Regression

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Société
Jeudi 21 Mai 2015 à 12:13 (mis à jour le 21/05/2015 à 12:20)

La régression des lois mémorielles

Manuel Valls commémore le centenaire du génocide arménien, reconnu par la France en 2001. Photo © AFP

Histoire. Non contentes d’entraver le travail des historiens et la liberté d’expression, ces lois entraînent une concurrence mémorielle qui favorise le communautarisme.

Est-ce à l’État d’énoncer la vérité historique ? Longtemps, seuls les régimes totalitaires l’ont cru. En France, tout change en 1990 avec la loi Gayssot, qui pénalise la contestation des crimes contre l’humanité commis par les nazis. Nombre d’historiens continuent de s’opposer à ce qu’ils voient comme une vérité officielle entravant la liberté de recherche, et jugent plus efficace de répondre aux révisionnistes par des faits plutôt qu’à coups de procès.

Ils ont craint aussi que cette loi ne constitue un précédent, ouvrant une concurrence mémorielle entre les minorités. Ce qui n’a pas manqué : en 2001, une loi porte reconnaissance par la France du génocide arménien de 1915, mais sans volet pénal. La même année, la loi Taubira reconnaît la traite négrière transatlantique comme crime contre l’humanité et impose son enseignement scolaire. Mme Taubira regrette que deux points aient été écartés de sa loi : l’emploi du mot “déportation” — « comme s’il y avait un monopole sacré sur le mot », commente-t-elle — et l’article évoquant une « réparation matérielle et morale de ce crime ». Quant à l’oubli de la traite arabo-musulmane, il fut justifié par Mme Taubira par le souci que « les jeunes Arabes […] ne portent pas sur leur dos tout le poids des méfaits des Arabes ». Les jeunes Européens auraient-ils le dos plus solide ?

C’est en vertu de cette loi que, en 2005, le Collectif des Antillais, Guyanais et Réunionnais a porté plainte contre l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, accusé de contestation de crime contre l’humanité pour avoir dénié à la traite transatlantique toute dimension génocidaire. Devant le tollé, la plainte fut retirée.

Au lieu de combattre le principe des lois mémorielles, la droite préféra avoir les siennes : la loi du 23 février 2005 stipula que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif de la présence française outre-mer », article abrogé après avoir été vivement contesté, notamment par… Christiane Taubira. Subsiste l’article qui exprime la reconnaissance de la nation à ceux qui ont participé à son œuvre outre-mer. Des projets de lois mémorielles sont régulièrement déposés pour la reconnaissance du génocide vendéen ou en faveur des harkis.

En 2009, la mission parlementaire conduite par Bernard Accoyer préconise la fin des lois mémorielles, sans remettre en cause celles qui existent déjà : gel de la concurrence mémorielle qui n’apparaît guère réaliste. Faute du courage d’inverser le courant, la France semble condamnée à rester, comme le déplore l’historien Pierre Nora, « l’avant-garde de la mauvaise conscience universelle »

(Source : http://www.valeursactuelles.com/la-regression-des-lois-memorielles-53019)

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