LOI GAYSSOT

EFFET DE DÉRIVES

(p137-138) : « Le débat sur les lois mémorielles est récent, comme le sont les lois elles-mêmes par lesquelles les États, la France étant à l’origine de cette approche, vont consacrer pour différents motifs une version officielle d’un événement relevant de l’histoire, voire de pénaliser la contestation de cette version officielle. A partir de 2005, un mouvement de contestation va se créer intitulé « Liberté pour l’histoire », composé essentiellement d’historiens très inquiets pour leurs propres recherches face aux risques de ces positions.

Le débat sur les lois mémorielles a débuté à partir de la « loi Gayssot » du 13 juillet 1990, loi du nom du député qui l’a fait voter, et de son insertion par un article 24bis dans la loi du 19 juillet 1881 qui pénalise et sanctionne d’un an de prison le fait de contester l’Holocauste au sens où l’a constaté le Tribunal de Nuremberg. Cette position a fait l’objet de nombreux débats au moment de sa publication, puis de quelques procès contre les personnes niant (« négationnisme ») ou contestant (« révisionnisme ») la version officielle. Il s’agit essentiellement de deux universitaires, Robert Faurisson, négationniste, qui soutient que la loi Gayssot n’aurait été votée que pour mieux le sanctionner, et Roger Garaudy, plutôt révisionniste, mais également condamné par la suite en application de la loi Gayssot.

[…] A la suite de la loi Gayssot, d’autres lois seront votées. Selon Paolo Lobba « l’inconvénient majeur de la proscription de la négation de l’Holocauste réside parfois […] dans le dangereux effet de dérive qui mène à élargir la portée de ce crime pour y inclure la négation d’un ensemble potentiellement infini d’autres atrocités passées (1) ».

(1) Communication n° 550/1993 : France. 16/12/96. CCPR/C/58/D/550/1993

(LA LIBERTÉ D’EXPRESSION de Sylvia Preuss-Laussinotte – Éditions Ellipses – 2014)


NOTIONS ÉLASTIQUES – FRÉNÉSIE MEURTRIÈRE

(p 5-7):

« L’année 1990 a vu l’adoption en France de la « loi Gayssot » qui menace en pratique ceux qui contestent l’extermination des juifs d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement et jusqu’à 300 000 francs français d’amende. Une loi analogue, promulguée en Autriche en 1992, prévoit l’incarcération jusqu’à dix ans pour les négateurs de l’Holocauste.

Dans d’autres pays, le pouvoir s’appuie sur des notions élastiques comme l’ « incitation à la haine raciale » ou l’ « atteinte à la mémoire des morts ». Un texte de ce genre doit être introduit en Suisse aussi, de par la volonté du Conseil fédéral et du Parlement.

Les livres et les journaux révisionnistes sont interdits dans plusieurs états. Le politologue Udo Walendy, éditeur de la revue HIstorische Tatsachen, se heurte constamment à une censure dépourvue de base constitutionnelle en RFA. On a réduit la pension du Juge Wilhelm Staglich, auteur du livre Le Mythe d’Auschwitz, et on lui a retiré son titre de docteur ; pour ce faire, on s’est appuyé sur une loi de 1939 concernant la dépossession des grades universitaires, loi signée par Hitler en personne. Robert Faurisson, qui est avec l’Américain Arthur Butz le chef de file des révisionnistes, subit depuis 1979 d’incessantes tracasseries. Il a perdu son poste de professeur de littérature française et de critique de textes à l’Université de Lyon-II, parce que l’université prétendait ne pas pouvoir assurer sa sécurité ; les médias le traînent dans la boue et refusent de publier ses mises au point ; les tribunaux condamnent à de lourdes amendes qui finiront par le ruiner ; sa famille vit constamment dans la crainte.

En 1989, les « antifascistes » ont montré qu’ils disposaient d’arguments frappants : trois hommes musclés, membres du groupe « Fils de la mémoire juive », ont agressé Faurisson au cours d’une promenade et l’ont battu au point de le laisser à moitié mort. Il a toutefois survécu – contrairement au révisionniste français François Duprat, professeur d’histoire, victime, en 1978, d’un attentat à la bombe dans une voiture piégée. »

Répression et terreur physique, pouvant aller jusqu’à l’assassinat, se substituent au dialogue. Toute discussion ouverte est interdite par l’État – cela doit éveiller notre méfiance.

