raciale, apologie de crime, propagation de

fausse nouvelle, trouble de l’ordre public, procédure abusive, injures et, par-dessus

tout, dommage à autrui devant les juridictions civiles. Les révisionnistes se voient

progressivement priver de droits juridiques élémentaires ; à leurs plaintes en

diffamation les juges répondent que les diffamateurs étaient « de bonne foi » ; quant

au droit de réponse, il leur est régulièrement refusé et, si les révisionnistes insistent

devant les tribunaux pour obtenir ce droit, les juges les sanctionnent lourdement.

Les partisans de la répression, en particulier Serge Klarsfeld et Pierre Vidal-Naquet,

s’inquiètent de la publicité ainsi accordée aux révisionnistes ; ils estiment que les

juges – « un comble », dit P. Vidal-Naquet – ne traitent pas les révisionnistes en purs

et simples falsificateurs.

Dans un arrêt retentissant, la Cour d’appel de Paris reconnaît qu’il n’y a dans les

travaux de R. Faurisson sur « le problème des chambres à gaz » ni légèreté, ni

négligence, ni ignorance délibérée, ni mensonge ; en conséquence, la cour déclare :

La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson [sur ce sujet] relève

donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public

(1re chambre de la cour, section A, François Grégoire, Paul Fouret, Germain

Le Foyer de Costil, 26 avril 1983).

Malgré de retentissantes campagnes de presse contre les révisionnistes, alimentées par

l’exploitation de montages élaborés autour d’attentats d’origine proche-orientale,

  1. Vidal-Naquet et ses amis s’inquiètent.

En 1986, l’affaire de « la thèse de Nantes » (thèse révisionniste d’Henri Roques sur les

« confessions » de l’officier SS Kurt Gerstein) accroît ces alarmes. C’est alors que

prend naissance l’idée de ce qui deviendra la loi Fabius-Gayssot. S. Klarsfeld s’aide

d’une assertion qui connaîtra le plus grand succès : il prétend qu’il suffit de s’inspirer

d’une loi allemande interdisant explicitement la mise en doute du génocide1; il sait

qu’une telle loi n’existe pas ; il est l’homme qui a fait campagne en Allemagne pour

1 Voy. « Contre le révisionnisme historique, la loi Fabius-Gayssot », Revue d’histoire révisionniste n°2,

août-octobre 1990, p. 16-35.

41

l’inscription de cette loi dans le code pénal allemand (Auschwitz-Lüge-Gesetz) mais,

là-bas, son entreprise a avorté.

2 juin 1986 : Sous l’égide du grand rabbin René-Samuel Sirat, un groupe

d’universitaires (P. Vidal-Naquet, François Bédarida, Mme Hélène Ahrweiler et Jean-

Pierre Azéma) ainsi que des propagandistes comme Serge Klarsfeld, Georges Wellers

et Harlem Désir, formulent « l’espoir d’une extension à tous les pays européens de la

loi allemande interdisant la mise en doute du génocide » (« Une table ronde

d’historiens a réfuté la thèse de Roques », Bulletin quotidien de l’Agence

télégraphique juive, p. 1). Quatre ans plus tard, les censeurs parviendront à leurs fins,

quitte, pour certains d’entre eux, à se déclarer contre cette loi, une fois qu’elle paraîtra

inévitable ou qu’elle sera instaurée1.

3 juillet 1986 : A la suite d’une campagne de presse, longuement préparée avec la

complicité de Georges Wellers, le ministre délégué chargé de l’Enseignement

supérieur, Alain Devaquet, demande à l’administrateur provisoire de l’Université de

Nantes d’annuler la soutenance de thèse d’Henri Roques portant sur les

« confessions » de l’officier SS Kurt Gerstein, soutenance qui remontait au 15 juin

1985 ; H. Roques se voit ainsi retirer son titre de docteur ès lettres.

11 mai – 3 juillet 1987 : Procès de Klaus Barbie à Lyon. Le parquet de Lyon demande

l’ouverture d’une enquête après la diffusion auprès d’avocats des parties civiles d’un

tract contestant l’existence des chambres à gaz. Le parquet de Paris ouvre une

information judiciaire à la suite de la diffusion d’un tract présentant Élie Wiesel

comme un faux témoin. Le parquet d’Auch charge le juge d’instruction Gérard

Legname de poursuivre Pierre Guillaume, Robert Faurisson et Carlo Mattogno pour

propagation de fausse nouvelle et apologie de crime en raison du contenu de la

première livraison des Annales d’histoire révisionniste. Un mandat d’arrêt

international est lancé contre l’Italien Carlo Mattogno. Le successeur du juge

Legname, Nicole Bergougnan, rendra une ordonnance de non-lieu.

1er juillet 1987 : La Fédération française des sociétés de journalistes demande aux

pouvoirs publics de poursuivre le professeur Faurisson « au nom du respect de

l’information et des droits de l’homme » pour un texte qu’il a publié sur Shoah, film de

Claude Lanzmann.

7 juillet 1987 : Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, a reçu la LICRA, le MRAP,

l’association DAVID et la WIZO pour leur proposer « d’inventer ensemble un arsenal

juridique garantissant, dans l’avenir, la vérité sur les chambres à gaz » (Actualité

juive).

1 Le 2 juillet 1982, au terme d’un colloque international sur le génocide des Juifs, colloque qui s’était

tenu sous la présidence des professeurs François Furet et Raymond Aron et auquel participait P. Vidal-

Naquet, il était soudain apparu, à la consternation des participants, qu’il était impossible de fournir à la

presse, comme on le lui avait promis, une preuve scientifique de l’existence des « chambres à gaz »

hitlériennes. Si l’on ignore ce fait, on ne peut pas comprendre qu’en 1986 certains intellectuels d’origine

juive aient décidé de sauter le pas et, devant les progrès du révisionnisme, de chercher à imposer par la

force de la loi ce qu’ils ne pouvaient pas prouver par la force de la science et du raisonnement. On ne

pouvait décidément pas prouver l’existence de ces « chambres à gaz » ; donc, on allait en interdire la

contestation sous peine de prison et d’amendes.

42

13 septembre 1987 : Au cours de l’émission « le Grand Jury RTL/Le Monde », Jean-

Marie Le Pen, interrogé sur la manière dont les Juifs ont été exterminés, répond que

cette manière (les chambres à gaz) constituent « un point de détail » de l’histoire de la

seconde guerre mondiale ; une formidable tempête médiatique s’ensuit. Il est

condamné, dix jours plus tard, en référé pour « trouble » (sic). S’ensuivra, devant la

Cour d’appel de Versailles, une stupéfiante condamnation à 1 200 000 francs de

dommages-intérêts cumulés au profit d’une kyrielle d’associations qui n’invoquaient

pourtant qu’un seul et même préjudice moral (voy., ci-dessous, la date du 18 mars

1991).

16 septembre 1987 : En collaboration avec Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur,

Claude Malhuret, secrétaire d’État aux droits de l’homme, « travaille sur la possibilité

d’inclure dans le code pénal un article réprimant les fauteurs du révisionnisme qui

contestent la réalité de l’Holocauste » (« Le verdict impossible des tribunaux »,

Libération, p. 4).

20 septembre 1987 : Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, déclare que, s’il ne

dépendait que de lui, le professeur Faurisson « irait en prison » (« Charles Pasqua : les

thèses révisionnistes véritable délit », Le Figaro, 21 septembre 1987, p. 7).

Septembre 1987 : P. Vidal-Naquet évoque avec indignation l’arrêt de la Cour d’appel

de Paris du 26 avril 1983 « qui a reconnu le sérieux du travail de Faurisson – ce qui est

un comble – et ne l’a, en somme, condamné que pour avoir agi avec malveillance en

résumant ses thèses en slogans » (Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 1987

[septembre], p. 182).

8 octobre 1987 : PREMIÈRE LOI ANTIRÉVISIONNISTE. « A 0 h 45, Albin

Chalandon [ministre de la Justice] introduit [à l’Assemblée nationale] deux

amendements dans la loi sur la protection de la jeunesse, au titre de la lutte contre la

drogue, qui, contrairement aux usages, n’avaient jamais été envoyés, ni au Sénat, ni en

commission […]. C’est la fameuse loi condamnant le révisionnisme annoncée par le

gouvernement qui apparaît sous cette forme détournée » (René Schneider, Le Nouvel

Observateur, 16 au 22 octobre 1987, p. 11).

2 avril 1988 : MISE EN ROUTE DE LA PROPOSITION DE LOI FABIUSGAYSSOT.

Sur l’initiative de Laurent Fabius, le député socialiste Georges Sarre1

présente une « proposition de loi [pour] combattre les thèses révisionnistes » ; les

peines prévues vont d’un mois à un an de prison et/ou de 2 000 à 300 000 francs

d’amende (sans compter les dommages-intérêts, les frais de publication judiciaire,

etc.) (Journal officiel, Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du

2 avril 1988 ; voy. Annales d’histoire révisionniste, été-automne 1988, p. 198-203).

Mai – juin 1988 : La LICRA (Jean Pierre-Bloch) juge insuffisants les amendements

Chalandon et se réjouit de ce que « le groupe socialiste a déposé une proposition de

loi contre la négation du génocide » (Le Droit de vivre, mai-juin 1988, p. 16)

1 G. Sarre aurait-il une vocation policière ? Myriam Hertz rapporte : « Pétain « malheureusement

vieillard » et Vichy période de « renaissance nationale » : ces termes – et quelques autres – ont été

relevés dans certains ouvrages des éditions Larousse par Georges Sarre. Le député parisien se dit

décidé à rendre la chose publique, et à partir en guerre contre ces publications au parfum révisionniste »

(Tribune juive, 18 novembre 1993, p. 12).

43

(ultérieurement, la LICRA, qui juge toute répression insuffisante, estimera que la loi

Fabius-Gayssot ne suffit pas).

23 mars 1989 : Lors d’un colloque organisé par l’Union des étudiants juifs et « Les

Enfants de la Mémoire », sous le patronage, en particulier, du grand rabbin Joseph

Sitruk, Laurent Fabius1 revendique l’initiative de la proposition de loi déposée par

  1. Sarre (compte rendu partiel dans « MM. Chirac et Fabius se prononcent pour

l’interdiction de la propagande « révisionniste » », Le Monde, 26/27 mars 1989, p. 18).

Jacques Chirac, qui s’était d’abord déclaré hostile à une telle loi, a changé d’avis après

une rencontre avec le B’naï B’rith.

16 septembre 1989 : Le professeur R. Faurisson est victime d’une grave agression

revendiquée par « Les Fils de la Mémoire juive ». Cette agression est justifiée par

Serge et Beate Klarsfeld ainsi que par François Léotard.

La loi Fabius-Gayssot (avril – juillet 1990)

1er avril 1990 : A propos de l’affaire Roques et de l’affaire Notin, Annie Kriegel

s’inquiète de voir la communauté juive française apparaître « comme un groupe

exigeant que règne en sa faveur une véritable police de la pensée » (« Attention :

Boomerang », L’Arche, p. 25-26).

2 avril 1990 : La même Annie Kriegel dénonce « une obsessionnelle chasse aux

sorcières » et « une insupportable police juive de la pensée » (« Le Leurre de

l’antisémitisme », Le Figaro, p. 2).

27 avril 1990 : Présentant dans son rapport la nouvelle loi, le député communiste

François Asensi déclare, imperturbable : « Il s’agit donc bien de réprimer ceux qui

contestent l’holocauste nazi, et non pas de viser l’ensemble des faits qui, dans tel ou tel

pays, peuvent être considérés comme des crimes contre l’humanité » (Journal officiel,

Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du 26 avril 1990, p. 22).

Le principe des « deux poids, deux mesures », a l’avantage des communistes et au

désavantage des révisionnistes, est ainsi clairement affirmé.

Pour les débats au Parlement du 3 mai au 1er juillet, on consultera, au Journal officiel,

pour l’année 1990, les pages suivantes :

– 3 mai, Assemblée nationale, p. 897-973 ;

– 12 juin, Sénat, p. 1445-1464 ;

– 29 juin, Assemblée nationale, p. 3103-3116, 3122-3142 ;

– 30 juin, Assemblée nationale, p. 3195-3201 ;

– 30 juin, Sénat, p. 2308-2313 ;

– 1er juillet, Sénat, p. 2341-2344, 2349-2350 ;

– 1er juillet, Assemblée nationale, p. 3207-3209.

1 Comme pour mieux distinguer la tradition juive de la tradition chrétienne (catholique ou protestante),

  1. Fabius déclare pour commencer qu’il ne faut pas pardonner mais, au contraire, prendre le contre-pied

de ce qu’avait décidé le roi Henri IV lorsque, accédant au trône, il avait édicté au sujet des crimes et des

querelles du passé : que nul n’en parle plus dans le royaume ! « Le Parlement doit se faire mémoire »,

ajoute L. Fabius.

44

5 mai 1990 : L’historien Henri Amouroux consacre un long article à la nouvelle loi

alors en plein débat au Parlement. Il affecte de n’y voir qu’une loi antiraciste visant

J.M. Le Pen. Il la trouve mauvaise. Il ne souffle pas mot des dispositions

antirévisionnistes de cette loi qui visent, en fait, le professeur Faurisson en particulier

et les historiens en général (« Mise en garde à Michel Rocard », Le Figaro Magazine,

  1. 82-83). H. Amouroux a une carrière à poursuivre

10 mai 1990 : L’historien Jacques Julliard écrit : « Imaginez ce que l’on vient

d’inventer : faire du révisionnisme un délit puni par des amendes et des peines de

prison. Instituer une vérité scientifique sanctionnée par l’État au moment où le

marxisme s’écroule, c’est un exploit dont je ne croyais pas le parlement français

capable. Ce n’est pas parce que, pour une fois, MM. Pasqua, Lajoinie et Rocard sont

d’accord qu’on persuadera la communauté des historiens qu’ils ont besoin de la

garantie de l’État pour établir la vérité historique » (« Ils roulent pour Le Pen ? », Le

Nouvel Observateur, 10-16 mai 1990, p. 73).

11 mai 1990 : Éclate dans la presse du monde entier l’affaire de la profanation du

cimetière juif de Carpentras. Laurent Fabius, président de l’Assemblée nationale, et

Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, y voient l’occasion d’une opération politique de

grande envergure contre Jean-Marie Le Pen et le révisionnisme historique. François

Mitterrand, président de la République, participe à l’opération. En pleine affaire

Bernard Notin et en plein débat au Parlement sur la loi Fabius-Gayssot, le montage de

Carpentras joue un rôle essentiel dans le vote de la loi et la paralysie de toute

opposition. A cette opération à grand spectacle s’ajoutent à Royan, à Grenoble, à

Avignon et à Lille une série d’opérations de moindre envergure autour de fausses

victimes de prétendus attentats racistes (l’enseignante de Royan, en réalité, avait été

frappée par son amant ; la jeune Noire d’Avignon, en fait, avait raté sa coupe de

cheveux ; l’étudiant de Lille, en fait, voulait éviter de passer un examen ; la militante

de SOS-Racisme à Grenoble, en fait, avait eu une scène de ménage). Un dessin de

Plantu montrant des tombes profanées met en cause la « thèse révisionniste » (Le

Monde, 13/14 mai 1990, p. 1).

Mai 1990 : Charles Korman, avocat à la Cour d’appel de Paris et conseil de la LICRA,

juge mauvaise et inapplicable la nouvelle loi (« Une mauvaise loi », Information

juive).

29 juin 1990 : A la veille du vote définitif de la loi par l’Assemblée nationale,

François Terré écrit : « Face à la proposition Gayssot le silence infini de presque tous

les juristes, de presque tous les historiens effraie » (Le Figaro, p. 2). Le silence

persistant d’Henri Amouroux est particulièrement significatif de la terreur

révérencielle qu’inspirent les réactions possibles des organisations juives.

2 juillet 1990 : Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, prend deux arrêtés visant, l’un, les

Annales d’histoire révisionniste et, l’autre, la Revue d’histoire révisionniste ; ces deux

revues sont interdites de vente aux mineurs et interdites d’exposition et de toute

publicité. Leur contenu fait l’objet de divers procès. Même mesure contre Révision,

publication d’A. Guionnet.

14 juillet 1990 : Le texte de la loi Fabius-Gayssot paraît au Journal officiel, Lois et

décrets, p. 8333-8334, sous la signature de François Mitterrand, président de la

45

République française. Huit pages plus loin paraît la nomination au grade de chevalier

de la Légion d’honneur de « M. Vidal-Naquet (Pierre), historien ; 35 ans d’activités

littéraires », sur proposition de Jack Lang, ministre de la Culture. Un an, jour pour

jour après la promulgation de la loi Fabius-Gayssot sur « la liberté de la presse » (sic),

  1. Mitterrand devait, le 14 juillet 1991, lors d’un entretien accordé au journaliste Paul

Amar dans le jardin de l’Élysée, déclarer que la France ne connaissait aucun tabou en

matière d’histoire et que les historiens pouvaient s’exprimer en toute liberté ; le

12 mars 1994, il récidivait dans le mensonge en déclarant au fantaisiste Patrick

Sébastien : « Les gouvernements que j’ai nommés ont fait voter des lois qui

garantissent la liberté d’expression ».

27 juillet 1990 : Le journaliste Alain Rollat, pourtant très hostile aux révisionnistes,

écrit dans Le Monde : « Voilà un texte qui, d’un point de vue strictement juridique,

soulève une question fondamentale, au regard de la liberté d’opinion et d’expression,

puisqu’il voue aux tribunaux, en visant les prétendus historiens « révisionnistes », les

citoyens « qui auront contesté l’existence d’un ou plusieurs crimes contre

l’humanité ». Or, faute de saisine du Conseil constitutionnel, cette question ne sera pas

tranchée. Sauf peut-être, si, un jour, quelque avocat avisé se tourne vers les

institutions européennes pour pallier cette anomalie » (« Une belle occasion

manquée », p. 6).

Après l’adoption de la loi Fabius-Gayssot (septembre 1990-début 1994)

Septembre 1990 : Le Choc du mois publie un entretien avec le professeur Faurisson

où ce dernier déclare : « Il sévissait depuis longtemps une histoire officielle de la

seconde guerre mondiale. Quand je le disais, nos tartuffes se récriaient. Aujourd’hui,

ils ne peuvent plus protester […]. Je ne vois pas pourquoi je me plierais à cet ukase

[…]. Je ne chercherai pas à tourner la nouvelle loi, je lui ferai front » (p. 9-11).

18 mars 1991 : La Cour d’appel de Versailles (Pierre Estoup, Lucette Marc, Cécile

Petit) condamne J.M. Le Pen pour l’affaire du « détail ». Tenu pour coupable de

dommage à autrui, celui-ci devra payer 1 200 000 francs (120 millions de centimes)

ainsi que les dépens ! En page 16 de l’arrêt, la cour déclare qu’elle n’a pas à dire si le

génocide est incontestable ; en page 17, elle en parle comme d’un fait incontestable !

18 avril 1991 : La XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris (Claude Grellier,

Alain Laporte, Mme Claude Marlier) condamne, sur le fondement de la loi Fabius-

Gayssot, Patrice Boizeau, responsable du Choc du mois, et Robert Faurisson.

  1. Boizeau devra verser 180 000 francs et R. Faurisson 250 000 francs dont 100 000

francs avec sursis. Le tribunal déclare pourtant : « Des critiques peuvent, à juste titre,

être développées concernant l’organisation, la structure et le fonctionnement du

Tribunal militaire international de Nuremberg, tant sur le plan juridique qu’historique

ou philosophique. En dépit du fait qu’on ne peut être poursuivi plusieurs fois pour un

même délit, les condamnés doivent faire face à deux autres procès pour la même

publication.

21 juin 1991 : Jacques Toubon, député RPR, demande l’abrogation de la loi Fabius-

Gayssot : « Le délit de révisionnisme fait reculer le droit et affaiblit l’histoire »

(Journal officiel, Assemblée nationale, 22 juin 1991, p. 3571-3573) (voy. Annexe 2).

46

20 octobre 1991 : Sur les ondes de Radio-Courtoisie, Raoul Béteille, conseiller

honoraire à la Cour de cassation, André Decocq, professeur de droit communautaire à

l’Université Paris-II, et François Lefort, auteur de La France et son droit (Les Belles

Lettres), jugent la loi Fabius-Gayssot contraire à la constitution. Pour sa part, André

Decocq affirme : « La loi Fabius-Gayssot est assurément inconstitutionnelle et je dois

dire que, si le Conseil constitutionnel ne l’a pas déclarée contraire à la constitution,

c’est parce qu’il ne s’est pas trouvé soixante députés ou soixante sénateurs pour avoir

le courage de le saisir étant donné son objet […]. Et ma conviction est que, si le

Conseil constitutionnel, même dans sa composition actuelle,1 avait été saisi de cette

question, c’est tellement gros qu’il n’aurait pas pu déclarer la loi conforme à la

constitution. Simplement, le terrorisme intellectuel a joué […]. Cette loi est en même

temps contraire à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et

là, comme le juge [français] a le droit de vérifier la conformité de la loi au droit

international, toujours en droit positif, qu’il en use ! […] Et qu’il dise : « Cette loi est

contraire à la liberté d’expression » ! […] Le juge en a le droit. »

17-18 octobre 1992 : La voix de « Radio-Renaissance » (André Delachaux à Grezsur-

Loing) s’éteint. Roland Faure, membre du CSA, déclare : « Effectivement,

« Radio-Renaissance » émettait des thèses révisionnistes. Nous l’avons donc

sanctionnée en juillet dernier lors des réattributions de fréquences en Île-de-France, et

aujourd’hui elle n’existe plus » (Isabelle Nataf, Le Monde, p. 40).

9 décembre 1992 : La XIe chambre de la Cour d’appel de Paris (Françoise Simon,

Mme Dominique Guirimand, François Chanut) confirme et aggrave la condamnation,

en date du 18 avril 1991, de P. Boizeau et de R. Faurisson. Chacun des condamnés

devra verser 187 000 francs. Total : 374 000 francs. La presse, bien que dûment

informée, imprime que le total s’élève à 30 000 francs. R. Faurisson tente de rétablir

les faits dans un droit de réponse envoyé à Libération, qui refuse l’insertion.

  1. Faurisson saisit les tribunaux. Il est condamné, notamment sous la présidence

vigilante de Violette Hannoun (1re chambre de la Cour d’appel de Paris), à verser

30 000 francs à Libération !

17 juin 1993 : Le Monde cache le fait qu’Alain Guionnet est en prison pour une

infraction de presse (loi Fabius-Gayssot) (voy., ci-dessus, la déclaration d’Anne

Chemin, p. 37).

31 janvier 1993 : Dans un article intitulé « Une législation inadaptée », Libération

avait affirmé : « La « loi Gayssot » – du nom de son initiateur – n’a jamais été

appliquée » (6 janvier 1993, p. 9). Les révisionnistes dressent alors une « Liste de

quelques procédures récentes ou en cours intentées contre le révisionnisme historique

à fin janvier 1993 » qui fait apparaître que trente-trois procédures ont alors été

engagées, presque toutes sur le fondement de la loi Fabius-Gayssot. De nombreuses et

lourdes condamnations ont été prononcées. Avec ce mensonge de Libération et l’aide

de la LICRA s’amorce une campagne en vue de créer une nouvelle loi

antirévisionniste.

1 S’agit-il d’une allusion à la présence de Robert Badinter, président du Conseil constitutionnel, et à

celle de Daniel Mayer ?

47

8 décembre 1993 : Le Choc du mois, condamné à la suite de la parution de l’entretien

du professeur Faurisson (voy., ci-dessus, septembre 1990, 18 avril 1991 et 9 décembre

1992), a vu bloquer son argent aux NMPP par les organisations juives et autres qui

avaient obtenu sa condamnation. Il ne paraît plus. Il fait savoir à ses lecteurs que,

depuis décembre 1987, ses condamnations s’élèvent à 170 millions de centimes.

7 mars 1994 : J.-D. Larrieu est condamné pour la publication de Non-lieu pour Paul

Touvier (loi Fabius-Gayssot).

11 mars 1994 : « Descente antiraciste sur les quais : Un commando du MRAP,

accompagné d’un huissier de justice, a constaté que plusieurs bouquinistes, quai de la

Mégisserie (Paris IVe), revendaient au grand jour des ouvrages jugés racistes ou

antisémites. Une descente qui devrait aboutir à des poursuites pénales » (Le Journal

de Paris), alors que les livres d’occasion échappent habituellement aux foudres de la

loi sur la « liberté de la presse ».

24 mars 1994 : Embarrassé par l’argument de la défense selon lequel la loi Fabius-

Gayssot en appelle à des jugements, comme celui de Nuremberg, qui n’ont jamais été

publiés au Journal officiel, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris,

présidée par Jean-Yves Monfort, répond :

On doit admettre que, par une technique législative spécifique, le législateur a

entendu poser une véritable présomption de connaissance du jugement du

tribunal de Nuremberg, ou des autres jugements de condamnation pour crimes

contre l’humanité » (jugement Guionnet, J.Y. Monfort, Mme Menotti,

  1. Chapelle, XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris).

Avril 1994 : Alain Guionnet sort de prison ; il en est, à ce jour, à près d’un an de

prison pour infractions de presse !

Troisième disposition légale : deux articles du nouveau code pénal (1er mars 1994)

Le nouveau code pénal institue, à la date du 1er mars 1994, deux nouvelles

contraventions qui pourront être utilisées contre les révisionnistes : la diffamation et

l’injure non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire ainsi que la

provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciales.

Outre les peines d’amende, les personnes physiques et les personnes morales déclarées

coupables encourent, parmi les peines complémentaires, « la confiscation de la chose

qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le

produit ». De cette manière, les libraires ou diffuseurs d’écrits révisionnistes peuvent

se voir confisquer tout moyen d’exercer leur métier.

Si elles sont de nature révisionniste, les confidences sur l’oreiller deviennent passibles

de sanctions judiciaires. En France, là encore, le fait n’a pas de précédent. De cette

innovation nous sommes redevables à un député RPR de l’ancienne législature,

Michel Hannoun.1

1 Voy. La Francophobie, p. 75.

48

Quatrième disposition légale : loi Korman-Gaubert. Ses préparatifs. Son vote à la

fin de 1994 ?

15 décembre 1992 : Charles Korman, avocat de la LICRA, se prononce pour une

révision de la loi Fabius-Gayssot ; il souhaite qu’à la barre d’un tribunal un

révisionniste soit totalement privé de ses moyens de défense et qu’il ne puisse plus

développer ses vues révisionnistes sous peine de « récidive ». Charles Pasqua ose

affirmer que la loi Fabius-Gayssot est restée « lettre morte ». Paul Quilès (socialiste),

ministre de l’Intérieur, réplique que dix-huit ouvrages, dont dix pour la seule année

1990, ont été interdits (Marie-Laure Colson, « La LICRA interpelle le ministère de

l’Intérieur », Libération, p. 26). Charles Korman et Patrick Gaubert (né Goldenberg et

président de D.A.V.I.D. [Décider et Agir avec Vigilance pour Israël et la Diaspora])

sont les véritables auteurs de la future loi qui renforcera la loi Fabius-Gayssot.

29 avril 1993 : Six professeurs d’histoire contemporaine de l’Université Lyon-III

(Université Jean-Moulin) approuvent le recours à la justice contre les révisionnistes

mais trouvent que ce recours « constitue une solution insuffisante » (Le Monde, article

reproduit dans Le Déporté). Ces professeurs sont, pour la postérité de leur honte,

Christophe Charle, Bernard Delpal, Jean-Dominique Durand, Régis Ladous, Henri

Morsel et Claude Prudhomme.

6-7 mai 1993 : Patrick Gaubert représente la France (et Israël ?) à la réunion du

groupe TREVI qui a rassemblé au Danemark les différents ministres de la Justice et

de l’Intérieur de douze pays européens. Il déclare : « Quant aux libraires, journaux et

tout moyen de communication qui prônent légalement [souligné par moi] des discours

xénophobes, si certains se croient protégés par leur tirage, ils se trompent ; nous les

ferons disparaître » (Information juive, septembre 1993). P. Gaubert englobe les écrits

révisionnistes dans les « discours racistes ou xénophobes ».

8 avril 1994 : En Israël, le professeur Yehuda Elkana, qui enseigne à l’université de

Tel-Aviv, ancien interné d’Auschwitz, dénonce « le culte du génocide » qui « n’a fait

que susciter une insupportable ubris morale juive », l’« arrogance » et l’« esprit de

vengeance ». L’« ubris » est la démesure qui rend orgueilleux et violent (voy. Annie

Kriegel, 1er et 2 avril 1990).

14 avril 1994 : Maurice Szafran présente le projet de la nouvelle loi antiraciste sous le

titre : « Pasqua mitonne une loi musclée contre le racisme ». C’est à la demande

expresse de Pierre Méhaignerie, ministre de la Justice, et de Charles Pasqua, ministre

de l’Intérieur, que Patrick Gaubert a préparé cette loi qui étend le délai de prescription

permettant la poursuite des écrits (un an au lieu de trois mois). Les organisations

visées seront assimilées à des organisations de malfaiteurs. Les peines d’amende

seront dans tous les cas portées à 500 000 francs : « Il s’agit en fait d’étouffer

financièrement les petites organisations et des feuilles d’extrême droite incapables

d’assumer le paiement de telles sommes. » Les peines de prison pourront aller jusqu’à

deux ans. La détention préventive sera autorisée. Le délit de révisionnisme sera élargi.

Il deviendra « par exemple difficile à François Brigneau, l’éditorialiste de National

Hebdo, de multiplier les hommages au révisionniste Faurisson. Sinon sa bourse – et

celle de son journal – sera saignée à blanc » (L’Événement du jeudi).

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3 mai 1994 : Dans un article intitulé « Les journalistes vont-ils protester contre la

nouvelle loi sur la presse ? » (Présent, p. 2), Georges-Paul Wagner rappelle qu’en

1990 Louis Pauwels, Jean-François Kahn et Jacques Julliard ont jugé imbécile ou

scélérate la loi Fabius-Gayssot au moment où elle a été votée mais lorsque les

condamnations sont tombées on n’a plus entendu leurs voix : « Quand les

condamnations tombent en vertu de cette loi, l’Agence France-Presse et les journaux

qui la suivent énumèrent benoîtement les chiffres et les lettres du jugement prononcé

ou de l’arrêt rendu. Jamais une fois on n’a noté sous leur plume – sauf le cas honorable

de Mme Annie Kriegel – une ligne ou quelques lignes pour marquer la distance avec

cette conséquence judiciaire d’une loi imbécile ou scélérate ». Quatre ans plus tard,

vont-ils protester contre la nouvelle loi ? « Ce n’est pas seulement l’avenir de la vérité

qui est en jeu, mais l’honneur du journalisme même. Nous attendons ».

6 juillet 1994 : A Bordeaux, un tribunal présidé par Louis Montamat condamne à un

an de prison, dont six mois ferme, et à 20 000 francs d’amende, le libraire Jean-Luc

Lundi, père de dix enfants, pour exposition à la vente des Annales d’histoire

révisionniste et de la Revue d’histoire révisionniste (Libération, 8 juillet, p. 22).

La chasse aux révisionnistes s’aggrave dans les universités

19 septembre 1993 : Sans doute alarmé par les progrès du révisionnisme dans les

universités américaines, l’ancien général israélien Uzi Narkiss, directeur de la

délégation nord-américaine de l’Organisation sioniste mondiale, estime que « Le

temps est probablement venu de créer un organisme international pour mettre en

jugement les antisémites ainsi que les révisionnistes de l’Holocauste » (« World must

prosecute anti-Semites », Daily News [New York], p. 34).

23 octobre 1993 : « Depuis plusieurs mois, Philippe Videlier, chercheur au centre

d’histoire économique et sociale Pierre-Léon, une des unités de la Maison Rhône-

Alpes des sciences de l’homme à Lyon, ne cesse d’interpeller sa direction et celle du

CNRS sur le passé de François Robert ». Il a découvert que F. Robert a collaboré,

onze ans auparavant, à une revue, La Guerre Sociale, organe de la Vieille Taupe, qui,

en 1982, avait soutenu la thèse révisionniste. F. Robert n’a lui-même rien publié de

révisionniste. Sept universitaires et chercheurs lyonnais et la section lyonnaise du

syndicat des chercheurs du CNRS soutiennent l’auteur de la délation (Le Monde,

édition Rhône-Alpes, p. 16).

11 mai 1994 : A l’Université Lyon-III (Université Jean-Moulin), des associations « de

vigilance » mettent en fiches, surveillent et dénoncent les professeurs soupçonnés de

la moindre velléité révisionniste. Les étudiants de l’association « Hippocampe » sont

« très documentés au sujet de certains professeurs et très prompts à prévenir les

étudiants des moindres « dérapages politiques » ». Les enseignants de l’« Association

René Cassin » font partie des « vigies » et des « vigiles » (Sandrine Blanchard, « Les

« vigies » de Jean-Moulin », Le Monde, édition Rhône-Alpes, p. 17). Lyon se

transforme ainsi progressivement, avec la bénédiction de Mgr Decourtray, primat des

Gaules, et avec Michel Noir, maire de la ville, en capitale de la résistance à la liberté

de recherche. Le Dr Marc Aron, président du comité de liaison des institutions et des

organisations juives de Lyon et président de la section française du B’naï B’rith, avait

conduit les manifestations contre le professeur Faurisson et interdit à ce dernier toute

activité d’enseignement. Il avait récidivé contre B. Notin. Sur la collaboration de

50

Mgr Albert Decourtray avec cette éminence juive, voy. Emmanuel Ratier, Mystères et

secrets du B’naï B’rith (Facta, 1993) et, en particulier, l’Annexe 2 : « Remise de la

médaille du B’naï B’rith à Mgr Albert Decourtray le 16 novembre 1991 à Lyon

[Allocution et réponse] ».

Juin 1994 : Une série de décisions disciplinaires, administratives et judiciaires

reconnaissent à Bernard Notin le droit d’exercer son activité d’enseignement à

l’Université Lyon-III (Jean-Moulin) mais les organisations juives s’y opposent ;

apprenant que l’Université d’Oujda (Maroc) a engagé B. Notin, l’Union des Étudiants

juifs de France se déclare « scandalisée ». L’université d’Oujda revient sur sa décision.

L’UEJF demande « la radiation définitive de M. Notin du corps enseignant » (Le

Monde, 11 juin 1994, p. 6). Pas un universitaire, pas un intellectuel ne dénonce cette

« police juive de la pensée » qui se place elle-même au-dessus des lois.

Juin 1994 : Nouvelle chasse aux sorcières à l’Université de Nantes. Après l’affaire

Henri Roques et l’affaire André Delaporte, voici l’affaire Jean-Louis Bonnat ; ce

professeur de psychologie à l’Université de Nantes suscite l’ire de la LICRA, de

Tribune juive et de François Fillon, ministre de l’Enseignement supérieur, pour avoir

proposé à ses étudiants un sujet de DESS de psycho-pathologie jugé offensant pour

les Juifs (Le Figaro, « A la faculté de Nantes, une question de trop sur la Shoah »,

27 juin 1994). Des décisions vont être prises qui seront graves pour le professeur et

pour ses étudiants.

