Pas assez de cadavres !

EXPRESS

La mémoire de quels camps?

NDLR (Gayssoteries) : Nous avons mis quelques passages en avant

Par Conan Eric, publié le 01/02/2001 à 00:00

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En mêlant camps de concentration et camps d’extermination nazis, l’exposition de l’hôtel de Sully brouille son message

D’où vient l’erreur de cette exposition, conçue avec les meilleures intentions? D’avoir choisi le moyen le plus actuel – l’image – pour évoquer le plus mystérieux événement du siècle: le judéocide.

Cette pédagogie par le visible est pourtant datée: l’on sait que l’image virtuelle peut illustrer l’inexistant et que, à l’inverse, l’indéniable n’est parfois pas représentable. Le résultat est une démonstrative incapacité à rendre compte de la réalité historique: la plupart des photos montrent des victimes (non juives) de camps de concentration.

Est ainsi entretenue la confusion récurrente entre les lieux d’esclavage que furent les nombreux camps de concentration pour communistes, résistants et opposants au nazisme et les six usines à tuer (Auschwitz-Birkenau, Belzec, Chelmno, Maïdanek, Sobibor, Treblinka) que furent les camps d’extermination pour les juifs d’Europe. La photo se révèle en effet l’outil le plus inadéquat pour exprimer cette différence.

Dans le premier cas, les clichés existent en quantité, présentant des victimes à l’état d’épaves déshumanisées ou de cadavres. Dans le second, ils sont quasi inexistants et toujours moins «forts», comme on dit dans les agences de presse: l’extermination faisait passer ses victimes de l’état de déportés bien portants à l’état de cendres.

Pas de corps abîmés, pas de cadavres. Pas de vision du crime. L’exposition ne montre même pas la série unique de photos prises à l’arrivée à Birkenau d’un convoi de juifs hongrois, publiées par Serge Klarsfeld et Jean-Claude Pressac en 1983 (1), et qui n’ont de sens que par leur légende: cette foule de gens en tenue de ville sur un quai de gare aura disparu quelques heures plus tard.

De même, les quatre photos prises en 1944 par la Résistance polonaise depuis le crématoire V de Birkenau ne sont pas présentées sur les murs de l’exposition. Comme si ces images floues, de mauvaise qualité, de femmes avant leur gazage ne faisaient pas le poids à côté des clichés des horreurs des camps de concentration libérés, dont la présentation tourne à cette «pornographie des cadavres» déjà dénoncée, à d’autres occasions, par Pierre Vidal-Naquet.

Les nazis, qui avaient décidé que leur projet n’était pas photogénique, ont détruit la plupart des installations d’extermination.

Les schémas techniques des chambres à gaz retrouvés dans leurs archives se révèlent ainsi bien plus pédagogiques que cette impuissance photographique qui donne raison aux critiques de Claude Lanzmann.

La fin de l’exposition, consacrée au Temps de la mémoire, et présentant des «oeuvres» esthétiques contemporaines – tout à fait obscènes ici – montre que la photographie n’est guère plus indiquée pour évoquer la mémoire de l’extermination que son histoire.
(source :  http://www.lexpress.fr/informations/la-memoire-de-quels-camps_641224.html#MOvKmuVXO4KAhMeH.99)

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