UN LOBBY JUIF EN FRANCE ?

pandore

Nous n’adhérons pas un seul instant à la « théorie du complot juif ».

En revanche, notre constat est celui de l’existence d’un ensemble d’impulsions très fortes émanant de personnalités influentes (juives et non juives – ceux qu’on apelle les philosémites) qui ont leurs entrées dans la presse, les médias télévisuels et les instances gouvernementales. Ajoutons à ceci les impulsions des associations comme le CRIF, la LICRA ou le MRAP qui intentent des actions destinées à influencer l’opinion publique et les plus hautes sphères du pouvoir.

Ces associations nous semblent agir, pour une partie de leurs actions, dans un sens qui valide et encourage les législations dont nous pensons qu’elles sont scélérates (usage et abus des actions autorisées par les Lois Pleven et Gayssot). En ce sens, et d’après nous, il n’existe pas, en France, de « lobby juif » à proprement parler qui aurait des intérêts financiers à défendre mais des « groupes d’influence idéologique» éparses, non concertés et surtout non véritablement définis en termes de « communauté ». De tous les procès contre les « négationnistes » (en tant que partie civile), ils portent, confortent et célèbrent une liberté d’expression entachée d’un subjectivisme mortifère et déshonorant pour notre Justice qu’il nous apparaît urgent de disqualifier. En cela, et sur ces points, ils sont nos ennemis idéologiques et nous travaillons à fermer une boîte de pandore qu’il eût été sage de ne jamais ouvrir.

Enfin, nous attirons votre attention sur un principe fondamental que nous partageons avec les auteurs que nous citons ci-après : « (Considérant qu’) être juif, ou pas, n’est ni un argument ni un contre-argument dans les débats intellectuels […] ».  Pour cette raison, que nous n’accordons aucune espèce d’importance au fait que certains de nos ennemis idéologiques soient juifs ou non, nous estimons porter les authentiques et nobles valeurs de l’anti-racisme.

Ajoutons à ceci que nous ne sommes pas « anti-racistes » mais tout simplement et sainement « non-racistes ». Aussi, vouloir à tout prix que, sous la menace de la loi Gayssot, nous considérions les caractères et l’histoire de chacun, que nous nous soucions de leurs sensibilités lorsque nous diffusons certains éléments révisionnistes relatifs à la Shoah n’est-il pas une façon pernicieuse d’exiger que nous fassions cette distinction alors même que nous ne l’opérons pas naturellement?

En définitive, il semble que ce n’est pas dans notre discours la présence, mais plutôt l’absence de distinction entre les individus sur la base de critères ethniques et/ou religieux qui nous est reprochée. Un comble!

Le loi Gayssot ne nous dit-elle pas : « Vous niez le génocide arménien? La traite des noirs? Le génocide rwandais? Soit. Mais ne touchez-pas à la Shoah! » Que fait-elle d’autre sinon imposer une distinction que beaucoup n’établissent pas de leur propre chef et le plus naturellement du monde? Que nous enseigne-t-elle, en France, sinon qu’il faut distinguer les uns des autres selon qu’ils ont été victimes de tel ou tel génocide? Rien d’autre qu’une échelle de valeurs entre les différents groupes d’individus sur le prétexte inverse.

Sur son principe de lutte contre le racisme, la loi Gayssot en fait soit trop, soit trop peu. Si elle en fait trop, elle doit être abrogée. Si elle s’acharne à en faire trop peu, elle est malhonnête puisqu’elle n’applique pas ses propres principes et doit être, là aussi, abrogée.

En 2011, Alain Badiou et Eric Hazan, d’avis qu’il n’existait pas de « lobby » juif en France, décrivaient cet ensemble d’impulsions éparses et sans concertations :

« Les voix de ceux qui font profession de « lutter contre l’antisémitisme » sont médiatiquement puissantes. Ce sont, on l’a vu, des intellectuels avec des états de service anciens dans l’extrême gauche, ce qui leur donne une sorte de légitimité. Ils ne sont pas vraiment organisés, ils parlent – c’est une liberté, une force – en leur propre nom. On ne peut aucunement à leur propos parler de « lobby » : rien de comparable à ce qui existe aux États-Unis, où l’AIPAC (Américan Israel Public Affairs Comittee) ou l’Antidefamation League ont pignon sur rue, un président, des permanents, et des moyens de pression directs sur la presse et les pouvoirs publics.

En France, ceux qui voient des antisémites partout ne constituent pas en commun des actions à mener. Leur ensemble forme comme un orchestre sans chef : chacun d’eux suit sa partition propre, qu’il joue quand l’occasion s’en présente. Si quelqu’un se hasarde à écrire ou prononcer quelque part le mot « Auschwitz », Claude Lanzmann évalue s’il a été émis dans un contexte conforme à ses propres exigences et s’il estime que l’auteur les a transgressées, il embouche son trombone et envoie au « Monde » un article, qui sera toujours publié en bonne place. Pour un livre, ce pourra être Eric Marty et pour un article ou une émission, Bernard-Henri Lévy par exemple.