51

CONCLUSION

Apparemment incapables de fournir des preuves historiques et scientifiques à l’appui

de leur thèse, P. Vidal-Naquet, S. Klarsfeld, F. Bédarida et le grand rabbin René-

Samuel Sirat ont, en 1986, préconisé la création d’une loi interdisant de contester

l’existence, au temps du IIIe Reich, d’une « politique d’extermination des Juifs », de

« chambres à gaz » homicides et de « six millions » de victimes juives. Ils ont obtenu

satisfaction, en 1990, avec le vote, par les socialistes et les communistes, de la loi

Fabius-Gayssot. Depuis cette époque, les hypocrites protestations de P. Vidal-Naquet

et de F. Bédarida contre cette loi n’ont pu dissimuler l’embarras des intéressés, tout de

même un peu gênés d’en avoir appelé aux juges et aux gendarmes pour fixer la vérité

historique, pour châtier les contestataires de la version, désormais officielle, de

l’histoire de la seconde guerre mondiale et, somme toute, pour avoir déterminé une

vulgate et défini une hérésie.

La loi Fabius-Gayssot constitue une monstruosité dans son fondement, dans sa

rédaction et dans son application. Elle est essentiellement fondée sur le jugement

prononcé en 1946 par un groupe de personnes affublées du titre de juges du

« Tribunal militaire international » de Nuremberg. Lesdites personnes, choisies par les

vainqueurs et dotées d’un statut leur accordant en fait des prérogatives illimitées, ont

permis aux vainqueurs de juger les vaincus. Ce tribunal de circonstance a envoyé à la

potence ou en prison des responsables du camp des vaincus, sans avoir pu prouver un

seul instant que les vaincus avaient commis plus de crimes contre la paix, plus de

crimes de guerre ou plus de crimes contre l’humanité que leurs vainqueurs. Juger, c’est

peser et comparer. Les juges de Nuremberg ne comparèrent pas. Et même ils

interdirent toute comparaison, à une exception près qui fit beaucoup parler d’elle (voy.

ci-dessous, p. 106, note 20). Dans les annales du prétendu droit international et de

l’histoire, le procès de Nuremberg se révéla une telle mascarade judiciaire que plus

jamais par la suite, et cela en dépit de quelques tentatives, on ne vit se conclure de tels

procès (le procès de Tokyo, où les Japonais furent jugés notamment par les États

responsables des holocaustes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, ne fut qu’un

succédané du procès de Nuremberg).

La loi Fabius-Gayssot bafoue les principes les plus constants du droit tels celui de la

séparation des pouvoirs législatif et judiciaire et celui de la nécessaire publicité des

lois. L’indépendance du juge n’est plus garantie. Le juge est même dépouillé de sa

raison d’être.

Dans son application, cette loi conduit les juges à se mettre au service de la police de

la pensée, à abandonner l’interprétation stricte des textes, à pratiquer l’arbitraire, à

laisser la politique pénétrer dans le prétoire, à sanctionner le délit d’opinion, à se

transformer en historiens, à servir une croyance de nature sacrée. Tout cela « fait

reculer le droit et affaiblit l’histoire » (Jacques Toubon).

Des recours sont possibles contre cette loi, notamment auprès de la Cour européenne

des droits de l’homme qui, même si elle prévoit une série d’exceptions au droit à la

52

liberté d’expression, n’est tout de même pas allée jusqu’à tolérer qu’un État s’arroge le

droit de décréter la vérité en matière d’histoire ainsi que le droit d’interdire à ses

citoyens toute investigation, toute interrogation, toute contestation sur un point

particulier de l’histoire des hommes.

La meilleure preuve que la loi Fabius-Gayssot est une « mauvaise loi » ne réside-t-elle

pas dans le fait que son application donne lieu à une répression inefficace et sans fin ?

Les antirévisionnistes ne sont pas satisfaits. Ils voudraient encore et plus de lois pour

essayer d’entraver le développement, qu’ils sentent inexorable, du révisionnisme

historique. Les voici aujourd’hui qui, avec Charles Korman et Patrick Gaubert,

réclament l’institution d’une loi encore plus draconienne permettant d’infliger aux

révisionnistes une peine de deux ans de prison, une amende de 500 000 francs et

d’autres sanctions encore. Où croient-ils aller ainsi ?

Le révisionnisme historique participe d’un mouvement naturel de l’esprit occidental.

Ce mouvement nous porte, avec le temps qui passe, à revoir, à corriger, à réévaluer et

à contester ce qui a d’abord été accepté pour vrai. Aussi ne voit-on pas comment les

juges et les gendarmes, même aidés des ligues et des médias, pourraient mettre un

terme à une évolution si naturelle.

La France doit en finir avec les horreurs de l’Épuration, les mensonges de Nuremberg,

le mépris du droit et l’esprit de guerre civile. Et, si elle doit préserver « la mémoire »,

il faut que cette dernière, loin d’être sélective, devienne enfin la mémoire de tous.

53

ANNEXE 1

AU FONDEMENT DE LA LOI FABIUS-GAYSSOT :

LE PROCÈS DE NUREMBERG

En 1945, à Nuremberg, au terme d’un conflit des plus sanglants où, de part et d’autre,

on s’était sauvagement combattu, les vainqueurs, délaissant l’appareil guerrier,

revêtirent la robe du juge pour juger le vaincu. Qui accepterait d’être jugé par son

vainqueur ? Pour la moindre des violences, pour une gifle donnée ou reçue, le gifleur

acceptera-t-il d’être jugé par le giflé ou vice versa ? On ne peut être juge et partie. Or,

en la circonstance, quatre vainqueurs tout-puissants s’instituèrent juges d’un vaincu

terrassé et enchaîné. Les Américains, les Britanniques, les Soviétiques et les Français

jugèrent les Allemands. Les juges n’étaient ni des Suisses, ni des Suédois, ni des

neutres qui auraient pu avoir à juger tous les belligérants pour tous leurs crimes réels

ou supposés. D’emblée, dès le lever du rideau sur la cérémonie ou la mascarade de

Nuremberg, les Alliés étaient exonérés de toute accusation soit de crimes contre la

paix, soit de crimes de guerre, soit de crimes contre l’humanité. Par l’accord de

Londres du 8 août 1945, ils s’étaient forgé un statut qui allait leur permettre de se

dispenser de la plupart des obligations auxquelles doit pourtant se soumettre le juge

de la plus humble juridiction pour le plus commun des crimes ou des délits.

Les juges de Nuremberg violèrent le principe de non-rétroactivité de la loi pénale. Ils

usèrent à leur guise du principe de responsabilité collective. Ils jugèrent

souverainement les accusés sans avoir à craindre d’être démentis en cause d’appel ou

de cassation car il n’y avait ni appel ni cassation. Il n’était pas jusqu’à la révision qui

était impossible. Ils établirent leurs propres règles de procédure (article 13 du Statut).

Ils se dispensèrent des « règles techniques relatives à l’administration des preuves » et

s’engagèrent à adopter « autant que possible » (sic) une procédure « rapide1 et non

formaliste » (sic), admettant tout moyen qu’ils estimeraient, eux et eux seuls, avoir

une « valeur probante » (article 19). Ils allèrent jusqu’à décréter : « Le Tribunal

n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les

tiendra pour acquis » (article 21). Seraient « de notoriété publique » les faits que les

juges allaient explicitement, et surtout implicitement, tenir pour tels.

Le pis est que, sur le fondement du même article 21, ces juges allaient « considérer

comme preuves authentiques » (sic) les innombrables rapports officiels dressés par

toutes les commissions établies dans les pays alliés (il y avait dix-neuf pays alliés)

pour enquêter sur les crimes reprochés aux accusés, ces accusés ne pouvant être que

des citoyens des « pays européens de l’Axe » (article 6). N’importe quel « rapport

1 Le texte anglais, qui seul faisait foi, portait : « expeditious », qui veut dire : « expéditive », traduction

d’ailleurs retenue en d’autres occurrences ; voy. TMI, I, p. 161 ainsi que le passage où le procureur

Rudenko rappelle qu’il faut une procédure « expéditive – je souligne, messieurs, expéditive » (TMI, III,

  1. 551).

54

officiel », dû aussi bien à des cinéastes hollywoodiens spécialistes des films d’horreur

qu’à des membres de la police politique soviétique, polonaise ou tchèque, ne pouvait

ainsi être contesté par les avocats des accusés ou par les accusés eux-mêmes.

N’importe quel récit fantastique, encore tout marqué des haines nées de la guerre

contre l’Allemand, pouvait recevoir, au prix de quelques coups de tampons

« officiels », l’aval des juges de Nuremberg. Ces rapports devenaient parole

d’Évangile. Le massacre de Katyn, par exemple, devenait un crime allemand : vérité

d’office que nul accusé n’eut le droit de contester devant les juges.

Aucune échelle de peine n’était prévue. Les juges pouvaient à leur guise prononcer

l’acquittement, la peine de mort ou des peines de prison, sans avoir à invoquer tel ou

tel article de loi. Les avocats de la défense protestèrent mollement puis se soumirent.

Pour leur salaire, pour leur subsistance et pour celle de leurs familles dans une

Allemagne où régnait la famine, ainsi que pour leurs possibilités de se documenter ou

de rechercher et d’atteindre des témoins dans un pays totalement désorganisé et à la

merci de ses vainqueurs, ces avocats entrèrent, pour la plupart, dans la voie d’une

collaboration forcée, en particulier avec le tout-puissant ministère public américain.

Ils allèrent jusqu’à accepter de soumettre leurs plaidoiries à la censure préalable.

Même la transcription des débats relevait, en dernière analyse, de l’autorité des juges

qui avaient le droit, sans fournir d’explication, de RAYER DU PROCÈS-VERBAL

les passages qu’ils voulaient effacer. Ils usèrent de ce droit pour oblitérer les passages

où un accusé décrivait les abominables tortures physiques subies durant sa détention

(cas de Julius Streicher).

La nécessité de sauver la face et de donner à ce procès les apparences de la justice

obligea les juges américains et britanniques de Nuremberg à préserver certaines

formes dont les juges soviétiques et français se seraient bien passés. Il reste que, si le

procès de Nuremberg s’inspira d’une loi, ce fut surtout de celle du capitaine américain

William Lynch auquel nous sommes redevables du terme de « lynchage ». Harlan

Fiske Stone, président de la Cour suprême des États-Unis, l’avait bien vu qui, au sujet

du procureur général américain Robert Jackson, déclarait :

Jackson est là-bas à Nuremberg qui conduit son escouade de lyncheurs

premier choix. Je me moque de ce qu’il fait aux Nazis, mais j’ai horreur de le

voir, à ce qu’il prétend, administrer la justice et conduire un procès selon le

droit coutumier. Il y a là une imposture un peu trop moralisatrice pour

satisfaire aux idées d’un magistrat de la vieille école (Alpheus Thomas Mason,

Harlan Fiske Stone : Pillar of the Law, p. 716).

Le même président de la Cour suprême avait écrit dans une lettre adressée à titre privé

au directeur de la publication Fortune :

La Cour suprême n’a rien eu à voir ni directement ni indirectement avec les

procès de Nuremberg ou avec l’initiative gouvernementale qui les a autorisés

[…]. Il me déplaît profondément de voir ce travestissement et ce fauxsemblant

de légalité. Le mieux qu’on en puisse dire est qu’il s’agit là d’un acte

politique des puissances victorieuses qui peut avoir sa justification morale,

comme ce fut le cas pour la séquestration de Napoléon vers 1815. Mais, dans

ces temps-là, les Alliés ne se croyaient pas tenus de se justifier et d’en appeler

à des principes légaux qui n’existent pas (Ibid., p. 715).

55

Avec la candeur ou le cynisme d’un Américain, le procureur général R. Jackson

rappelait que le statut du tribunal « envisage l’application d’une justice vengeresse »

(contemplates a justice of retribution) (TMI, VIII, p. 356) et il ajoutait : « En tant que

tribunal militaire, nous poursuivons l’effort de guerre des nations alliées » (TMI, XIX,

  1. 415).

Une brochette de huit compères coalisés prétendait former un « tribunal militaire

international ». Trois mensonges en trois mots ! Ce groupe n’était pas international

mais interallié. Il n’était pas militaire sauf pour ses deux représentants en uniforme

soviétique1. Enfin, il était moins un tribunal qu’une tribune s’il est vrai que, selon le

propos de Casamayor, alias Serge Fuster, qui fut substitut à Nuremberg, « le procès de

Nuremberg n’était pas un procès bien que, faute de mieux, il en eût l’apparence »

(« La Justice et le bourreau », Télérama, 1er janvier 1986, p. 37).

Les huit juges représentaient quatre empires (l’anglais, le français, l’américain et le

soviétique) qui avaient à leur actif d’abominables tueries avant, pendant ou juste après

la guerre, de gigantesques déportations, des camps de concentration, des massacres

racistes et non racistes, des actes de pur terrorisme sur les civils, des règlements de

comptes de guerres intestines, des épurations sanglantes, des fusillades systématiques,

tant il est vrai que le vainqueur fut celui qui était parvenu à tuer, proportionnellement,

le plus d’hommes, de femmes et d’enfants.

L’accord de Londres instituant ce tribunal porte la date du 8 août 1945. Deux jours

plus tôt, les Américains avaient annihilé Hiroshima2 et, un jour plus tard, ils allaient

vitrifier Nagasaki. Le jour même du 8 août 1945, l’Union soviétique se rendait

coupable d’une guerre d’agression caractérisée, une de plus ; cette fois-ci, c’était contre

un Japon exsangue.

A l’heure même du procès de Nuremberg se déroulait la plus gigantesque et peut-être

la plus cruelle déportation de tous les temps : celle de millions de citoyens d’origine

allemande parfois établis depuis des siècles dans les pays Baltes, la Pologne, la

Tchécoslovaquie et d’autres pays de l’Est européen. A travers toute l’Europe des

millions d’hommes étaient soit abattus sommairement, soit jugés de manière

expéditive, soit emprisonnés et dépouillés de tout. L’Allemagne, amputée d’un tiers,

coupée en deux et divisée en quatre zones d’occupation était, par ses vainqueurs, mise

en coupe réglée. Jamais les prisons européennes ne furent pleines comme au temps de

la « Libération ». Jamais peut-être le pillage n’atteignit de telles proportions.

Du point de vue historique, le bilan de cette parodie de justice s’est révélé désastreux.

A force de tenir les faits pour établis – c’est-à-dire, en clair, à force de ne pas les

prouver -, les juges de Nuremberg reçurent pour vraies une foule d’impostures des

plus grossières. Aujourd’hui on tend à oublier que la plus lourde accusation portée à

Nuremberg contre l’Allemagne d’Hitler était d’avoir voulu, préparé et déclenché la

seconde guerre mondiale : accusation gratuite aisément détruite par l’ouvrage

1 Le premier juge soviétique n’était autre que le général Nikitchenko qui avait, en 1936, jugé et

condamné, sur l’ordre du camarade Staline, les camarades Kamenev, Zinoviev et leurs amis. « Qu’estce

qu’un contre-interrogatoire ? » avait-il demandé à ses compères occidentaux de Nuremberg. Le trop

fameux Rudenko dirigeait le ministère public soviétique.

2 Hitler était hostile à la fabrication de la bombe atomique, jugeant qu’elle sonnerait le glas de la

civilisation (voy. Otto Skorzeny, La Guerre inconnue, éd. Albin Michel, 1975, 442 p.).

56

retentissant de l’historien anglais A.J.P. Taylor (Les Origines de la seconde guerre

mondiale, Presses de la Cité, 1961), accusation, au demeurant, que nul historien ne

soutient plus aujourd’hui. Pour formuler cette accusation, les juges de Nuremberg

s’étaient principalement fondés sur un document et un témoignage. Le document (le

procès-verbal Hossbach) et le témoignage (Hitler m’a dit, d’Hermann Rauschning)

n’avaient pas la moindre valeur d’authenticité (voy. Dankwart Kluge, Das Hoßbach-

»Protokoll«, Die Zerstörung eine Legende, Druffel Verlag, 1980, et Wolfgang Hänel,

Hermann Rauschnings »Gespräche mit Hitler«, Eine Geschichtsfälschung,

publication de l’Institut de recherches historiques d’Ingolstadt, vol. 7, 1984). Les

prétendus essais de fabrication de savon fait à partir de la graisse humaine allaient se

révéler une imposture et les abat-jour prétendument en peau humaine se révéleraient

un jour avoir été confectionnés en peau de chèvre.

Pour en venir au crime majeur, celui de la chambre à gaz homicide, les juges de

Nuremberg avaient accordé valeur de « preuve authentique » à un film tourné et

monté par des cinéastes d’Hollywood ; dans ce film sur les « atrocités nazies » se

voyait la chambre à gaz de Dachau, avec de brèves explications sur la manière dont

on y asphyxiait les détenus mais, quatorze ans plus tard, le 19 août 1960, dans

l’hebdomadaire Die Zeit, paraissait une lettre de Martin Broszat, membre de l’Institut

d’histoire contemporaine de Munich, qui révélait qu’il n’y avait jamais eu de gazages à

Dachau non plus qu’en d’autres camps de la même catégorie (aujourd’hui, le visiteur

de la chambre à gaz de Dachau peut lire sur un panneau (amovible) l’inscription

suivante : « CHAMBRE A GAZ – « chambre de douche » camouflée – ne fut jamais

utilisée »). Pour les juges de Nuremberg, la version première de Treblinka était qu’on

y tuait les Juifs dans des chambres à vapeur (document PS-3311 ayant valeur de

« preuve authentique ») mais la version seconde était que ces mêmes Juifs étaient

morts à Treblinka dans des chambres à gaz. Avec quel gaz ? Mystère.

Dans le jugement de Nuremberg, mention – quasi évanescente – des « chambres à

gaz » est faite, en passant, aux seules pages 247 et 264-265 du premier volume :

aucune véritable précision, aucune description, rien sur la technique ou le

fonctionnement de l’arme du crime, qui n’a jamais été expertisée ; la nature du gaz

n’est pas même spécifiée (sur le Struthof, voy., ci-dessus, p. 23).

Les juges s’en rapportèrent à l’aveu de Rudolf Höss, l’un des trois commandants

successifs du camp d’Auschwitz et le seul à avoir « avoué ». Or, Höss avait avoué

sous la torture. Ses tortionnaires finirent par s’en vanter en 1983 (Rupert Butler,

Legions of Death, Londres, Hamlyn Paperbacks, 1983, en particulier p. 234-238). Ni

Raul Hilberg, ni Jean-Claude Pressac, ni Christopher Browning n’accordent plus de

véritable crédit à cette confession. Ce dernier vient de déclarer : « Höss a toujours été

un témoin très faible et confus. C’est pour cette raison que les révisionnistes l’utilisent

tout le temps afin d’essayer de discréditer la mémoire d’Auschwitz dans son

ensemble » (Christopher Hitchens, « Whose History is it ? », Vanity Fair, décembre

1993, p. 117).

L’instruction proprement dite du procès de Nuremberg dura environ soixante jours

ouvrables (la charte fondant le tribunal date du 8 août 1945 et l’audience d’ouverture

du tribunal s’est tenue à Berlin le 18 octobre de la même année sous la présidence du

général Nikitchenko) : soixante jours pour étudier treize années d’histoire (1933-

1945) !

57

Pour ce qui est des « chambres à gaz » et des « gazés », les juges se dispensèrent de

toute descente de justice sur les lieux du crime, de toute expertise de l’arme du crime,

de tout rapport d’autopsie qui aurait établi une mort par gaz-poison. Ils ne produisirent

aucune preuve de l’intention criminelle (ordre, plan, instructions). Les rares témoins

qui parlèrent de gazage ne furent pas contre-interrogés sur la matérialité même des

« chambres à gaz » ou des « gazages ». Par ailleurs, pour ne prendre qu’un exemple, le

témoignage de Marie-Paule Vaillant-Couturier (TMI, VI, p. 227-257) sur Auschwitz

sonnait si faux qu’Edgar Faure, procureur général adjoint, en fit plus tard la remarque

(Mémoire II, Plon, 1984, p. 36).

Parmi les nombreux faux témoignages qui ont trouvé crédit auprès des juges de

Nuremberg figure celui d’Hermann Gräbe ; certains historiens le reprennent

complaisamment dans leurs ouvrages. Les deux déclarations sous serment rédigées le

10 novembre 1945 et signées par ce témoin sur les prétendus assassinats de Juifs à

Rowno les 13 et 14 juillet 1942 et les prétendus assassinats massifs de Juifs à Dubno

le 5 octobre 1942 sont l’oeuvre d’un mythomane. Le 2 janvier 1946, le procureur

américain Storey admettait candidement que cet H. Gräbe était « actuellement

employé à Francfort par le gouvernement américain » (TMI, IV, p. 260). Il est

scandaleux que l’homme n’ait pas été convoqué devant le Tribunal de Nuremberg pour

y témoigner. Il devait par la suite gagner son existence à jouer le témoin professionnel

dans une centaine de procès, jusqu’au jour où, recherché par la justice allemande pour

escroquerie, il s’enfuit à jamais pour les États-Unis et y poursuivit jusqu’à sa mort sa

carrière de mythomane (Der Spiegel, 29 décembre 1965, p. 25-28).

Les juges d’aujourd’hui s’imaginent que leurs collègues de Nuremberg s’étaient au

moins souciés d’obtenir une représentation physique de « l’arme spécifique » d’un

« crime spécifique et sans précédent ». Ils se sont trouvés déconcertés lorsqu’un

justiciable leur a lancé : « Je suis prêt à croire à ces chambres fonctionnant, paraît-il,

au gaz cyanhydrique mais montrez-m’en une sous la forme d’une photographie, d’un

dessin ou d’une maquette. Ou bien osez me dire que ce qu’on montre aux visiteurs

d’Auschwitz est une authentique chambre à gaz. » Les juges ne peuvent pas relever ce

défi. Ils exigent du justiciable qu’il croie en une réalité mystique, dépourvue de toute

représentation physique, y compris dans les ouvrages des historiens antirévisionnistes.

Et c’est notamment en cela que les procès des révisionnistes sont si proches des procès

de sorcellerie où la représentation du diable et de ses instruments était soit inexistante

soit fantasmagorique.

Pour l’existence des chambres à gaz, les juges de Nuremberg firent état d’un « aveu »

de Höss ; pour le chiffre de trois millions de morts à Auschwitz de 1940 au

1er décembre 1943, ils se fondèrent sur un « avis » du même Höss ; pour le chiffre de

quatre millions de morts dans le même camp d’Auschwitz de 1940 au 18 janvier 1945,

ils s’appuyèrent sur une « estimation » soviétique ; et, pour le total de six millions de

Juifs exterminés par les Allemands, ils s’en rapportèrent à une « estimation » qu’ils

osèrent attribuer à Eichmann. Malheureusement pour les juges de Nuremberg, on sait

aujourd’hui de source sûre que l’« aveu » de Höss lui avait été extorqué (voy., cidessus,

  1. 103). Le total des morts d’Auschwitz est évalué par Jean-Claude Pressac,

disciple de Serge Klarsfeld, à un chiffre compris entre 630 000 et 710 000 (voy., cidessus,

  1. 65-66) et il ne fait guère de doute que cette réduction sera suivie d’autres

réductions. L’« estimation » d’Eichmann est une invention de W. Höttl (voy., ci58

dessus, p. 20). Quant au chiffre de six millions, les historiens ne le tiennent plus,

depuis 1979, que pour « symbolique ».

Les juges de Nuremberg ont aussi accumulé les mensonges par omission.

S’improvisant historiens, ils ont voulu retracer l’histoire de la guerre. Ils ont

soigneusement omis de mentionner le pacte germano-soviétique ainsi que les

agressions successives, entre novembre 1939 et juin 1940, de l’URSS contre la

Finlande, les pays Baltes et la Roumanie (avec l’exclusion de l’URSS de la SDN). Ils

ont tenu pour crime contre la paix la pénétration des troupes allemandes en Norvège

ou en Belgique sans noter que les Français et les Britanniques en avaient fait autant de

leur côté. Il est vrai que l’argument « Tu quoque » était formellement interdit aux

accusés1. Les juges de Nuremberg défendaient qu’on fît mention des innombrables

crimes qu’on aurait pu reprocher aux vainqueurs. On ne décèle aucune allusion aux

camps de concentration soviétiques, aux camps de concentration américains ou

canadiens pour les citoyens américains ou canadiens d’origine japonaise et leurs

familles, aux expériences médicales sur des êtres humains, aux préparatifs de la

guerre bactériologique2, aux pratiques de castration, d’eugénisme ou d’euthanasie aux

États-Unis.

Des vingt-deux accusés passés en jugement, trois seulement seront acquittés ; ces

trois-là seront arrêtés par la nouvelle police allemande, jugés et condamnés à leur

tour. Douze condamnations à mort furent prononcées dont une in absentia ; un

condamné se suicida et dix furent pendus. La pendaison (au lieu de la fusillade),

l’incinération et la dispersion des cendres constituaient, une fois acquise la cessation

des hostilités, des sanctions supplémentaires arbitrairement décidées.

Le cas de Julius Streicher, éditeur du Stürmer, fut remarquable ; comme il n’avait

exercé aucune responsabilité politique ni aucune activité de guerre, on reprocha à ce

journaliste des écrits et des caricatures antisémites, qui étaient d’ailleurs en conformité

avec les lois de son pays. J. STREICHER FUT PENDU POUR DÉLIT D’OPINION.

En 1992, soit quarante-six ans après cette pendaison, Telford Taylor, qui avait été le

bras droit du procureur R. Jackson, en exprimait encore sa surprise (voy. Telford

Taylor, The Anatomy of the Nuremberg Trials, A Personal Memoir, New York,

A.A. Knopf, 1992, p. 150, 378, 545, 562, 590, 598-599, 609-610, 631) : « Der

Stürmer n’était pas une agence gouvernementale ; c’était un journal, propriété privée

de Julius Streicher et rédigé par lui. Les griefs formulés contre lui dans l’acte

d’accusation l’avaient été contre le propriétaire d’un journal privé et un journaliste

pour le punir d’avoir publié des déclarations en lesquelles il croyait » (p. 378). Peutêtre

Streicher avait-il signé sa perte en déclarant à deux reprises au procès de

Nuremberg que les formidables massacres de Juifs imputés à l’Allemagne

représentaient une impossibilité technique (TMI, XII, p. 328, 381).

Rudolf Hess, qui avait risqué sa vie pour offrir la paix à la Grande-Bretagne, fut

condamné à la détention perpétuelle pour avoir voulu et préparé la guerre. Après

1 Avec une exception, cependant, que les juges ont été contraints d’admettre lorsque l’avocat de l’amiral

Dönitz a pu faire état d’une lettre de l’amiral américain Nimitz montrant que les crimes qu’on reprochait

à son client dans la conduite de la guerre auraient tout aussi bien pu être reprochés à la marine

américaine. Dès lors, ces crimes n’étaient plus criminels !

2 Comme pour la bombe atomique, Hitler s’était résolument opposé à tout préparatif de guerre

bactériologique ; une telle guerre lui paraissait immonde.

59

quarante-six ans de prison, dont, pour commencer, quatre ans en Angleterre, il fut

retrouvé pendu dans la prison de Berlin-Spandau le 17 août 1987. Il avait 93 ans. On

ne sait s’il s’agit d’un suicide ou d’un assassinat. Ses vingt dernières années s’étaient

passées dans un confinement total. Le régime qui fut infligé à cet homme émut jusqu’à

ses gardiens.

Les organisations juives participèrent activement à la préparation et au déroulement

du procès de Nuremberg au titre d’« amici curiæ » (amis de la cour) et de nombreux

collaborateurs du ministère public américain étaient des « rémigrants » (émigrés

d’Allemagne, revenus en Allemagne aux côtés des Alliés).

Le rôle et l’influence de la presse furent considérables. Il convient à ce propos de citer

une déclaration du président du tribunal, le Britannique Lawrence, lors de la première

audience préliminaire. J’en souligne les mots qui prouvent que, contrairement à la

déontologie des juges britanniques, Lawrence prenait en considération les opinions de

la presse ; j’en souligne également les mots qui illustrent l’hypocrisie du personnage

en même temps que ses aveux : de « hautes considérations politiques » se mêlaient au

souci de la « Justice », une nouvelle loi pénale venait d’être créée pour la circonstance,

enfin on allait user de cette loi « avec effet rétroactif » :

La presse étrangère qui, ces dernières semaines et ces derniers jours, s’est

intéressée à plusieurs reprises aux principes juridiques du Statut, fait ressortir

presque unanimement que l’on n’a pas le droit, en procédure criminelle, de

s’écarter des usages et des règles d’une procédure de « fair play » telle qu’elle

est entendue dans les pays civilisés ; MAIS elle ne s’oppose pas, en droit pénal,

à une dérogation aux principes jusque-là reconnus, car la Justice et de hautes

considérations politiques réclament la création d’un nouveau code pénal

international, avec effet rétroactif, afin de pouvoir punir les criminels de

guerre (TMI, II, p. 9).

La cause du Tribunal militaire international est à ce point indéfendable que, dans un

jugement en date du 18 avril 1991 rendu contre le professeur Faurisson et Le Choc du

mois, les juges de la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de

Paris, sans doute ébranlés par la démonstration du professeur, étaient amenés à

prononcer :

Des critiques peuvent, à juste titre, être développées concernant l’organisation,

la structure et le fonctionnement du Tribunal militaire international de

Nuremberg, tant sur le plan juridique qu’historique ou philosophique.

Il est à noter que cette appréciation, qui tombait sous le coup de la loi Fabius-Gayssot,

ne s’accompagnait d’aucune restriction. Les juges condamnaient le professeur pour

avoir « contesté » un point et un seul du jugement d’un « tribunal militaire

international » contre lequel, pour leur part, ils formulaient toutes les « critiques »

possibles et imaginables !

« Ce n’est pas devant les tribunaux que l’histoire peut trouver ses juges ». Les

magistrats qui négligent cet adage s’exposent à de cuisantes mésaventures. Le

14 février 1990, les juges de la 1re chambre du Tribunal de grande instance de Paris

(Robert Diet, Gérard Pluyette, Yves Breillat) se risquaient à vouloir infliger une leçon

60

d’histoire au professeur Faurisson en invoquant, non sans le dénaturer, le « procèsverbal

de Wannsee ». Las ! Ils ignoraient que, depuis 1984, ledit procès-verbal avait

été, par les historiens antirévisionnistes eux-mêmes, relégué aux oubliettes de

l’histoire. Deux ans après le jugement du 14 février 1990, Yehuda Bauer, professeur à

l’Université hébraïque de Jérusalem, portait le coup de grâce à la légende selon

laquelle à Wannsee l’extermination des Juifs avait été décidée : « histoire inepte »

(silly story), prononçait-il (Canadian Jewish News, 30 janvier 1992).

Le procès de Nuremberg et les sous-procès américains du même type laissent une

tache indélébile sur la prétendue « justice internationale ». A telle enseigne que ce

procès n’a pas eu de postérité malgré bien des tentatives pour lui en donner une, en

particulier à l’occasion des guerres de Corée ou du Viêt-nam. Les conflits que connaît

l’ex-Yougoslavie ont fait renaître l’idée d’un tel procès mais combien est significative

la manière dont en parle Boutros Boutros-Ghali, président de l’ONU, lequel déclarait

l’an dernier : « Il ne s’agit donc pas comme à Nuremberg d’appliquer rétroactivement

un droit à des ennemis vaincus » (« Juger les crimes de guerre [dans l’ex-

Yougoslavie] », Le Monde, 18 novembre 1993, p. 5) !

« La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique » ; on

prête le mot à Georges Clemenceau. L’humoriste Georges Fourest, quant à lui,

« avocat loin la cour », aurait pu, s’il l’avait connue, dire de la justice du Tribunal

militaire international de Nuremberg qu’elle était à la justice ce que la musique du roi

Makoko était à la musique symphonique1. Maurice Bardèche en faisait la remarque :

le procès de Nuremberg a tout de la justice de potentat africain où, réunis au son du

tam-tam – le meilleur des médias -, quelques grands sorciers décident de la meilleure

façon d’accommoder les vaincus.

1 Makoko, souverain anthropophage (mais constitutionnel) de l’Afrique centrale in « Pseudo-sonnet

africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille » (Georges Fourest, La Négresse

blonde, 1909).

61

ANNEXE 2

JACQUES TOUBON CONTRE LE DÉLIT DE

RÉVISIONNISME HISTORIQUE

Le 21 juin 1991, Jacques Toubon, alors député RPR, lors d’une séance de l’Assemblée

nationale présidée par Laurent Fabius, présentait un amendement n°257 demandant

l’abrogation du délit de révisionnisme (Journal officiel de la République française,

Assemblée nationale, 22 juin 1991, p. 3571-3573). Présentant cet amendement, il

déclarait en particulier :

Il s’agit donc du délit de négation des crimes contre l’humanité commis

pendant l’Holocauste, donc du délit de révisionnisme.

Lorsque nous en avons discuté en 1990, sur la base d’une proposition de loi du

groupe communiste, dont le premier signataire était M. Gayssot, j’avais

contesté – je n’étais pas le seul – le principe de ce texte, qui consiste à fixer la

vérité historique par la loi au lieu de la laisser dire par l’histoire.

Certains objectent que si c’est bien l’histoire qui fait la vérité et si ce n’est pas à

la loi de l’imposer, certains propos vont trop loin et il ne faut pas permettre de

les exprimer. Mais c’est glisser insensiblement vers le délit politique et vers le

délit d’opinion.

Donc, sur le fond, il y a dans ces dispositions un très grand danger de principe

[…].

Par conséquent, sur le principe, l’article 24 bis représente, à mon avis, une très

grave erreur politique et juridique. Il constitue en réalité une loi de

circonstance, et je le regrette beaucoup. Une année s’est écoulée. Nous ne

sommes pas à un mois des événements de Carpentras. Nous n’avons pas à

examiner un texte que la conférence des présidents avait, je le rappelle, inscrit

à l’ordre du jour en toute hâte, quarante-huit heures après son dépôt, et qui

avait été discuté immédiatement parce que le président de l’Assemblée,

  1. Fabius, avait décidé personnellement son inscription. Un an après, à froid,

nous pouvons, comme je viens de le faire, examiner la validité de cette loi, la

validité de ce délit de révisionnisme prévu par l’article 24 bis et conclure, avec

Simone Veil, que ce délit est inopportun. […] C’est une faute sur le plan

politique et sur le plan juridique.

– M. Jean-Claude Lefort [communiste]. Monsieur Toubon, retirez cet

amendement qui est véritablement obscène, au sens strict du terme. […] Cet

amendement, monsieur Toubon, il a vraiment une mauvaise, une très

mauvaise odeur. (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste.)

62

M. Jacques Toubon. Il y a un type qui s’appelait Staline en 1936 : il a fait

exactement le boulot que vous venez de faire ! Ça s’appelait des procès ! […]

Sur le fond, il est parfaitement clair que l’institution d’un délit de

révisionnisme a fait régresser notre législation, car c’est un pas vers le délit

d’opinion. Cela a fait régresser l’histoire parce que cela revient à poser que

celle-ci [ne] peut être contestée. Je suis contre le délit de révisionnisme, parce

que je suis pour le droit et pour l’histoire, et que le délit de révisionnisme fait

reculer le droit et affaiblit l’histoire.

