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OUI, LA LOI GAYSSOT RESTE NECESSAIRE

LIBÉRATION

Analyse

Oui, la loi Gayssot reste nécessaire

N.D.L.R (Gayssoteries) : La question n’est pas de savoir si la loi est nécessaire mais si elle est juste, équitable et limpide. Loin d’être ces trois choses à la fois, elle baffoue le principe de clarté qu’on peut exiger des textes de lois et repose sur des principes qui ne peuvent être appliqués que de façon arbitraire.

Loin de protéger les juifs de l’antisémitisme, elles les met au en première ligne et contribue à faire exploser un antisémitisme qu’elle exacerbe chez certains tandis qu’elle le créée chez d’autres.

 

Par Arno KLARSFELD 17 juillet 1996 à 08:08

A l’aube des années 1980, l’agression des négationnistes fut ressentie douloureusement par les familles des victimes de la Shoah qui se trouvaient par le fait même de cette négation accusées publiquement du pire des mensonges. Comment ignorer cette tristesse mêlée de rage quand ces familles se voyaient confrontées à une tentative d’enfouir une seconde fois dans le néant ceux qu’elles avaient aimés et perdus dans les camps d’extermination.

Alors que la loi permettait à ceux qui étaient injuriés, insultés, diffamés, à ceux dont la vie privée était dévoilée publiquement et même, paradoxe, à ceux dont on rappelait les faits de collaboration amnistiés, d’entamer des poursuites, la loi ne fournissait aucun recours spécifique à ceux dont on vilipendait le chagrin et qui se voyaient voler leur passé.

Il était donc logique que fût protégée la sensibilité des hommes et des femmes qui souffrent et souffriront jusqu’à leur dernier souffle de l’anéantissement de leurs proches. Il était tout aussi logique que fût réprimée la négation des crimes contre l’humanité et du génocide commis à l’encontre du peuple juif. Il était en conséquence logique que fût votée la loi Gayssot qui dispose que «seront punis des peines prévues à l’article 24 ceux qui auront contesté par un des moyens énoncés à l’article 23, l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du tribunal militaire international annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945…».

Certes s’agit-il de s’opposer à l’appel indirect à l’antisémitisme que constitue la contestation du génocide mais aussi de protéger ceux qui sont dans la vieillesse ou qui y entrent et qui, enfants, ont vu leur vie saccagée par une solution finale nécessitant pour l’arrestation des Juifs, la complicité de Vichy et de ses forces de police avec la Gestapo. Les familles des victimes sont reconnaissantes au Parlement d’avoir eu le courage d’adopter une loi qui honore la France et la République.

Aujourd’hui, vouloir abroger cette loi serait non seulement une nouvelle blessure mais le début de la fin pour la protection des Juifs contre un antisémitisme sans entraves. La loi Gayssot comble une lacune; elle précise la loi du 1er juillet 1972 contre le racisme et l’antisémitisme, qui n’avait pas prévu que cette haine s’alimenterait de la négation des crimes dont ils ont été victimes. L’antisémitisme d’Etat de Vichy a débuté par l’abrogation, le 27 août 1940, du décret loi Marchandeau du 21 avril 1939 qui sanctionnait la propagande antisémite dans la presse. Il fallut attendre trente-deux ans pour que cette loi fût à nouveau votée. Ceux qui prendraient l’initiative d’abroger la loi Gayssot et ceux qui par soi-disant souci d’une totale liberté d’opinion accepteraient une telle initiative s’exposeraient les uns à favoriser consciemment l’antisémitisme, les autres à entrer dans l’Histoire comme des lâches. Les magistrats n’ayant pas vocation à écrire l’Histoire, c’est pour cette raison aussi que la loi Gayssot fut votée; afin d’éviter des débats scabreux entre historiens et pseudo-historiens dans les prétoires.

Cette loi n’empêche cependant pas la recherche historique de bonne foi et les nécessaires rectifications qu’elle impose. Nul ne songe à accuser Raoul Hilberg de révisionnisme quand il estime le nombre de victimes du génocide à 5 millions ou quand Serge Klarsfeld a établi à 76.000 et non à 100.000 le nombre de déportés juifs de France. Ce qui fait l’objet de la loi Gayssot, c’est le côté abject des négationnistes ­ tel Roger Garaudy qui, énumérant les conditions dans lesquelles les Juifs périrent, débute par «les bombardements aériens» dont, bien entendu, les Alliés étaient responsables » En dépit de quinze années d’efforts, les négationnistes n’ont connu aucun succès dans le monde universitaire occidental. Infime minorité, leur propagande n’a pas du tout entamé dans les opinions publiques la crédibilité de l’horreur subie par le peuple juif. Cette contestation eut même un effet contraire: elle a incité les historiens à rassembler la documentation la plus précise possible et à produire des études de grande rigueur. Si tous les protagonistes ou témoins avaient été tués, si tous les bourreaux ou victimes avaient disparu, si tous les bâtiments ou documents avaient été détruits, l’histoire de la technique criminelle de la Shoah n’aurait sans doute pas pu être écrite. Ce que les nazis souhaitaient: «Une page de gloire qui ne sera jamais écrite». Ce ne fut pas le cas, et l’effort méthodique des historiens a permis d’apporter une réponse précise à la plupart des interrogations et d’écrire une des plus terribles pages de souffrance du genre humain.

* Avocat des Fils et filles des déportés juifs de France.

Arno KLARSFELD

(Source : http://www.liberation.fr/tribune/1996/07/17/oui-la-loi-gayssot-reste-necessaire_176874)
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