La position de ces instrumentistes dans les médias est très forte. Alain Finkielkraut dispose d’une émission hebdomadaire sur France Culture à un jour et une heure de grande écoute. Il tient de plus une chronique sur RCJ, une radio communautaire où il peut se lâcher encore plus librement, traitant par exemple l’un de nous (Eric Hazan) d’ »inventeur de pogrom casher ». Bernard-Henri Lévy, outre qu’il détient une part du capital de Libération et fait partie du conseil de surveillance du « Monde » new look, a son bloc-notes dans Le Point, sa revue La Règle du Jeu et une position importante chez Grasset, l’une des principales maisons d’édition du groupe Hachette. Jean Birnbaum dirige la page Essais du « Monde des livres », ce qui lui permet de censurer les ouvrages non conformes à ses opinions ou d’en présenter au besoin une version bien à lui. Alexandre Adler a ses libres entrées au « Figaro » et c’est du reste dans ce journal qu’il a explicitement traité l’un de nous (Alain Badiou) d’ »antisémite ». Effet d’une rage mal contrôlée?

Chez nos inquisiteurs, l’adjectif qui est passible de poursuite s’impose au lecteur mais reste souvent sous-entendu. C’est le cas dans l’antique et fameuse revue « Les Temps Modernes », fondée par Sartre mais aujourd’hui dirigée par Lanzmann, où l’on trouve la prose stylée de Milner, celle, un peu débraillée, de Marty, et celle tout à fait délirante de Redeker.

L’hostilité de ces personnages considérables peut aller au-delà du domaine médiatique : ils sont capables de compromettre une carrière. Quand Route 181, fragments d’un voyage en Palestine-Israel, documentaire d’Eyal Sirvan et Michel Khleifi, a été programmé au centre Pompidou dans le cadre du Cinéma du réel en 2003, Claude Lanzmanna lancé une cabale, concrétisée par une lettre collective signée, entre autres, par Bernard-Henri Lévy, Philippe Sollers, Eric Rochant et Arnaud Desplechin, qui demandait à l’État de « prendre ses responsabilités ». Le ministre de la Culture, Jean-Jacques Aillagon, invoquant des « risques de trouble à l’ordre public », a fait déprogrammer l’une des deux projections prévues-le centre n’a pas entièrement capitulé et a maintenu une séance à une heure tardive. Et depuis lors, pendant plusieurs années, Sivan n’a pas pu réaliser d’autres projets en France où il travaille depuis plus de vingt ans. Barré dans toutes les instances de programmation et de subventions, il a été obligé de s’expatrier à Londres.

Être juif (et même israélien comme Eyal Sivan) n’est nullement de nature à protéger contre l’accusation d’antisémitisme. On peut même soutenir que, par un paradoxe intéressant, lorsque les inquisiteurs détectent un « antisémitisme » nouveau, ce qui leur arrive tous les jours, s’aperçevoir qu’il est juif fonctionne à leurs yeux comme une circonstance aggravante.

Deux exemples :

Quand Alain Badiou a écrit Portées du mot « juif(1) » il a inclus dans ce petit recueil de textes écrits pendant vingt ans un article de Cécile Winter. Considérant qu’être juif, ou pas, n’est ni un argument ni un contre-argument dans les débats intellectuels, Cécile Winter ne mentionnait pas sa judaïté. Quand les inquisiteurs, Eric Marty en tête, ont entrepris de voir dans ce livre, contre tout bon sens, un libellé antisémite, ils se sont acharnés de façon particulièrement grossière sur la contribution de Cécile Winter, débusquée et stigmatisée comme juive.

Quand Ivan Segré, juif de l’étude qui vit avec sa famille à Tel-Aviv, a écrit le livre le plus rigoureux, le plus rationnel, le plus calme et le plus documenté sur la logique de nos inquisiteurs et les ressorts véritables de la traque aux « antisémites », livre titré La Réaction philosémite(2), le boycott a été complet sur cet ouvrage capital, et quand parfois il en a été fait mention, ce fut dans le style « Si un juif, qui plus est religieux et qui vit en Israël, a pu écrire des choses pareilles, la seule chose à faire est de ne pas lire et de ne pas en parler ». Bref : tenons pour rien ce genre de juif.

Beaucoup d’antisémites, on le sait, connaissent de « bons juifs ». Les traqueurs d’un antisémitisme fantasmé, connaissent, eux, de « mauvais juifs ». […] »

(1) Alain Badiou, Circonstances 3, portées du mot « juif », Paris, 2005, éditions Lignes.
(2) Ivan Segré, LA Réaction philosémite, Paris, 2009, Editions Lignes.

(Source : L’antisémitisme partout, Aujourd’hui en France, Alain Badiou et Eric Hazan, , 2011, Éditions La Fabrique, p. 49-53)

Illustration : (Pandore) Gravure de A. DE Curzon L. Flameng, 1860.

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