Aujourd’hui, le même J. Toubon n’est plus dans l’opposition minoritaire. Il est devenu

ministre de la Culture. Or, on ne sache pas qu’il ait entrepris la moindre démarche

pour obtenir l’abrogation d’une loi qui, d’après ses propres déclarations, « fait reculer

le droit et affaiblit l’histoire ». On attend avec curiosité pour la fin de l’année 1994 sa

réaction au projet de loi de son collègue Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, qui,

avec l’aide de son conseiller Gaubert, s’apprête à faire reculer le droit et à affaiblir

l’histoire bien plus que n’y étaient parvenus les socialistes et les communistes avec la

loi Fabius-Gayssot. Comme le disait J. Toubon : « Il y a un type qui s’appelait

Staline » : J. Toubon s’en souviendra-t-il et le rappellera-t-il à ses collègues du

Parlement ?

63

ANNEXE 3

PIERRE VIDAL-NAQUET EN FAVEUR DU DÉLIT

DE RÉVISIONNISME HISTORIQUE

Pierre Vidal-Naquet se définissait comme « juif, athée et marxiste » (Le Monde, 2 mai

1966, p. 17). Dans son livre Les Assassins de la mémoire (La Découverte, 1987), il

décrit le professeur Faurisson comme un assassin plus lâche qu’Eichmann, « un

Eichmann de papier ». Il écrit : « Il faut certes prendre son parti de ce que ce monde

comporte des Faurisson comme il comporte des maquereaux et des sociétés de films

pornographiques. Mais il ne peut être question de lui [sic] laisser le terrain » (p. 184).

En décembre 1987, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, il traite les

révisionnistes d’« excréments » ; peu après, ce sont leurs écrits qu’il traite

d’« excréments ». En son collègue Faurisson, il ne voit qu’une « ordure morale » (Le

Monde, 3/4 décembre 1989, p. 25). Le 14 décembre 1992, interrogé à Paris par une

journaliste américaine, il reconnaît : « Je hais Faurisson. Si je le pouvais, je le tuerais

personnellement. » Il ajoute : « Mais je suis contre les procès quand il dit simplement

que l’Holocauste n’a pas eu lieu ; c’est là un sujet à résoudre par les historiens et non

par les tribunaux. » Cependant, la chronologie des diverses prises de position de

  1. Vidal-Naquet ainsi que sa propre conduite devant les tribunaux infligent un

démenti à ces derniers propos. Et, s’il est contre les procès, c’est seulement quand

ceux-ci se terminent à l’avantage du professeur Faurisson (voy., ci-dessus, Chronique,

  1. 77).
  2. Vidal-Naquet aime à s’instituer tout à la fois procureur, juge d’instruction et juge du

siège. Il l’a prouvé notamment dans l’affaire Luc Tangorre. Le 24 mai 1983,

  1. Tangorre avait été condamné à Aix-en-Provence par la Cour d’assises des Bouchesdu-

Rhône à quinze ans de réclusion criminelle pour une série de viols

particulièrement odieux. P. Vidal-Naquet, aidé de son fils François, avocat, avait

lancé une campagne en faveur du condamné. Avec l’aide de ses amis habituels, Robert

Badinter, ministre de la Justice, et l’avocat Jean-Denis Bredin, apparenté, semble-t-il,

au capitaine Dreyfus, il avait mené si grand tapage que François Mitterrand (toujours

lui !) avait accordé à L. Tangorre une grâce présidentielle qui, peu de mois après,

permettait la libération du condamné. Mis en liberté conditionnelle le 15 janvier 1988,

  1. Tangorre avait, dans la région de Nîmes, le 23 mai 1988, violé deux étudiantes

américaines de 21 ans. S’aidant d’huile de vidange, il les avait sodomisées. Le

8 février 1992, à Nîmes, la Cour d’assises du Gard le condamnait à 18 ans de réclusion

criminelle. P. Vidal-Naquet confessait alors son erreur tout en la minimisant et tout en

s’en prenant aux magistrats nîmois, ce qui allait lui valoir une réplique des plus

sévères (« Luc Tangorre et notre erreur », Le Monde, 15 février 1992, p. 1-2 ; « La

réponse de deux magistrats nîmois à P. Vidal-Naquet », Le Monde, 6 mars 1992, p. 2).

Didier Gallot, juge d’instruction, rappelle quelques péripéties de cette affaire où il

décrit P. Vidal-Naquet comme un homme « ivre de suffisance » (Les Grâces de

Dieu/Le scandale des grâces présidentielles, Albin Michel, 1993, p. 60). On ne

64

manquera pas, avec le recul du temps, de savourer l’emphase de celui qui, sûr de sa

science d’« historien » et d’« esprit sérieux », admonestait alors les juges : « Si

j’affirme qu’il y a eu erreur judiciaire […] c’est parce que cette innocence ressort de

l’analyse du dossier telle que l’a pratiquée l’historien que je suis » ; « Il ne peut y avoir

aucun doute pour un esprit sérieux. Contre Luc Tangorre, il n’existe aucune preuve

digne de ce nom. Ma conviction personnelle, absolue est qu’il est innocent » (Le

Monde, 28 décembre 1983) ; « Tout se sait toujours […] et j’aime à penser au visage

que feront les juges lorsque le vrai coupable aura été identifié » (« Pour Luc Tangorre,

encore et toujours », Le Matin de Paris, 1 novembre 1986).

Il y a chez ce professeur comme une fatalité de l’erreur. On pourrait citer bien d’autres

fautes extrêmement graves qu’il lui a fallu admettre à contrecoeur. La postérité

retiendra essentiellement de lui la fameuse déclaration d’historiens rédigée en 1979

avec son ami Léon Poliakov contre les auteurs révisionnistes (voy., ci-dessus, p. 55) :

Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a

été possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. Tel est le point

de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous

appartenait de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat

sur l’existence des chambres à gaz (Le Monde, 21 février 1979, p. 23).

Dans la dénonciation des révisionnistes au sein de l’université française, P. Vidal-

Naquet trouve ses plus sûrs soutiens auprès de Pierre Chaunu et de Jacques Le Goff.

65

ANNEXE 4

BREFS APERÇUS DE LA RÉPRESSION LÉGALE A L’ÉTRANGER

Dès les années quatre-vingt, Serge Klarsfeld est parvenu à accréditer l’idée fallacieuse

selon laquelle l’Allemagne possédait une loi explicitement antirévisionniste, dite

Auschwitz-Lüge-Gesetz ou « loi du mensonge d’Auschwitz ». La vérité est que

  1. Klarsfeld souhaitait le vote d’une telle loi dès la fin des années soixante-dix (on

l’appelait en Allemagne la « Lex Klarsfeld ») mais qu’il n’est jamais parvenu à

l’obtenir. Le seul résultat de tant d’efforts fut la création, le 13 juin 1985, de l’article

194 du code pénal allemand, qui, simplement, habilite un procureur à instituer une

poursuite sur le fondement d’articles portant, principalement, sur l’outrage à la

mémoire des morts : articles 86, 86a, 130, 130a, 140, 185, 186, 187, 187a et 189.

Si Klarsfeld, Vidal-Naquet, le rabbin Sirat et d’autres personnalités juives cherchaient

à faire croire à l’existence, en Allemagne, d’un article de loi explicite contre le

révisionnisme (ou : négation ou contestation des crimes nazis), c’était afin de justifier

la création, en France, d’une loi identique, et cela en vertu de l’argument si souvent

employé en d’autres circonstances selon lequel la France n’allait tout de même pas

faire moins que l’Allemagne en pareil domaine.

Le mensonge de ces apôtres de la répression s’est, récemment, dévoilé comme tel. La

presse française vient, en effet, d’annoncer : « L’Allemagne va bientôt punir les

négationnistes » ; « Ses dirigeants viennent de mettre au point un projet de loi qui

prévoit des peines allant jusqu’à trois ans de prison pour ceux qui nient la réalité de

l’extermination de millions de Juifs dans les camps de concentration nazis durant la

seconde guerre mondiale. Le texte devrait être présenté au Bundestag dès la semaine

prochaine afin qu’il puisse être voté et entrer en vigueur avant l’été. Jusqu’ici la

propagation de thèses négationnistes n’était pas explicitement interdite et ses auteurs

pas toujours condamnés » (Le Quotidien, 14 mai 1994, p. 10). Or, le Bundestag vient

de voter le texte à l’unanimité (une unanimité stalinienne) et il est probable que le

Bundesrat s’apprête à en faire autant. Mais le jugement de Mannheim (voy., ci-dessus,

  1. 70) prouve que les magistrats répugnent à obéir servilement aux ukases politiques

en la matière.

La France, « patrie des droits de l’homme », est donc bien le premier pays au monde à

avoir créé le délit de révisionnisme, portant ainsi gravement atteinte à la liberté de

pensée, d’opinion, d’expression ainsi qu’à la liberté de la presse et aux droits de la

recherche scientifique.

A l’heure qu’il est, le seul pays qui ait suivi l’exemple de la France est l’Autriche où un

amendement à une loi du 26 février 1992 sur la répression du néo-nazisme dispose :

« Quiconque, par l’imprimé, la radio ou un autre moyen d’information ou [encore]

publiquement d’une autre manière propre à toucher beaucoup de personnes, conteste,

66

bagatellise grossièrement, approuve ou cherche à justifier le génocide nationalsocialiste

ou d’autres crimes nationaux-socialistes contre l’humanité » est passible

d’une peine d’un an à dix ans de prison (voy. Waltraud Baryli, « Autriche : le

Parlement de Vienne « adapte » la législation réprimant les néo-nazis », Le Monde,

4 mars 1992, p. 3). Ladite loi a été promulguée par le président de la République

autrichienne Kurt Waldheim, qui espérait ainsi, mais en vain, rentrer en grâce auprès

du Congrès juif mondial (voy. Bundesgesetzblatt für die Republik Österreich, 19 mars

1992, loi 148). La répression s’est immédiatement abattue sur de nombreux

révisionnistes autrichiens avec la collaboration si empressée des journalistes

autrichiens, dignes émules en délation de leurs confrères français, que la police

autrichienne, surprise de tant de zèle, a déclaré leur valoir « une fière chandelle »

(News, article signé d’Andreas Kuba et d’Atha Athanasiadis, 7 juin 1993, p. 14-16)1.

La répression contre les révisionnistes s’exerce donc, à l’étranger, en Allemagne et en

Autriche mais aussi en Grande-Bretagne, en Suède, aux Pays-Bas, en Belgique, en

Suisse, en Pologne, en Croatie, en Italie, ainsi qu’au Canada, en Australie, en

Nouvelle-Zélande.

En revanche, aux États-Unis, les tentatives de répression soit judiciaire, soit purement

criminelle, ne parviennent pas à enrayer un extraordinaire développement du

révisionnisme historique jusque dans les universités et dans certaines émissions de

télévision les plus populaires, et cela malgré l’emprise de l’idéologie « politically

correct ».

La Belgique envisageait de suivre l’exemple de la France mais elle vient d’y renoncer,

le législateur se rendant compte qu’instituer l’infaillibilité des juges de Nuremberg

revenait à poursuivre éventuellement ceux qui affirment que le massacre de Katyn

n’est pas un crime allemand comme le prétendaient ces juges mais un crime soviétique

comme a fini par le prouver l’ouverture des archives russes.

La Suisse se prononcera le 25 septembre 1994 par referendum sur l’adoption d’une loi

votée à Berne et instituant le délit de révisionnisme et qu’a jusqu’ici bloquée une

pétition, comme le prévoit la constitution helvétique.

En avril 1993, le Parlement européen a adopté, par 278 voix pour et 39 voix contre,

un plan de bataille contre l’intolérance raciale et le révisionnisme ; ce plan pourrait

prendre effet en 1995, « année européenne de l’harmonie entre les peuples » (Arieh

Doobov [de Bruxelles], « Jewish World », The Jerusalem Report, 20 mai 1993, p. 8).

Mais, sans plus attendre, divers pays européens pratiquent une politique

antirévisionniste au-delà de leurs frontières respectives.

C’est ainsi que l’Autriche et l’Allemagne poursuivent à l’étranger des révisionnistes qui

ne sont ni autrichiens, ni allemands, et que les Pays-Bas poursuivent jusqu’en France

le professeur Faurisson pour avoir laissé publier, en Belgique, en flamand/néerlandais

et sous un titre signifiant « Une approche critique du journal d’Anne Frank », l’étude

1 Le Centre juif de documentation de la résistance autrichienne produit un modèle imprimé de

dénonciation des révisionnistes auprès des procureurs dans son Handbuch des österreichischen

Rechtsextremismus (Manuel de l’extrême droite autrichienne), Vienne, Deuticke, novembre 1993,

  1. 603).

67

du fameux journal telle qu’elle était parue en France, en 1980, dans le livre de Serge

Thion, Vérité historique ou vérité politique ? , aux éditions de la Vieille Taupe.

Les zélotes de la répression antirévisionniste viennent de subir de sérieux revers en

Autriche avec la décision de non-lieu rendue le 24 mai en faveur de l’ingénieur Emil

Lachout et une autre décision de non-lieu rendue le 8 juin en faveur de l’ingénieur

Walter Lüftl qui avait dû remettre sa démission de président de la chambre des

ingénieurs d’Autriche pour avoir diffusé un écrit sur les impossibilités physicochimiques

des chambres à gaz homicides et des camions à gaz homicides (voy., cidessus,

  1. 68-70).

Au Canada, les organisations juives, qui déploient depuis quinze ans une intense

activité en faveur de la répression judiciaire contre les révisionnistes et contre les

prétendus « criminels de guerre », subissent défaites sur défaites grâce, en particulier,

à l’action d’Ernst Zündel.

En Suède, Ahmed Rami, indifférent aux peines de prison et aux agressions physiques,

continue, avec de nombreux Suédois, universitaires ou non universitaires, à multiplier

écrits et actions en faveur du révisionnisme.

Il n’est pas d’exemple que, dans un seul pays au monde, la répression antirévisionniste

soit parvenue à ses fins.

68

BIBLIOGRAPHIE

AITKEN (J.), Épilogue judiciaire de l’affaire Faurisson, La Vieille Taupe, 1982,

32 p.

AMAUDRUZ (G.A.), Ubu justicier au premier procès de Nuremberg, Les Actes des

Apôtres, Charles de Jonquières éditeur, 1949, 181 p.

BARDÈCHE (Maurice), Nuremberg ou la Terre promise, Les Sept Couleurs, 1948,

271 p.

BARDÈCHE (Maurice), Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs, Les Sept Couleurs,

1950, 279 p.

BRIGNEAU (François), Mais qui est donc le professeur Faurisson ?, Publications FB

(24, rue de l’Amiral-Roussin, 75015 Paris), Paris, 1992.

FAURISSON (Robert), Réponse à Pierre Vidal-Naquet, La Vieille Taupe, 1982, 96 p.

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GUILLAUME (Pierre), Droit et histoire, La Vieille Taupe, 1986, 192 p.

KULASZKA (Barbara), Did Six Million Really Die? Report of the Evidence in the

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Faurisson, Toronto, Samisdat Publishers (206 Carlton Street, Toronto, Ontario, M5A

2L1, Canada), 1992, 564 p., 29 x 21 cm. (24)

MADIRAN (Jean), La Loi Rocard du 13 juillet 1990, seconde édition, édité par

Présent, 1994, 20 p.

MADIRAN (Jean), Police ! Vos pensées ! Numéro spécial hors série d’Itinéraires,

Difralivre (B.P. 13, 78580 Maule), 1994, 28 p. Il s’agit d’un « petit aide-mémoire sur

le commissariat de la police de la pensée » ; ce commissariat se situe au 35, rue Saint-

Dominique, 75007 Paris.

MONCOMBLE (Yann), Les Professionnels de l’antiracisme, Faits et documents,

1987, 343 p.

PAUVERT (Jean-Jacques), Nouveaux (et moins nouveaux) Visages de la censure,

suivi de L’Affaire Sade, Les Belles Lettres, 1994, 199 + 76 p.

PRESSAC (Jean-Claude), Les Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre

de masse, CNRS éditions, 1993, VIII-156 p. et 48 p. hors-texte.

69

RATIER (Emmanuel), Mystères et secrets du B’naï B’rith, Facta (37, rue

d’Amsterdam, 75008 Paris), 1993, 416 p.

TAYLOR (A. J. P.), Les Origines de la seconde guerre mondiale, Presses de la Cité,

1961.

THION (Serge), Vérité historique ou vérité politique ?, La Vieille Taupe, 1980,

352 p.

VIDAL-NAQUET (Pierre), «Un Eichmann de papier, Anatomie d’un mensonge », in

Les Juifs, la mémoire, le présent, Maspero, 1980, repris dans Les Assassins de la

mémoire, La Découverte, 1987.

« Contre le révisionnisme historique la loi Fabius alias Gayssot », Revue d’histoire

révisionniste n° 2, août-octobre 1990, p. 16-35.

Le Vrai Visage de Patrick Gaubert, le conseiller très spécial de Charles Pasqua,

Facta, 1994, 64 p.

 

 

 

(Source : La police de la pensée contre le révisionnisme, Eric Delcroix, éditions AAARGH, 1994)

 

 

 

