VALERIE IGOUNET : PETITS ARRANGEMENTS…

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N.D.L.R (Gayssoteries) : La version de notre article ici présente n’est pas celle que nous avions publiée initialement. A la suite de remarques de deux lecteurs, nous avons réalisé que nous utilisions le terme de « falsification » à tort. Nous nous en excusons car nous souhaitons être à chaque fois le plus juste possible et ce terme était présomptueux.

Nous avons donc modifié l’article pour ne plus dénoncer qu’une malhonnêteté intellectuelle (au mieux un manque de culture et de recherche documentaire de la part de Madame Igounet) et en avons profité pour ajouter, en note de bas de page, le lien vers la vidéo du discours original de Himmler (note 2) ainsi que l’analyse du discours par Vincent Reynouard.

Par habitude, et  pour autant que les vérifications soient à notre modeste portée,  nous vérifions, au gré de nos lectures,  les accusations portées contre les négationnistes qui seraient d’horribles  « falsificateurs de l’histoire » et de malhonnêtes personnages dont le véritable dessein consisterait à réhabiliter le nazisme (si les négationnistes ont raison quant à la non-existence des chambres à gaz, le nazisme se réhabilitera en partie et  sans trop d’efforts ; qui plus est, quelle importance peut bien avoir le dessein profond de celui qui propose un travail argumenté ? ).

Souvent, nos vérifications se soldent par des constats de falsifications et de malhonnêtetés, mais voilà : elles sont fort nombreuses du côté des historiens accrédités, des personnalités qui font autorité en la matière et dont les travaux ont pourtant été salués par la critique (hormis par les négationnistes dont les droits de réponse ne sont à peu près jamais publiés et ne circulent que dans un cercle très restreint).

Voir également notre article sur la falsification de Michel Wieviorka : https://gayssoteries.wordpress.com/2016/03/23/faux-et-usage-de-faux/

CITATION SUR MESURE

Dans son ouvrage Histoire du négationnisme en France, éditions du Seuil, 2000, Valérie Igounet  écrit ceci (p. 360-361)  (nous avons souligné le passage crucial) :

« Les documents écrits, émanant des dignitaires nazis et ordonnant le meurtre de masse, ont été détruits, dans leur majorité, par les SS. Les documents officiels, en langage codé, sont abordés par Robert Faurisson. Le négationniste les commente dans un sens littéral, c’est-à-dire sans transposer la réelle signification du langage codé. Il reste, par chance ( ?), quelques ordres officiels émanant des hauts dignitaires nazis ordonnant la solution finale de la question juive. Ces discours de dirigeants officiels, qui n’ont fait l’objet d’aucun codage, sont tout simplement occultés par Robert Faurisson comme l’allocution de Himmler du 4 octobre 1943, dit « discours de Posen » :

« Ce sujet doit être abordé entre nous en toute franchise mais nous n’en ferons jamais mention en  public. Je veux parler de la liquidation des juifs, de l’extermination de la race juive. C’est une  question dont il faudrait parler librement : les juifs doivent être exterminés. C’est notre programme et nous devons l’appliquer. »

Le document auquel Valérie Igounet fait référence existe (1) (2).  Cependant et d’après la traduction communément admise :

  • Himmler ne tient pas exactement ces propos
  • il n’utilise pas exactement les mêmes mots
  • V. Igounet ne nous précise pas au moyen de crochets qu’elle a réalisé plusieurs coupures.

Pour exemple, voici le passage concerné dans son intégralité et dans sa version la plus répandue :

« … Je voudrais aussi vous parler très franchement d’un sujet extrêmement important. Entre nous, nous allons l’aborder franchement, mais en public, nous ne devrons jamais en parler, pas plus que du 30 juin 1934*, date à laquelle nous n’avons pas hésité à faire notre devoir comme on nous l’avait ordonné, et à mettre nos camarades qui s’étaient montrés indignes, contre un mur et à les exécuter. C’était pour nous une question de tact de n’en avoir pas discuté, de n’en avoir pas parlé. Chacun en a été effrayé, et pourtant, chacun sait qu’il le fera à la prochaine occasion, si on lui en donne l’ordre et si cela est nécessaire. Je voudrais parler de l’évacuation des Juifs, de l’extermination du peuple juif. Voilà une chose dont il est facile de parler.  » Le peuple juif sera exterminé  » dit chaque membre du Parti,  » c’est clair dans notre programme : élimination des Juifs, extermination : nous le ferons ».

*Référence à la  » Nuit des longs couteaux  » – meurtre de Röhm, des chefs SA et autres liquidations.

