APRES-GUERRE

L’univers concentrationnaires, David Rousset, éditions du Pavois, 1946, p. 176 et p. 178 :

« Le soir, je montais en voiture avec quelques camarades à Ludwigslust. Des camions brûlaient. Une marée de civils, de femmes, de soldats, de concentrationnaires avançaient le long des fossés, poussant des carrioles, traînant des gosses. Des détenus en tenue bleue rayée sur des vélos. Des camions surchargés de militaires américains et, au milieu de tout cela, une auto de S.S et une autre de S.D qui circulaient librement.

Je dis au chauffeur qu’il fallait tout de suite arrêter ces gens et les tuer sur place. Il me regarda en souriant et me répondit : « Il faut être élégant dans la victoire. »

Quelques jours après, je parlais avec un médecin allemand qui travaillait avec nous à l’hôpital militaire de Ludwigslust, où nous avions finalement transporté les malades. Ce n’était visiblement pas un nazi. Il était repu de la guerre et ignorait où se trouvaient sa femme et ses quatre enfants. Dresde, qui était sa ville, avait été cruellement bombardée. « Voyons, me dit-il, a-t-on fait la guerre pour Dantzig? » Je lui répondis que non. « alors, voyez-vous, la politique de Hitler dans les camps de concentration a été affreuse (je saluai) ; mais, pour tout le reste, il avait raison. »

L’Allemagne des premières semaines de défaite n’était qu’un vaste cimetière. Une pestilence régnait sur tout le pays et tous les hommes étaient morts, même ceux que l’on voyait marcher dans les rues. Personne ne pensait.

[…] Même lorsque tout le système fut jeté à terre par les Alliés, il n’y eut rien. Seulement une sorte de vide. Un silence total. L’officier américain n’eut pas à froncer les sourcils devant une velléité de manifestation. Il n ‘y eut pas de velléité. »


 

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