 
ÉRIC DELCROIX
Avocat au barreau de Paris

LA POLICE DE LA PENSÉE
CONTRE LE RÉVISIONNISME
DU JUGEMENT DE NUREMBERG
A LA LOI FABIUS-GAYSSOT

AAARGH

2
Table des Matières
Quatrième de couverture ………………………………………………………………………………..3
Introduction …………………………………………………………………………………………………4
CHAPITRE I : Le texte de la loi et son fondement ……………………………………………..6
CHAPITRE II : Une loi qui bafoue les principes du droit …………………………………..15
CHAPITRE III : Une loi que les juges appliquent de façon contestable ………………..20
CHAPITRE IV : Une loi de nature sacrée ……………………………………………………….25
CHAPITRE V : Les recours possibles contre cette loi ……………………………………….32
CHAPITRE VI : Chronique de la répression antirévisioniste………………………………39
Conclusion…………………………………………………………………………………………………51
ANNEXE 1 : Au fondement de la loi Fabius-Gayssot : le procès de Nuremberg…….53
ANNEXE 2 : Jacques Toubon contre le délit de révisionisme historique ………………61
ANNEXE 3 : Pierre Vidal-Naquet en faveur du délit de révisionisme historique ……63
ANNEXE 4 : Brefs aperçus de la répression légale à l’étranger……………………………65
Bibliographie ……………………………………………………………………………………………..68
3
QUATRIÈME DE COUVERTURE
Nous vivons une seconde Épuration.
En France, tandis que le « collabo » se trouve à nouveau pourchassé, toute velléité de
résistance aux idées en cours sur « les droits de l’homme » et « la Mémoire »
(sélective) est dénoncée par les médias et les ligues, condamnée par des lois spéciales
et durement sanctionnée par les juges. La police de la pensée est à la fête. Sa cible
d’élection : le révisionnisme historique.
En 1986, Pierre Vidal-Naquet, Serge Klarsfeld et François Bédarida, réunis autour du
grand rabbin René-Samuel Sirat, préconisent une loi spéciale contre le révisionnisme.
Ce sera, en 1990, la loi Fabius-Gayssot. Depuis la publication de cette loi, aucun
chercheur, aucun historien, aucun savant ne peut plus contester le jugement de
Nuremberg. Ce qu’en 1946 les juges de Nuremberg, au terme d’une mascarade
judiciaire, avaient énoncé – sans le prouver – sur la « politique d’extermination des
Juifs », sur les « chambres à gaz » homicides et sur les « six millions » est soudain
devenu en 1990 une vérité historique définitivement intouchable !
Peine perdue. En France comme à l’étranger, le révisionnisme se développe. Certains
pensent qu’il faut persister à censurer, châtier, réprimer. D’autres estiment qu’il faut
servir le droit, la liberté, ainsi qu’une mémoire non sélective. Pour ces derniers, la
France doit en finir avec les horreurs de l’Épuration, les mensonges de Nuremberg et
l’esprit de guerre civile.
Le dogme légal né de la loi Fabius-Gayssot constitue une impudente innovation où
s’annonce peut-être le crépuscule du droit.
Éric Delcroix est né en Normandie en 1944. Avocat au barreau de Paris, il s’est
acquis une notoriété dans l’étude des infractions de presse. Ses courageuses prises de
position en faveur de la liberté d’expression l’ont amené à devenir le conseil d’un
certain nombre d’organes de presse et à présenter, devant les tribunaux, dans des
conditions parfois périlleuses, la défense de nombreux révisionnistes, à commencer,
dès 1979, par celle du professeur Faurisson.
4
INTRODUCTION
Pour bien des esprits, dont certains sont à courte vue mais qui, pour la plupart,
souffrent de la sidération ambiante, la liberté d’expression ne serait guère en danger
dans les pays occidentaux. Ces pays jouiraient d’une forme de civilisation qui les
mettrait à l’abri des passions surannées et des égarements imputables à la superstition
religieuse.
En réalité, il n’y a là qu’illusion. Les belles âmes qui réclament la liberté d’expression
pour Salman Rushdie ou pour Madame Nasrin sont celles qui, réunies en meute
impitoyable, obtiennent la proscription du professeur Faurisson ou de Bernard Notin
et, plus généralement, des révisionnistes, vrais ou supposés.
Que l’on ne s’y méprenne pas !
Ce qui est ici en jeu n’est pas tant la liberté d’expression, réduite aux droits des
individus, que la liberté d’accès, pour un citoyen adulte, à toute information, sans
qu’un censeur soit autorisé à passer au crible la masse des informations et à en faire un
tri « ad usum Delphini ».
Dans les conditions actuelles, c’est-à-dire en présence d’esprits sidérés par les
mécanismes de l’ahurissement audiovisuel, cette question est essentielle ; elle l’est
d’autant plus que tous les grands médias occidentaux dépendent de l’omnipotence du
« gros argent » et relèvent nécessairement d’une logique ploutocratique.
Si l’on ne peut plus accéder librement aux écrits révisionnistes, qui nous garantit que
d’autres censures ne sont pas – ou ne seront pas – opérées sur d’autres sujets essentiels
et même vitaux (dans le domaine du nucléaire, de l’environnement, de la biologie,) ?
En accord avec tous les historiens, les auteurs révisionnistes admettent que, durant la
seconde guerre mondiale, les Juifs européens ont connu, en grand nombre, la
persécution et, parfois, l’internement ou la déportation. Ils reconnaissent l’existence
des camps de transit, de travail ou de concentration. Dans certains de ces camps, les
Allemands utilisaient des chambres à gaz de désinfection et des fours crématoires. Les
Juifs, disent-ils, ont pu souffrir des conditions parfois affreuses des ghettos et des
camps. Le travail forcé, la faim, la soif, la chaleur, le froid, la promiscuité et surtout
les épidémies, notamment celles de typhus ou de fièvre typhoïde, opéraient leurs
ravages.
Il ne fait aucun doute que les Juifs européens ont vécu là une tragédie. Mais le reste de
l’Europe et l’Asie, on l’oublie volontiers, souffraient également. D’autres communautés
que la communauté juive ont durement pâti de la guerre. Et, pour ce qui est des
horreurs en tout genre, y compris les déportations, les Alliés en ont perpétré de
gigantesques pendant et après la guerre.
5
Ce que les auteurs révisionnistes contestent au terme de recherches approfondies, c’est
que l’Allemagne aurait accumulé plus de crimes (et en quantité et en qualité) que ses
vainqueurs. Ces derniers n’ont gagné la guerre que parce qu’ils ont,
proportionnellement, plus tué que les vaincus, non sans avoir visé tout spécialement
les populations civiles (c’est d’ailleurs à cette fin que les Anglo-Saxons avaient
inventé les forteresses volantes, bombardiers conçus pour la destruction des villes).
Les révisionnistes contestent que l’Allemagne ait eu une politique d’extermination
physique des Juifs. Ils contestent l’existence et le fonctionnement de chambres à gaz
homicides, véritables abattoirs chimiques qui auraient constitué l’arme spécifique du
crime spécifique. Ils contestent enfin le chiffre de six millions de morts juives.
En France, ces trois contestations-là sont devenues interdites sous peine de prison et
d’amende depuis la publication de la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990.
****
Dans les pages qui suivent je m’efforcerai de montrer que cette loi constitue une
monstruosité dans son fondement, dans sa rédaction et dans son application.
Je montrerai que des recours sont possibles notamment auprès de la Cour européenne
des droits de l’homme et que l’on se trouve dans un cas où les révisionnistes pourraient
invoquer le droit de « résistance à l’oppression ».
Une nouvelle loi antirévisionniste est en préparation : la loi Korman-Gaubert (né
Goldenberg).
Elle prévoit contre les révisionnistes une peine de deux ans de prison, une amende de
500 000 francs et d’autres sanctions encore.
De telles lois, si étranges, pour certains, à l’aube de l’an 2000, sont intéressantes à
étudier. A l’historien, au sociologue, à l’homme politique mais aussi au magistrat, à
l’avocat, à l’universitaire et au citoyen elles apportent, sur le fonctionnement de notre
société et sur les droits des personnes, bien plus d’informations que ne sauraient le
faire les grands médias, tous plus soucieux les uns que les autres de nous masquer les
vrais interdits et les vrais tabous de notre temps.
Des milliards d’événements qui constituent la trame de l’histoire des hommes peuvent
être librement interprétés au gré de chacun. Un seul de ces événements –
l’« Holocauste » des Juifs en chambres à gaz entre 1942 et 1944 – est décrété
intouchable sous peine d’amende, de prison et aussi, parfois, d’interdiction
professionnelle ou de mort civile. Les milliers d’années antérieures à 1942 et le demisiècle
postérieur à 1944 peuvent, du moins en principe, recevoir toutes les
interprétations qu’on voudra, tandis que l’histoire des seules années 1942-1943-1944
est placée sous la haute surveillance des autorités religieuses, politiques, judiciaires et
médiatiques de ce pays.
Ainsi le veut l’impudente loi Fabius-Gayssot.
6
CHAPITRE I
LE TEXTE DE LA LOI ET SON FONDEMENT
(Le jugement de Nuremberg)
Le texte de la loi
La loi du 13 juillet 1990, qui se présente comme « antiraciste », n’est pas radicalement
différente de la loi Pleven du 1er juillet 1972 bien qu’elle aggrave le châtiment des
discriminations, même dans leurs expressions les plus naturelles. Son originalité et
son véritable sens résident en son article 9 qui institue le délit de « contestation de
crimes contre l’humanité », c’est-à-dire le délit de révisionnisme historique. C’est pour
cette raison qu’il convient d’appeler franchement « loi antirévisionniste » une loi qui,
se donnant les apparences d’être, si l’on peut dire, banalement antiraciste, vise en fait à
réprimer le révisionnisme.
A côté de sa dénomination officielle (« loi du 13 juillet 1990 »), elle connaît plusieurs
dénominations usuelles et sa disposition proprement antirévisionniste reçoit
habituellement d’autres dénominations encore.
Dénomination officielle de la loi antirévisionniste
Officiellement, il s’agit de la « loi n° 90-615 du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout
acte raciste, antisémite ou xénophobe » ; en bref : « loi du 13 juillet 1990 ».
Le texte en figure au Journal officiel de la République française, Lois et décrets,
14 juillet 1990, p. 8333-8334. Le rapport de la commission des lois de l’Assemblée
nationale avait été présenté par François Asensi, député communiste, tandis que le
rapport de la commission des lois du Sénat était présenté par Charles Lederman,
sénateur communiste.
L’Assemblée nationale adoptait la proposition de loi le 2 mai 1990. Le Sénat la rejetait
le 11 juin. L’Assemblée nationale l’adoptait à nouveau le 28 juin. Le Sénat la rejetait
une nouvelle fois, le 29 juin. Finalement, l’Assemblée nationale adoptait en dernière
lecture la proposition de loi le 30 juin 1990 ; 308 députés communistes et socialistes,
dont 305 absents, votaient pour, tandis que votaient contre cette proposition 265
députés dont 263 absents, les deux présents étant Louis de Broissia (qui avait eu à
tourner toutes les clés des absents) et la seule représentante du Front National, Marie-
France Stirbois. Tout en décidant de voter contre l’adoption de la loi, Louis de
Broissia avait traité les révisionnistes de « dérangés », d’« imbéciles » et de « tricheurs
de l’histoire » (J.O., Assemblée nationale, 29 juin 1990, p. 3124). Marie-France
Stirbois avait lutté pied à pied contre l’adoption de la loi non sans faire preuve d’une
remarquable connaissance du dossier historique et du dossier juridique.
Le 13 juillet 1990, cette loi était signée par François Mitterrand, président de la
République. Elle portait également la signature de Michel Rocard (premier ministre),
7
de Roland Dumas (ministre d’État, ministre des Affaires étrangères), de Pierre
Arpaillange (garde des Sceaux, ministre de la Justice), de Jean-Pierre Chevènement
(ministre de la Défense), de Pierre Joxe (ministre de l’Intérieur), de Jack Lang1
(ministre de la Culture, de la Communication, des Grands Travaux et du Bicentenaire)
et enfin de Catherine Tasca (ministre délégué auprès du ministre de la Culture, chargé
de la Communication).
Cette loi comprend quinze articles distribués sous trois titres. Nous intéresse ici
surtout l’article 9 du titre II, lequel s’intitule : « Modifications de la loi du 29 juillet
1881 sur la liberté de la presse » (sic). Voici cet article 9 qui, comme on va le voir,
comporte essentiellement ce qu’il est convenu d’appeler « l’article 24 bis de la loi du
29 juillet 1881 sur la presse » :
Art. 9. – Il est inséré, après l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté
de la presse, un article 24 bis ainsi rédigé :
« Art. 24 bis. – Seront punis des peines prévues par le sixième alinéa de
l’article 24 ceux qui auront contesté, par un des moyens énoncés à l’article 23,
l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis
par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international annexé à l’accord de
Londres du 8 août 1945 et qui ont été commis soit par les membres d’une
organisation déclarée criminelle en application de l’article 9 dudit statut, soit
par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction
française ou internationale.
« Le tribunal pourra en outre ordonner :
« 1°L’affichage de sa décision dans les conditions prévues par l’article 51 du
code pénal ;
« 2°La publication de celle-ci ou l’insertion d’un communiqué dans les
conditions prévues par l’article 51-1 du code pénal, sans que les frais de
publication ou d’insertion puissent excéder le maximum de l’amende
encourue. »
Le sixième alinéa de l’article 24 prévoit une peine d’un mois à un an
d’emprisonnement et/ou une amende de 2 000 à 300 000 francs. On notera qu’à ces
sommes peuvent s’ajouter les frais de publication judiciaire. Ne manquent enfin
jamais de s’ajouter, au surplus, des sommes considérables à verser au titre de
dommages-intérêts pour de multiples associations (elles sont parfois de huit à douze
associations) désormais habilitées à porter plainte comme l’étaient auparavant, au
regard de la loi de 1972, les associations dites antiracistes. Et cela sans compter les
frais d’avocat et de procédure en première instance, en appel, en cassation, etc.
1 On notera qu’en 1990 Jack Lang aura ainsi fêté le 201e anniversaire de la prise de la Bastille, bastion
supposé de l’absolutisme royal et de la censure, par la publication, sous sa signature, au Journal officiel
de la République française, d’une loi de censure : la loi Fabius-Gayssot. Dans la même livraison du
J.O., huit pages plus loin (p. 8342), on constate que Pierre Vidal-Naquet, grand inquisiteur contre le
révisionnisme historique, est nommé chevalier de la Légion d’honneur sur proposition du même Jack
Lang. Sur P. Vidal-Naquet, voy. Annexe 3.
8
L’article 23 énonce les moyens utilisés : écrits, imprimés, moyens de communication
audiovisuelle, etc.
La juridiction internationale en question est le tribunal militaire ayant siégé à
Nuremberg (1945-1946), où les vainqueurs, jugeant les vaincus, ont, rétroactivement,
défini des crimes et un statut juridique entièrement nouveaux, ce statut étant
exclusivement destiné au vaincu et ne disposant que pour le passé.
A la date du 14 juillet 1990, la seule juridiction internationale qui se fût ainsi
prononcée sur des crimes contre l’humanité était précisément ce Tribunal militaire
international de Nuremberg et la seule juridiction française était celle du procès, à
Lyon, en 1985, de l’Allemand Klaus Altmann-Barbie, citoyen bolivien, enlevé de
Bolivie au mépris de toute loi. Le 20 avril 1994 allait s’ajouter la condamnation, à
Versailles, de Paul Touvier, pour complicité de crime contre l’humanité.
Les mots « et qui ont été commis » sont d’importance. Ils signifient que les juges
français, s’ils veulent observer la loi, devraient prouver que ces crimes ont été
commis.
Dénominations usuelles de la loi antirévisionniste
La loi du 13 juillet 1990 porte souvent le nom de « loi Gayssot », du nom d’un sinistre
député communiste de la Seine-St-Denis, Jean-Claude Gayssot, qui passe pour en
avoir pris l’initiative parlementaire. En réalité (voy., ci-dessous, la Chronique, p. 78),
cette initiative revient au socialiste Laurent Fabius ; d’où son nom de « loi Fabius-
Gayssot ». Elle est également connue sous le nom de loi « Rocard-Gayssot », le
socialiste Michel Rocard l’ayant cosignée en tant que premier ministre. On en désigne
la disposition antirévisionniste encore sous d’autres appellations : « lex Faurissonia »,
« loi Faurisson » ou encore, simplement, « article 24 bis ».
La loi antirévisionniste pourrait porter le nom de son véritable instigateur extraparlementaire
et s’appeler « loi Vidal-Naquet » (voy., ci-dessous, la Chronique, p. 74
et aussi Annexe 3). Depuis 1979, ce spécialiste de la Grèce ancienne, directeur de
l’École des hautes études en sciences sociales, voue aux révisionnistes une haine
fervente. Il vient charger ces derniers jusqu’à la barre des tribunaux. Il n’affecte d’être
hostile à la persécution, judiciaire ou autre, de tel ou tel révisionniste que lorsqu’il est
assuré que cette persécution est devenue irréversible. Il désigne alors une autre proie
possible.
La justice immanente voudrait que cette loi antirévisionniste porte aujourd’hui le nom
de P. Vidal-Naquet mais la justice des hommes invite à l’appeler de son nom le plus
courant, celui de « loi Fabius-Gayssot ».
Je parlerai donc indifféremment de « loi antirévisionniste » ou de « loi Fabius-
Gayssot » pour désigner une loi qui, sous couvert de réprimer les « racistes », vise
surtout les révisionnistes.
9
Une loi fondée sur un jugement qui n’a jamais été publié
La loi Fabius-Gayssot transgresse le principe de la nécessaire publicité des lois. Elle
fait état de jugements, tel celui du Tribunal militaire international de Nuremberg
(TMI), qui n’ont jamais été publiés au Journal officiel de la République française. Un
jugement n’a pas à être publié au J.O. tant qu’il reste un jugement mais, dès lors qu’il
devient partie constituante d’un texte de loi, il doit être porté à la connaissance de tout
un chacun par la voie officielle. C’est à cette condition expresse qu’on peut décréter
que « nul n’est censé ignorer la loi ».
La publicité des lois est régie par un décret du gouvernement de Défense nationale en
date du 5 novembre 1870, lequel énonce :
Art. 1er. – Dorénavant, la promulgation des lois et décrets résultera de leur
insertion au Journal officiel de la République française, lequel, à cet égard,
remplacera le Bulletin des lois. […]
Art. 2. – Les lois et décrets seront obligatoires, à Paris, un jour franc après la
promulgation, et partout ailleurs, dans l’étendue de chaque arrondissement, un
jour franc après que le Journal officiel qui les contient sera parvenu au cheflieu
de cet arrondissement. […]
Pour être applicable, la loi antirévisionniste publiée au J.O. du 14 juillet 1990 aurait
dû s’accompagner de toutes les annexes nécessaires à son intelligence. En plus du
jugement rendu à Nuremberg les 30 septembre et 1er octobre 1946 auraient dû être
publiés au Journal officiel les arrêts du procès Barbie en 1985. Quant aux arrêts
postérieurs à la date de publication de la loi, ils sont encore plus inaccessibles : sauf
dans le cas de l’arrêt de Paul Touvier, rendu le 20 avril 1994, ils sont encore dans les
limbes, puisqu’on ignore à l’heure qu’il est si la France connaîtra d’autres procès pour
« crimes contre l’humanité ».
Consultée sur ce point, la Cour de cassation se dérobe
A l’occasion d’un procès qui lui était intenté, Alain Guionnet avait repris
sommairement, devant la Cour de cassation, mon argument selon lequel le jugement
de Nuremberg n’avait pas été publié au J.O. Il s’attirait la réponse suivante :
Attendu que, pour écarter l’argument soutenu par Guionnet selon lequel lui
était inopposable, faute d’avoir été publié au Journal officiel de la République
française, le jugement du tribunal international auquel se réfère l’article 24 bis
[…], les juges du fond […] observent que l’autorité de la chose jugée d’une
décision de justice procède de son caractère définitif, indépendamment de
toute publication et que le décret du 5 novembre 1870 est inapplicable aux
décisions de justice ;
Attendu qu’en l’état de ces motifs, l’arrêt attaqué n’encourt pas les griefs du
moyen, qui ne peut donc être accueilli (arrêt Guionnet, 23 février 1993).
La réponse manque de pertinence. La Cour de cassation affecte d’ignorer que le
législateur a brisé le sceau de décisions judiciaires pour en accaparer le contenu à des
10
fins qui lui sont propres. L’argumentation de la Cour de cassation est d’ailleurs si peu
convaincante qu’un commentateur de la prudente et conformiste Gazette du Palais n’a
pas manqué d’écrire :
On peut regretter que la Cour de Cassation […] ait frileusement répondu par
des arguments formels qui ne sont nullement convaincants. L’autorité entre les
parties de la chose jugée […] ne saurait à l’évidence jamais équivaloir à une
publication tournée vers tous les justiciables (Gazette du Palais, 18 au
20 juillet 1993, p. 6 et 7).
Le commentateur, il est vrai, a cru bon d’ajouter que certains révisionnistes ne
pourraient pas utiliser l’argument de la non-publication au J.O. quand leurs propres
travaux laissent supposer qu’ils ont connaissance du texte du jugement de Nuremberg.
Ledit commentateur fait fausse route ; la loi ne saurait distinguer les justiciables en
raison de leur érudition supposée. Par ailleurs, quand les révisionnistes, convoqués à
la barre d’un tribunal, citent des extraits du jugement de Nuremberg, ils le font non
sans déplorer qu’en l’absence de tout texte officiel il leur faille se contenter d’un texte
qui, certes, se présente comme un compte rendu des débats du Tribunal militaire
international (TMI) mais qui est dénué de toute garantie de valeur authentique.
Le commentateur de la Gazette du Palais ne manquait pas de bon sens juridique mais
sans doute s’est-il effrayé de son audace ; il ne fallait pas qu’on le soupçonne de tenir
la loi-dogme pour inapplicable ni qu’on croie qu’il désapprouvait la condamnation des
révisionnistes ; aussi lui fallait-il user d’une échappatoire.
Difficulté extrême de se procurer et d’étudier le texte officiel du jugement de
Nuremberg
Avant même de recevoir l’approbation, sur ce point, de la Cour de cassation, des juges
avaient rejeté notre argument selon lequel, sans publication au J.O., le texte du
jugement de Nuremberg ne pouvait être réputé connu du justiciable. Ils l’avaient fait
non sans maladresse et en trahissant leur ignorance du sujet. C’est ainsi que, sur la
seule foi de l’affirmation d’un avocat général, la XIe chambre de la Cour d’appel de
Paris avait déclaré que chacun était censé connaître le jugement de Nuremberg au
motif suivant :
Considérant que le procès qui s’est conclu par le jugement du 1er octobre 1946
du Tribunal militaire international de Nuremberg a fait l’objet d’une
publication officielle, en langue française ; que les archives de ce procès sont
détenues par la Cour internationale de justice de La Haye, dépositaire du
jugement, qui peut être communiqué ;
Considérant, en conséquence, que le jugement du Tribunal militaire
international en date du 1er octobre 1946 s’impose à tous, alors même qu’il n’a
pas été publié au Journal officiel de la République française (arrêt Guionnet du
27 mai 1992).
Le texte des comptes rendus et des documents du Procès des grands criminels de
guerre devant le Tribunal militaire international, Nuremberg 14 novembre 1945 –
1er octobre 1946, forme un ensemble de 42 volumes (41 volumes dans l’édition
11
française où manque fâcheusement le volume XXIII, qui devait contenir l’index des
matières ainsi que les corrections).
Le texte du jugement figure aux pages 440-631 du volume XXII, aux dates où ce
jugement a été prononcé, c’est-à-dire le 30 septembre et le 1er octobre 1946 ; il figure
également sous une forme continue, sans aucune interruption, dans les pages 181-367
du premier volume. Dans le premier cas, le jugement occupe 192 pages et, dans le
second cas, 187 pages. Pour un juriste, la simple consultation en bibliothèque est
d’autant plus insuffisante qu’il lui est nécessaire, pour comprendre de nombreux points
de ce jugement, de se reporter au contenu des autres volumes. Bref, il lui faut faire
l’acquisition des 41 volumes de l’édition française. Jamais réédité, l’ouvrage ne se
trouve que par chance, en marchandise d’occasion, au prix d’environ 6 000 francs. Il
est encombrant et d’un usage difficile dans sa version française La sagesse commande
de se procurer, de surcroît, soit la version américaine, soit la version anglaise, soit la
version allemande, pour disposer d’un index des matières (où chercher, par exemple,
le nom d’Auschwitz). Avec cet index en anglais ou en allemand, on se reportera au
texte anglais ou allemand des débats ; on y cherchera le ou les passages à examiner ;
puis, retournant à l’édition française, on s’efforcera, non sans d’inévitables
tâtonnements, de trouver ce même ou ces mêmes passages en français
Le texte imprimé du jugement de Nuremberg ne revêt aucun caractère officiel
Aura-t-on la garantie de disposer ainsi du texte officiel des débats et du jugement ?
Certes non. L’édition française porte en caractères d’imprimerie les précisions
suivantes : « Édité à Nuremberg, Allemagne, 1947 », puis : « Suivant les directives du
Tribunal Militaire International, ce volume est publié par le Secrétariat du Tribunal
sous la juridiction des Autorités Alliées de Contrôle pour l’Allemagne » ; enfin, on lit :
« Texte officiel en langue française ». Dans l’avant-propos, on nous affirme que le
texte français a été certifié pour la publication par une certaine Mlle Aline Chalufour !
Mais quel est l’organisme officiel, quelle est la personne responsable qui parle ici ?
Nul cachet, nul timbre, nul sceau, nulle signature, nulle date précise.
On se trouve donc devant un pur produit de librairie, une production simplement
commerciale, dont rien, au regard d’un juriste, ne garantit l’authenticité ou simplement
la conformité à une pièce originelle manuscrite ou dactylographiée, signée du nom de
ses auteurs et revêtue des marques d’usage en la matière. De plus, l’éditeur suggère,
par une feuille volante insérée dans chaque volume, que des erreurs ont pu se glisser ;
il remercie par avance ceux qui pourront lui proposer des corrections factuelles
Difficulté de se procurer même le texte officieux du jugement de Nuremberg
Si l’on se tourne, comme je l’ai fait, vers la Cour internationale de justice de La Haye,
dépositaire du jugement, on rencontre des difficultés d’une autre nature. Il ne m’a pas
fallu moins de seize mois pour obtenir, au prix de demandes renouvelées,
communication du seul texte du jugement, à l’exclusion du texte des débats,
nécessaire, comme on va le voir, à la compréhension dudit jugement.
12
Nécessité de se procurer aussi le texte des débats
Je n’en suis d’ailleurs guère plus avancé. Sur les « camps d’extermination nazis »
(expression forgée par les Alliés), sur les chambres à gaz « nazies » et sur le nombre
des Juifs censés avoir péri du fait des Allemands, le texte du jugement est
remarquablement bref, vague et allusif. Pour avoir quelque chance d’en saisir la
portée, il me faudrait, de toute évidence, me reporter aux débats eux-mêmes.
Prenons un exemple. Le tribunal clôt ses brèves considérations sur l’extermination des
Juifs par la phrase suivante :
Adolf Eichmann, que Hitler avait chargé de ce programme, a estimé que cette
politique avait causé la mort de six millions de Juifs, dont quatre millions
périrent dans les camps d’extermination (TMI, I, p. 266).
On remarquera que le tribunal rapporte une « estimation » attribuée à Eichmann mais
qu’il ne donne pas ici sa propre estimation. Quelques pages plus loin (Ibid., p. 311), le
tribunal change sa formulation et ces mêmes « camps d’extermination » deviennent
des « camps de concentration ». Pour en avoir le coeur net, il me faut donc
entreprendre des recherches afin de déterminer comment, au cours des débats, les
juges ont pu connaître de ce point. Ces recherches ont nécessité plusieurs jours au
terme desquels j’ai eu la surprise de découvrir que, comme l’avait déclaré le professeur
Faurisson à maintes reprises, les juges avaient commis là une grave erreur. Jamais
Eichmann n’avait dit que six millions de Juifs étaient morts, dont quatre millions dans
des « camps d’extermination ». C’est un collaborateur des autorités américaines, un
ancien SS du nom de Wilhelm Höttl, qui l’avait affirmé. Plus exactement, W. Höttl
avait dit qu’Adolf Eichmann le lui avait dit vers la fin août 1944, à Budapest. (Entre la
fin août 1944 et le 8 mai 1945, date de l’armistice, bien d’autres morts juives auraient
dû être ajoutées à ce total de six millions !) La déclaration de W. Höttl avait été lue
par un avocat général américain devant le tribunal, le 14 décembre 1945. Elle avait
fait sensation. Un avocat allemand avait alors demandé la comparution à la barre de
W. Höttl afin d’obtenir des éclaircissements sur cette extraordinaire affirmation. Il
avait ajouté que rien n’était plus facile : Höttl était sur place, à Nuremberg, en prison
où nous en avons la preuve il collaborait avec l’accusation tout comme il l’avait déjà
fait pendant la guerre où il était en liaison avec les services américains en Suisse.
Visiblement embarrassé, l’avocat général américain avait immédiatement fait marche
arrière et le président avait décidé qu’on verrait plus tard. En réalité, W. Höttl ne fut
jamais convoqué à la barre. Les juges le savaient bien qui, rédigeant leur jugement,
ont, par conséquent, commis soit une grave erreur, soit un mensonge délibéré.
Si un révisionniste que je suis amené à défendre se voit reprocher de contester le
chiffre de six millions et si, sur le fondement de la loi antirévisionniste, on l’accuse de
contester ainsi un point du jugement de Nuremberg, je m’estime en droit de faire
remarquer au tribunal l’erreur ou le mensonge, sur ce point, des juges de Nuremberg.
Mais, pour être en mesure de le faire, il m’aura fallu entreprendre un véritable
parcours du combattant et franchir bien des obstacles. La XIe chambre de la Cour
d’appel de Paris ignore superbement les justiciables et leurs défenseurs quand elle
prononce, ex cathedra, que le jugement et les archives du procès de Nuremberg sont
pour ainsi dire à la portée de tous, même si rien n’en a été publié au J.O. ! Pour sa
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part, elle ne semble en avoir connaissance que par des éléments tronqués que lui
transmet furtivement et secrètement la Chancellerie !
Dans le chapitre III, nous verrons de quelle manière les juges tendent à appliquer la
loi Fabius-Gayssot mais, d’ores et déjà, puisque j’en suis ici à traiter du fondement de
cette loi, à savoir le jugement de Nuremberg lui-même, il convient de s’attarder un
instant sur l’usage que font aujourd’hui les juges français de ce jugement du Tribunal
militaire international de Nuremberg.
Les juges d’aujourd’hui ne consultent pas même le texte du jugement de
Nuremberg
A l’exception de la Cour d’appel de Caen, les juridictions saisies d’affaires mettant en
cause des révisionnistes n’ont pas jugé nécessaire de se munir publiquement et
contradictoirement du texte du jugement de Nuremberg ou de tout autre jugement, par
une juridiction française, de personnes accusées et condamnées pour des « crimes
contre l’humanité ». Il semble que les juges français accordent ainsi, dans leur
ensemble, à l’autorité relative de la chose jugée, une autorité absolue, un statut,
pourrait-on dire, d’absolu ontologique qui n’a plus rien à voir avec la justice des
hommes. Quant au texte officiel des débats, indispensable pour éclairer le texte du
jugement, aucune juridiction, hormis la Cour de Caen, ne s’est souciée de le produire.
Les juges condamnent des révisionnistes au nom de textes qu’ils sont incapables de
produire à la vue de tous. Ils invoquent des écritures enfermées dans un tabernacle
dont nul n’approche même s’il est revêtu de la robe de justice.
Les juges d’aujourd’hui se fient aux rumeurs sur le procès de Nuremberg
Notre justice a repris à son compte ce que propage la commune renommée. Elle
interdit de contester l’existence des chambres à gaz « nazies », le génocide des Juifs et
la mort de six millions de Juifs parce que, selon elle, « tout le monde sait que ces
choses-là ont été établies à Nuremberg ». Grave erreur : elles n’ont pas été établies
mais, grâce en grande partie à l’article 21 (voy., ci-dessous, p. 98) du statut de ce
tribunal, elles ont été « tenues pour établies » à titre de « preuves authentiques », et
encore dans les termes les plus vagues ou au prix d’erreurs ou de mensonges qu’on
découvre à la lecture attentive des comptes rendus imprimés du procès. Le lecteur
hâtif s’imagine que les juges de Nuremberg ont établi le nombre des morts
d’Auschwitz ainsi que le nombre total des morts juives pour toute la guerre. En réalité,
pour Auschwitz, ils ont invoqué l’ « avis » (sic) de Rudolf Höss et, pour le nombre
total, ils ont mentionné le nombre « estimé » (sic) par Adolf Eichmann (TMI, p. 264,
266).
Les juges d’aujourd’hui font de la surenchère sur les juges de Nuremberg
Le prévenu Pierre Marais avait publié une étude, de caractère chimique, sur la
« chambre à gaz du Struthof ». Il s’est vu condamner pour son scepticisme par la
XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris et par la XIe chambre de la
Cour d’appel. Or, le texte du jugement de Nuremberg qu’on lui opposait ne mentionne
nulle part cette chambre à gaz ! Le comble, par ailleurs, est que cette chambre à gaz
est la seule qui ait fait l’objet d’une « expertise de l’arme du crime » et que cette
expertise, rédigée en décembre 1945 par le professeur René Fabre, doyen de la faculté
14
de médecine de Paris, a conclu négativement. J’ai pu le constater personnellement, en
1980, en examinant, au Palais de justice de Paris, les pièces du « procès du Struthof »
(Tribunal de Metz) détenues par la Direction de la Gendarmerie et de la Justice
militaire.
Pour la défense de P. Marais, j’avais pris soin de souligner les deux passages suivants
du jugement de Nuremberg :
Un certain nombre de camps de concentration possédaient des chambres à gaz
pour l’exécution massive des prisonniers, dont les corps étaient ensuite brûlés
dans des fours crématoires. Ces camps furent en fait utilisés à la « solution
finale » du problème juif par l’extermination. […]
Tous ceux qui le pouvaient encore devaient travailler ; ceux qui étaient hors
d’état de le faire étaient exterminés dans des chambres à gaz, après quoi l’on
brûlait leurs cadavres. Certains camps de concentration, tels que Treblinka et
Auschwitz, furent principalement choisis à cette fin (TMI, I, p. 247 et 264).
C’est en ces termes que s’exprime essentiellement la sainte Écriture de Nuremberg sur
le chapitre des chambres à gaz.
Dans l’affaire Marais, le tribunal et la cour ont balayé toute objection, considérant que
l’étude chimique incriminée était susceptible d’être étendue au cas d’autres chambres à
gaz dans d’autres camps de concentration ! En effet, dans son jugement du 10 juin
1993, le tribunal a prononcé :
En réalité, malgré le titre de l’article, la démonstration de M. Marais et ses
conclusions ne prennent appui sur la « confession » du chef du camp de
Struthof que par prétexte, et visent à affirmer, de façon beaucoup plus
générale, l’invraisemblance technique des « prétendues chambres à gaz ».
Et la cour d’appel a confirmé, dans son arrêt du 2 décembre 1993 : « Considérant que
le délit est donc caractérisé ; que les premiers juges ont fait une juste application de la
loi pénale qui sera confirmée par la cour ; […]. »
Un fondement des plus fragiles : le procès de Nuremberg
La loi Fabius-Gayssot se fonde essentiellement sur le jugement du procès de
Nuremberg. Elle trouve son origine dans ce procès ou, plutôt, dans cette mascarade
judiciaire. Elle en est le rejeton tardif. Son infirmité est congénitale.
Sur le procès de Nuremberg, on consultera, ci-dessous, l’Annexe 1.
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CHAPITRE II
UNE LOI QUI BAFOUE LES PRINCIPES DU DROIT
On viole le principe de la séparation des pouvoirs
La loi Fabius-Gayssot n’est pas une loi ; elle est une voie de fait. Aucun législateur
n’avait le droit de la prendre et de créer ainsi un type d’infraction auquel on ne trouve
pas de précédent dans l’histoire de la civilisation et du droit.
Le législateur, c’est-à-dire le Parlement français, a commis là un acte de forfaiture. En
portant atteinte, d’une manière unique et caractérisée, à l’impartialité des juges, il a
violé le principe de la séparation des pouvoirs. Le pouvoir législatif a bafoué le
pouvoir judiciaire. Étonnant effet de la dégradation intellectuelle et morale des juges,
les intéressés eux-mêmes ne semblent pas s’en être rendu compte. Dès 1991, j’ai
appelé l’attention des magistrats sur cette violation du principe de la séparation des
pouvoirs. L’argument a été repoussé, y compris par la Cour de cassation. Mon
confrère, Jean Stévenin, avocat au barreau de Nanterre, a par la suite, en 1993, repris
l’argument en le développant et en l’enrichissant de considérations nouvelles.
Je pense nécessaire de revenir sur ces points.
Le crime n’est pas défini, sinon capricieusement et rétroactivement
La loi Fabius-Gayssot porte donc sur la contestation des « crimes contre l’humanité » ;
or, le législateur se révèle incapable de caractériser définitivement ce type de
« crimes ».
Ainsi que j’en ai fait la remarque par ailleurs1, les juridictions françaises n’ont, pour
leur part, découvert le crime contre l’humanité que de manière adventice et tardive.
Après quelques tentatives de définition au cours des années soixante, soixante-dix et
quatre-vingt, c’est seulement en 1985, à l’occasion du procès Barbie qu’on a mis au
point une définition boiteuse pour, au demeurant, la modifier par la suite afin de
l’adapter aux besoins du procès Touvier. C’est assez dire que tous les records de
rétroactivité sont ici battus. Déjà, en 1945, les Allemands vaincus s’étaient vu
appliquer une législation rétroactive, définie précisément le 8 août 1945, soit trois
mois après la fin du conflit en Europe ; aux Français « complices » du camp des
vaincus, on applique une législation définie, de façon laborieuse et confuse, cinquante
ans après que ces hommes ont cessé toute activité réputée criminelle.
1 La Francophobie, éditions Libres Opinions (B.P. 579-01, 75027 Paris Cedex 01, 85 F), 1993, 113 p.,
p. 28, 98 sqq.
16
Le juge se trouve soumis au préjugé
Traditionnellement, et cela sans exception, le juge règle des cas d’espèce mettant en
cause des personnes responsables. Cette responsabilité est civile ou pénale. Le juge
