SIONISME

HISTOIRE JUIVE – RELIGION JUIVE, LE POIDS DE TROIS MILLÉNAIRES, Israël Shahak, éditions La vieille Taupe, 1996

EXTRAIT (p. 146, 147) :

« Il y a toujorus eu des relations étroites entre les sionistes et les antisémites : à l’instar d’une partie des conservateurs européens, les sionistes pensaient possible de faire l’impasse sur l’aspect « démonique » de l’antisémitisme et d’utiliser les antisémites pour leurs propres objectifs. Tout cela est bien connu, les exemples ne manquent pas. Herzl lui-même fit alliance avec Plehve, le ministre antisémite du tsar Nicolas II (1) ; Jabotinsky conclut un pacte avec Petlioura, dirigeant ukrainien antibolchevique, dont les troupes massacrèrent quelqu cent mille juifs entre 1918 et 1921. Parmi les alliés de Ben Gourion dans l’extrême-droite française pendant la guerre d’algérie firguraient certains antisémites notoires, qui précisaient bien qu’ils étaient contre les juifs en France, mais pas en Israël.

   L’exemple le plus choquant, dans ce domaine, est peut-être la joie avec laquelle certains dirigeants sionistes accueillirent l’arrivée d’Hitler au pouvoir, puisqu’ils partageaient sa croyance dans la primauté de la « race » et son hostilité à l’assimilation des juifs. Ils se réjouirent avec Hitler de son triomphe sur l’ennemi commun : les forces du libéralisme. Le Dr et rabbin sioniste Joachim Prinz, avant d’émigrer aux Etats-Unis où il s’éleva au poste de vice-président du Congrès juif mondial et devint une lumière de l’Organisation sioniste mondiale (ainsi qu’un grand ami de Golda Meir), avait publié en 1934 un livre de circonstance Wir Juden [Nous les juifs] pour célébrer la « Révolution allemande » hitlérienne et la défaite du libéralisme :

« La signification de la Révolution allemande pour la nation allemande est ou sera peut-être claire pour ceux qui l’ont créée et ont formé son image. Sons sens pour nous, il faut le dire tout de suite, est que le libéralisme a perdu toutes ses chances. La seule forme de vie politique qui favoriserait l’assimilation de juifs n’est plus (2). »

La victoire du nazisme supprime l’option de l’assimilation ou celle des mariages « mixtes ». « Nous n’en sommes pas mécontents », écrivait le Dr Prinz. Les juifs sont forcés de se déclarer comme juifs : mais, c’est « l’accomplissement de nos désirs ». Et de poursuivre :

« Nous voulons que l’assimilation soit remplacée par une nouvelle loi  :la déclaration d’appartenance à la nation juive et à la race juive. Un État fondé sur le principe de la pureté de la nation et de la race ne peut qu’être honoré et respecté par le juif qui déclare son appartenance à son propre peuple. S’étant déclaré ainsi, il ne pourra jamais faillir à la loyauté envers un État. Cet État ne veut pas de juifs, hors ceux qui déclarent leur appartenance à leur propre nation. Il ne veut pas de juifs flatteurs et rampants. Il doit exiger de nous foi et loyauté envers notre propre intérêt. Car seul celui qui honore ses origines et son propre sang peut respecter et honorer la volonté nationale des autres nations ».

(1) Note de bas de page (p. 146) dans l’ouvrage original et qui relate les circonstances de la renconte de Herzl avec Plehve en Russie.

(2) Joachim Prinz, Wir Juden, Berlin, 1934, p. 150-151.

 


LE PARADOXE JUIF, Nahum Goldmann* – Éditions Stock – 1976

EXTRAIT :

« Cette nuit-là, une belle nuit d’été, nous eûmes une conversation à cœur ouvert sur le problème arabe. « Je ne comprends pas ton optimisme, me déclara Ben Gourion. Pourquoi les arabes feraient-ils la paix? si j’étais, moi, un leader arabe, je ne signerais pas avec Israël. C’est normal : nous avons pris leur pays. Certes, Dieu nous l’a promis, mais en quoi cela peut-il les intéresser? Nôtre dieu n’est pas le leur. Nous sommes originaires d’Israël, c’est vrai, mais il y a de cela deux mille ans : en quoi cela les concerne-t-il? Il y a eu l’antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute? Ils ne voient qu’une chose : nous sommes venus et nous avons volé leur pays. Pourquoi l’accepteraient-ils? Ils oublieront peut-être une ou deux générations , mais, pour l’instant, il n’y a aucune chance. Alors, c’est simple : nous devons rester forts, avoir une armée puissante. toute la politique est là. Autrement, les Arabes nous détruirons. »

EXTRAIT: « Tout a changé depuis que les juifs bénéficiaient de l’égalité des droits, d’organisations représentatives et, à fortiori, de l’état d’Israël. Notre génération est donc la première qui ait pu établir une politique juive, et elle a tout à apprendre dans ce domaine.

