BRUNO DOËSSEKER ALIAS BINJAMIN WILKOMIRSKI

L’EXPRESS – 9 Juillet 2009

Extrait :

« Binjamin Wilkormirski. En 1995, Binjamin Wilkormirski publie Fragments, une enfance 1939-1945, qui raconte sa vie dans les camps. La presse encense le livre pendant quatre ans avant qu’un journaliste n’émette des doutes. L’auteur est en fait Bruno Doesseker Bruno, fils d’Yvonne Grosjean, associé avec une affabulatrice, Lauren Stratford, qui se faisait passer pour Laura Grabowski, soi-disante survivante des camps d’extermination. »

(Source : http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-grandes-impostures-litteraires_773378.html)


L’EXPRESS

L’imposture inconsciente

Par Le Naire Olivier, publié le 10/02/2000 à 00:00

Mensonge, l’enfance de Binjamin Wilkomirski dans les camps » Peut-être. Mais Elena Lappin n’y voit pas malice

Binjamin Wilkomirski (de son vrai nom Bruno Doesseker) est cet homme qui, en 1995, publia sous le titre Fragments le prétendu récit de son enfance dans les camps. Habilement rédigé, bouleversant, débité comme des bribes de souvenirs épars, le livre eut un succès mondial. Récompensé par le prix de la Mémoire de la Shoah, accueilli par une critique enthousiaste, Wilkomirski donnait des conférences dans toutes les capitales, jusqu’à ce qu’en 1998 un journaliste suisse crie à l’imposture. Avec suffisamment d’éléments troublants pour décider les éditeurs à retirer Fragments de la vente.

Romancière et directrice d’une revue britannique d’études juives, Elena Lappin, à la fois fascinée et déboussolée par cette affaire, a décidé de mener sa propre enquête. Sans parti pris. Après avoir rencontré tous les protagonistes, aussi bien en Israël, aux États-Unis, en Pologne, en Lettonie qu’en Suisse, après avoir examiné toutes les pistes et consulté les meilleurs historiens, elle conclut à l’imposture inconsciente. L’intérêt du livre dépasse celui de la simple enquête, puisque l’auteur montre dans le détail comment et selon quels ressorts un gosse doué, sensible, abandonné et traumatisé au milieu d’une Suisse aveugle et rigide a pu en toute bonne foi s’inventer plus tard un autre destin, un autre martyre, à la fois «présentable» et racontable. Reconnu par tous. Y compris par lui-même. D’où le titre de ce récit étonnant, L’Homme qui avait deux têtes, véritable plongée au cœur d’un cerveau psychotique. Elena Lappin l’a compris: seule la vérité – aussi complexe soit-elle – pouvait dissiper, voire réparer, le terrible malaise ressenti à l’idée que les éditeurs et les critiques, comme les instances juives officielles, aient pu ériger en exemple l’histoire de Wilkomirski sans jamais en vérifier l’authenticité.

Les nouvelles d’Elena Lappin publiées au même moment, sous le titre La Marche nuptiale, sont, elles, des petits bijoux d’humour léger et profond. Elle y décortique avec une drôlerie à la Woody Allen ces figures cosmopolites à la recherche d’elles-mêmes et d’une famille à la fois adorée et haïe. Une authentique réussite.


(Source : http://www.lexpress.fr/informations/l-imposture-inconsciente_636708.html)