doit faire montre d’impartialité dans l’examen des cas particuliers, surtout humains,
qui lui sont soumis. En aucun cas d’espèce, ni en aucun ensemble de cas d’espèces, il
ne peut abdiquer son devoir de souveraineté ou même en abandonner une part. Il jouit
d’une totale liberté d’appréciation des faits ; cette liberté constitue même son premier
devoir. Seule s’impose à lui la règle de droit. Il s’agit là d’un principe objectif d’ordre
général et abstrait : une norme. La norme, est-il besoin de le rappeler, doit s’appliquer
sans préjugé. Le juge n’a pas à se soumettre à ce qui serait une autorité absolue de la
chose jugée. Il ne doit connaître ni préjugé ni « préjugement ». Aucun plaideur ne
peut être jugé d’avance. Ce scrupule du juge à ne juger que cas par cas peut d’ailleurs
aboutir à des situations difficiles, ou même absurdes, mais tel est le prix à payer pour
garantir tous ses droits au justiciable. Supposons qu’au terme de toutes les procédures
normales un individu soit condamné pour vol et imaginons qu’après sa condamnation
on arrête un complice du même vol. Fort de l’autorité relative de la chose jugée,
l’avocat de ce dernier sera en droit d’établir que ce vol-là n’a tout simplement pas eu
lieu. En d’autres termes, cela signifie que l’avocat défendant une autre partie, même en
présence de la même cause et du même objet, pourra faire mettre à néant une
prétendue vérité relative précédemment établie. Le complice devra être relâché tandis
que son compère demeurera en prison avec, pour seul espoir, le bénéfice d’une mesure
de grâce ou d’une problématique révision de son procès. Le résultat, certes, heurte le
bon sens mais c’est ainsi qu’on sauvegarde la souveraineté des juges, laquelle doit, en
tout état de cause, rester inaliénable. Grâce à l’autorité relative de la chose jugée, tout
plaideur doit savoir qu’il bénéficie d’une chance spécifique, même si son procès
ressemble à bien d’autres procès, fussent-ils connexes.
On oublie que la chose jugée ne peut être que relative
Avant la loi Fabius-Gayssot, il existait, certes, une « autorité de la chose jugée » mais
il faut bien comprendre que cette autorité n’était que relative, c’est-à-dire qu’elle ne
s’appliquait qu’aux parties en cause. Dans deux procès similaires, un juge ne pouvait
pas se prévaloir d’une décision rendue dans le premier procès pour l’appliquer
purement et simplement au second procès. Toutes les décisions de justice restaient
formellement indépendantes les unes des autres. Le procès changeait dès lors que
changeait l’un de ses trois éléments constitutifs : soit les personnes en présence, soit la
cause qui avait provoqué le procès, soit l’objet de ce même procès, c’est-à-dire ce que
chaque partie prétendait obtenir (dans le langage judiciaire : la communauté de
parties, de cause et d’objet). Bref, le jugement du procès de Nuremberg n’est
formellement valable que relativement aux accusés de Nuremberg, que ces derniers
aient été condamnés ou acquittés.
Le jugement de Nuremberg n’était « opposable » qu’aux parties en cause
La chose jugée doit pouvoir être « opposable », le juge contraignant telle personne à
faire ou à ne pas faire telle chose. Dans ce cas, les intéressés doivent être informés de
la décision, soit oralement quand ils sont présents à l’audience, soit en recevant une
notification (par lettre recommandée avec accusé de réception) ou une signification
(par acte d’huissier). Mieux : une décision judiciaire peut nécessiter une publicité
17
générale à l’adresse de tous. On la dit alors opposable « erga omnes » (envers tous).
Une telle décision peut, en effet, avoir des conséquences secondes et induites d’ordre
général à l’égard de tiers. Tel est le cas, par exemple, pour :
– l’inscription en marge des actes d’état civil, pour les affaires dites d’état (nom,
prénom, sexe, filiation, mariage ou divorce) ;
– la transcription à la Conservation des hypothèques des droits immobiliers ;
– l’inscription au Registre civil de tout ce qui concerne la capacité des personnes
physiques (mesures de protection, mise sous tutelle ou curatelle, renonciation à une
succession, etc.) ;
– l’inscription au Registre du Commerce et des Sociétés de tout ce qui a trait aux
garanties qu’offrent les commerçants à leurs créanciers potentiels ou à l’existence et au
fonctionnement des sociétés ;
– l’inscription en préfecture de tout ce qui concerne l’existence et le fonctionnement
des associations qui prétendent à la personnalité juridique ;
– etc.
Si Hitler ou Himmler revenaient sur terre, aucun juge ne pourrait leur « opposer » le
jugement rendu contre Göring ou Kaltenbrunner et les condamner d’office. Ils auraient
droit à un procès où le juge aurait à charge de rechercher s’ils ont, par exemple,
commis des « crimes contre l’humanité ». Or, un révisionniste ne se voit pas même
accorder ce droit ; d’avance, il est condamné pour avoir « contesté » (et non pas même
« commis ») des « crimes contre l’humanité » dont le juge ne cherche même pas à
établir la réalité et les contours. Au révisionniste on « oppose » abusivement le
jugement rendu contre Göring ou Kaltenbrunner ; juridiquement, on le prive d’un droit
qu’on accorde – au moins en apparence – aux Nationaux-socialistes allemands.
On ne garantit plus l’indépendance du juge
En Europe, quel que fût le système judiciaire en vigueur, le principe de
l’indépendance du juge avait toujours été formellement respecté. Il l’était dans le droit
coutumier comme dans le droit écrit. Le droit coutumier était le nôtre avant la
Révolution et il reste celui de l’Angleterre, tandis que le droit écrit est celui de la
France contemporaine et des pays d’Europe continentale.
Sous l’empire du droit coutumier, comme c’est le cas en Angleterre, la jurisprudence
tend à être rigide. En l’absence de loi écrite, cette jurisprudence définit une fois pour
toute la règle de droit. Le juge est tenu de respecter un droit que le « précédent » a
défini pour toujours. Cependant, pour parer aux inconvénients d’une soumission
formelle à ce précédent, le juge est maître de constater, comme il l’entend, le fait et les
circonstances. Il lui suffit, pour recouvrer sa liberté, d’estimer que le fait qui lui est
soumis se différencie, ne fût-ce que par un détail, du fait précédent. En revanche, il
n’est pas supposé libre de définir la règle de droit applicable ; il lui faut observer la
coutume. Il ne peut s’opposer à la règle législative (qui n’est pour lui que subsidiaire)
ou coutumière mais il garde la ressource de démontrer que les faits de telle cause
particulière ne correspondent pas exactement au champ d’application de la loi ou de la
coutume. C’est ainsi que le juge anglais conserve son indépendance.
Sous l’empire du droit écrit, comme c’est le cas en France, le précédent n’a pas
d’autorité formelle. Le juge se réfère à la loi écrite. Il lui est interdit de prendre des
18
« arrêts de règlement ». L’article 5 du code civil précise : « Il est défendu aux juges de
prononcer par voie de disposition générale et réglementaire sur les causes qui leur
sont soumises ». La règle normative et objective ne dépend pas des juges mais relève
de la souveraineté législative du Parlement ou du pouvoir réglementaire de
l’administration. Seuls les cas particuliers sont l’apanage du juge, qui, lui, est
totalement libre dans son appréciation des faits. C’est ainsi qu’à son tour le juge
français conserve son indépendance.
Le juge est dépouillé de sa raison d’être
La loi Fabius-Gayssot, elle, dépossède le juge de ce qui avait toujours été sa raison
d’être. Depuis que les rois médiévaux ont délégué aux juges le droit de rendre la
justice, il ne s’est pas rencontré un cas analogue à celui de cette loi antirévisionniste.
Même la Convention n’avait à ce point dépouillé les juges terroristes de leur
prérogative la plus normale.
Il arrive au législateur de se prononcer sur des cas particuliers. C’est ainsi que le
Parlement élève un militaire à la dignité de maréchal de France ou distingue
nommément, par l’effet d’une loi, tel citoyen qui « a bien mérité de la patrie » mais il
ne s’agit là que de mesures s’appliquant à des individus et sans effet sur l’exercice de
la fonction judiciaire.
Le juge est gagné par l’embarras
Aujourd’hui, la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris, sous la présidence
de Jean-Yves Monfort, ne parvient pas à dissimuler son embarras sur le sujet. Dans un
jugement rendu le 24 mars 1994, elle repousse l’argument de la non-publication du
jugement de Nuremberg et d’autres jugements pour crimes contre l’humanité en
déclarant :
On doit admettre que, par une technique législative spécifique, le législateur a
entendu poser une véritable présomption de connaissance du jugement du
tribunal de Nuremberg, ou des autres jugements de condamnation pour crimes
contre l’humanité, qui ont été rendus publiquement, et qui constituent à la fois
des faits juridiques, opposables à tous, et des faits historiques majeurs,
commentés et connus de tous, que la définition légale a intégrés comme
éléments constitutifs du délit de l’article 24 bis.
Que veut dire « on doit admettre » ? Pourquoi devrait-on « admettre » ? S’agit-il d’une
hypothèse ? d’une obligation morale ? d’une nécessité juridique ? Que signifie : « une
technique législative spécifique » ? Qu’est-ce qu’une « technique législative » ? De
quelle loi relève-t-elle ? Qu’est-ce qui autorise cette technique ? Cette technique a-telle
des précédents ? Que veut dire « le législateur a entendu poser » ? Qu’en sait-on ?
Que le législateur ait « entendu poser » signifie-t-il qu’il avait le droit de « poser » ?
ou d’imposer ? S’il ne l’a pas dit, faut-il le lui faire dire ? Que signifie « une véritable
présomption » ? Que fonde-t-on sur une présomption de ce genre ? Quelle est la
portée de l’adjectif « véritable » ? Comment peut-on présumer que tous, c’est-à-dire
tous les Français, connaissent les 187 pages imprimées du texte officieux du jugement
de Nuremberg ou, plutôt, toutes les pages du texte officiel de ce jugement que le
président Monfort lui-même n’a pas été en mesure de produire lors de l’audience ? Et
19
comment tous les Français connaîtraient-ils les textes « des autres jugements de
condamnation pour crimes contre l’humanité » ? Enfin, comment peut-on parler de
« faits historiques majeurs, commentés et connus de tous » ? Comment la XVIIe
chambre peut-elle affirmer que tous les Français commentent et connaissent (sans
doute a-t-elle voulu dire : connaissent et commentent) des « faits historiques
majeurs » qui ne sont ni énumérés, ni définis, ni situés dans le temps ou dans
l’espace ? La XVIIe chambre a eu l’honnêteté de vouloir répondre à l’argument de la
non-publication du jugement de Nuremberg (et d’autres jugements du même type)
mais elle n’y est pas parvenue, sinon par des moyens que doit se refuser tout juge : le
pathos, l’amphigouri, le vide des notions et des mots.
Une « mauvaise loi », admet Me Charles Korman
Même ceux qui souhaitaient voir instituer le délit de révisionnisme sont obligés de
convenir que la loi Fabius-Gayssot est une « mauvaise loi ». C’est l’opinion de Charles
Korman, l’un des avocats les plus en vue parmi les censeurs du révisionnisme
historique. En mai 1990, à l’époque du débat parlementaire sur cette loi, il constatait :
Il demeure que le texte voté est techniquement maladroit. La presse n’en a pas
publié le détail. Or, sa rédaction révèle que le fait délictueux punissable est
« la contestation de l’existence des (ou d’un) crimes contre l’humanité « tels »
que définis par l’article 6 de l’Accord de Londres du 8 août 1945 « et qui ont
été commis » soit par les membres d’une organisation déclarée criminelle soit
par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction
française ou internationale ».
Est-ce là un texte simple et facile à appliquer ? On pourrait le penser à
supposer qu’on ait vérifié l’exhaustivité en fait de crimes contre l’humanité de
tous les jugements existants […] il faudra démontrer aux juges que tous les
éléments qui caractérisent le crime contre l’humanité sont réunis dans
l’exaction dont l’existence sera contestée et que de plus elle avait été commise
soit par un membre de la SS, soit de la Gestapo ou de la SD, soit du parti nazi,
et en d’autres termes se livrer à un travail d’identification des auteurs quant à
leurs noms et qualités. Simple ? En fait cette définition délirante du délit de
contestation de crimes contre l’humanité va obliger les plaignants à engager les
magistrats – qui n’en veulent pas : et on les comprend ! – à rejuger l’Histoire, à
les transformer non seulement en exégètes mais en véritables interprètes
d’autres juges. Côté plaignants il sera vivement recommandé d’être doté de
volumineuses bibliothèques […] C’est donc une mauvaise loi car d’application
malaisée ; elle sera donc inefficace. Ne demeurera que l’incantation
(Information juive, « Une mauvaise loi », mai 1990).
Me Korman fournissait là une série d’arguments qui, exploités par les avocats des
révisionnistes, auraient dû convaincre les juges. Il n’en a rien été.
20
CHAPITRE III
UNE LOI QUE LES JUGES APPLIQUENT DE FAÇON CONTESTABLE
Des magistrats au service de la police de la pensée
Dans La Francophobie, je me suis efforcé de montrer comment la loi antinationale du
1er juillet 1972, dite « loi Pleven » ou « loi antiraciste », avait transformé la justice
française en une justice partisane. J’ai décrit comment, peu à peu, une récente
génération de magistrats, se coupant des traditions morales et culturelles de ses aînés,
s’était mise au service d’un nouveau conformisme venu des États-Unis, celui de la
pensée « politically correct ». Ce conformisme puritain a donné naissance à une sorte
d’intolérance judiciaire. Là où leurs aînés, conscients de brider la liberté d’opinion,
n’appliquaient la loi de 1972 qu’avec gêne, ces nouveaux magistrats se sont mis à
condamner avec sévérité les dissidents de la pensée « politiquement correcte ». Ces
magistrats paraissent agir en toute bonne conscience mais il n’est pas à exclure qu’une
certaine terreur révérencielle ne dicte aussi leurs décisions.
Ils abandonnent l’interprétation stricte des textes
Pour commencer, les nouveaux magistrats ont fait évoluer la justice pénale sur l’un
des points les mieux établis et les plus sages de la jurisprudence : le principe
d’interprétation stricte des textes d’incrimination, c’est-à-dire le principe qui veut que
la loi « ne puisse être opposée à un accusé ou prévenu qu’à la lettre, sans recours
possible aux raisonnements par analogie, similitude ou déduction logique qui sont
courants dans les autres branches du droit (droit civil, commercial, social, etc.) »1. Ce
principe, ils ont même fini par le détruire.
Ils aggravent arbitrairement les peines financières
Puis, dans leurs jugements ou arrêts de condamnation, ils se sont mis à accorder aux
associations dites antiracistes, au lieu d’indemnisations symboliques, de substantielles
réparations financières ; à la fois délatrices et assoiffées d’argent, ces associations
pudibondes, perpétuellement à l’affût des pensées coupables, ont été récompensées de
leur activité nouvelle d’auxiliaires de justice. Innovation jurisprudentielle des années
quatre-vingt, les condamnations pour infraction de presse visent non plus seulement à
punir les dissidents mais à les ruiner. Ces juges contribuent ainsi, pour leur part, à la
création d’une société où l’être est interdit et où seul l’avoir, donc l’argent, compte.
1 La Francophobie, op.cit., p. 45
21
Ils jettent les hérétiques en prison
Enfin, les nouveaux magistrats, dans leur zèle à détruire et à ruiner, ont assené des
amendes particulièrement lourdes et sont allés jusqu’à rétablir la peine de prison ferme
pour infraction de presse ; c’est à cette sanction que s’exposent ceux qui, tel Alain
Guionnet1, refusent de se soumettre à la censure et savent qu’ils ne trouveront aucun
recours auprès de la « grande presse », laquelle se soumet d’avance aux ordres au
point de cacher à ses lecteurs le fait même de cette incarcération. Anne Chemin, qui
appartient au service juridique du Monde, a admis que son journal avait pour politique
de passer sous silence tout fait dont la révélation pourrait servir à la publicité des
révisionnistes : « Pour ce qui concerne les révisionnistes, notre politique est très
claire : en parler le moins possible car leur existence dépend directement de l’écho
médiatique qu’on en fait » (entretien téléphonique du 17 juin 1993).
Ils laissent la politique pénétrer dans le prétoire
« Quand la politique entre dans le prétoire, la justice en sort ». L’histoire de la justice
est émaillée de procès politiques. La justice y a rarement gagné ; la morale sociale y a
perdu et les magistrats impliqués y ont révélé leur complaisance pour les puissants du
jour. Avec son « Vae victis ! » Brennus, lui, ne prétendait pas à une supériorité morale
par rapport aux Romains vaincus. Ce barbare l’emportait par là, du point de vue
moral, sur des juges soi-disant civilisés qui, pour servir les détenteurs du pouvoir,
acceptent de desservir leur propre idéal.
Le sinistre stalinien Erich Honecker a échappé à la justice ouest-allemande. On s’en
félicitera ici, même si l’on est farouchement anticommuniste. La justice doit, en effet,
se contenter de sa part de souveraineté sans empiéter sur le domaine du politique. Elle
ne peut prétendre à l’indépendance, laquelle suppose un effort permanent de
neutralité, que si elle se garde d’intervenir dans le discours politique ou social.
Ils donnent libre cours à leurs propres passions : exemple du juge Bernard Darcos
Ainsi certains magistrats en viennent-ils à se sentir libres d’exprimer au grand jour des
passions partisanes à la mode. Loin du secret des délibérés où se conçoivent
jugements et arrêts et au mépris du devoir de réserve qui dicte normalement leur
conduite hors du prétoire, ils prennent publiquement parti, non sans éclat et dans le
style journalistique, en faveur de motifs sans cesse repris et orchestrés par la
propagande d’État.
Le 10 janvier 1994, lors de la cérémonie solennelle de la rentrée judiciaire, Bernard
Darcos, président du Tribunal de grande instance de Versailles, consacrait son
discours à la dénonciation du « néo-racisme culturel ». A l’occasion d’un cérémonial
et devant une assemblée officielle où il savait que ses propos engageaient également
ses pairs, il prononçait une diatribe contre les Français qui se disent attachés à la
défense de leur identité culturelle. Fustigeant « cette valorisation extrême de la
supériorité de sa propre identité culturelle [qui a remplacé l’affirmation d’une
prétendue pureté raciale mais perpétue bien] la bête immonde », il ajoutait : « Il
1 Alain Guionnet, directeur de la publication mensuelle Révision, a déjà subi, pour des infractions de
presse, plus d’un an de prison en 1991, 1993 et 1994.
22
faudra qu’un jour notre civilisation ait raison de cette hydre ». Puis, il dénonçait
« ceux qui égorgent les poètes, ceux qui prônent la purification ethnique ». Il ne
semble pas que le président Darcos ait alors songé ni au poète Robert Brasillach, ni à
la purification ethnique, en 1945-1946, de douze millions d’Allemands de tout l’Est
européen, ni à celle, en 1962, des Français d’Algérie ayant à choisir entre « la valise
ou le cercueil » ou encore à celle qui, depuis 1948 (quarante-six ans !), s’applique aux
Palestiniens en terre de Palestine.
« Il fallait du courage et accepter d’entrouvrir son âme pour parler si franchement du
racisme. » Telle fut l’appréciation obséquieuse d’une journaliste d’un quotidien de
Versailles (Sylvie Piffara dans Toutes les Nouvelles, 19 janvier 1994). Mais de quel
courage le président Darcos avait-il fait preuve ? Certes, il avait poussé l’audace
jusqu’à fouler aux pieds le devoir de réserve mais quel vrai risque avait-il couru ? Estil
dangereux de réciter le credo du jour ? La preuve qu’il se conformait à l’esprit du
temps réside précisément dans l’hommage reçu : pudiquement il avait entrouvert son
coeur et, ce faisant, il nous avait permis d’apercevoir une belle âme : franche,
courageuse et antiraciste.
B. Darcos est magistrat du siège et président de juridiction. D’un tel personnage les
justiciables attendent mesure, impartialité et une conduite qui s’efforce d’être
exemplaire. Or, ce magistrat s’était exprimé dans le style à clichés du journaliste
sectaire. Il allait récidiver deux mois plus tard dans une copie de potache intitulée
« Du droit à la différence au néo-racisme culturel » où il s’en prenait aux
« mouvements révisionnistes ou négationnistes » et autres « gueules venimeuses de
cette moderne Hydre de Lerne, dont la civilisation devra bien pourtant, un jour, avoir
raison » (Experts [près la Cour d’appel de Versailles], mars 1994, p. 5-6). Un
justiciable est désormais en droit de refuser d’être jugé par un magistrat qui se trouve
avoir ainsi manifesté un esprit partisan. Les avocats qui auront à plaider à Versailles
devant B. Darcos pour la défense de clients attachés, eux, à la culture française
devront se souvenir du discours du 10 janvier 1994 : une diatribe à la Fouquier-
Tinville.
Effets sur les juges de la peur ambiante
De telles atteintes au devoir de réserve ne sont possibles qu’à cause de la peur
ambiante que j’appelle la terreur révérencielle. Les magistrats qui entendent ou lisent
de tels discours ne réagissent pas. Il se peut que certains approuvent B. Darcos ;
d’autres, qui le désapprouvent, se taisent précisément parce qu’ils se sentent soumis à
l’obligation de réserve ; mais d’autres aussi ont peur.
Aujourd’hui, la peur de l’anathème a pris de graves proportions. Un totalitarisme,
particulièrement insidieux, prend le contrôle des esprits. Il procède sans bottes ni
casques. L’effet de sidération est général.
Pour prendre subitement conscience de ce totalitarisme, il faut une expérience
personnelle. On a risqué une réflexion, une phrase, un rien : on se retrouve devant un
tribunal, on est condamné, la presse vous dénonce et c’en est fait de vous. Même si la
23
sanction n’est pas forcément là, on sent qu’à tout moment elle peut tomber. Une peur
diffuse se crée. Les idées déshonnêtes sont peu à peu proscrites.1
C’est précisément en raison de cette crainte diffuse que les librairies ordinaires
pratiquent une autocensure qui s’aggrave d’année en année. Les libraires, eux aussi,
cèdent à la crainte commune. Non seulement certains d’entre eux sont effrayés mais
ils ont peur d’avouer leur peur, sinon en toute confidence.
Le 13 avril 1992, la première chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris (Jean-
Pierre Henne, Yves Chagny, Jean-Paul Dupertuys) prononçait un arrêt de non-lieu en
faveur de Paul Touvier. Le hourvari déclenché par cette décision est encore dans les
mémoires. Les médias, le Parlement, le président de la République lui-même,
François Mitterrand, participèrent à la danse du scalp autour des trois magistrats
responsables de la décision. Au mépris de l’article 226 du code pénal punissant celui
qui aura « cherché à jeter le discrédit sur un acte ou une décision juridictionnelle, dans
des conditions de nature à porter atteinte à l’autorité de la justice ou à son
indépendance », un véritable concours s’instaura d’outrages à magistrats.
Pas un instant le ministre de la Justice, garde des Sceaux, n’osa prendre la défense ni
des hommes ni de la décision attaqués.
En novembre 1992, l’arrêt de non-lieu fut cassé. Comment des magistrats auraient-ils
pu courir le risque de déclencher une nouvelle campagne de haine et de folie encore
plus épileptique ?
Les juges sanctionnent le délit d’opinion
Jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, les juges ne jouaient, dans la vie
politique, qu’un rôle d’appoint. Au nom des nécessités d’un ordre social minimum, on
pouvait leur demander de participer à la défense des hommes politiques en place mais
la justice ne contribuait ni au renforcement ni à la répression d’une idée politique. Elle
n’aidait ni à l’accession au pouvoir ni à la privation du pouvoir. Son rôle se limitait à
la conservation de la sécurité de chacun. Il s’apparentait à celui de la police régulière,
tout simplement, abus compris.
Les juges réprimaient, par exemple, l’appel à l’émeute ou encore la provocation – si
elle était directe ou suivie d’effet – à la commission de délits de droit commun. Il leur
arrivait, dans ces limites, de s’en prendre, au gré de certains, à la liberté d’opinion
mais, s’ils condamnaient ainsi des individus, c’était pour l’expression ponctuellement
subversive de thèses qui, en elles-mêmes, ne tombaient pas sous le coup de la loi.
Au XXe siècle, en France, la pleine censure idéologique n’a vraiment été instaurée
qu’en 1939 avec les décrets-lois du gouvernement de gauche d’Édouard Daladier.
Aggravée sous Pompidou (loi de 1972, dite antiraciste), elle atteindra les actuels
1 « Déshonnêtes » : c’est à dessein que j’emprunte ce mot au vocabulaire de la pudibonderie du
XIXe siècle ; le tabou s’est transféré du sexe vers la race, puis, de la race, vers un ensemble, de plus en
plus large, d’idées, de convictions ou de comportements aujourd’hui tenus pour outrageants et
blasphématoires (voir La Francophobie, op. cit., p. 61 à 65).
24
sommets sous la présidence de François Mitterrand, grâce aux gouvernements et aux
parlementaires socialistes.
Aujourd’hui, la loi et les juges vont jusqu’à l’interdiction pure et simple de thèses
contraires à certaines idéologies en vogue. Depuis un demi-siècle, les dissidents ou les
hérétiques ont été à tel point diabolisés que ceux qui les répriment n’ont peut-être pas
même conscience de nous ramener par leur intolérance à une situation que l’Occident
n’a connue que lors des guerres de religion ou des procès de sorcellerie. Aux États-
Unis, même les adeptes du « politically correct » n’ont pu obtenir la création juridique
du délit d’opinion.
La régression est patente. Maître Jacques Isorni ne peut plus dire du maréchal Pétain
ce qu’il en a dit de 1945 au 25 janvier 1990. Par arrêt de la Cour d’appel de Paris en
date du 26 janvier 1990, il a été condamné, ainsi que Marie-Françoise Le Hideux,
André Laurens (directeur du Monde) et Hubert Massol, pour apologie de crimes de
guerre ou délits de collaboration pour avoir publié un manifeste en faveur, dit la cour,
« de Pétain et de ses zélateurs » (voy. la publication judiciaire dans Le Monde du
4 août 1990, p. 17). Ce langage, digne de juges-accusateurs, n’était pas même celui
des juges au moment où ils condamnaient le maréchal Pétain dans la chaleur des
passions.
Plus on s’éloigne de la guerre, moins on peut en parler librement ; cette évolution est
contraire au droit des gens et à l’usage commun ainsi qu’à la nécessité de n’écrire
l’histoire qu’après un certain laps de temps.
25
CHAPITRE IV
UNE LOI DE NATURE SACRÉE
Dans un pays où les grands moyens d’information collaborent à la répression de toute
dissidence de la pensée, la loi Fabius-Gayssot a pour fonction de protéger une
croyance, de nature de moins en moins scientifique et de plus en plus religieuse, en un
événement fondateur du monde moderne : l’extermination délibérée par l’Allemagne
de six millions de Juifs, principalement par le moyen diabolique d’abattoirs chimiques
appelés chambres à gaz homicides.
Hors de cette croyance, sur le bien-fondé de laquelle je refuse ici de me prononcer
pour des raisons d’ordre purement légal, point de salut !
Si toute croyance est respectable aussi longtemps qu’elle n’est pas imposée, le fait de
recourir à « la force injuste de la loi » pour décréter une « vérité historique »
incontestable sous peine d’amende et de prison ne peut aboutir qu’à des aberrations.
Les médias collaborent à la répression
Nous voici parvenus au temps du procès politique permanent, mieux : du procès
idéologique permanent. Aux accusés on ne reproche plus tant leurs actes, à supposer
qu’il y ait des actes, mais leurs idées. C’est de leurs idées d’abord et avant tout qu’on
leur fait grief ainsi que d’intentions d’agir qui sont, par les accusateurs, arbitrairement
induites de ces idées-là. La presse française, pourtant intéressée au premier chef par
des décisions de justice qui concernent des infractions dites de presse, préfère
détourner son regard quand il ne lui arrive pas de collaborer spontanément à la
répression judiciaire. Loin de la réalité présente et loin de la France, elle opère les
diversions nécessaires en direction de l’affaire Dreyfus ou de la Collaboration, quand
ce n’est pas de l’Irak ou de Sarajevo. Que ne s’interroge-t-elle sur le rôle qu’on lui fait
jouer pour la protection d’une idéologie de plus en plus arrogante ? La presse juive
(L’Arche, Information juive, Tribune juive,) ainsi que Le Monde, Libération, Le
Canard enchaîné, L’Événement du jeudi participent activement à la chasse au
révisionnisme et aux révisionnistes en tant qu’individus. Individus au nombre desquels
je me flatte de compter.
La Shoah protégée par la loi française
Pourtant l’oligarchie qui est ainsi parvenue à neutraliser l’esprit critique des Français
manifeste quelque inquiétude, peut-être même une inquiétude croissante. Elle a senti
la nécessité de dresser une barrière juridique propre à dissuader une fois pour toutes
les questionneurs, les sceptiques, les hérétiques, les dissidents qui persistaient, malgré
tout, à faire preuve d’esprit critique. Elle s’est dit que, parmi les événements
historiques devenus mythologiques dont il convenait de protéger la mémoire, il en
26
était un, et un seul, à valeur de mythe fondateur, qu’il fallait préserver coûte que
coûte : celui de l’« Holocauste », de la « Shoah », du génocide des Juifs et de la
chambre à gaz « nazie ».
Un mythe peut se développer autour d’un événement réel ou fictif. Pour les
exterminationnistes, l’extermination physique des Juifs par le IIIe Reich appartient à
l’ordre du réel tandis que, pour les révisionnistes, elle relève de la fiction.
Pour une raison qui relève uniquement des contraintes légales, je me garderai
d’affecter d’entrer ici dans la controverse. Je me contenterai de faire remarquer qu’afin
de préserver le mythe qui s’est développé autour de l’extermination réelle ou supposée
des Juifs pendant la seconde guerre mondiale, la République française en est venue à
accoucher d’une monstruosité juridique qui n’a pas de précédent : la loi Fabius-
Gayssot.
L’histoire des hommes est riche de milliards d’événements parmi lesquels le
législateur français a jeté son dévolu sur un événement et un seul pour le placer sous
la protection des juges, des gendarmes et de la police.
En France, cet événement bénéficie depuis 1990 d’un statut exorbitant : il est devenu
intouchable. Il est de l’ordre de la Révélation. Il n’est plus d’ordre physique mais
d’ordre métaphysique. « Indicible », « ineffable », « inénarrable », « inconcevable », il
est aussi devenu juridiquement incontestable sous peine de prison, d’amende et du
versement de considérables dommages-intérêts.
Notre pays est le premier du monde à avoir définitivement jugé et fixé un point
d’histoire par une loi spécifique. En ce domaine, il a devancé l’Autriche (1992) et
l’Allemagne (vote, à l’unanimité, du Bundestag ; vote attendu du Bundesrat à la fin de
1994) (voy. Annexe 4).
Plus cynique que Staline, plus répressif que Jackson
La loi Fabius-Gayssot prononce que les faits qui reçoivent rétroactivement la
définition de « crimes contre l’humanité » soit par le Tribunal militaire international
de Nuremberg, soit par une juridiction française, doivent être tenus pour
définitivement acquis, établis, sûrs, certains et incontestables. Il est interdit de
remettre en cause la « réalité » de ces faits énoncés, principe extraordinaire et sans
précédent historique. Même des personnes étrangères à ces procès ne peuvent se
permettre la moindre contestation.
La nouveauté est formidable. L’Inquisition n’y avait pas songé. Joseph Staline non
plus. Nous voilà en présence d’une extraordinaire innovation : le dogme judiciaire.
En 1945, à Nuremberg, le procureur américain Robert H. Jackson avait lancé aux
juges : « L’histoire nous jugera demain » (TMI, II, p. 109). En 1990, à Paris, il devient
défendu de juger les juges de Nuremberg ! Même à l’aune de l’historien !
Le Tribunal de Nuremberg n’entendait pas faire oeuvre législative.
27
Le Parlement français, ainsi que nous l’avons vu, a brisé le sceau de la chose jugée. Il
s’est approprié certains éléments des délibérations des magistrats de Nuremberg et –
c’est un comble – de toutes les délibérations de procès à venir pour « crimes contre
l’humanité » sans qu’on puisse – par définition – connaître aujourd’hui le contenu de
ces procès. Sont en quelque sorte d’avance absorbés et sublimés dans la loi Fabius-
Gayssot tous les jugements, arrêts ou sentences qui paraîtront utiles à une accusation
qui ne cesse de changer de forme.
On n’avait pas interdit de contester la condamnation de Dreyfus
Comme les promoteurs de la loi antirévisionniste de 1990 ne font pas mystère de leur
attachement à la mémoire du capitaine Dreyfus, on se permettra de leur suggérer que
l’affaire Dreyfus aurait pu donner lieu à la proclamation d’une loi antirévisionniste.
Vers 1898, les antidreyfusards, qui étaient alors majoritaires, auraient pu interdire, par
une loi, de contester la sentence de 1894 qui condamnait le capitaine Dreyfus pour
trahison. Les révisionnistes de l’époque se seraient vus légalement punir pour leur
campagne en faveur du condamné. Peut-être la cohésion nationale y eût-elle gagné
mais qui ne voit que le droit aurait alors souffert un dommage aux conséquences
imprévisibles ?
Un Français est obligé de croire que Katyn est un crime allemand
Si la loi antirévisionniste de 1990 avait été édictée deux ans auparavant, les journaux
français n’auraient pas eu le droit, sous peine de poursuite judiciaire, de publier la
révélation de Gorbatchev sur la responsabilité exclusive des Soviétiques dans le
massacre de la forêt de Katyn, puisque, aussi bien, les juges de Nuremberg avaient
imputé ce massacre aux Allemands par le biais de l’article 21 du statut du TMI
déclarant vérité d’office (en anglais : to take judicial notice of) l’intégralité des
rapports des commissions des crimes de guerre établis par les Alliés. Une commission
soviétique avait établi un rapport attribuant le massacre aux Allemands. Les juges ne
pouvaient que cautionner d’office les conclusions de ce rapport mensonger (voy. La
Francophobie, op. cit., p. 92-93). Aujourd’hui, un Français reste, en principe, obligé
de croire que « Katyn » est un crime allemand cependant que procureurs et
associations habilitées par la loi à porter plainte sont totalement indifférents à la
tragédie de ces milliers d’officiers qui n’étaient, après tout, que de simples Polaks de
religion catholique
Devant l’interdit, la soumission des parlementaires
Il aurait suffi de soixante parlementaires pour saisir le Conseil constitutionnel au sujet
de la loi antirévisionniste. En mai-juin 1990, sous l’effet du montage de l’affaire de
Carpentras, les parlementaires sont restés figés de peur. Il semble que Robert
Badinter, président du Conseil constitutionnel, ait été le premier surpris de l’absence
de tout recours parlementaire. Le 21 juin 1991, Jacques Toubon demandait
l’abrogation de cette loi qu’il qualifiait de « stalinienne ». Trop tard !
L’antirévisionnisme était plus que jamais à l’ordre du jour. La chape de plomb était
définitivement tombée.
La demande de J. Toubon mérite qu’on s’y attarde. On en trouvera ci-dessous des
extraits (voy. Annexe 2). Notons que, revenue au pouvoir, la majorité UDF-RPR qui
28
avait voté contre l’adoption de la loi Fabius-Gayssot au temps de la majorité socialiste,
s’est, dans les faits, ralliée à cette loi et en prépare même une version aggravée avec la
loi Korman-Gaubert (ou Pasqua-Gaubert) qui sera vraisemblablement adoptée à la fin
de 1994.
Au moment de la campagne électorale des Législatives de 1993, les révisionnistes
avaient interrogé les candidats UDF-RPR sur leurs intentions en ce qui concernait la
loi Fabius-Gayssot. Les réponses allaient de la dérobade à des esquives comme celle
de Claude Malhuret (« Je suis en faveur du maintien de cette loi pour des raisons
d’opportunité [sic] ») ou encore à des engagements formels comme celui de Jacques
Myard (« on ne fige pas la vérité historique par une loi. Il s’agit d’une atteinte à une
liberté fondamentale : la liberté d’expression. Il va de soi que je ne porte aucun
jugement de fond sur les thèses défendues par les uns ou les autres. Mais nous ne
pouvons accepter que soit instituée par avance une vérité officielle par une loi alors
que l’Histoire fait toujours l’objet à chaque génération de recherches scientifiques
menées par les Historiens. Ce sont les raisons pour lesquelles le Rassemblement Pour
la République est en faveur d’une révision de cette disposition introduite par les
socialistes dans la loi sur la liberté de la presse. »). Seule la peur du tabou historique,
politique et religieux, protégé par le B’naï B’rith, la plus importante organisation juive
du monde, peut expliquer une telle paralysie des esprits.
L’interdit religieux
Hormis l’Autriche, qui, en 1992, a suivi l’exemple de la France, et l’Allemagne qui,
elle, possédait depuis plusieurs années tout un arsenal juridique contre le
révisionnisme historique (mais sans aller jusqu’à une prohibition explicite de la
contestation de « Nuremberg »), aucun pays du monde occidental ne possède de loi
comparable à la loi Fabius-Gayssot. La Belgique, un moment tentée par l’adoption
d’une telle loi, vient d’y renoncer à l’automne 1993. Mais la menace de la légalisation
d’un tel tabou primitif demeure dans le monde entier tant la religion de
l’« Holocauste » se répand hors de tout esprit critique et tant une nouvelle doctrine se
forge autour du seul nom d’Auschwitz (voy. Annexe 4).
Les Suisses se prononceront, eux, par référendum le 25 septembre 1994.
Une loi contre le blasphème
Pour les colonies juives du monde entier, l’ « Holocauste » est devenu l’épisode
central d’un nouveau livre de la Thora. Ce livre est en train de s’écrire et toute
contestation à son propos est imputée à blasphème, c’est-à-dire à une « parole qui
outrage la divinité, qui insulte la religion ». « Pour l’erreur », disait Hugo, « éclairer,
c’est apostasier ». Des régimes qui se qualifient de démocratiques et de laïcs, qui se
prétendent attachés aux libertés d’opinion et d’expression et qui ont depuis longtemps
aboli toute loi contre le blasphème (ce n’est pas encore le cas en Allemagne), se
comportent, dès lors que l’« Holocauste » est en jeu, comme des monarchies ou des