Pourquoi les chambres à gaz sont-elles défendues par l’établissement du « monde libre » avec une frénésie meurtrière ? Feraient-elles partie de l’héritage culturel de l’humanité comme les Pyramides ou la Basilique Saint-Pierre ? Le monde serait-il moins beau s’il n’y avait pas eu à Auschwitz des chambres à gaz dans lesquelles un million d’hommes, de femmes et d’enfants juifs sans défense auraient été gazés à l’acide cyanhydrique comme de la vermine ?

Qu’est-ce donc que cette vérité historique qui nécessite la protection de la loi pénale ? »

[…] Depuis que l’Allemand Wolfgang Scheffler, qui se veut spécialiste de la question de l’Holocauste, a consenti, en 1979, à discuter avec Faurisson à la télévision tessinoise et que la discussion a tourné à sa confusion, aucun exterminationiste renommé ne veut prendre pareil risque […] ».

(L’Holocauste au scanner, Jurgen GRAF, Éditions Guideon Burg Verlag, 1993)


VÉRITÉ DE DROIT

1990-2010 : Lois dites « mémorielles »

« Ce sont des lois destinées à « faire mémoire » de tel ou tel événement historique en le présentant comme une vérité de droit, affirmée comme telle par le pouvoir législatif, la négation de cette vérité étant éventuellement assortie de sanctions. Le législateur pose donc un acte purement politique, dans le seul but de satisfaire tel ou tel segment de l’opinion, dans des domaines qui devraient être laissés à la libre recherche historique.

Ces lois sont particulièrement significatives des dérives actuelles de la procédure législative, et c’est à ce titre qu’elles nous semblent mériter de figurer ici. La première des lois « mémorielles » a été votée en France le 13 juillet 1990 à l’initiative de J.-C. Gayssot. Adoptée contre l’avis du Sénat, ce texte modifie la loi sur la liberté de la presse (voir 1881) en y introduisant un article 24 bis ainsi libellé : « Serons punis des peines prévues par le 6e alinéa de l’article 24 ceux qui auront contesté… l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international [de Nuremberg]… et qui ont été commis en application de l’article 9 dudit statut, soit par une personne reconnue coupable de tels crimes par une juridiction française ou internationale. »

Après la loi Gayssot, la présidence de M. Chirac a été particulièrement propice à ce genre d’initiative, à ceci près qu’il s’agit désormais de textes purement « déclaratifs ». C’est ainsi qu’une loi du 29 janvier 2001 est venue « reconnaître » le génocide arménien par un article unique : »La France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915. La présente loi sera exécutée comme loi de l’État. »

Mais que signifie « exécuter la loi », dès lors qu’il s’agit d’un texte dépourvu de sanction, type même de ce que les romains appelaient une lex imperfecta ! »

(Les 100 dates du Droit de Jean-Marie Carbasse, Collection Que sais-je, éditions PUF, 2ème édition mise à jour – 2015,  pages 122-123)


DÉRIVE JURIDIQUE

« Dans le domaine de la liberté d’opinion et de la liberté d’expression nous constatons une dérive juridique. Treize États ont adopté des lois pénales sur la « mémoire historique ». Mais, est-ce la médecine utilisée pour combattre les opinions folles et stupides n’est pas pire que la maladie? C’est bien l’opinion des juges du Tribunal constitutionnel d’Espagne qui ont déclaré leur loi contre le « négationnisme » incompatible avec la Constitution espagnole. Il faut faire attention que les normes des droits humains ne soient pas utilisées pour en détruire d’autres! »

(Source : 60 ans déclaration universelle des droits de l’homme: progrès et déception , alfred de Zayas, Un special, nº 679, Décembre 2008, p. 11)

 

LES ACQUIS HISTORIQUES NE SONT PAS FIXES POUR L’ETERNITE

[Valérie Igounet] : Selon vous, faire évoluer l’histoire de la période 1940-1945 est toujours actuellement impossible.