D’abords, les juifs ne parviennent pas encore à considérer les demandes de leurs adversaires comme aussi importantes que les leurs.  […] Il est souvent difficile de trouver un compromis avec des diplomates juifs, tout simplement parce qu’ils ne perçoivent même pas les demandes de leurs interlocuteurs . Ils doivent donc surmonter cet  égocentrisme qui est le résultat de deux mille ans de persécutions et de sentiment d’infériorité. »

* Nahum Goldmann  :(1895-1982) est homme politique et leader sioniste natif de Lituanie. Lors de la seconde guerre mondiale, il s’établit aux États-Unis et participe activement aux négociations en faveur de la création de l’État d’Israël. En 1048, il est l’un des leaders de la Confédération sioniste et à partir de 1956, son président ; il est également ensuite président du Congrès juif mondial. L’un des initiateurs de l’accord de réparations avec l’Allemagne. Il prend part à la réalisation du programme de Jérusalem et prend la tête des négociations avec le gouvernement d’Israël sur la place de la Confédération sioniste mondiale.

En 1962, il devint citoyen israélien bien qu’il passe la plupart de son temps en Europe. En 1968, il devient citoyen suisse. En 1968, il ne présente pas à nouveau sa candidature à la tête de la Confédération sioniste, et en 1977, il renonce à la fonction de président du Congrès juif mondial.

(Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nahum_Goldmann )


LE SIONISME EN QUESTIONS, Pierre Stambul – éditions Acratie – 2002

EXTRAIT (p. 5, 6):

« Dès qu’on parle du sionisme, il y a un tabou, une espèce d’interdiction tacite. Examinons les arguments qui sont avancés.

  1. « Le sionisme avait pour but de créer l’État d’Israël. Celui-ci existe depuis 1948. Le sionisme est un sujet qui relève de l’histoire mais pas de l’actualité. »

   Le sionisme est toujours à l’œuvre, son projet politique est loin d’être achevé. L’État qui a été créé se définit comme un État juif dans lequel les non-juifs n’ont aucun droit. L’apartheid actuel est une conséquence de cette conception sioniste de l’État. La colonisation des territoires et le refus de les rendre aussi.[…] Mettre en cause le sionisme n’est pas se tourner vers le passé. Au contraire, c’est montrer ce qui bloque toute paix fondée sur l’égalité des droits.

        2. « Être antisioniste, c’est être contre l’existence d’Israël, c’est vouloir rayer ce pays de la carte et jeter les juifs à la mer. »

    Bien sûr que non. Les Juifs israéliens resteront mais sur un pied d’égalité avec les Palestiniens. Exactement comme les Blancs sud-africains ont pu rester à condition de reconnaître que l’apartheid était un crime. Par contre l’État juif ou tout État fondé sur des bases discriminatoires ou ethno-religieuses doit disparaître. […] »


 

L’ÉTAT DES JUIFS – Théodore Herzl – éditions Poche, collection La découverte – 1990, 20013

EXTRAIT (P. 15, 16):

   « Veut-on caractériser d’un mot cette contribution à une solution de la question juive, ce n’est pas de « fantaisie » qu’il convient de parler, mais tout au plus de « combine ».

   Et d’abords, il me faut défendre mon projet contre la qualification d’utopie. De fait, je ne fais que mettre en garde les observateurs superficiels qui me jugeraient bien légèrement. D’ailleurs quelle honte y aurait-il à avoir écrit une utopie philanthropique? Bien entendu, j’aurais pu ménager ainsi un succès littéraire bien plus aisément, en présentant ce plan, sous la forme d’un roman qui n’engage à rien, aux lecteurs qui voudraient se distraire. […]

Tout dépend de la force motrice. Quelle est-elle? La détresse des Juifs. Qui oserait nier l’existence de ce puissant élément? Nous en traiterons dans le chapitre sur les causes de l’antisémitisme.

   On connaissait la puissance de la vapeur capable de soulever le couvercle d’une bouilloire. Ce phénomène de la bouilloire représente les tentatives sionistes ainsi que les diverses activités de l’Association pour « la lutte contre l’antisémitisme ».

   Ce que je dis, c’est que si cette force est correctement utilisée, elle sera assez puissante pour actionner une machine importante et mettre en marche des hommes et des choses. Peu importe d’ailleurs son apparence extérieure.

   Je suis profondément convaincu d’avoir raison, bien que je ne sache pas si cela pourra se vérifier de mon vivant. Les premiers à entamer ce mouvement ne verront sans doute pas son aboutissement glorieux. Mais le simple fait d’avoir commencé provoquera une grande fierté et la joie de la liberté intérieure. »

(1) L’option de Herzl étant évidemment une option nationale, il convient d’écrire Juifs avec un J majuscule : Juifs comme Français, Allemands et non comme catholiques ou protestants.


Laisser un commentaire (civil et courtois)

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s