dictatures théocratiques, hostiles à ces libertés et favorables à la punition du
blasphémateur. Ainsi que le fait remarquer Ahmed Rami, emprisonné en Suède pour
son activité révisionniste, on fait fête au blasphémateur Rushdie parce que la religion
musulmane est en cause mais on approuve le châtiment du révisionniste Faurisson
parce que la religion juive s’estime lésée.
29
Le Vatican fait chorus
Face aux progrès de cette religion triomphante et sourcilleuse de l’ « Holocauste », on
se demande ce qui l’emporte, chez les responsables politiques, du fanatisme, de la
peur ou de l’opportunisme. Le Vatican lui-même s’incline. A Seymour Reich,
président du Comité juif international pour les consultations interreligieuses, le pape
Jean-Paul II avait assuré : « Aucun dialogue entre Juifs et chrétiens ne peut ignorer la
Shoah » (6 décembre 1990). Mgr Ratzinger renchérit en affirmant qu’« après
Auschwitz, la réconciliation [entre Juifs et chrétiens] ne peut être différée » (3 février
1994). Pour Joaquin Navarro, porte-parole du Vatican : « la Shoah est un gouffre
monstrueux duquel s’est dégagée une lueur blême qui a permis d’entrevoir, dans toute
sa profondeur, la noirceur du mal humain » (15 février 1994).
Est-ce à dire que la crucifixion de Jésus n’avait pas, depuis près de deux mille ans,
« permis d’entrevoir la noirceur du mal humain » ? Voit-on se manifester ici ce que
d’aucuns parmi les catholiques dénoncent comme le noachisme1, c’est-à-dire comme
une hérésie où le christianisme est subordonné au judaïsme, ce dernier étant considéré
non plus comme simplement antérieur mais comme supérieur ? La rédemption passet-
elle désormais par Auschwitz et le peuple juif serait-il le Messie ? Le Vatican va-t-il
condamner les sectateurs du « Galiléen » ?
Le père Bertrand de la Margerie, prêtre de la Compagnie de Jésus, écrit : « Pendant
les cérémonies de la Semaine sainte, les disciples de Jésus crucifié entrevoient que sa
Passion unique de Dieu fait homme se prolongeait mystérieusement dans les
chambres à gaz d’Auschwitz » (Le Monde, 7 avril 1994, p. 2). Un dogme s’élabore
avec l’assentiment des docteurs de la Loi.
Aux dernières nouvelles, il semble que le Vatican s’apprête à reconnaître sa
responsabilité dans la Shoah (« Holocauste : le repentir de l’Église », Le Figaro,
26 mai 1994).
La religion de l’« Holocauste » (Claude Lanzmann)
La réaction de Claude Lanzmann au livre de Jean-Claude Pressac sur Les Crématoires
d’Auschwitz confirme le caractère religieux de l’« Holocauste » et de la chambre à gaz
« nazie ». Elle atteste du même coup que la loi Fabius-Gayssot est, dans son essence
et dans son application, non pas tant une loi de la République française que
l’expression d’un interdit religieux. C. Lanzmann, auteur du film Shoah, dénonce avec
véhémence l’approche matérialiste de Pressac en qui il voit un disciple du professeur
Faurisson, lequel est réputé pour son argumentation essentiellement physique,
1 (1) Noachisme : de Noah (Noé en hébreu), doctrine selon laquelle la Révélation christique (ou le
prophétisme mahométan) n’a nullement résilié l’Alliance entre Dieu et le peuple juif, mais a permis aux
gentils (non juifs) d’avoir enfin une justification, cette justification supposant toutefois la subordination
des non juifs au peuple de Dieu, Messie et Rédempteur. Bref, la Nouvelle Alliance ne modifierait pas le
rôle prédominant des enfants fidèles de Sem sur leurs frères infidèles (Mahométans), mais surtout sur
les enfants de Japhet et de Cham. Le développement, même descriptif, de cette théorie (illustrée jadis
par Gougenot des Mousseaux, dans Le Juif et la judaïsation des peuples chrétiens, Paris, 1869 et 1886)
semble impossible en France, eu égard à la législation répressive en vigueur (voir La Francophobie,
op. cit., p. 39-85). On lira avec intérêt, sur ce sujet, l’article publié récemment en Italie dans la revue
Sodalitium, n° 34, janvier 1993, édition française, Località Carbignano, 36, I-10020 Verrua Savoia
(To.), Italie.
30
chimique, technologique, topographique et, faut-il, l’ajouter, connu aussi pour son
athéisme. C. Lanzmann déclare :
De même que Faurisson déclarait tous les témoignages non avenus, de même
Pressac, prétendant se situer sur le plan glaciaire de la technique pure,
disqualifie, dans ses interviews scandaleux, non seulement tout le travail
antérieur, mais également les témoignages frappés de suspicion ou de nullité à
cause du « coefficient personnel d’émotion ». […]
S’extasier, comme on semble le faire, devant le caractère « froidement
analytique » de la démonstration de Pressac est une faute morale. […]
Je préfère les larmes du coiffeur de Treblinka dans Shoah au document
Pressac sur les détecteurs de gaz. Ses larmes et sa parole étranglée sont le
sceau même du vrai : il y a là plus de vérité que dans n’importe quelle
« preuve » matérielle (Le Nouvel Observateur, 30 septembre 1993, p. 96).
Jean-Jacques Pauvert a même rapporté qu’à l’occasion de la sortie en salle du film de
Steven Spielberg, La liste de Schindler, ce même Lanzmann avait déclaré que s’il
avait entre les mains un document filmé authentique sur Auschwitz, « il le
détruirait » !1.
Déjà en 1979, le tabou édicté par Léon Poliakov et Pierre Vidal-Naquet
Dès 1979, Léon Poliakov, Pierre Vidal-Naquet, Pierre Chaunu et trente-et-un autres
historiens et intellectuels avaient signé, contre leur collègue Robert Faurisson, une
déclaration qui, onze ans plus tard, trouverait en 1990 son aboutissement juridique
dans la loi Fabius-Gayssot. Cette déclaration de 1979 poussait jusqu’à la sottise la plus
naïve l’expression du terrorisme intellectuel :
Chacun est libre d’interpréter un phénomène comme le génocide hitlérien
selon la philosophie qui est la sienne. Chacun est libre de le confronter ou de
ne pas le confronter avec d’autres entreprises de meurtre, antérieures,
contemporaines, postérieures ; chacun est libre, à la limite, d’imaginer ou de
rêver que ces faits monstrueux n’ont pas eu lieu. Ils ont malheureusement eu
lieu et personne ne peut en nier l’existence sans outrager la vérité. Il ne faut
pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été
possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de
départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous
appartenait de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat
sur l’existence des chambres à gaz (Le Monde, 21 février 1979, p. 23).
Le législateur, lui, a tenté de masquer l’intention terroriste mais, au fond, sa pensée ne
diffère pas de celle qu’exprimaient si ingénument nos trente-quatre historiens et
intellectuels. L’ineptie de 1979 s’est faite loi en 1990 et, si « la déclaration des trentequatre
» est inacceptable, la loi Fabius-Gayssot, qui en est l’expression juridique, ne
1 Jean-Jacques Pauvert, Nouveaux (et moins nouveaux) visages de la censure, Les Belles Lettres, Paris,
juin 1994, note p. 141.
31
l’est pas moins. Comme au temps de Lavoisier, donc : « La République n’a pas besoin
de savants ! »
Cette loi n’est que de police et de censure
A ma connaissance, dans les nombreux procès intentés aux révisionnistes, pas un
procureur, pas un avocat général, pas un substitut n’a émis en public la moindre
réserve sur la loi Fabius-Gayssot.
Pourtant, si ces magistrats doivent obéissance au garde des Sceaux et si leur plume est
donc serve, leur parole, comme le prononce l’adage, est libre. Au contraire, Martine
Valdès-Boulouque sonne le tocsin contre le révisionnisme, qu’elle appelle
« négationnisme ». Deux jours après la philippique du juge B. Darcos contre « la bête
immonde », ladite personne, premier substitut du procureur, prenait la parole à
l’occasion de l’audience solennelle d’ouverture du Tribunal de grande instance de
Paris, le 12 janvier 1994, pour s’alarmer de « la levée progressive des interdits ». Sous
le titre « Le parquet de Paris appelle à la vigilance face aux révisionnistes », Le
Monde (14 janvier 1994) écrit que, pour ce substitut :
Face au phénomène récent de la banalisation du racisme dans les mentalités,
face à la levée progressive des interdits, notre réponse judiciaire consiste à
envoyer à tous un signe clair : notre société, quelles que soient ses failles, ses
imperfections, voire ses turpitudes, n’acceptera pas la transgression de nos
valeurs de tolérance et d’universalisme.
Évoquant le rôle de la justice face aux organes de presse, quelle que soit leur
audience, qui cultivent le « révisionnisme », Mme Boulouque a indiqué : « Notre
propos est d’empêcher la greffe de prendre, de saisir et d’éradiquer (sic) le mal […]. »
Tout en se félicitant de l’entrée en vigueur de la loi [antirévisionniste] du 13 juillet
1990, qui sanctionne jusqu’à l’incarcération le délit de contestation de crime contre
l’humanité, elle a précisé : « Ne nous leurrons pas outre mesure ! La réponse judiciaire
au négationnisme, pour nécessaire qu’elle soit, n’est pas suffisante. » Le substitut en a
appelé à « la sauvegarde de la mémoire », avant de conclure son exposé en traitant du
« problème très préoccupant des librairies », notamment à Paris, qui « ne vivent que
par et pour la diffusion de cette nourriture malsaine que constituent le racisme et sa
variante, le négationnisme ». Mme Boulouque a suggéré une surveillance étroite et
régulière de ces officines par la police, afin de permettre le déclenchement
d’éventuelles poursuites. Née en 1953 et titulaire d’une maîtrise de droit, elle vient
d’être élue vice-présidente de la commission européenne contre le racisme et
l’intolérance mise en place au Conseil de l’Europe. Elle vient également d’être élue, à
Paris, au Conseil supérieur de la magistrature.
Le bureau de censure du ministère de l’Intérieur porte le nom de « Direction des
libertés publiques » (sic) ; il est dirigé par Jean-Paul Faugère, successeur de Jean-
Marc Sauvé.
32
CHAPITRE V
LES RECOURS POSSIBLES CONTRE CETTE LOI
Contre la loi Fabius-Gayssot, il est des recours d’ordre judiciaire et d’autres recours
encore.
La Convention européenne des droits de l’homme
La France est liée par des conventions internationales qui, se multipliant, tendent à
dissoudre la particularité nationale dans des ensembles cosmopolites. Sur les droits de
l’enfant, sur la peine de mort et sur d’autres sujets, la France en est amenée à rendre
des comptes à la Bolivie, à la Hollande ou à d’autres pays quant à sa propre manière
de concevoir les choses. Il n’y a pas matière à se féliciter d’une telle évolution, mais il
est loisible d’en tirer parti pour combattre la loi Fabius-Gayssot.
En son article 6, la Convention européenne des droits de l’homme dispose que :
« Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement […] par un
tribunal indépendant et impartial […] ».
Or, nous avons vu ci-dessus (p. 25-26) que la loi Fabius-Gayssot transgresse le
principe de séparation des pouvoirs. En créant cette loi, le Parlement, c’est-à-dire le
pouvoir législatif, a amputé l’autorité judiciaire de sa prérogative la plus normale. Il a
dépossédé les juges de leur absolue maîtrise en ce qui concerne la constatation du fait
et l’appréciation du fait. Il a, par des voies détournées, arbitrairement limité la
souveraineté du juge. Le paradoxe est que les juges de Nuremberg, ligotés par toutes
sortes d’obligations propres à un tribunal d’exception ou, plutôt, de circonstance,
étaient pourtant plus libres que les juges français qui ont à faire application de la loi
Fabius-Gayssot.
Cette loi a tout bouleversé. Dans un état dit de droit elle perpétue les pratiques d’un
tribunal de circonstance issu d’un temps de guerre et elle en aggrave les errements.
Ainsi que nous l’avons vu (ci-dessus, p. 29), on en est venu à priver les révisionnistes
de droits qu’on reconnaît – hypocritement, il faut l’admettre – à de présumés
« criminels nazis ».
L’article 10 de cette Convention, avec ses restrictions
En son article 10, la Convention européenne des droits de l’homme dispose que :
Toute personne a droit à la liberté d’expression. Ce droit comprend la liberté
d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des
idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans
considération de frontière. Le présent article n’empêche pas les États de
33
soumettre les entreprises de radiodiffusion, de cinéma ou de télévision à un
régime d’autorisations.
Cependant la même Convention s’empresse d’ajouter que cette liberté d’expression,
fièrement proclamée, connaît aussi d’autres limites que celle mentionnée dans la
dernière phrase et que ces limites sont fort nombreuses.
Elle précise en effet :
L’exercice de ces libertés comportant des devoirs et des responsabilités peut
être soumis à certaines formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues
par la loi, qui constituent des mesures nécessaires, dans une société
démocratique, à la sécurité nationale, à l’intégrité territoriale ou à la sûreté
publique, à la défense de l’ordre et à la prévention du crime, à la protection de
la santé ou de la morale, à la protection de la réputation ou des droits
d’autrui, pour empêcher la divulgation d’informations confidentielles ou pour
garantir l’autorité et l’impartialité du pouvoir judiciaire [souligné par moi].
Toutes ces restrictions, accumulées comme à plaisir, permettent au juge timoré ou
partisan de s’opposer à l’exercice de la liberté d’expression. Il sera toujours loisible à
ce juge de prétendre que le justiciable s’est, sur tel sujet, exprimé d’une manière qui
porte atteinte, par exemple, soit à la prévention du crime, soit à la protection de la
réputation ou des droits d’autrui. Il pourra affirmer que contester l’existence des
chambres à gaz « nazies » représente – on ne sait d’ailleurs trop pourquoi – une atteinte
à la réputation des Juifs.
Cependant, comme on va le voir, les défenseurs de la loi Fabius-Gayssot ne peuvent
pas invoquer ces restrictions.
La Convention ne prévoit pas qu’on puisse interdire l’étude d’un sujet historique
La Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ne permet pas qu’un
État démocratique aille éventuellement jusqu’à supprimer le droit d’étudier un sujet
quelconque. Car il faut bien voir que la loi Fabius-Gayssot oblitère totalement un
sujet où pourraient s’exercer les libertés d’opinion et d’expression. Et cela, la
Convention ne l’avait pas prévu. Nulle part, cette Convention ne va jusqu’à prétendre
que l’exercice de ces libertés comporte des devoirs et des responsabilités telles qu’audelà
des formalités, conditions, restrictions ou sanctions prévues par la loi, il y a lieu
de décider que tel ou tel sujet de discussion, de controverse, de réflexion, en matière
d’histoire, de biologie, de droit, devra être interdit, supprimé, oblitéré totalement et à
jamais.
Depuis 1946, il est paru mille ouvrages ou études consacrés au procès de Nuremberg.
Les juges de Nuremberg, les procureurs, les avocats, les accusés y font l’objet
d’analyses, de critiques, de CONTESTATIONS diverses. Les faits que les juges
avaient tenus pour établis ou « de notoriété publique » ont été ainsi réexaminés,
révisés, réévalués. Certains de ces faits se sont révélés totalement faux. De telles
études et de telles révisions n’ont rien que de normal. Or, voilà que, par l’effet d’une
loi publiée le 14 juillet 1990, les Français se sont soudain vu priver d’un droit qu’ils
exerçaient jusque-là normalement, du moins en principe. Tandis que continuent de
34
jouir de ce droit les sciences historiques américaine, anglaise ou russe, la science
historique française, elle, a reçu du Parlement français l’ordre de suspendre toute
recherche critique dans un certain domaine ! En agissant ainsi, le Parlement français
s’est arrogé un droit qui est exorbitant en son principe et insupportable par ses effets
sur la science historique de notre pays.
Un recours contre l’application de la loi Fabius-Gayssot est donc possible. Il l’est soit
auprès de la juridiction française qui juge d’un délit de révisionnisme, soit auprès de la
Cour européenne des droits de l’homme, « institution internationale qui, sous certaines
conditions, peut recevoir les requêtes de personnes se plaignant d’une violation des
droits garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ».
Cette Cour siège à Strasbourg.
La Convention ne peut admettre qu’on interdise au peuple le droit de savoir par luimême
Jupiter a fait perdre l’esprit à nos censeurs qui ont multiplié les délits d’opinion, allant
jusqu’à créer de tels délits inavoués et même innommés puisque les opinions des
dissidents sont qualifiées de « délits » et non pas d’« opinions » (ex : « Le
révisionnisme n’est pas une opinion mais un délit »). Pour couronner l’édifice, ils ont
effectivement créé le « délit de révisionnisme ». Leurs victimes se comptent parmi des
Français que la répression frappe durement et dans le silence, pour l’instant du moins.
Mais la France tout entière est aussi leur victime en ce sens qu’ils manifestent par là,
de façon insultante, leur mépris à l’égard du peuple tout entier. Ce peuple, ils le
qualifient de souverain mais ils le traitent en enfant. Ils s’en méfient. Se flattant de
défendre le gouvernement du peuple, ils s’arrogent le droit de définir la démocratie à
leur façon et, pour commencer, retirent au peuple le droit de SAVOIR PAR LUIMÊME.
Contre le droit pour chacun d’acquérir son propre savoir, ils ont créé les délits
d’opinion et, en même temps, institué ce qu’ils appellent une « pédagogie ». Le mot
est révélateur : la pédagogie est la science de l’éducation des enfants. Le peuple, tenu
pour incapable de discernement, est traité à l’égal d’un enfant qui ne saurait se passer
de pédagogues. Et le monopole de cette forme d’éducation revient, bien entendu, à
ceux qui se sont eux-mêmes proclamés démocrates.
A la Cour européenne de Strasbourg il convient de montrer que la loi Fabius-Gayssot
édicte l’interdiction de contester et donc l’interdiction de savoir. Sans contestation,
objection, discussion, il n’y a ni science, ni connaissance. Au « pays de Descartes »,
ce devrait être une évidence. Il est paradoxal qu’au « pays des droits de l’homme » soit
paru au Journal officiel de la République française, sous la signature du président de
la République, le 14 juillet 1990, jour où se commémore la prise de la Bastille au nom
de la liberté, une loi sur « la liberté de la presse » (sic) qui abolit le droit de contester
et, par conséquent, le droit au doute, à la recherche, à la connaissance et à la
SCIENCE.
Ou bien voudrait-on donner raison aux sceptiques pour qui les professions de foi en
faveur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ne sont que l’expression fallacieuse
d’une idéologie foncièrement dominatrice, fondée sur la convoitise, l’usure et la
corruption, et sûre d’elle-même ?
35
La Convention ne peut admettre qu’on entrave la recherche scientifique
Aussi longtemps que la loi Fabius-Gayssot semble respectée et tant que la croyance
aux chambres à gaz d’Auschwitz est affirmée, fût-ce en une formule rituelle, la
recherche scientifique sur certains points de l’« Holocauste » reste admise.
Le révisionnisme historique est proscrit mais le pseudo-révisionnisme à la Jean-
Claude Pressac est autorisé. Pressac a eu le droit de publier un ouvrage intitulé : Les
Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse (CNRS éditions,
1993). Décrit comme pharmacien le jour et historien la nuit, l’auteur accumule tant
d’inepties qu’on peut dire de son livre qu’il restitue au mot d’ « élucubration » son sens
plein et originel d’ouvrage composé à la lueur de la chandelle, dans ces moments où la
folle du logis tend à se donner libre cours. Il faut lire la cinglante réplique qu’il s’est
attirée de la part du professeur Robert Faurisson dans une Réponse à Jean-Claude
Pressac sur le problème des chambres à gaz .1 Mais il reste que, par bien des aspects,
le livre de Pressac viole la loi antirévisionniste sans qu’on lui en fasse grief. Ce qui
sauve Pressac, c’est qu’il affirme sa foi dans le tabou des chambres à gaz « nazies » et
même qu’il prétend vouloir prouver l’existence et le fonctionnement de ces chambres,
sans pourtant en fournir la moindre représentation physique sous la forme d’une
photographie ou d’un dessin. Peu importe alors, aux yeux de la police des idées, s’il
enfreint la loi : l’intention est pure. C’est assez dire qu’on est loin du respect des lois
laïques et des juges laïcs et qu’on est proche de la loi scripturaire commentée par les
docteurs de la foi religieuse.
Dans une interview recueillie par le journaliste juif Laurent Greilsamer, Pressac
redouble d’audace dans ses défis à la loi antirévisionniste2. Il en a le droit ! Il pratique,
nous assure le journaliste du Monde, un révisionnisme « au sens noble du terme ».
Nobles et manants : la loi n’est pas la même pour tous. Dans sa Réponse à Jean-
Claude Pressac sur le problème des chambres à gaz, le professeur Faurisson avait
noté que, pour Pressac, le total des morts d’Auschwitz n’était plus de 9 millions
(chiffre donné à la fin du film Nuit et Brouillard), ni de 4 millions (chiffre décrété
d’office et inscrit jusqu’en avril 1990 sur le monument d’Auschwitz-Birkenau), mais
de 775 000, arrondi à 800 000. Il avait ajouté que, le moment venu, Pressac réduirait
encore ce chiffre. Quelques mois plus tard, les événements allaient donner raison au
professeur : dans la récente édition en allemand de son ouvrage3, Pressac ramène le
total des morts d’Auschwitz à un minimum de 630 000 (il précise : de 630 000 à
710 000). Ainsi va l’histoire pseudo-révisionniste.
Ainsi apparaît en même temps une sorte de recours naturel contre la loi Fabius-
Gayssot. Il suffit, pourrait-on dire, d’attendre un peu pour que cette loi se vide de son
contenu. Les auteurs antirévisionnistes à la Pressac se chargeront de la besogne.
A son corps défendant, Arno Mayer, professeur, d’origine juive, à l’Université de
Princeton, vient déjà de donner plus qu’à demi raison aux révisionnistes en écrivant :
1 Diffusion R.H.R., B.P. 122, 92704 Colombes cedex, France.
2 « Les plans de la mort. » Le Monde, 26/27 septembre 1993, p. 7.
3 J.C. Pressac, Die Krematorien von Auschwitz/Die Technik des Massenmordes, Piper Verlag,
München, Zürich, 1994, XVIII-211 p.
36
Les sources dont nous disposons pour étudier les chambres à gaz sont à la fois
rares et douteuses […] de 1942 à 1945, à Auschwitz en tout cas, les causes
dites « naturelles » tuèrent plus de Juifs que les causes « non naturelles » (La
« Solution finale » dans l’histoire, préface [embarrassée] de Pierre Vidal-
Naquet, La Découverte, 1990, p. 406, 410).
Autres recours possibles
On n’entrave pas facilement le progrès d’une idée. Une armée de fonctionnaires monte
la garde contre le révisionnisme historique. Pour ne s’en tenir qu’à Paris, les magistrats
de la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance et de la
4e section du Parquet, ceux de la XIe chambre de la Cour d’appel, les policiers du
4e Cabinet de délégations judiciaires chargés des enquêtes, d’autres fonctionnaires du
ministère de la Justice, du ministère de l’Intérieur, du secrétariat d’État chargé des
Anciens combattants, du ministère de l’Éducation, du ministère de la Culture passent
chaque jour tous les écrits au peigne fin, pour y détecter les moindres manifestations
de révisionnisme. Ils n’en peuvent mais. Il faudrait décupler sinon centupler les
procès. Une nouvelle loi antirévisionniste est en préparation. Rien n’y fera. Les
Darcos et les Valdès-Boulouque, tout comme les Chalandon, Fabius, Sarre, Gayssot,
Méhaignerie, Pasqua, Korman, Gaubert en seront pour leurs frais même si, pour
l’heure, la soupe est bonne A supposer que la France se dote de la loi Korman-Gaubert
(ou Pasqua-Gaubert) et à supposer que l’Europe entière se livre à la chasse aux écrits
révisionnistes, la police de la pensée s’essoufflera dans cette interminable poursuite,
du Yunnan à la terre Adélie
L’exemple des États-Unis est parlant. Le révisionnisme historique se déploie sur les
campus des universités américaines et pénètre jusque dans les grands moyens
d’information, malgré l’opposition déterminée d’une communauté juive réputée pour
sa puissance, en particulier dans les médias. A l’heure de l’information électronique,
des satellites, des réseaux câblés et de toutes sortes de moyens de communication qui
se développent à une vitesse incontrôlable, on ne voit plus comment une armée de
fonctionnaires, même aidés d’une armée de délateurs, pourrait encore, en s’appuyant
sur des textes de lois, empêcher l’échange des idées.
Au cas, invraisemblable, où le monde occidental tout entier s’efforcerait de proscrire
le révisionnisme en injectant des milliards dans le fonctionnement de la grande
machine répressive, il resterait un recours pour le révisionnisme français : celui de la
délocalisation. Ce n’est plus de Paris que les Français s’adresseraient aux Français
mais de Beyrouth, de Singapour ou de Tokyo, et cela sans passer nécessairement par
l’écrit.
Animés de cette confiance en l’avenir, certains révisionnistes français ne courberont
tout simplement pas la tête. Au substitut Marthe Didier qui, l’écume aux lèvres,
requérait contre le professeur Faurisson une peine de prison avec sursis en le
menaçant « pour la prochaine fois d’une peine de prison ferme », ce dernier n’avait-il
pas fait remarquer au tribunal : « Je suis prêt à aller en prison. Ce serait un honneur
pour moi et, pour ceux qui décideraient de m’y envoyer, un déshonneur » ? La
rébellion des révisionnistes se fait de plus en plus ouverte à mesure que s’aggrave la
répression : selon leur formule, ils « refusent de collaborer avec la police et la justice
françaises dans la répression du révisionnisme historique ».
37
Trois droits primordiaux sont inscrits à l’article 2 de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen de 1789 : « Ces droits sont la liberté, la sûreté et la résistance à
l’oppression ». Il ne fait guère de doute que, pour leur liberté et pour celle de tous les
Français ainsi que pour assurer leur sûreté et celle de tous les intellectuels de ce pays,
les révisionnistes français, s’inspirant d’une longue tradition de lutte contre les lois
scélérates, useront de leur droit de résistance à l’oppression.
Les syndromes autrichien et allemand
L’annexe 4 du présent ouvrage est consacrée à de « Brefs aperçus de la répression
légale à l’étranger ». On y constatera que l’Autriche a suivi en 1992 l’exemple de la
France et qu’elle possède une loi permettant d’infliger à un révisionniste une peine
d’un an à dix ans de prison. Cette loi a déjà été appliquée à Gerd Honsik (condamné à
dix-huit mois et dix jours de prison), lequel a trouvé refuge en Espagne. Elle devait
également être appliquée à l’ingénieur Emil Lachout et à l’ingénieur Walter Lüftl,
président de la chambre des ingénieurs d’Autriche. Le premier avait, en 1987, publié
le sensationnel « document Müller » ou « document Lachout » (voy. « Un sujet de
réflexion pour les historiens : les récentes révélations du document Müller », Annales
d’histoire révisionniste, printemps 1988, p. 12-15). Le second avait, en mars 1992,
rédigé une étude technique concernant les « présumés gazages d’Auschwitz » ; sa
conclusion était formelle : « technisch unmöglich » ; ces gazages étaient
techniquement impossibles (voy. Revue d’histoire révisionniste n 6, mai 1992, p. 200).
A l’initiative des organisations juives d’Autriche, le ministère public de Vienne ouvrait
une information contre les deux ingénieurs. E. Lachout était notamment accusé de
faux. Une vaste campagne de publicité par le livre et la télévision se déclenchait
contre lui. Sa femme et lui étaient chassés de toutes les organisations auxquelles ils
appartenaient. Pendant plus de six ans et demi, malgré ses demandes réitérées,
E. Lachout ne pouvait obtenir une décision du ministère public. Il devait saisir la Cour
des droits de l’homme siégeant à Strasbourg pour « prolongation abusive de
procédure ». Le 24 mai 1994, le ministère public autrichien se décidait enfin à lui
signifier sa décision par une ordonnance de non-lieu. Une décision identique était
rendue le 8 juin en faveur de W. Lüftl. La presse autrichienne tout entière fait état des
protestations indignées du Centre de documentation juive de la résistance autrichienne
pour lequel il s’agit « d’un sérieux revers dans le combat contre la contestation de
l’Holocauste et d’une carte blanche pour tous les futurs contestataires de
l’Holocauste ». Le ministre de la Justice, Nikolaus Michalek, en est tenu pour
responsable.
Ces deux événements et tout un ensemble de signes et de symptômes aux causes les
plus diverses permettent de parler d’un syndrome autrichien qui pourrait se manifester
dans les pays qui ont cru bon d’utiliser la répression judiciaire la plus forte possible
contre toute manifestation de révisionnisme. C’est le cas de la France et de
l’Allemagne (même si cette dernière attend encore la décision du Bundesrat pour avoir
sa propre loi antirévisionniste). Même si le ministre autrichien était conduit à
démissionner et même si E. Lachout et W. Lüftl étaient à nouveau inculpés, la
répression aura désormais de fâcheuses répercussions pour la police de la pensée.
Déjà, le plus connu des journalistes autrichiens, Richard Nimmerrichter, qui, dans
Kronen Zeitung, signe « Staberl », défie ouvertement à la fois cette police et le
responsable, en Autriche, de la colonie juive.
38
En Allemagne, le couvercle de la marmite judiciaire se soulève. Des juges du
Tribunal de Mannheim ont condamné le révisionniste Günter Deckert à un an de
prison mais avec sursis. Ces juges ont été manifestement sensibles à l’argumentation
révisionniste sur les impossibilités physiques des chambres à gaz ; ils ne peuvent
qu’avoir été ébranlés par la succession des récentes expertises chimiques, en
particulier celle de l’Américain Fred Leuchter et celle de l’Allemand Germar Rudolf,
qui confirment en tout point les découvertes du professeur Faurisson.
Fidèles à leur rôle de chiens de garde, les grands médias du monde entier réclament la
démission des juges (« Scandale judiciaire outre-Rhin », Le Monde, 12 août 1994,
p. 1).
39
CHAPITRE VI
CHRONIQUE DE LA RÉPRESSION ANTIRÉVISIONNISTE
On trouvera ci-après une chronologie, en même temps qu’une chronique, succincte, de
la répression exercée en France contre les révisionnistes, en particulier dans le
domaine judiciaire.
En un premier temps, de 1949 à 1989, soit pendant quarante années de suite, la
répression s’est exercée d’abord avec le silence complice des médias (1949-1977),
puis avec l’exploitation cynique par ces mêmes médias de montages tels que ceux
développés autour de l’affaire Darquier de Pellepoix (1978) et de l’attentat intrasémitique
de la synagogue de la rue Copernic (1980).
En un deuxième temps, d’avril à juillet 1990, cette répression se montrant impuissante
à entraver le développement du révisionnisme, on a institué le délit de révisionnisme
avec la loi Fabius-Gayssot dont le vote, qui s’annonçait laborieux, a été grandement
facilité grâce à l’aide apportée par les médias dans le montage organisé autour de
l’affaire du cimetière juif de Carpentras.
En un troisième temps, le 1er mars 1994, on a inséré dans le nouveau code pénal deux
dispositions permettant la chasse aux révisionnistes sur le plan privé.
En un quatrième temps, on se prépare pour la fin de l’année 1994 à créer une loi
draconienne destinée à étouffer dans l’oeuf toute velléité de révisionnisme historique.
Avant la loi Fabius-Gayssot (1949-1989)
Dès 1949, le révisionnisme historique fait l’objet d’une répression judiciaire. Pendant
trente ans (de 1949 à 1978), les médias s’efforcent de dissimuler cette répression mais,
à partir de 1979, avec l’affaire Faurisson, qui éclate en novembre 1978, ils se trouvent
contraints de sortir d’un silence complice ; c’est, à de rares exceptions près, pour
joindre leur clameur à celle des procureurs, dans une atmosphère de chasse aux
sorcières.
Maurice Bardèche, professeur, est l’auteur, en particulier, de Nuremberg ou la Terre
promise (Les Sept Couleurs, 1948) et de Nuremberg II ou les Faux Monnayeurs (Les
Sept Couleurs, 1950). Il ne conteste l’existence ni du génocide ni des chambres à gaz
mais la légitimité du Tribunal militaire international de Nuremberg. Condamné pour
apologie de crime, il subit près d’un an de prison.
Paul Rassinier, résistant et ancien déporté, est l’auteur, en particulier, du Mensonge
d’Ulysse (Éditions Bressanes, 1950), où il commence à mettre en doute l’existence des
chambres à gaz. Il est condamné par la Cour d’appel de Lyon à 15 jours de prison avec
40
sursis et à 100 000 francs d’amende ainsi qu’à de lourds dommages-intérêts pour
injures et diffamation. La Cour de cassation de Paris casse l’arrêt. En mai 1955, la
Cour d’appel de Grenoble le relaxe. Jusqu’à la fin de sa vie (1967), il connaîtra
d’autres démêlés avec la justice ; dans un cas, il sera débouté de sa plainte ; dans un
autre, il sera condamné pour diffamation.
L’affaire Faurisson commence en novembre 1978. Elle sera précédée du montage de
l’affaire Darquier de Pellepoix et suivie du montage élaboré autour de l’attentat, en
octobre 1980, contre la synagogue de la rue Copernic, premières illustrations d’une
impressionnante série de montages comme celui de Carpentras en 1990.
Jusqu’en 1989 seront inquiétés, poursuivis ou condamnés, parfois en véritables rafales
judiciaires, de nombreux révisionnistes. Faute de loi spécifique contre le
révisionnisme, les motifs sont les plus divers : diffamation envers un particulier,
diffamation raciale, provocation à la haine raciale, apologie de crime, propagation de
fausse nouvelle, trouble de l’ordre public, procédure abusive, injures et, par-dessus
tout, dommage à autrui devant les juridictions civiles. Les révisionnistes se voient
progressivement priver de droits juridiques élémentaires ; à leurs plaintes en
diffamation les juges répondent que les diffamateurs étaient « de bonne foi » ; quant
au droit de réponse, il leur est régulièrement refusé et, si les révisionnistes insistent
devant les tribunaux pour obtenir ce droit, les juges les sanctionnent lourdement.
Les partisans de la répression, en particulier Serge Klarsfeld et Pierre Vidal-Naquet,
s’inquiètent de la publicité ainsi accordée aux révisionnistes ; ils estiment que les
juges – « un comble », dit P. Vidal-Naquet – ne traitent pas les révisionnistes en purs
et simples falsificateurs.
Dans un arrêt retentissant, la Cour d’appel de Paris reconnaît qu’il n’y a dans les
travaux de R. Faurisson sur « le problème des chambres à gaz » ni légèreté, ni
négligence, ni ignorance délibérée, ni mensonge ; en conséquence, la cour déclare :
La valeur des conclusions défendues par M. Faurisson [sur ce sujet] relève
donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public
(1re chambre de la cour, section A, François Grégoire, Paul Fouret, Germain
Le Foyer de Costil, 26 avril 1983).
Malgré de retentissantes campagnes de presse contre les révisionnistes, alimentées par
l’exploitation de montages élaborés autour d’attentats d’origine proche-orientale,
P. Vidal-Naquet et ses amis s’inquiètent.
En 1986, l’affaire de « la thèse de Nantes » (thèse révisionniste d’Henri Roques sur les
« confessions » de l’officier SS Kurt Gerstein) accroît ces alarmes. C’est alors que
prend naissance l’idée de ce qui deviendra la loi Fabius-Gayssot. S. Klarsfeld s’aide
d’une assertion qui connaîtra le plus grand succès : il prétend qu’il suffit de s’inspirer
d’une loi allemande interdisant explicitement la mise en doute du génocide1; il sait
qu’une telle loi n’existe pas ; il est l’homme qui a fait campagne en Allemagne pour
1 Voy. « Contre le révisionnisme historique, la loi Fabius-Gayssot », Revue d’histoire révisionniste n°2,
août-octobre 1990, p. 16-35.
41
l’inscription de cette loi dans le code pénal allemand (Auschwitz-Lüge-Gesetz) mais,
là-bas, son entreprise a avorté.
2 juin 1986 : Sous l’égide du grand rabbin René-Samuel Sirat, un groupe
d’universitaires (P. Vidal-Naquet, François Bédarida, Mme Hélène Ahrweiler et Jean-
Pierre Azéma) ainsi que des propagandistes comme Serge Klarsfeld, Georges Wellers
et Harlem Désir, formulent « l’espoir d’une extension à tous les pays européens de la
loi allemande interdisant la mise en doute du génocide » (« Une table ronde
d’historiens a réfuté la thèse de Roques », Bulletin quotidien de l’Agence
télégraphique juive, p. 1). Quatre ans plus tard, les censeurs parviendront à leurs fins,
quitte, pour certains d’entre eux, à se déclarer contre cette loi, une fois qu’elle paraîtra
inévitable ou qu’elle sera instaurée1.
3 juillet 1986 : A la suite d’une campagne de presse, longuement préparée avec la
complicité de Georges Wellers, le ministre délégué chargé de l’Enseignement
supérieur, Alain Devaquet, demande à l’administrateur provisoire de l’Université de
Nantes d’annuler la soutenance de thèse d’Henri Roques portant sur les
« confessions » de l’officier SS Kurt Gerstein, soutenance qui remontait au 15 juin
1985 ; H. Roques se voit ainsi retirer son titre de docteur ès lettres.
11 mai – 3 juillet 1987 : Procès de Klaus Barbie à Lyon. Le parquet de Lyon demande
l’ouverture d’une enquête après la diffusion auprès d’avocats des parties civiles d’un
tract contestant l’existence des chambres à gaz. Le parquet de Paris ouvre une
information judiciaire à la suite de la diffusion d’un tract présentant Élie Wiesel
comme un faux témoin. Le parquet d’Auch charge le juge d’instruction Gérard
Legname de poursuivre Pierre Guillaume, Robert Faurisson et Carlo Mattogno pour
propagation de fausse nouvelle et apologie de crime en raison du contenu de la
première livraison des Annales d’histoire révisionniste. Un mandat d’arrêt
international est lancé contre l’Italien Carlo Mattogno. Le successeur du juge
Legname, Nicole Bergougnan, rendra une ordonnance de non-lieu.
1er juillet 1987 : La Fédération française des sociétés de journalistes demande aux
pouvoirs publics de poursuivre le professeur Faurisson « au nom du respect de
l’information et des droits de l’homme » pour un texte qu’il a publié sur Shoah, film de
Claude Lanzmann.
7 juillet 1987 : Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, a reçu la LICRA, le MRAP,
l’association DAVID et la WIZO pour leur proposer « d’inventer ensemble un arsenal
juridique garantissant, dans l’avenir, la vérité sur les chambres à gaz » (Actualité
juive).
1 Le 2 juillet 1982, au terme d’un colloque international sur le génocide des Juifs, colloque qui s’était
tenu sous la présidence des professeurs François Furet et Raymond Aron et auquel participait P. Vidal-
Naquet, il était soudain apparu, à la consternation des participants, qu’il était impossible de fournir à la