[Jean-Claude Pressac] : Sur des points mineurs, tout est possible ou, mieux, permis. Mais lorsqu’on touche aux grandes questions ou aux affaires délicates, rien ne va plus. Soit une autorisation officielle gouvernementale ou d’autorité « reconnue » sera nécessaire, soit la publication d’un résultat sera accepté, mais le résultat en lui-même ne le sera pas et restera lettre morte, soit enfin le texte tombera sous le coup d’une mesure d’interdiction telle la loi Gayssot en France visant à réprimer la contestation de « l’existence des crimes contre l’humanité sanctionnés par une juridiction française ou internationale ». Cette imbécilité communiste votée par une majorité de députés soit-disant « progressistes » ne pourra encadrer politiquement l’histoire encore très longtemps, parce que les acquis historiques ne sont pas fixés pour l’éternité ou fluctuent en fonction des décisions politiques, des documents retrouvés ou d’enquêtes de recoupements inattaquables.

Le massacre des officiers polonais à Katyn fut attribué par le Tribunal de Nuremberg aux allemands, alors que tout le monde savait que c’était un mensonge éhonté. Dans les années soixante-dix, un article sur Katyn incriminant les Soviétiques devait être obligatoirement contre-balancé par un rectificatif communiste indiquant que les sales fascistes allemands étaient les vrais et seuls coupables. Le gouvernement de l’URSS n’a reconnu sa culpabilité qu’en 1990. De 1945 à 1990, il ne fut pas permis de dire la vérité sur les responsables de la tuerie. Maintenant, ça l’est. »

Histoire du négationnisme en France, Valérie Igounet, éditions Seuil, 2000, Entretien avec Jean-Claude Pressac, Annexe p. 638.


 

RÉVISIONNISTES BRILLANTS

« Seuls sont « sérieux », ou plutôt « font » sérieux, dans leur délire révisionniste, Robert Faurisson et Serge Thion. Rajoutons Henri Roques et Pierre Marais. Cela fait beaucoup. C’est peu, mais c’est beaucoup. Et la huitième raison est donc que ce sont ceux-là, les coriaces et les vrais, les révisionnistes « intelligents » qu’il faut désigner d’abord pour mieux les combattre ; car la loi Gayssot a cet autre tort, à mes yeux, de mettre sur un même plan, sur un plan de stricte égalité, les révisionnistes médiocres et les révisionnistes brillants, les révisionnistes caricaturaux et les révisionnistes subtils, les révisionnistes évidemment aberrants et les révisionnistes plus vicieux, plus malins, plus roués, plus méticuleux, plus intelligents. »

Yann Moix, La Règle du Jeu, Pourquoi je suis contre la loi Gayssot, 28 Octobre 2010

Ndlr (Gayssoteries)  : Quelques jours plus tard, Yann Moix, horrifié de signer une pétition aux côtés de révisionnistes faisait machine arrière. Voir notre article sur le sujet :

https://gayssoteries.wordpress.com/nos-articles/loi-gayssot/contre-la-loi-gayssot-yann-moix-retourne-sa-veste/

 


 

SALE LOI

[…] »Quant à l’immense helléniste, et néanmoins immense historien, le regretté Pierre Vidal-Naquet, il est l‘auteur de l’immortelle « déclaration d’historiens » qui achevait son lecteur par ce coup de hache d’une rigueur imparable : « Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible techniquement puisqu’il a eu lieu. » Le Monde, 21 février 1979.
Génial
Ainsi, dès 1987, Laurent Fabius prenait l’initiative de proposer au Parlement une « loi contre les négateurs ».
Sans doute l’instigateur effectif, l’agent infectieux repérable après la grosse fièvre de Carpentras est bien le stalinien Gayssot.
Mais cette Loi-déni de justice, qui fait de chacun de nous en tant que sous-chien « un être abaissé, asservi, abandonné, méprisable, qu’on ne peut mieux dépeindre qu’en lui appliquant la boutade d’un Français à l’occasion de l’établissement projeté d’une taxe sur les chiens « Pauvres chiens ! on veut vous traiter comme des hommes ! »* », cette sale loi mérite aussi son appellation Fabius-Gayssot pour la raison que Gayssot « est un Shylock, mais Shylock le valet, [qui] jure, pour chaque livre de chair découpée dans le cœur du peuple, sur son apparence historique, sur son apparence [« communiste et française »](1). »*
*Citations tirées de l’introduction à la Contribution à la critique de La philosophie du droit de Hegel
(1) « Germanique et chrétienne » dans le texte de Marx
(Source : Le Petit Quimonte Illustré » (Blog), Félix Niesche, Samedi 04 Décembre 2010 – le blog : http://petitimmonde.blogspot.fr/2010/12/gayssot-au-risque-de-marx.html)
 

 

 

Laisser un commentaire (civil et courtois)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s