Lettre de Galilée (1615)

Lettre de Galilée à Madame Christine de Lorraine

Grande-Duchesse de Toscane (1615)

(Morceaux choisis)

NDLR (Gayssoteries) : D’aucun penseront que la négation de la Shoah est incomparable avec la négation des phénomènes naturels tels qu’on les pensait établis au 17ème siècle. Nous n’y voyons aucune différence. Cette lettre est si actuelle que nous pourrions remplacer le propos afin de l’adapter à la révision historique (révision qui, parfois, aboutit par accident à la négation de certains faits considérés comme établis). Chaque époque possède ses hérétiques.

« Toute idée devient fausse au moment où l’on s’en contente »

(Alain, Les marchands de sommeil, 1919)

J’ai découvert, il y a peu d’années, comme le sait Votre Altesse Sérénissime, de nombreuses particularités dans le ciel qui, jusqu’ici, étaient invisibles ; soit en raison de leur nouveauté, soit en raison de plusieurs conséquences qui en découlent. Ces découvertes, en venant s’opposer à des propositions communément reçues dans les Écoles des philosophes, ont excité contre moi un grand nombre de ses professeurs ; au point que l’on pourrait croire que j’ai mis de ma main ces choses dans le ciel pour troubler la nature et les sciences. Oubliant d’une certaine manière que la multiplication des découvertes concourt au progrès de la recherche, au développement et à l’affermissement des sciences et non pas à leur affaiblissement ou à leur destruction, et se montrant dans le même temps plus attachés à leurs propres opinions qu’à la vérité, ils en vinrent à prétendre déclarer que ces nouveautés n’existent pas, alors que, s’ils avaient voulu les considérer avec attention, ils auraient dû conclure à leur existence. […]

Et il est arrivé que le temps a progressivement découvert à tous la vérité de ce que j’avais avancé. Ceux qui sont au fait de la science astronomique et de la science naturelle sont demeurés persuadés de la justesse de ma première position. Et tous ceux qui ne refusaient de reconnaître la vérité de ce que j’affirmais qu’en raison de sa nouveauté inattendue ou du fait qu’ils n’en avaient pas eu une expérience directe se sont peu à peu ralliés à mon point de vue. Mais il en est qui, outre leur attachement à leur première erreur, manifestent être mal disposés non tant vers les questions que j’expose que vers leur auteur ; n’ayant plus la possibilité de nier une vérité maintenant bien établie, ils la couvrent d’un continuel silence et, irrités plus encore qu’avant par mes affirmations que les autres acceptent maintenant sans inquiétude, ils cherchent à les combattre de diverses manières. A ceux-ci je n’accorderais pas plus d’estime que je n’en ai accordé aux autres contradicteurs qui se sont opposés à moi, étant assuré que la justesse de ce que j’avance sera finalement reconnue, si je n’avais pas vu que ces nouvelles calomnies et persécutions ne se limitent pas à la question particulière dont j’ai traité. Elles s’étendent au point de me charger d’accusations qui doivent être et sont pour moi plus insupportable que la mort.

Aussi je ne dois pas me contenter de faire en sorte qu’elles soient reconnues injustes par ceux-là seulement qui me connaissent et qui les connaissent, mais aussi par toute autre personne. Ces adversaires cherchent par tous les moyens possibles à me déconsidérer. Ils savent que mes études d’astronomie et de philosophie m’ont conduit à affirmer, relativement à la constitution du monde, que le Soleil, sans changer de place, demeure situé au centre de la révolution des orbes célestes et que la Terre tourne sur elle-même et se déplace autour du Soleil.

De plus, ils se rendent compte qu’une telle position non seulement infirme les arguments de Ptolémée et d’Aristote, mais entraîne des conséquences qui permettent d’expliquer, soit de nombreux effets naturels dont on ne savait pas rendre compte autrement, soit des découvertes astronomiques récentes qui contredisent radicalement le système de Ptolémée et confirment merveilleusement celui de Copernic. Se rendant compte que, s’ils me combattent seulement dans le domaine philosophique, ils auront de la peine à me confondre, ils ont entrepris de donner comme bouclier à leur raisonnement erroné le manteau d’une feinte religion et l’autorité des Saintes Écritures, appliquant celles-ci, avec peu d’intelligence, à la réfutation d’arguments qu’ils n’ont pas compris. Ils en sont venus à prétendre que mes propositions sont contraires aux Saintes Écritures et qu’en conséquence elles sont condamnables et hérétiques. Ils n’ont pas eu de peine à trouver quelqu’un qui eut l’insolente audace de le proclamer du haut de la chaire et d’étendre cette accusation sur les mathématiques entières et sur tous les mathématiciens ; devenus plus sûrs d’eux-mêmes, ils insinuent maintenant parmi le peuple la croyance que l’autorité suprême interviendra bientôt dans cette affaire. Et, sachant qu’une telle déclaration non seulement porterait atteinte à mes conclusions, mais conduirait à condamner toutes les autres observations et propositions astronomiques et naturelles qui leur sont liées, ils cherchent à faire croire que mon opinion est entièrement nouvelle et qu’elle m’est propre, dissimulant que Nicolas Copernic en est l’auteur. […]

Je ne pense pas que nous devions rejeter les raisons que nous trouvons dans les conclusions naturelles qui proviennent de l’expérience des sens ou des démonstrations nécessaires, qui se trouvent ainsi présentées devant nos yeux et notre intelligence. […]

Qui pourrait prétendre mettre une limite aux pouvoirs de l’esprit humain ? Qui pourrait affirmer que nous avons vu et que nous connaissons tout ce qui dans le monde est connaissable ? Seraient-ce ceux qui, dans d’autres occasions, affirment (et avec combien de raison) que les choses que nous connaissons ne sont qu’une très petite partie de celles que nous ignorons ? […] L’on ne devrait pas estimer téméraire de ne pas se reposer dans les opinions communes, et on ne devrait pas non plus s’inquiéter de voir quelqu’un dans les discussions concernant ces problèmes naturels ne pas suivre l’opinion du moment, surtout en ce qui concerne des problèmes qui ont été pendant des milliers d’années l’objet de controverses entre les plus grands philosophes […].

(Tiré de la Revue d’histoire des sciences et de leurs applications. 1964, Tome 17 n°4. pp. 338-368.)

Laisser un commentaire (civil et courtois)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s