(Source : http://www.cicad.ch/fr/educational-materials/discours-de-himmler-devant-des-officiers-ss-%C3%A0-poznan-4-octobre-1943.html)

Voici une variante proposée sur un site antirévisionniste bien connu (nous ne prendrons que le passage cité par V. Igounet) :

« Je désire aussi vous parler en toute franchise d’un sujet particulièrement grave… devant vous, publiquement. Entre nous, il est possible d’en parler, mais nous n’en parlerons jamais en public. De même que nous n’avons pas hésité le 30 juin [1934, lors de la «nuit des longs couteaux»] à exécuter l’ordre qui nous avait été donné de mettre contre le mur et de fusiller des camarades [les SA] qui avaient failli, de même nous n’en avons jamais parlé et nous n’en parlerons jamais. […]

Je parle de l’évacuation des juifs, de l’extermination du peuple juif (die Ausrottung des jüdischen Volkes). C’est une des choses qu’il est aisé d’exprimer: « Le peuple juif est en train d’être exterminé, » (Das jüdische Volk wird ausgerottet) déclare chaque membre du Parti, « Effectivement, c’est une partie de nos plans, l’élimination des juifs, l’extermination (Ausschaltung der Juden, Ausrottung, machen wir), nous l’accomplissons… »

(Source : http://www.phdn.org/histgen/documents/nazisdoc.html#himmler-19431004)

 

LE MOT QUI DÉRANGE

Forte de ce que cette allocution n’a fait d’après elle « l’objet d’aucun codage », Madame Igounet semble se sentir obligée malgré tout de la décoder. Ainsi, lorsqu’elle lit  « évacuation » (Judenevakuierung), elle comprend  et écrit « liquidation ».  Dans la version officiellement admise, le terme « évacuation » est immédiatement suivi et renforcé par le mot « extermination ». Le terme « extermination » est ici placé syntaxiquement sur le même plan que le terme « évacuation » et pourrait dès lors nous  inviter à comprendre qu’il s’agit d’exterminer la présence juive du territoire allemand en évacuant les juifs (?). Ce seul mot remplacé par Madame Igounet suffit à autoriser le doute quant à ce morceau choisi qu’elle brandit comme la preuve implacable d’un ordre d’extermination.

S’il s’agissait pour nous de présenter ce passage du discours comme une preuve d’un ordre d’extermination physique des juifs par les dignitaires nazis, nous serions dans l’obligation de nous rendre à l’évidence : le mot « évacuation » nous interdit d’affirmer une telle chose : non pas qu’il nous autorise à affirmer le contraire mais, de fait,  il est très handicapant dans la démonstration de Madame Igounet (sauf si, biensûr, on veut y voir un nom de code compris des seuls initiés – Mais Madame Igounet précise bien que ce discours n’a fait l’objet « d’aucun langage codé »).

Quelles que soient les versions du discours et bien qu’elles présentent des différences, le mot d’« évacuation » apparaît toujours à cet endroit ainsi que dans le discours original en langue allemande (2).

 Madame Igounet, incommodée par ce mot « évacuation » qui entache la cohérence et la force de sa démonstration aura-t-elle préféré une version erronée et infidèle ? Aura-t-elle, avec toute la force de sa conviction personnelle et dans une sorte de combat désespéré contre la réalité du texte qui  lui montre ce qu’elle refuse de lire, choisi délibérément une version discréditée depuis 1945 ? De surcroît, aucune note de bas de page ne nous permet de connaître sa source (les références d’archive du document ne sont même pas indiquées).

De fait, le terme de « liquidation » date de 1945 et fut retranscrit par l’avocat général à la place du mot « évacuation ». Dès après 1945, le discours original ne laissait aucun doute quant au fait que le terme allemand était en réalité « évacuation » (Judenevakuierung) (2).

Sont-ce là des manières de défendre l’histoire et de combattre les « falsificateurs de l’histoire » ? Sont-ce là de nobles façons de combattre la falsification ?

Y-a-t-il des malhonnêtetés acceptables et d’autres moins acceptables selon qu’on nie l’existence des chambres à gaz ou qu’on la confirme en bout de course ?

Comment les citoyens pourraient-ils accorder le moindre crédit à des individus qui se réclament de la vérité historique et dénoncent les manipulations de l’histoire dès lors qu’elles prolifèrent dans leur propre camp ?

Comment ne pas nous montrer  intraitables  et particulièrement exigeants avec ces individus dès  qu’ils commettent la plus infime malhonnêteté intellectuelle tandis que leurs ouvrages sont publiés, rétribués et que leurs conclusions bénéficient confortablement d’une loi (Gayssot) qui sanctionne  quiconque les contredit ?

Comment ne pas considérer qu’il s’agisse moins là d’un combat pour la vérité historique que d’un  combat de nature idéologique qui aura pris notre histoire en otage ?

(1) Discours du Reichsführer-SS Himmler devant des officiers supérieurs SS à Poznan les 4 et 6 octobre 1943 [Trials of War Criminals Before the Nuernberg Military Tribunals – Washington, U.S Govt. Off., 1949-1953, Vol. XIII, p. 323; et Himmler, Reichsführer-SS, P. Padfield, Henry Holt and Co, NY, 1990, p. 469]
(2) Enregistrement original du discours de Poznan : http://www.dailymotion.com/video/xy9yo_discours-de-himmler-du-4-octobre-19_shortfilms

L’analyse de Vincent Reynouard et sa position personnelle quant à ce discours : https://rutube.ru/video/86ac61877cb5aa326f25477bf850f0fa/

L’analyse du Professeur Faurisson : http://robertfaurisson.blogspot.fr/2000/05/valerie-igounet-et-son-histoire-du.html?m=1

 

 

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