presse, comme on le lui avait promis, une preuve scientifique de l’existence des « chambres à gaz »
hitlériennes. Si l’on ignore ce fait, on ne peut pas comprendre qu’en 1986 certains intellectuels d’origine
juive aient décidé de sauter le pas et, devant les progrès du révisionnisme, de chercher à imposer par la
force de la loi ce qu’ils ne pouvaient pas prouver par la force de la science et du raisonnement. On ne
pouvait décidément pas prouver l’existence de ces « chambres à gaz » ; donc, on allait en interdire la
contestation sous peine de prison et d’amendes.
42
13 septembre 1987 : Au cours de l’émission « le Grand Jury RTL/Le Monde », Jean-
Marie Le Pen, interrogé sur la manière dont les Juifs ont été exterminés, répond que
cette manière (les chambres à gaz) constituent « un point de détail » de l’histoire de la
seconde guerre mondiale ; une formidable tempête médiatique s’ensuit. Il est
condamné, dix jours plus tard, en référé pour « trouble » (sic). S’ensuivra, devant la
Cour d’appel de Versailles, une stupéfiante condamnation à 1 200 000 francs de
dommages-intérêts cumulés au profit d’une kyrielle d’associations qui n’invoquaient
pourtant qu’un seul et même préjudice moral (voy., ci-dessous, la date du 18 mars
1991).
16 septembre 1987 : En collaboration avec Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur,
Claude Malhuret, secrétaire d’État aux droits de l’homme, « travaille sur la possibilité
d’inclure dans le code pénal un article réprimant les fauteurs du révisionnisme qui
contestent la réalité de l’Holocauste » (« Le verdict impossible des tribunaux »,
Libération, p. 4).
20 septembre 1987 : Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, déclare que, s’il ne
dépendait que de lui, le professeur Faurisson « irait en prison » (« Charles Pasqua : les
thèses révisionnistes véritable délit », Le Figaro, 21 septembre 1987, p. 7).
Septembre 1987 : P. Vidal-Naquet évoque avec indignation l’arrêt de la Cour d’appel
de Paris du 26 avril 1983 « qui a reconnu le sérieux du travail de Faurisson – ce qui est
un comble – et ne l’a, en somme, condamné que pour avoir agi avec malveillance en
résumant ses thèses en slogans » (Les Assassins de la mémoire, La Découverte, 1987
[septembre], p. 182).
8 octobre 1987 : PREMIÈRE LOI ANTIRÉVISIONNISTE. « A 0 h 45, Albin
Chalandon [ministre de la Justice] introduit [à l’Assemblée nationale] deux
amendements dans la loi sur la protection de la jeunesse, au titre de la lutte contre la
drogue, qui, contrairement aux usages, n’avaient jamais été envoyés, ni au Sénat, ni en
commission […]. C’est la fameuse loi condamnant le révisionnisme annoncée par le
gouvernement qui apparaît sous cette forme détournée » (René Schneider, Le Nouvel
Observateur, 16 au 22 octobre 1987, p. 11).
2 avril 1988 : MISE EN ROUTE DE LA PROPOSITION DE LOI FABIUSGAYSSOT.
Sur l’initiative de Laurent Fabius, le député socialiste Georges Sarre1
présente une « proposition de loi [pour] combattre les thèses révisionnistes » ; les
peines prévues vont d’un mois à un an de prison et/ou de 2 000 à 300 000 francs
d’amende (sans compter les dommages-intérêts, les frais de publication judiciaire,
etc.) (Journal officiel, Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du
2 avril 1988 ; voy. Annales d’histoire révisionniste, été-automne 1988, p. 198-203).
Mai – juin 1988 : La LICRA (Jean Pierre-Bloch) juge insuffisants les amendements
Chalandon et se réjouit de ce que « le groupe socialiste a déposé une proposition de
loi contre la négation du génocide » (Le Droit de vivre, mai-juin 1988, p. 16)
1 G. Sarre aurait-il une vocation policière ? Myriam Hertz rapporte : « Pétain « malheureusement
vieillard » et Vichy période de « renaissance nationale » : ces termes – et quelques autres – ont été
relevés dans certains ouvrages des éditions Larousse par Georges Sarre. Le député parisien se dit
décidé à rendre la chose publique, et à partir en guerre contre ces publications au parfum révisionniste »
(Tribune juive, 18 novembre 1993, p. 12).
43
(ultérieurement, la LICRA, qui juge toute répression insuffisante, estimera que la loi
Fabius-Gayssot ne suffit pas).
23 mars 1989 : Lors d’un colloque organisé par l’Union des étudiants juifs et « Les
Enfants de la Mémoire », sous le patronage, en particulier, du grand rabbin Joseph
Sitruk, Laurent Fabius1 revendique l’initiative de la proposition de loi déposée par
G. Sarre (compte rendu partiel dans « MM. Chirac et Fabius se prononcent pour
l’interdiction de la propagande « révisionniste » », Le Monde, 26/27 mars 1989, p. 18).
Jacques Chirac, qui s’était d’abord déclaré hostile à une telle loi, a changé d’avis après
une rencontre avec le B’naï B’rith.
16 septembre 1989 : Le professeur R. Faurisson est victime d’une grave agression
revendiquée par « Les Fils de la Mémoire juive ». Cette agression est justifiée par
Serge et Beate Klarsfeld ainsi que par François Léotard.
La loi Fabius-Gayssot (avril – juillet 1990)
1er avril 1990 : A propos de l’affaire Roques et de l’affaire Notin, Annie Kriegel
s’inquiète de voir la communauté juive française apparaître « comme un groupe
exigeant que règne en sa faveur une véritable police de la pensée » (« Attention :
Boomerang », L’Arche, p. 25-26).
2 avril 1990 : La même Annie Kriegel dénonce « une obsessionnelle chasse aux
sorcières » et « une insupportable police juive de la pensée » (« Le Leurre de
l’antisémitisme », Le Figaro, p. 2).
27 avril 1990 : Présentant dans son rapport la nouvelle loi, le député communiste
François Asensi déclare, imperturbable : « Il s’agit donc bien de réprimer ceux qui
contestent l’holocauste nazi, et non pas de viser l’ensemble des faits qui, dans tel ou tel
pays, peuvent être considérés comme des crimes contre l’humanité » (Journal officiel,
Assemblée nationale, annexe au procès-verbal de la séance du 26 avril 1990, p. 22).
Le principe des « deux poids, deux mesures », a l’avantage des communistes et au
désavantage des révisionnistes, est ainsi clairement affirmé.
Pour les débats au Parlement du 3 mai au 1er juillet, on consultera, au Journal officiel,
pour l’année 1990, les pages suivantes :
– 3 mai, Assemblée nationale, p. 897-973 ;
– 12 juin, Sénat, p. 1445-1464 ;
– 29 juin, Assemblée nationale, p. 3103-3116, 3122-3142 ;
– 30 juin, Assemblée nationale, p. 3195-3201 ;
– 30 juin, Sénat, p. 2308-2313 ;
– 1er juillet, Sénat, p. 2341-2344, 2349-2350 ;
– 1er juillet, Assemblée nationale, p. 3207-3209.
1 Comme pour mieux distinguer la tradition juive de la tradition chrétienne (catholique ou protestante),
L. Fabius déclare pour commencer qu’il ne faut pas pardonner mais, au contraire, prendre le contre-pied
de ce qu’avait décidé le roi Henri IV lorsque, accédant au trône, il avait édicté au sujet des crimes et des
querelles du passé : que nul n’en parle plus dans le royaume ! « Le Parlement doit se faire mémoire »,
ajoute L. Fabius.
44
5 mai 1990 : L’historien Henri Amouroux consacre un long article à la nouvelle loi
alors en plein débat au Parlement. Il affecte de n’y voir qu’une loi antiraciste visant
J.M. Le Pen. Il la trouve mauvaise. Il ne souffle pas mot des dispositions
antirévisionnistes de cette loi qui visent, en fait, le professeur Faurisson en particulier
et les historiens en général (« Mise en garde à Michel Rocard », Le Figaro Magazine,
p. 82-83). H. Amouroux a une carrière à poursuivre
10 mai 1990 : L’historien Jacques Julliard écrit : « Imaginez ce que l’on vient
d’inventer : faire du révisionnisme un délit puni par des amendes et des peines de
prison. Instituer une vérité scientifique sanctionnée par l’État au moment où le
marxisme s’écroule, c’est un exploit dont je ne croyais pas le parlement français
capable. Ce n’est pas parce que, pour une fois, MM. Pasqua, Lajoinie et Rocard sont
d’accord qu’on persuadera la communauté des historiens qu’ils ont besoin de la
garantie de l’État pour établir la vérité historique » (« Ils roulent pour Le Pen ? », Le
Nouvel Observateur, 10-16 mai 1990, p. 73).
11 mai 1990 : Éclate dans la presse du monde entier l’affaire de la profanation du
cimetière juif de Carpentras. Laurent Fabius, président de l’Assemblée nationale, et
Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, y voient l’occasion d’une opération politique de
grande envergure contre Jean-Marie Le Pen et le révisionnisme historique. François
Mitterrand, président de la République, participe à l’opération. En pleine affaire
Bernard Notin et en plein débat au Parlement sur la loi Fabius-Gayssot, le montage de
Carpentras joue un rôle essentiel dans le vote de la loi et la paralysie de toute
opposition. A cette opération à grand spectacle s’ajoutent à Royan, à Grenoble, à
Avignon et à Lille une série d’opérations de moindre envergure autour de fausses
victimes de prétendus attentats racistes (l’enseignante de Royan, en réalité, avait été
frappée par son amant ; la jeune Noire d’Avignon, en fait, avait raté sa coupe de
cheveux ; l’étudiant de Lille, en fait, voulait éviter de passer un examen ; la militante
de SOS-Racisme à Grenoble, en fait, avait eu une scène de ménage). Un dessin de
Plantu montrant des tombes profanées met en cause la « thèse révisionniste » (Le
Monde, 13/14 mai 1990, p. 1).
Mai 1990 : Charles Korman, avocat à la Cour d’appel de Paris et conseil de la LICRA,
juge mauvaise et inapplicable la nouvelle loi (« Une mauvaise loi », Information
juive).
29 juin 1990 : A la veille du vote définitif de la loi par l’Assemblée nationale,
François Terré écrit : « Face à la proposition Gayssot le silence infini de presque tous
les juristes, de presque tous les historiens effraie » (Le Figaro, p. 2). Le silence
persistant d’Henri Amouroux est particulièrement significatif de la terreur
révérencielle qu’inspirent les réactions possibles des organisations juives.
2 juillet 1990 : Pierre Joxe, ministre de l’Intérieur, prend deux arrêtés visant, l’un, les
Annales d’histoire révisionniste et, l’autre, la Revue d’histoire révisionniste ; ces deux
revues sont interdites de vente aux mineurs et interdites d’exposition et de toute
publicité. Leur contenu fait l’objet de divers procès. Même mesure contre Révision,
publication d’A. Guionnet.
14 juillet 1990 : Le texte de la loi Fabius-Gayssot paraît au Journal officiel, Lois et
décrets, p. 8333-8334, sous la signature de François Mitterrand, président de la
45
République française. Huit pages plus loin paraît la nomination au grade de chevalier
de la Légion d’honneur de « M. Vidal-Naquet (Pierre), historien ; 35 ans d’activités
littéraires », sur proposition de Jack Lang, ministre de la Culture. Un an, jour pour
jour après la promulgation de la loi Fabius-Gayssot sur « la liberté de la presse » (sic),
F. Mitterrand devait, le 14 juillet 1991, lors d’un entretien accordé au journaliste Paul
Amar dans le jardin de l’Élysée, déclarer que la France ne connaissait aucun tabou en
matière d’histoire et que les historiens pouvaient s’exprimer en toute liberté ; le
12 mars 1994, il récidivait dans le mensonge en déclarant au fantaisiste Patrick
Sébastien : « Les gouvernements que j’ai nommés ont fait voter des lois qui
garantissent la liberté d’expression ».
27 juillet 1990 : Le journaliste Alain Rollat, pourtant très hostile aux révisionnistes,
écrit dans Le Monde : « Voilà un texte qui, d’un point de vue strictement juridique,
soulève une question fondamentale, au regard de la liberté d’opinion et d’expression,
puisqu’il voue aux tribunaux, en visant les prétendus historiens « révisionnistes », les
citoyens « qui auront contesté l’existence d’un ou plusieurs crimes contre
l’humanité ». Or, faute de saisine du Conseil constitutionnel, cette question ne sera pas
tranchée. Sauf peut-être, si, un jour, quelque avocat avisé se tourne vers les
institutions européennes pour pallier cette anomalie » (« Une belle occasion
manquée », p. 6).
Après l’adoption de la loi Fabius-Gayssot (septembre 1990-début 1994)
Septembre 1990 : Le Choc du mois publie un entretien avec le professeur Faurisson
où ce dernier déclare : « Il sévissait depuis longtemps une histoire officielle de la
seconde guerre mondiale. Quand je le disais, nos tartuffes se récriaient. Aujourd’hui,
ils ne peuvent plus protester […]. Je ne vois pas pourquoi je me plierais à cet ukase
[…]. Je ne chercherai pas à tourner la nouvelle loi, je lui ferai front » (p. 9-11).
18 mars 1991 : La Cour d’appel de Versailles (Pierre Estoup, Lucette Marc, Cécile
Petit) condamne J.M. Le Pen pour l’affaire du « détail ». Tenu pour coupable de
dommage à autrui, celui-ci devra payer 1 200 000 francs (120 millions de centimes)
ainsi que les dépens ! En page 16 de l’arrêt, la cour déclare qu’elle n’a pas à dire si le
génocide est incontestable ; en page 17, elle en parle comme d’un fait incontestable !
18 avril 1991 : La XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris (Claude Grellier,
Alain Laporte, Mme Claude Marlier) condamne, sur le fondement de la loi Fabius-
Gayssot, Patrice Boizeau, responsable du Choc du mois, et Robert Faurisson.
P. Boizeau devra verser 180 000 francs et R. Faurisson 250 000 francs dont 100 000
francs avec sursis. Le tribunal déclare pourtant : « Des critiques peuvent, à juste titre,
être développées concernant l’organisation, la structure et le fonctionnement du
Tribunal militaire international de Nuremberg, tant sur le plan juridique qu’historique
ou philosophique. En dépit du fait qu’on ne peut être poursuivi plusieurs fois pour un
même délit, les condamnés doivent faire face à deux autres procès pour la même
publication.
21 juin 1991 : Jacques Toubon, député RPR, demande l’abrogation de la loi Fabius-
Gayssot : « Le délit de révisionnisme fait reculer le droit et affaiblit l’histoire »
(Journal officiel, Assemblée nationale, 22 juin 1991, p. 3571-3573) (voy. Annexe 2).
46
20 octobre 1991 : Sur les ondes de Radio-Courtoisie, Raoul Béteille, conseiller
honoraire à la Cour de cassation, André Decocq, professeur de droit communautaire à
l’Université Paris-II, et François Lefort, auteur de La France et son droit (Les Belles
Lettres), jugent la loi Fabius-Gayssot contraire à la constitution. Pour sa part, André
Decocq affirme : « La loi Fabius-Gayssot est assurément inconstitutionnelle et je dois
dire que, si le Conseil constitutionnel ne l’a pas déclarée contraire à la constitution,
c’est parce qu’il ne s’est pas trouvé soixante députés ou soixante sénateurs pour avoir
le courage de le saisir étant donné son objet […]. Et ma conviction est que, si le
Conseil constitutionnel, même dans sa composition actuelle,1 avait été saisi de cette
question, c’est tellement gros qu’il n’aurait pas pu déclarer la loi conforme à la
constitution. Simplement, le terrorisme intellectuel a joué […]. Cette loi est en même
temps contraire à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et
là, comme le juge [français] a le droit de vérifier la conformité de la loi au droit
international, toujours en droit positif, qu’il en use ! […] Et qu’il dise : « Cette loi est
contraire à la liberté d’expression » ! […] Le juge en a le droit. »
17-18 octobre 1992 : La voix de « Radio-Renaissance » (André Delachaux à Grezsur-
Loing) s’éteint. Roland Faure, membre du CSA, déclare : « Effectivement,
« Radio-Renaissance » émettait des thèses révisionnistes. Nous l’avons donc
sanctionnée en juillet dernier lors des réattributions de fréquences en Île-de-France, et
aujourd’hui elle n’existe plus » (Isabelle Nataf, Le Monde, p. 40).
9 décembre 1992 : La XIe chambre de la Cour d’appel de Paris (Françoise Simon,
Mme Dominique Guirimand, François Chanut) confirme et aggrave la condamnation,
en date du 18 avril 1991, de P. Boizeau et de R. Faurisson. Chacun des condamnés
devra verser 187 000 francs. Total : 374 000 francs. La presse, bien que dûment
informée, imprime que le total s’élève à 30 000 francs. R. Faurisson tente de rétablir
les faits dans un droit de réponse envoyé à Libération, qui refuse l’insertion.
R. Faurisson saisit les tribunaux. Il est condamné, notamment sous la présidence
vigilante de Violette Hannoun (1re chambre de la Cour d’appel de Paris), à verser
30 000 francs à Libération !
17 juin 1993 : Le Monde cache le fait qu’Alain Guionnet est en prison pour une
infraction de presse (loi Fabius-Gayssot) (voy., ci-dessus, la déclaration d’Anne
Chemin, p. 37).
31 janvier 1993 : Dans un article intitulé « Une législation inadaptée », Libération
avait affirmé : « La « loi Gayssot » – du nom de son initiateur – n’a jamais été
appliquée » (6 janvier 1993, p. 9). Les révisionnistes dressent alors une « Liste de
quelques procédures récentes ou en cours intentées contre le révisionnisme historique
à fin janvier 1993 » qui fait apparaître que trente-trois procédures ont alors été
engagées, presque toutes sur le fondement de la loi Fabius-Gayssot. De nombreuses et
lourdes condamnations ont été prononcées. Avec ce mensonge de Libération et l’aide
de la LICRA s’amorce une campagne en vue de créer une nouvelle loi
antirévisionniste.
1 S’agit-il d’une allusion à la présence de Robert Badinter, président du Conseil constitutionnel, et à
celle de Daniel Mayer ?
47
8 décembre 1993 : Le Choc du mois, condamné à la suite de la parution de l’entretien
du professeur Faurisson (voy., ci-dessus, septembre 1990, 18 avril 1991 et 9 décembre
1992), a vu bloquer son argent aux NMPP par les organisations juives et autres qui
avaient obtenu sa condamnation. Il ne paraît plus. Il fait savoir à ses lecteurs que,
depuis décembre 1987, ses condamnations s’élèvent à 170 millions de centimes.
7 mars 1994 : J.-D. Larrieu est condamné pour la publication de Non-lieu pour Paul
Touvier (loi Fabius-Gayssot).
11 mars 1994 : « Descente antiraciste sur les quais : Un commando du MRAP,
accompagné d’un huissier de justice, a constaté que plusieurs bouquinistes, quai de la
Mégisserie (Paris IVe), revendaient au grand jour des ouvrages jugés racistes ou
antisémites. Une descente qui devrait aboutir à des poursuites pénales » (Le Journal
de Paris), alors que les livres d’occasion échappent habituellement aux foudres de la
loi sur la « liberté de la presse ».
24 mars 1994 : Embarrassé par l’argument de la défense selon lequel la loi Fabius-
Gayssot en appelle à des jugements, comme celui de Nuremberg, qui n’ont jamais été
publiés au Journal officiel, la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris,
présidée par Jean-Yves Monfort, répond :
On doit admettre que, par une technique législative spécifique, le législateur a
entendu poser une véritable présomption de connaissance du jugement du
tribunal de Nuremberg, ou des autres jugements de condamnation pour crimes
contre l’humanité » (jugement Guionnet, J.Y. Monfort, Mme Menotti,
M. Chapelle, XVIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris).
Avril 1994 : Alain Guionnet sort de prison ; il en est, à ce jour, à près d’un an de
prison pour infractions de presse !
Troisième disposition légale : deux articles du nouveau code pénal (1er mars 1994)
Le nouveau code pénal institue, à la date du 1er mars 1994, deux nouvelles
contraventions qui pourront être utilisées contre les révisionnistes : la diffamation et
l’injure non publiques présentant un caractère raciste ou discriminatoire ainsi que la
provocation non publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciales.
Outre les peines d’amende, les personnes physiques et les personnes morales déclarées
coupables encourent, parmi les peines complémentaires, « la confiscation de la chose
qui a servi ou était destinée à commettre l’infraction ou de la chose qui en est le
produit ». De cette manière, les libraires ou diffuseurs d’écrits révisionnistes peuvent
se voir confisquer tout moyen d’exercer leur métier.
Si elles sont de nature révisionniste, les confidences sur l’oreiller deviennent passibles
de sanctions judiciaires. En France, là encore, le fait n’a pas de précédent. De cette
innovation nous sommes redevables à un député RPR de l’ancienne législature,
Michel Hannoun.1
1 Voy. La Francophobie, p. 75.
48
Quatrième disposition légale : loi Korman-Gaubert. Ses préparatifs. Son vote à la
fin de 1994 ?
15 décembre 1992 : Charles Korman, avocat de la LICRA, se prononce pour une
révision de la loi Fabius-Gayssot ; il souhaite qu’à la barre d’un tribunal un
révisionniste soit totalement privé de ses moyens de défense et qu’il ne puisse plus
développer ses vues révisionnistes sous peine de « récidive ». Charles Pasqua ose
affirmer que la loi Fabius-Gayssot est restée « lettre morte ». Paul Quilès (socialiste),
ministre de l’Intérieur, réplique que dix-huit ouvrages, dont dix pour la seule année
1990, ont été interdits (Marie-Laure Colson, « La LICRA interpelle le ministère de
l’Intérieur », Libération, p. 26). Charles Korman et Patrick Gaubert (né Goldenberg et
président de D.A.V.I.D. [Décider et Agir avec Vigilance pour Israël et la Diaspora])
sont les véritables auteurs de la future loi qui renforcera la loi Fabius-Gayssot.
29 avril 1993 : Six professeurs d’histoire contemporaine de l’Université Lyon-III
(Université Jean-Moulin) approuvent le recours à la justice contre les révisionnistes
mais trouvent que ce recours « constitue une solution insuffisante » (Le Monde, article
reproduit dans Le Déporté). Ces professeurs sont, pour la postérité de leur honte,
Christophe Charle, Bernard Delpal, Jean-Dominique Durand, Régis Ladous, Henri
Morsel et Claude Prudhomme.
6-7 mai 1993 : Patrick Gaubert représente la France (et Israël ?) à la réunion du
groupe TREVI qui a rassemblé au Danemark les différents ministres de la Justice et
de l’Intérieur de douze pays européens. Il déclare : « Quant aux libraires, journaux et
tout moyen de communication qui prônent légalement [souligné par moi] des discours
xénophobes, si certains se croient protégés par leur tirage, ils se trompent ; nous les
ferons disparaître » (Information juive, septembre 1993). P. Gaubert englobe les écrits
révisionnistes dans les « discours racistes ou xénophobes ».
8 avril 1994 : En Israël, le professeur Yehuda Elkana, qui enseigne à l’université de
Tel-Aviv, ancien interné d’Auschwitz, dénonce « le culte du génocide » qui « n’a fait
que susciter une insupportable ubris morale juive », l’« arrogance » et l’« esprit de
vengeance ». L’« ubris » est la démesure qui rend orgueilleux et violent (voy. Annie
Kriegel, 1er et 2 avril 1990).
14 avril 1994 : Maurice Szafran présente le projet de la nouvelle loi antiraciste sous le
titre : « Pasqua mitonne une loi musclée contre le racisme ». C’est à la demande
expresse de Pierre Méhaignerie, ministre de la Justice, et de Charles Pasqua, ministre
de l’Intérieur, que Patrick Gaubert a préparé cette loi qui étend le délai de prescription
permettant la poursuite des écrits (un an au lieu de trois mois). Les organisations
visées seront assimilées à des organisations de malfaiteurs. Les peines d’amende
seront dans tous les cas portées à 500 000 francs : « Il s’agit en fait d’étouffer
financièrement les petites organisations et des feuilles d’extrême droite incapables
d’assumer le paiement de telles sommes. » Les peines de prison pourront aller jusqu’à
deux ans. La détention préventive sera autorisée. Le délit de révisionnisme sera élargi.
Il deviendra « par exemple difficile à François Brigneau, l’éditorialiste de National
Hebdo, de multiplier les hommages au révisionniste Faurisson. Sinon sa bourse – et
celle de son journal – sera saignée à blanc » (L’Événement du jeudi).
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3 mai 1994 : Dans un article intitulé « Les journalistes vont-ils protester contre la
nouvelle loi sur la presse ? » (Présent, p. 2), Georges-Paul Wagner rappelle qu’en
1990 Louis Pauwels, Jean-François Kahn et Jacques Julliard ont jugé imbécile ou
scélérate la loi Fabius-Gayssot au moment où elle a été votée mais lorsque les
condamnations sont tombées on n’a plus entendu leurs voix : « Quand les
condamnations tombent en vertu de cette loi, l’Agence France-Presse et les journaux
qui la suivent énumèrent benoîtement les chiffres et les lettres du jugement prononcé
ou de l’arrêt rendu. Jamais une fois on n’a noté sous leur plume – sauf le cas honorable
de Mme Annie Kriegel – une ligne ou quelques lignes pour marquer la distance avec
cette conséquence judiciaire d’une loi imbécile ou scélérate ». Quatre ans plus tard,
vont-ils protester contre la nouvelle loi ? « Ce n’est pas seulement l’avenir de la vérité
qui est en jeu, mais l’honneur du journalisme même. Nous attendons ».
6 juillet 1994 : A Bordeaux, un tribunal présidé par Louis Montamat condamne à un
an de prison, dont six mois ferme, et à 20 000 francs d’amende, le libraire Jean-Luc
Lundi, père de dix enfants, pour exposition à la vente des Annales d’histoire
révisionniste et de la Revue d’histoire révisionniste (Libération, 8 juillet, p. 22).
La chasse aux révisionnistes s’aggrave dans les universités
19 septembre 1993 : Sans doute alarmé par les progrès du révisionnisme dans les
universités américaines, l’ancien général israélien Uzi Narkiss, directeur de la
délégation nord-américaine de l’Organisation sioniste mondiale, estime que « Le
temps est probablement venu de créer un organisme international pour mettre en
jugement les antisémites ainsi que les révisionnistes de l’Holocauste » (« World must
prosecute anti-Semites », Daily News [New York], p. 34).
23 octobre 1993 : « Depuis plusieurs mois, Philippe Videlier, chercheur au centre
d’histoire économique et sociale Pierre-Léon, une des unités de la Maison Rhône-
Alpes des sciences de l’homme à Lyon, ne cesse d’interpeller sa direction et celle du
CNRS sur le passé de François Robert ». Il a découvert que F. Robert a collaboré,
onze ans auparavant, à une revue, La Guerre Sociale, organe de la Vieille Taupe, qui,
en 1982, avait soutenu la thèse révisionniste. F. Robert n’a lui-même rien publié de
révisionniste. Sept universitaires et chercheurs lyonnais et la section lyonnaise du
syndicat des chercheurs du CNRS soutiennent l’auteur de la délation (Le Monde,
édition Rhône-Alpes, p. 16).
11 mai 1994 : A l’Université Lyon-III (Université Jean-Moulin), des associations « de
vigilance » mettent en fiches, surveillent et dénoncent les professeurs soupçonnés de
la moindre velléité révisionniste. Les étudiants de l’association « Hippocampe » sont
« très documentés au sujet de certains professeurs et très prompts à prévenir les
étudiants des moindres « dérapages politiques » ». Les enseignants de l’« Association
René Cassin » font partie des « vigies » et des « vigiles » (Sandrine Blanchard, « Les
« vigies » de Jean-Moulin », Le Monde, édition Rhône-Alpes, p. 17). Lyon se
transforme ainsi progressivement, avec la bénédiction de Mgr Decourtray, primat des
Gaules, et avec Michel Noir, maire de la ville, en capitale de la résistance à la liberté
de recherche. Le Dr Marc Aron, président du comité de liaison des institutions et des
organisations juives de Lyon et président de la section française du B’naï B’rith, avait
conduit les manifestations contre le professeur Faurisson et interdit à ce dernier toute
activité d’enseignement. Il avait récidivé contre B. Notin. Sur la collaboration de
50
Mgr Albert Decourtray avec cette éminence juive, voy. Emmanuel Ratier, Mystères et
secrets du B’naï B’rith (Facta, 1993) et, en particulier, l’Annexe 2 : « Remise de la
médaille du B’naï B’rith à Mgr Albert Decourtray le 16 novembre 1991 à Lyon
[Allocution et réponse] ».
Juin 1994 : Une série de décisions disciplinaires, administratives et judiciaires
reconnaissent à Bernard Notin le droit d’exercer son activité d’enseignement à
l’Université Lyon-III (Jean-Moulin) mais les organisations juives s’y opposent ;
apprenant que l’Université d’Oujda (Maroc) a engagé B. Notin, l’Union des Étudiants
juifs de France se déclare « scandalisée ». L’université d’Oujda revient sur sa décision.
L’UEJF demande « la radiation définitive de M. Notin du corps enseignant » (Le
Monde, 11 juin 1994, p. 6). Pas un universitaire, pas un intellectuel ne dénonce cette
« police juive de la pensée » qui se place elle-même au-dessus des lois.
Juin 1994 : Nouvelle chasse aux sorcières à l’Université de Nantes. Après l’affaire
Henri Roques et l’affaire André Delaporte, voici l’affaire Jean-Louis Bonnat ; ce
professeur de psychologie à l’Université de Nantes suscite l’ire de la LICRA, de
Tribune juive et de François Fillon, ministre de l’Enseignement supérieur, pour avoir
proposé à ses étudiants un sujet de DESS de psycho-pathologie jugé offensant pour
les Juifs (Le Figaro, « A la faculté de Nantes, une question de trop sur la Shoah »,
27 juin 1994). Des décisions vont être prises qui seront graves pour le professeur et
pour ses étudiants.
51
CONCLUSION
Apparemment incapables de fournir des preuves historiques et scientifiques à l’appui
de leur thèse, P. Vidal-Naquet, S. Klarsfeld, F. Bédarida et le grand rabbin René-
Samuel Sirat ont, en 1986, préconisé la création d’une loi interdisant de contester
l’existence, au temps du IIIe Reich, d’une « politique d’extermination des Juifs », de
« chambres à gaz » homicides et de « six millions » de victimes juives. Ils ont obtenu
satisfaction, en 1990, avec le vote, par les socialistes et les communistes, de la loi
Fabius-Gayssot. Depuis cette époque, les hypocrites protestations de P. Vidal-Naquet
et de F. Bédarida contre cette loi n’ont pu dissimuler l’embarras des intéressés, tout de
même un peu gênés d’en avoir appelé aux juges et aux gendarmes pour fixer la vérité
historique, pour châtier les contestataires de la version, désormais officielle, de
l’histoire de la seconde guerre mondiale et, somme toute, pour avoir déterminé une
vulgate et défini une hérésie.
La loi Fabius-Gayssot constitue une monstruosité dans son fondement, dans sa
rédaction et dans son application. Elle est essentiellement fondée sur le jugement
prononcé en 1946 par un groupe de personnes affublées du titre de juges du
« Tribunal militaire international » de Nuremberg. Lesdites personnes, choisies par les
vainqueurs et dotées d’un statut leur accordant en fait des prérogatives illimitées, ont
permis aux vainqueurs de juger les vaincus. Ce tribunal de circonstance a envoyé à la
potence ou en prison des responsables du camp des vaincus, sans avoir pu prouver un
seul instant que les vaincus avaient commis plus de crimes contre la paix, plus de
crimes de guerre ou plus de crimes contre l’humanité que leurs vainqueurs. Juger, c’est
peser et comparer. Les juges de Nuremberg ne comparèrent pas. Et même ils
interdirent toute comparaison, à une exception près qui fit beaucoup parler d’elle (voy.
ci-dessous, p. 106, note 20). Dans les annales du prétendu droit international et de
l’histoire, le procès de Nuremberg se révéla une telle mascarade judiciaire que plus
jamais par la suite, et cela en dépit de quelques tentatives, on ne vit se conclure de tels
procès (le procès de Tokyo, où les Japonais furent jugés notamment par les États
responsables des holocaustes nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, ne fut qu’un
succédané du procès de Nuremberg).
La loi Fabius-Gayssot bafoue les principes les plus constants du droit tels celui de la
séparation des pouvoirs législatif et judiciaire et celui de la nécessaire publicité des
lois. L’indépendance du juge n’est plus garantie. Le juge est même dépouillé de sa
raison d’être.
Dans son application, cette loi conduit les juges à se mettre au service de la police de
la pensée, à abandonner l’interprétation stricte des textes, à pratiquer l’arbitraire, à
laisser la politique pénétrer dans le prétoire, à sanctionner le délit d’opinion, à se
transformer en historiens, à servir une croyance de nature sacrée. Tout cela « fait
reculer le droit et affaiblit l’histoire » (Jacques Toubon).
Des recours sont possibles contre cette loi, notamment auprès de la Cour européenne
des droits de l’homme qui, même si elle prévoit une série d’exceptions au droit à la
52
liberté d’expression, n’est tout de même pas allée jusqu’à tolérer qu’un État s’arroge le
droit de décréter la vérité en matière d’histoire ainsi que le droit d’interdire à ses
citoyens toute investigation, toute interrogation, toute contestation sur un point
particulier de l’histoire des hommes.
La meilleure preuve que la loi Fabius-Gayssot est une « mauvaise loi » ne réside-t-elle
pas dans le fait que son application donne lieu à une répression inefficace et sans fin ?
Les antirévisionnistes ne sont pas satisfaits. Ils voudraient encore et plus de lois pour
essayer d’entraver le développement, qu’ils sentent inexorable, du révisionnisme
historique. Les voici aujourd’hui qui, avec Charles Korman et Patrick Gaubert,
réclament l’institution d’une loi encore plus draconienne permettant d’infliger aux
révisionnistes une peine de deux ans de prison, une amende de 500 000 francs et
d’autres sanctions encore. Où croient-ils aller ainsi ?
Le révisionnisme historique participe d’un mouvement naturel de l’esprit occidental.
Ce mouvement nous porte, avec le temps qui passe, à revoir, à corriger, à réévaluer et
à contester ce qui a d’abord été accepté pour vrai. Aussi ne voit-on pas comment les
juges et les gendarmes, même aidés des ligues et des médias, pourraient mettre un
terme à une évolution si naturelle.
La France doit en finir avec les horreurs de l’Épuration, les mensonges de Nuremberg,
le mépris du droit et l’esprit de guerre civile. Et, si elle doit préserver « la mémoire »,
il faut que cette dernière, loin d’être sélective, devienne enfin la mémoire de tous.
53
ANNEXE 1
AU FONDEMENT DE LA LOI FABIUS-GAYSSOT :
LE PROCÈS DE NUREMBERG
En 1945, à Nuremberg, au terme d’un conflit des plus sanglants où, de part et d’autre,
on s’était sauvagement combattu, les vainqueurs, délaissant l’appareil guerrier,
revêtirent la robe du juge pour juger le vaincu. Qui accepterait d’être jugé par son
vainqueur ? Pour la moindre des violences, pour une gifle donnée ou reçue, le gifleur
acceptera-t-il d’être jugé par le giflé ou vice versa ? On ne peut être juge et partie. Or,
en la circonstance, quatre vainqueurs tout-puissants s’instituèrent juges d’un vaincu
terrassé et enchaîné. Les Américains, les Britanniques, les Soviétiques et les Français
jugèrent les Allemands. Les juges n’étaient ni des Suisses, ni des Suédois, ni des
neutres qui auraient pu avoir à juger tous les belligérants pour tous leurs crimes réels
ou supposés. D’emblée, dès le lever du rideau sur la cérémonie ou la mascarade de
Nuremberg, les Alliés étaient exonérés de toute accusation soit de crimes contre la
paix, soit de crimes de guerre, soit de crimes contre l’humanité. Par l’accord de
Londres du 8 août 1945, ils s’étaient forgé un statut qui allait leur permettre de se
dispenser de la plupart des obligations auxquelles doit pourtant se soumettre le juge
de la plus humble juridiction pour le plus commun des crimes ou des délits.
Les juges de Nuremberg violèrent le principe de non-rétroactivité de la loi pénale. Ils
usèrent à leur guise du principe de responsabilité collective. Ils jugèrent
souverainement les accusés sans avoir à craindre d’être démentis en cause d’appel ou
de cassation car il n’y avait ni appel ni cassation. Il n’était pas jusqu’à la révision qui
était impossible. Ils établirent leurs propres règles de procédure (article 13 du Statut).
Ils se dispensèrent des « règles techniques relatives à l’administration des preuves » et
s’engagèrent à adopter « autant que possible » (sic) une procédure « rapide1 et non
formaliste » (sic), admettant tout moyen qu’ils estimeraient, eux et eux seuls, avoir
une « valeur probante » (article 19). Ils allèrent jusqu’à décréter : « Le Tribunal
n’exigera pas que soit rapportée la preuve de faits de notoriété publique, mais les
tiendra pour acquis » (article 21). Seraient « de notoriété publique » les faits que les
juges allaient explicitement, et surtout implicitement, tenir pour tels.
Le pis est que, sur le fondement du même article 21, ces juges allaient « considérer
comme preuves authentiques » (sic) les innombrables rapports officiels dressés par
toutes les commissions établies dans les pays alliés (il y avait dix-neuf pays alliés)
pour enquêter sur les crimes reprochés aux accusés, ces accusés ne pouvant être que
des citoyens des « pays européens de l’Axe » (article 6). N’importe quel « rapport
1 Le texte anglais, qui seul faisait foi, portait : « expeditious », qui veut dire : « expéditive », traduction
d’ailleurs retenue en d’autres occurrences ; voy. TMI, I, p. 161 ainsi que le passage où le procureur
Rudenko rappelle qu’il faut une procédure « expéditive – je souligne, messieurs, expéditive » (TMI, III,
p. 551).
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officiel », dû aussi bien à des cinéastes hollywoodiens spécialistes des films d’horreur
qu’à des membres de la police politique soviétique, polonaise ou tchèque, ne pouvait
ainsi être contesté par les avocats des accusés ou par les accusés eux-mêmes.
N’importe quel récit fantastique, encore tout marqué des haines nées de la guerre
contre l’Allemand, pouvait recevoir, au prix de quelques coups de tampons
« officiels », l’aval des juges de Nuremberg. Ces rapports devenaient parole
d’Évangile. Le massacre de Katyn, par exemple, devenait un crime allemand : vérité
d’office que nul accusé n’eut le droit de contester devant les juges.
Aucune échelle de peine n’était prévue. Les juges pouvaient à leur guise prononcer
l’acquittement, la peine de mort ou des peines de prison, sans avoir à invoquer tel ou
tel article de loi. Les avocats de la défense protestèrent mollement puis se soumirent.
Pour leur salaire, pour leur subsistance et pour celle de leurs familles dans une
Allemagne où régnait la famine, ainsi que pour leurs possibilités de se documenter ou
de rechercher et d’atteindre des témoins dans un pays totalement désorganisé et à la
merci de ses vainqueurs, ces avocats entrèrent, pour la plupart, dans la voie d’une
collaboration forcée, en particulier avec le tout-puissant ministère public américain.
Ils allèrent jusqu’à accepter de soumettre leurs plaidoiries à la censure préalable.
Même la transcription des débats relevait, en dernière analyse, de l’autorité des juges
qui avaient le droit, sans fournir d’explication, de RAYER DU PROCÈS-VERBAL
les passages qu’ils voulaient effacer. Ils usèrent de ce droit pour oblitérer les passages
où un accusé décrivait les abominables tortures physiques subies durant sa détention
(cas de Julius Streicher).
La nécessité de sauver la face et de donner à ce procès les apparences de la justice
obligea les juges américains et britanniques de Nuremberg à préserver certaines
formes dont les juges soviétiques et français se seraient bien passés. Il reste que, si le
procès de Nuremberg s’inspira d’une loi, ce fut surtout de celle du capitaine américain
William Lynch auquel nous sommes redevables du terme de « lynchage ». Harlan
Fiske Stone, président de la Cour suprême des États-Unis, l’avait bien vu qui, au sujet
du procureur général américain Robert Jackson, déclarait :
Jackson est là-bas à Nuremberg qui conduit son escouade de lyncheurs
premier choix. Je me moque de ce qu’il fait aux Nazis, mais j’ai horreur de le
voir, à ce qu’il prétend, administrer la justice et conduire un procès selon le
droit coutumier. Il y a là une imposture un peu trop moralisatrice pour
satisfaire aux idées d’un magistrat de la vieille école (Alpheus Thomas Mason,
Harlan Fiske Stone : Pillar of the Law, p. 716).
Le même président de la Cour suprême avait écrit dans une lettre adressée à titre privé
au directeur de la publication Fortune :
La Cour suprême n’a rien eu à voir ni directement ni indirectement avec les
procès de Nuremberg ou avec l’initiative gouvernementale qui les a autorisés
[…]. Il me déplaît profondément de voir ce travestissement et ce fauxsemblant
de légalité. Le mieux qu’on en puisse dire est qu’il s’agit là d’un acte
politique des puissances victorieuses qui peut avoir sa justification morale,
comme ce fut le cas pour la séquestration de Napoléon vers 1815. Mais, dans
ces temps-là, les Alliés ne se croyaient pas tenus de se justifier et d’en appeler
à des principes légaux qui n’existent pas (Ibid., p. 715).
55
Avec la candeur ou le cynisme d’un Américain, le procureur général R. Jackson
rappelait que le statut du tribunal « envisage l’application d’une justice vengeresse »
(contemplates a justice of retribution) (TMI, VIII, p. 356) et il ajoutait : « En tant que
tribunal militaire, nous poursuivons l’effort de guerre des nations alliées » (TMI, XIX,
p. 415).
Une brochette de huit compères coalisés prétendait former un « tribunal militaire
international ». Trois mensonges en trois mots ! Ce groupe n’était pas international
mais interallié. Il n’était pas militaire sauf pour ses deux représentants en uniforme
soviétique1. Enfin, il était moins un tribunal qu’une tribune s’il est vrai que, selon le
propos de Casamayor, alias Serge Fuster, qui fut substitut à Nuremberg, « le procès de
Nuremberg n’était pas un procès bien que, faute de mieux, il en eût l’apparence »
(« La Justice et le bourreau », Télérama, 1er janvier 1986, p. 37).
Les huit juges représentaient quatre empires (l’anglais, le français, l’américain et le
soviétique) qui avaient à leur actif d’abominables tueries avant, pendant ou juste après
la guerre, de gigantesques déportations, des camps de concentration, des massacres
racistes et non racistes, des actes de pur terrorisme sur les civils, des règlements de
comptes de guerres intestines, des épurations sanglantes, des fusillades systématiques,
tant il est vrai que le vainqueur fut celui qui était parvenu à tuer, proportionnellement,
le plus d’hommes, de femmes et d’enfants.
L’accord de Londres instituant ce tribunal porte la date du 8 août 1945. Deux jours
plus tôt, les Américains avaient annihilé Hiroshima2 et, un jour plus tard, ils allaient
vitrifier Nagasaki. Le jour même du 8 août 1945, l’Union soviétique se rendait
coupable d’une guerre d’agression caractérisée, une de plus ; cette fois-ci, c’était contre
un Japon exsangue.
A l’heure même du procès de Nuremberg se déroulait la plus gigantesque et peut-être
la plus cruelle déportation de tous les temps : celle de millions de citoyens d’origine
allemande parfois établis depuis des siècles dans les pays Baltes, la Pologne, la
Tchécoslovaquie et d’autres pays de l’Est européen. A travers toute l’Europe des
millions d’hommes étaient soit abattus sommairement, soit jugés de manière
expéditive, soit emprisonnés et dépouillés de tout. L’Allemagne, amputée d’un tiers,
coupée en deux et divisée en quatre zones d’occupation était, par ses vainqueurs, mise
en coupe réglée. Jamais les prisons européennes ne furent pleines comme au temps de
la « Libération ». Jamais peut-être le pillage n’atteignit de telles proportions.
Du point de vue historique, le bilan de cette parodie de justice s’est révélé désastreux.
A force de tenir les faits pour établis – c’est-à-dire, en clair, à force de ne pas les
prouver -, les juges de Nuremberg reçurent pour vraies une foule d’impostures des
plus grossières. Aujourd’hui on tend à oublier que la plus lourde accusation portée à
Nuremberg contre l’Allemagne d’Hitler était d’avoir voulu, préparé et déclenché la
seconde guerre mondiale : accusation gratuite aisément détruite par l’ouvrage
1 Le premier juge soviétique n’était autre que le général Nikitchenko qui avait, en 1936, jugé et
condamné, sur l’ordre du camarade Staline, les camarades Kamenev, Zinoviev et leurs amis. « Qu’estce
qu’un contre-interrogatoire ? » avait-il demandé à ses compères occidentaux de Nuremberg. Le trop
fameux Rudenko dirigeait le ministère public soviétique.
2 Hitler était hostile à la fabrication de la bombe atomique, jugeant qu’elle sonnerait le glas de la
civilisation (voy. Otto Skorzeny, La Guerre inconnue, éd. Albin Michel, 1975, 442 p.).
56
retentissant de l’historien anglais A.J.P. Taylor (Les Origines de la seconde guerre
mondiale, Presses de la Cité, 1961), accusation, au demeurant, que nul historien ne
soutient plus aujourd’hui. Pour formuler cette accusation, les juges de Nuremberg
s’étaient principalement fondés sur un document et un témoignage. Le document (le
procès-verbal Hossbach) et le témoignage (Hitler m’a dit, d’Hermann Rauschning)
n’avaient pas la moindre valeur d’authenticité (voy. Dankwart Kluge, Das Hoßbach-
»Protokoll«, Die Zerstörung eine Legende, Druffel Verlag, 1980, et Wolfgang Hänel,
Hermann Rauschnings »Gespräche mit Hitler«, Eine Geschichtsfälschung,
publication de l’Institut de recherches historiques d’Ingolstadt, vol. 7, 1984). Les
prétendus essais de fabrication de savon fait à partir de la graisse humaine allaient se
révéler une imposture et les abat-jour prétendument en peau humaine se révéleraient
un jour avoir été confectionnés en peau de chèvre.
Pour en venir au crime majeur, celui de la chambre à gaz homicide, les juges de
Nuremberg avaient accordé valeur de « preuve authentique » à un film tourné et
monté par des cinéastes d’Hollywood ; dans ce film sur les « atrocités nazies » se
voyait la chambre à gaz de Dachau, avec de brèves explications sur la manière dont
on y asphyxiait les détenus mais, quatorze ans plus tard, le 19 août 1960, dans
l’hebdomadaire Die Zeit, paraissait une lettre de Martin Broszat, membre de l’Institut
d’histoire contemporaine de Munich, qui révélait qu’il n’y avait jamais eu de gazages à
Dachau non plus qu’en d’autres camps de la même catégorie (aujourd’hui, le visiteur
de la chambre à gaz de Dachau peut lire sur un panneau (amovible) l’inscription
suivante : « CHAMBRE A GAZ – « chambre de douche » camouflée – ne fut jamais
utilisée »). Pour les juges de Nuremberg, la version première de Treblinka était qu’on
y tuait les Juifs dans des chambres à vapeur (document PS-3311 ayant valeur de
« preuve authentique ») mais la version seconde était que ces mêmes Juifs étaient
morts à Treblinka dans des chambres à gaz. Avec quel gaz ? Mystère.
Dans le jugement de Nuremberg, mention – quasi évanescente – des « chambres à
gaz » est faite, en passant, aux seules pages 247 et 264-265 du premier volume :
aucune véritable précision, aucune description, rien sur la technique ou le
fonctionnement de l’arme du crime, qui n’a jamais été expertisée ; la nature du gaz
n’est pas même spécifiée (sur le Struthof, voy., ci-dessus, p. 23).
Les juges s’en rapportèrent à l’aveu de Rudolf Höss, l’un des trois commandants
successifs du camp d’Auschwitz et le seul à avoir « avoué ». Or, Höss avait avoué
sous la torture. Ses tortionnaires finirent par s’en vanter en 1983 (Rupert Butler,
Legions of Death, Londres, Hamlyn Paperbacks, 1983, en particulier p. 234-238). Ni
Raul Hilberg, ni Jean-Claude Pressac, ni Christopher Browning n’accordent plus de
véritable crédit à cette confession. Ce dernier vient de déclarer : « Höss a toujours été
un témoin très faible et confus. C’est pour cette raison que les révisionnistes l’utilisent
tout le temps afin d’essayer de discréditer la mémoire d’Auschwitz dans son
ensemble » (Christopher Hitchens, « Whose History is it ? », Vanity Fair, décembre
1993, p. 117).
L’instruction proprement dite du procès de Nuremberg dura environ soixante jours
ouvrables (la charte fondant le tribunal date du 8 août 1945 et l’audience d’ouverture
du tribunal s’est tenue à Berlin le 18 octobre de la même année sous la présidence du
général Nikitchenko) : soixante jours pour étudier treize années d’histoire (1933-
1945) !
57
Pour ce qui est des « chambres à gaz » et des « gazés », les juges se dispensèrent de
toute descente de justice sur les lieux du crime, de toute expertise de l’arme du crime,
de tout rapport d’autopsie qui aurait établi une mort par gaz-poison. Ils ne produisirent
aucune preuve de l’intention criminelle (ordre, plan, instructions). Les rares témoins
qui parlèrent de gazage ne furent pas contre-interrogés sur la matérialité même des
« chambres à gaz » ou des « gazages ». Par ailleurs, pour ne prendre qu’un exemple, le
témoignage de Marie-Paule Vaillant-Couturier (TMI, VI, p. 227-257) sur Auschwitz
sonnait si faux qu’Edgar Faure, procureur général adjoint, en fit plus tard la remarque
(Mémoire II, Plon, 1984, p. 36).
Parmi les nombreux faux témoignages qui ont trouvé crédit auprès des juges de
Nuremberg figure celui d’Hermann Gräbe ; certains historiens le reprennent
complaisamment dans leurs ouvrages. Les deux déclarations sous serment rédigées le
10 novembre 1945 et signées par ce témoin sur les prétendus assassinats de Juifs à
Rowno les 13 et 14 juillet 1942 et les prétendus assassinats massifs de Juifs à Dubno
le 5 octobre 1942 sont l’oeuvre d’un mythomane. Le 2 janvier 1946, le procureur
américain Storey admettait candidement que cet H. Gräbe était « actuellement
employé à Francfort par le gouvernement américain » (TMI, IV, p. 260). Il est
scandaleux que l’homme n’ait pas été convoqué devant le Tribunal de Nuremberg pour
y témoigner. Il devait par la suite gagner son existence à jouer le témoin professionnel
dans une centaine de procès, jusqu’au jour où, recherché par la justice allemande pour
escroquerie, il s’enfuit à jamais pour les États-Unis et y poursuivit jusqu’à sa mort sa
carrière de mythomane (Der Spiegel, 29 décembre 1965, p. 25-28).
Les juges d’aujourd’hui s’imaginent que leurs collègues de Nuremberg s’étaient au
moins souciés d’obtenir une représentation physique de « l’arme spécifique » d’un
« crime spécifique et sans précédent ». Ils se sont trouvés déconcertés lorsqu’un
justiciable leur a lancé : « Je suis prêt à croire à ces chambres fonctionnant, paraît-il,
au gaz cyanhydrique mais montrez-m’en une sous la forme d’une photographie, d’un
dessin ou d’une maquette. Ou bien osez me dire que ce qu’on montre aux visiteurs
d’Auschwitz est une authentique chambre à gaz. » Les juges ne peuvent pas relever ce
défi. Ils exigent du justiciable qu’il croie en une réalité mystique, dépourvue de toute
représentation physique, y compris dans les ouvrages des historiens antirévisionnistes.
Et c’est notamment en cela que les procès des révisionnistes sont si proches des procès
de sorcellerie où la représentation du diable et de ses instruments était soit inexistante
soit fantasmagorique.
Pour l’existence des chambres à gaz, les juges de Nuremberg firent état d’un « aveu »
de Höss ; pour le chiffre de trois millions de morts à Auschwitz de 1940 au
1er décembre 1943, ils se fondèrent sur un « avis » du même Höss ; pour le chiffre de
quatre millions de morts dans le même camp d’Auschwitz de 1940 au 18 janvier 1945,
ils s’appuyèrent sur une « estimation » soviétique ; et, pour le total de six millions de
Juifs exterminés par les Allemands, ils s’en rapportèrent à une « estimation » qu’ils
osèrent attribuer à Eichmann. Malheureusement pour les juges de Nuremberg, on sait
aujourd’hui de source sûre que l’« aveu » de Höss lui avait été extorqué (voy., cidessus,
p. 103). Le total des morts d’Auschwitz est évalué par Jean-Claude Pressac,
disciple de Serge Klarsfeld, à un chiffre compris entre 630 000 et 710 000 (voy., cidessus,
p. 65-66) et il ne fait guère de doute que cette réduction sera suivie d’autres
réductions. L’« estimation » d’Eichmann est une invention de W. Höttl (voy., ci58
dessus, p. 20). Quant au chiffre de six millions, les historiens ne le tiennent plus,
depuis 1979, que pour « symbolique ».
Les juges de Nuremberg ont aussi accumulé les mensonges par omission.
S’improvisant historiens, ils ont voulu retracer l’histoire de la guerre. Ils ont
soigneusement omis de mentionner le pacte germano-soviétique ainsi que les
agressions successives, entre novembre 1939 et juin 1940, de l’URSS contre la
Finlande, les pays Baltes et la Roumanie (avec l’exclusion de l’URSS de la SDN). Ils
ont tenu pour crime contre la paix la pénétration des troupes allemandes en Norvège
ou en Belgique sans noter que les Français et les Britanniques en avaient fait autant de
leur côté. Il est vrai que l’argument « Tu quoque » était formellement interdit aux
accusés1. Les juges de Nuremberg défendaient qu’on fît mention des innombrables
crimes qu’on aurait pu reprocher aux vainqueurs. On ne décèle aucune allusion aux
camps de concentration soviétiques, aux camps de concentration américains ou
canadiens pour les citoyens américains ou canadiens d’origine japonaise et leurs
familles, aux expériences médicales sur des êtres humains, aux préparatifs de la
guerre bactériologique2, aux pratiques de castration, d’eugénisme ou d’euthanasie aux
États-Unis.
Des vingt-deux accusés passés en jugement, trois seulement seront acquittés ; ces
trois-là seront arrêtés par la nouvelle police allemande, jugés et condamnés à leur
tour. Douze condamnations à mort furent prononcées dont une in absentia ; un
condamné se suicida et dix furent pendus. La pendaison (au lieu de la fusillade),
l’incinération et la dispersion des cendres constituaient, une fois acquise la cessation
des hostilités, des sanctions supplémentaires arbitrairement décidées.
Le cas de Julius Streicher, éditeur du Stürmer, fut remarquable ; comme il n’avait
exercé aucune responsabilité politique ni aucune activité de guerre, on reprocha à ce
journaliste des écrits et des caricatures antisémites, qui étaient d’ailleurs en conformité
avec les lois de son pays. J. STREICHER FUT PENDU POUR DÉLIT D’OPINION.
En 1992, soit quarante-six ans après cette pendaison, Telford Taylor, qui avait été le
bras droit du procureur R. Jackson, en exprimait encore sa surprise (voy. Telford
Taylor, The Anatomy of the Nuremberg Trials, A Personal Memoir, New York,
A.A. Knopf, 1992, p. 150, 378, 545, 562, 590, 598-599, 609-610, 631) : « Der
Stürmer n’était pas une agence gouvernementale ; c’était un journal, propriété privée
de Julius Streicher et rédigé par lui. Les griefs formulés contre lui dans l’acte
d’accusation l’avaient été contre le propriétaire d’un journal privé et un journaliste
pour le punir d’avoir publié des déclarations en lesquelles il croyait » (p. 378). Peutêtre
Streicher avait-il signé sa perte en déclarant à deux reprises au procès de
Nuremberg que les formidables massacres de Juifs imputés à l’Allemagne
représentaient une impossibilité technique (TMI, XII, p. 328, 381).
Rudolf Hess, qui avait risqué sa vie pour offrir la paix à la Grande-Bretagne, fut
condamné à la détention perpétuelle pour avoir voulu et préparé la guerre. Après
1 Avec une exception, cependant, que les juges ont été contraints d’admettre lorsque l’avocat de l’amiral
Dönitz a pu faire état d’une lettre de l’amiral américain Nimitz montrant que les crimes qu’on reprochait
à son client dans la conduite de la guerre auraient tout aussi bien pu être reprochés à la marine
américaine. Dès lors, ces crimes n’étaient plus criminels !
2 Comme pour la bombe atomique, Hitler s’était résolument opposé à tout préparatif de guerre
bactériologique ; une telle guerre lui paraissait immonde.
59
quarante-six ans de prison, dont, pour commencer, quatre ans en Angleterre, il fut
retrouvé pendu dans la prison de Berlin-Spandau le 17 août 1987. Il avait 93 ans. On
ne sait s’il s’agit d’un suicide ou d’un assassinat. Ses vingt dernières années s’étaient
passées dans un confinement total. Le régime qui fut infligé à cet homme émut jusqu’à
ses gardiens.
Les organisations juives participèrent activement à la préparation et au déroulement
du procès de Nuremberg au titre d’« amici curiæ » (amis de la cour) et de nombreux
collaborateurs du ministère public américain étaient des « rémigrants » (émigrés
d’Allemagne, revenus en Allemagne aux côtés des Alliés).
Le rôle et l’influence de la presse furent considérables. Il convient à ce propos de citer
une déclaration du président du tribunal, le Britannique Lawrence, lors de la première
audience préliminaire. J’en souligne les mots qui prouvent que, contrairement à la
déontologie des juges britanniques, Lawrence prenait en considération les opinions de
la presse ; j’en souligne également les mots qui illustrent l’hypocrisie du personnage
en même temps que ses aveux : de « hautes considérations politiques » se mêlaient au
souci de la « Justice », une nouvelle loi pénale venait d’être créée pour la circonstance,
enfin on allait user de cette loi « avec effet rétroactif » :
La presse étrangère qui, ces dernières semaines et ces derniers jours, s’est
intéressée à plusieurs reprises aux principes juridiques du Statut, fait ressortir
presque unanimement que l’on n’a pas le droit, en procédure criminelle, de
s’écarter des usages et des règles d’une procédure de « fair play » telle qu’elle
est entendue dans les pays civilisés ; MAIS elle ne s’oppose pas, en droit pénal,
à une dérogation aux principes jusque-là reconnus, car la Justice et de hautes
considérations politiques réclament la création d’un nouveau code pénal
international, avec effet rétroactif, afin de pouvoir punir les criminels de
guerre (TMI, II, p. 9).
La cause du Tribunal militaire international est à ce point indéfendable que, dans un
jugement en date du 18 avril 1991 rendu contre le professeur Faurisson et Le Choc du
mois, les juges de la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de
Paris, sans doute ébranlés par la démonstration du professeur, étaient amenés à
prononcer :
Des critiques peuvent, à juste titre, être développées concernant l’organisation,
la structure et le fonctionnement du Tribunal militaire international de
Nuremberg, tant sur le plan juridique qu’historique ou philosophique.
Il est à noter que cette appréciation, qui tombait sous le coup de la loi Fabius-Gayssot,
ne s’accompagnait d’aucune restriction. Les juges condamnaient le professeur pour
avoir « contesté » un point et un seul du jugement d’un « tribunal militaire
international » contre lequel, pour leur part, ils formulaient toutes les « critiques »
possibles et imaginables !
« Ce n’est pas devant les tribunaux que l’histoire peut trouver ses juges ». Les
magistrats qui négligent cet adage s’exposent à de cuisantes mésaventures. Le
14 février 1990, les juges de la 1re chambre du Tribunal de grande instance de Paris
(Robert Diet, Gérard Pluyette, Yves Breillat) se risquaient à vouloir infliger une leçon
60
d’histoire au professeur Faurisson en invoquant, non sans le dénaturer, le « procèsverbal
de Wannsee ». Las ! Ils ignoraient que, depuis 1984, ledit procès-verbal avait
été, par les historiens antirévisionnistes eux-mêmes, relégué aux oubliettes de
l’histoire. Deux ans après le jugement du 14 février 1990, Yehuda Bauer, professeur à
l’Université hébraïque de Jérusalem, portait le coup de grâce à la légende selon
laquelle à Wannsee l’extermination des Juifs avait été décidée : « histoire inepte »
(silly story), prononçait-il (Canadian Jewish News, 30 janvier 1992).
Le procès de Nuremberg et les sous-procès américains du même type laissent une
tache indélébile sur la prétendue « justice internationale ». A telle enseigne que ce
procès n’a pas eu de postérité malgré bien des tentatives pour lui en donner une, en
particulier à l’occasion des guerres de Corée ou du Viêt-nam. Les conflits que connaît
l’ex-Yougoslavie ont fait renaître l’idée d’un tel procès mais combien est significative
la manière dont en parle Boutros Boutros-Ghali, président de l’ONU, lequel déclarait
l’an dernier : « Il ne s’agit donc pas comme à Nuremberg d’appliquer rétroactivement
un droit à des ennemis vaincus » (« Juger les crimes de guerre [dans l’ex-
Yougoslavie] », Le Monde, 18 novembre 1993, p. 5) !
« La justice militaire est à la justice ce que la musique militaire est à la musique » ; on
prête le mot à Georges Clemenceau. L’humoriste Georges Fourest, quant à lui,
« avocat loin la cour », aurait pu, s’il l’avait connue, dire de la justice du Tribunal
militaire international de Nuremberg qu’elle était à la justice ce que la musique du roi
Makoko était à la musique symphonique1. Maurice Bardèche en faisait la remarque :
le procès de Nuremberg a tout de la justice de potentat africain où, réunis au son du
tam-tam – le meilleur des médias -, quelques grands sorciers décident de la meilleure
façon d’accommoder les vaincus.
1 Makoko, souverain anthropophage (mais constitutionnel) de l’Afrique centrale in « Pseudo-sonnet
africain et gastronomique ou (plus simplement) repas de famille » (Georges Fourest, La Négresse
blonde, 1909).
61
ANNEXE 2
JACQUES TOUBON CONTRE LE DÉLIT DE
RÉVISIONNISME HISTORIQUE
Le 21 juin 1991, Jacques Toubon, alors député RPR, lors d’une séance de l’Assemblée
nationale présidée par Laurent Fabius, présentait un amendement n°257 demandant
l’abrogation du délit de révisionnisme (Journal officiel de la République française,
Assemblée nationale, 22 juin 1991, p. 3571-3573). Présentant cet amendement, il
déclarait en particulier :
Il s’agit donc du délit de négation des crimes contre l’humanité commis
pendant l’Holocauste, donc du délit de révisionnisme.
Lorsque nous en avons discuté en 1990, sur la base d’une proposition de loi du
groupe communiste, dont le premier signataire était M. Gayssot, j’avais
contesté – je n’étais pas le seul – le principe de ce texte, qui consiste à fixer la
vérité historique par la loi au lieu de la laisser dire par l’histoire.
Certains objectent que si c’est bien l’histoire qui fait la vérité et si ce n’est pas à
la loi de l’imposer, certains propos vont trop loin et il ne faut pas permettre de
les exprimer. Mais c’est glisser insensiblement vers le délit politique et vers le
délit d’opinion.
Donc, sur le fond, il y a dans ces dispositions un très grand danger de principe
[…].
Par conséquent, sur le principe, l’article 24 bis représente, à mon avis, une très
grave erreur politique et juridique. Il constitue en réalité une loi de
circonstance, et je le regrette beaucoup. Une année s’est écoulée. Nous ne
sommes pas à un mois des événements de Carpentras. Nous n’avons pas à
examiner un texte que la conférence des présidents avait, je le rappelle, inscrit
à l’ordre du jour en toute hâte, quarante-huit heures après son dépôt, et qui
avait été discuté immédiatement parce que le président de l’Assemblée,
M. Fabius, avait décidé personnellement son inscription. Un an après, à froid,
nous pouvons, comme je viens de le faire, examiner la validité de cette loi, la
validité de ce délit de révisionnisme prévu par l’article 24 bis et conclure, avec
Simone Veil, que ce délit est inopportun. […] C’est une faute sur le plan
politique et sur le plan juridique.
– M. Jean-Claude Lefort [communiste]. Monsieur Toubon, retirez cet
amendement qui est véritablement obscène, au sens strict du terme. […] Cet
amendement, monsieur Toubon, il a vraiment une mauvaise, une très
mauvaise odeur. (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste.)
62
– M. Jacques Toubon. Il y a un type qui s’appelait Staline en 1936 : il a fait
exactement le boulot que vous venez de faire ! Ça s’appelait des procès ! […]
Sur le fond, il est parfaitement clair que l’institution d’un délit de
révisionnisme a fait régresser notre législation, car c’est un pas vers le délit
d’opinion. Cela a fait régresser l’histoire parce que cela revient à poser que
celle-ci [ne] peut être contestée. Je suis contre le délit de révisionnisme, parce
que je suis pour le droit et pour l’histoire, et que le délit de révisionnisme fait
reculer le droit et affaiblit l’histoire.
Aujourd’hui, le même J. Toubon n’est plus dans l’opposition minoritaire. Il est devenu
ministre de la Culture. Or, on ne sache pas qu’il ait entrepris la moindre démarche
pour obtenir l’abrogation d’une loi qui, d’après ses propres déclarations, « fait reculer
le droit et affaiblit l’histoire ». On attend avec curiosité pour la fin de l’année 1994 sa
réaction au projet de loi de son collègue Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, qui,
avec l’aide de son conseiller Gaubert, s’apprête à faire reculer le droit et à affaiblir
l’histoire bien plus que n’y étaient parvenus les socialistes et les communistes avec la
loi Fabius-Gayssot. Comme le disait J. Toubon : « Il y a un type qui s’appelait
Staline » : J. Toubon s’en souviendra-t-il et le rappellera-t-il à ses collègues du
Parlement ?
63
ANNEXE 3
PIERRE VIDAL-NAQUET EN FAVEUR DU DÉLIT
DE RÉVISIONNISME HISTORIQUE
Pierre Vidal-Naquet se définissait comme « juif, athée et marxiste » (Le Monde, 2 mai
1966, p. 17). Dans son livre Les Assassins de la mémoire (La Découverte, 1987), il
décrit le professeur Faurisson comme un assassin plus lâche qu’Eichmann, « un
Eichmann de papier ». Il écrit : « Il faut certes prendre son parti de ce que ce monde
comporte des Faurisson comme il comporte des maquereaux et des sociétés de films
pornographiques. Mais il ne peut être question de lui [sic] laisser le terrain » (p. 184).
En décembre 1987, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, il traite les
révisionnistes d’« excréments » ; peu après, ce sont leurs écrits qu’il traite
d’« excréments ». En son collègue Faurisson, il ne voit qu’une « ordure morale » (Le
Monde, 3/4 décembre 1989, p. 25). Le 14 décembre 1992, interrogé à Paris par une
journaliste américaine, il reconnaît : « Je hais Faurisson. Si je le pouvais, je le tuerais
personnellement. » Il ajoute : « Mais je suis contre les procès quand il dit simplement
que l’Holocauste n’a pas eu lieu ; c’est là un sujet à résoudre par les historiens et non
par les tribunaux. » Cependant, la chronologie des diverses prises de position de
P. Vidal-Naquet ainsi que sa propre conduite devant les tribunaux infligent un
démenti à ces derniers propos. Et, s’il est contre les procès, c’est seulement quand
ceux-ci se terminent à l’avantage du professeur Faurisson (voy., ci-dessus, Chronique,
p. 77).
P. Vidal-Naquet aime à s’instituer tout à la fois procureur, juge d’instruction et juge du
siège. Il l’a prouvé notamment dans l’affaire Luc Tangorre. Le 24 mai 1983,
L. Tangorre avait été condamné à Aix-en-Provence par la Cour d’assises des Bouchesdu-
Rhône à quinze ans de réclusion criminelle pour une série de viols
particulièrement odieux. P. Vidal-Naquet, aidé de son fils François, avocat, avait
lancé une campagne en faveur du condamné. Avec l’aide de ses amis habituels, Robert
Badinter, ministre de la Justice, et l’avocat Jean-Denis Bredin, apparenté, semble-t-il,
au capitaine Dreyfus, il avait mené si grand tapage que François Mitterrand (toujours
lui !) avait accordé à L. Tangorre une grâce présidentielle qui, peu de mois après,
permettait la libération du condamné. Mis en liberté conditionnelle le 15 janvier 1988,
L. Tangorre avait, dans la région de Nîmes, le 23 mai 1988, violé deux étudiantes
américaines de 21 ans. S’aidant d’huile de vidange, il les avait sodomisées. Le
8 février 1992, à Nîmes, la Cour d’assises du Gard le condamnait à 18 ans de réclusion
criminelle. P. Vidal-Naquet confessait alors son erreur tout en la minimisant et tout en
s’en prenant aux magistrats nîmois, ce qui allait lui valoir une réplique des plus
sévères (« Luc Tangorre et notre erreur », Le Monde, 15 février 1992, p. 1-2 ; « La
réponse de deux magistrats nîmois à P. Vidal-Naquet », Le Monde, 6 mars 1992, p. 2).
Didier Gallot, juge d’instruction, rappelle quelques péripéties de cette affaire où il
décrit P. Vidal-Naquet comme un homme « ivre de suffisance » (Les Grâces de
Dieu/Le scandale des grâces présidentielles, Albin Michel, 1993, p. 60). On ne
64
manquera pas, avec le recul du temps, de savourer l’emphase de celui qui, sûr de sa
science d’« historien » et d’« esprit sérieux », admonestait alors les juges : « Si
j’affirme qu’il y a eu erreur judiciaire […] c’est parce que cette innocence ressort de
l’analyse du dossier telle que l’a pratiquée l’historien que je suis » ; « Il ne peut y avoir
aucun doute pour un esprit sérieux. Contre Luc Tangorre, il n’existe aucune preuve
digne de ce nom. Ma conviction personnelle, absolue est qu’il est innocent » (Le
Monde, 28 décembre 1983) ; « Tout se sait toujours […] et j’aime à penser au visage
que feront les juges lorsque le vrai coupable aura été identifié » (« Pour Luc Tangorre,
encore et toujours », Le Matin de Paris, 1 novembre 1986).
Il y a chez ce professeur comme une fatalité de l’erreur. On pourrait citer bien d’autres
fautes extrêmement graves qu’il lui a fallu admettre à contrecoeur. La postérité
retiendra essentiellement de lui la fameuse déclaration d’historiens rédigée en 1979
avec son ami Léon Poliakov contre les auteurs révisionnistes (voy., ci-dessus, p. 55) :
Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a
été possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. Tel est le point
de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous
appartenait de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat
sur l’existence des chambres à gaz (Le Monde, 21 février 1979, p. 23).
Dans la dénonciation des révisionnistes au sein de l’université française, P. Vidal-
Naquet trouve ses plus sûrs soutiens auprès de Pierre Chaunu et de Jacques Le Goff.
65
ANNEXE 4
BREFS APERÇUS DE LA RÉPRESSION LÉGALE A L’ÉTRANGER
Dès les années quatre-vingt, Serge Klarsfeld est parvenu à accréditer l’idée fallacieuse
selon laquelle l’Allemagne possédait une loi explicitement antirévisionniste, dite
Auschwitz-Lüge-Gesetz ou « loi du mensonge d’Auschwitz ». La vérité est que
S. Klarsfeld souhaitait le vote d’une telle loi dès la fin des années soixante-dix (on
l’appelait en Allemagne la « Lex Klarsfeld ») mais qu’il n’est jamais parvenu à
l’obtenir. Le seul résultat de tant d’efforts fut la création, le 13 juin 1985, de l’article
194 du code pénal allemand, qui, simplement, habilite un procureur à instituer une
poursuite sur le fondement d’articles portant, principalement, sur l’outrage à la
mémoire des morts : articles 86, 86a, 130, 130a, 140, 185, 186, 187, 187a et 189.
Si Klarsfeld, Vidal-Naquet, le rabbin Sirat et d’autres personnalités juives cherchaient
à faire croire à l’existence, en Allemagne, d’un article de loi explicite contre le
révisionnisme (ou : négation ou contestation des crimes nazis), c’était afin de justifier
la création, en France, d’une loi identique, et cela en vertu de l’argument si souvent
employé en d’autres circonstances selon lequel la France n’allait tout de même pas
faire moins que l’Allemagne en pareil domaine.
Le mensonge de ces apôtres de la répression s’est, récemment, dévoilé comme tel. La
presse française vient, en effet, d’annoncer : « L’Allemagne va bientôt punir les
négationnistes » ; « Ses dirigeants viennent de mettre au point un projet de loi qui
prévoit des peines allant jusqu’à trois ans de prison pour ceux qui nient la réalité de
l’extermination de millions de Juifs dans les camps de concentration nazis durant la
seconde guerre mondiale. Le texte devrait être présenté au Bundestag dès la semaine
prochaine afin qu’il puisse être voté et entrer en vigueur avant l’été. Jusqu’ici la
propagation de thèses négationnistes n’était pas explicitement interdite et ses auteurs
pas toujours condamnés » (Le Quotidien, 14 mai 1994, p. 10). Or, le Bundestag vient
de voter le texte à l’unanimité (une unanimité stalinienne) et il est probable que le
Bundesrat s’apprête à en faire autant. Mais le jugement de Mannheim (voy., ci-dessus,
p. 70) prouve que les magistrats répugnent à obéir servilement aux ukases politiques
en la matière.
La France, « patrie des droits de l’homme », est donc bien le premier pays au monde à
avoir créé le délit de révisionnisme, portant ainsi gravement atteinte à la liberté de
pensée, d’opinion, d’expression ainsi qu’à la liberté de la presse et aux droits de la
recherche scientifique.
A l’heure qu’il est, le seul pays qui ait suivi l’exemple de la France est l’Autriche où un
amendement à une loi du 26 février 1992 sur la répression du néo-nazisme dispose :
« Quiconque, par l’imprimé, la radio ou un autre moyen d’information ou [encore]
publiquement d’une autre manière propre à toucher beaucoup de personnes, conteste,
66
bagatellise grossièrement, approuve ou cherche à justifier le génocide nationalsocialiste
ou d’autres crimes nationaux-socialistes contre l’humanité » est passible
d’une peine d’un an à dix ans de prison (voy. Waltraud Baryli, « Autriche : le
Parlement de Vienne « adapte » la législation réprimant les néo-nazis », Le Monde,
4 mars 1992, p. 3). Ladite loi a été promulguée par le président de la République
autrichienne Kurt Waldheim, qui espérait ainsi, mais en vain, rentrer en grâce auprès
du Congrès juif mondial (voy. Bundesgesetzblatt für die Republik Österreich, 19 mars
1992, loi 148). La répression s’est immédiatement abattue sur de nombreux
révisionnistes autrichiens avec la collaboration si empressée des journalistes
autrichiens, dignes émules en délation de leurs confrères français, que la police
autrichienne, surprise de tant de zèle, a déclaré leur valoir « une fière chandelle »
(News, article signé d’Andreas Kuba et d’Atha Athanasiadis, 7 juin 1993, p. 14-16)1.
La répression contre les révisionnistes s’exerce donc, à l’étranger, en Allemagne et en
Autriche mais aussi en Grande-Bretagne, en Suède, aux Pays-Bas, en Belgique, en
Suisse, en Pologne, en Croatie, en Italie, ainsi qu’au Canada, en Australie, en
Nouvelle-Zélande.
En revanche, aux États-Unis, les tentatives de répression soit judiciaire, soit purement
criminelle, ne parviennent pas à enrayer un extraordinaire développement du
révisionnisme historique jusque dans les universités et dans certaines émissions de
télévision les plus populaires, et cela malgré l’emprise de l’idéologie « politically
correct ».
La Belgique envisageait de suivre l’exemple de la France mais elle vient d’y renoncer,
le législateur se rendant compte qu’instituer l’infaillibilité des juges de Nuremberg
revenait à poursuivre éventuellement ceux qui affirment que le massacre de Katyn
n’est pas un crime allemand comme le prétendaient ces juges mais un crime soviétique
comme a fini par le prouver l’ouverture des archives russes.
La Suisse se prononcera le 25 septembre 1994 par referendum sur l’adoption d’une loi
votée à Berne et instituant le délit de révisionnisme et qu’a jusqu’ici bloquée une
pétition, comme le prévoit la constitution helvétique.
En avril 1993, le Parlement européen a adopté, par 278 voix pour et 39 voix contre,
un plan de bataille contre l’intolérance raciale et le révisionnisme ; ce plan pourrait
prendre effet en 1995, « année européenne de l’harmonie entre les peuples » (Arieh
Doobov [de Bruxelles], « Jewish World », The Jerusalem Report, 20 mai 1993, p. 8).
Mais, sans plus attendre, divers pays européens pratiquent une politique
antirévisionniste au-delà de leurs frontières respectives.
C’est ainsi que l’Autriche et l’Allemagne poursuivent à l’étranger des révisionnistes qui
ne sont ni autrichiens, ni allemands, et que les Pays-Bas poursuivent jusqu’en France
le professeur Faurisson pour avoir laissé publier, en Belgique, en flamand/néerlandais
et sous un titre signifiant « Une approche critique du journal d’Anne Frank », l’étude
1 Le Centre juif de documentation de la résistance autrichienne produit un modèle imprimé de
dénonciation des révisionnistes auprès des procureurs dans son Handbuch des österreichischen
Rechtsextremismus (Manuel de l’extrême droite autrichienne), Vienne, Deuticke, novembre 1993,
p. 603).
67
du fameux journal telle qu’elle était parue en France, en 1980, dans le livre de Serge
Thion, Vérité historique ou vérité politique ? , aux éditions de la Vieille Taupe.
Les zélotes de la répression antirévisionniste viennent de subir de sérieux revers en
Autriche avec la décision de non-lieu rendue le 24 mai en faveur de l’ingénieur Emil
Lachout et une autre décision de non-lieu rendue le 8 juin en faveur de l’ingénieur
Walter Lüftl qui avait dû remettre sa démission de président de la chambre des
ingénieurs d’Autriche pour avoir diffusé un écrit sur les impossibilités physicochimiques
des chambres à gaz homicides et des camions à gaz homicides (voy., cidessus,
p. 68-70).
Au Canada, les organisations juives, qui déploient depuis quinze ans une intense
activité en faveur de la répression judiciaire contre les révisionnistes et contre les
prétendus « criminels de guerre », subissent défaites sur défaites grâce, en particulier,
à l’action d’Ernst Zündel.
En Suède, Ahmed Rami, indifférent aux peines de prison et aux agressions physiques,
continue, avec de nombreux Suédois, universitaires ou non universitaires, à multiplier
écrits et actions en faveur du révisionnisme.
Il n’est pas d’exemple que, dans un seul pays au monde, la répression antirévisionniste
soit parvenue à ses fins.
68
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PRESSAC (Jean-Claude), Les Crématoires d’Auschwitz. La Machinerie du meurtre
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69
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mémoire, La Découverte, 1987.
« Contre le révisionnisme historique la loi Fabius alias Gayssot », Revue d’histoire
révisionniste n° 2, août-octobre 1990, p. 16-35.
Le Vrai Visage de Patrick Gaubert, le conseiller très spécial de Charles Pasqua,
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(Source : La police de la pensée contre le révisionnisme, Eric Delcroix, éditions AAARGH, 1994)

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