LE NEGATIONNISME A PORTEE DE CAMPAGNE

Le négationnisme à portée de campagne

– Dis, Grand-Père, un négationniste, c’est quoi sa maladie ?

Du dimanche 23 avril, je garde une image en tête. Vous croyez deviner, j’en étais sûr : l’isoloir, le bureau de vote, le dépouillement avec des voisins qu’on ne connaissait pas, les résultats qui s’affichent sur le smartphone, et puis le retour chez soi : chacun se garde de claironner le candidat qui figurait sur son bulletin mais repart avec une mine plus ou moins consternée qui dit ses choix et ses valeurs, et qui ne sont pas forcément les nôtres…
Naturellement, j’ai vécu cela intensément, comme à chaque élection. Et pourtant, non, ce n’est pas ce que je vais retenir en priorité de ce dimanche. Ce qui me restera de cette journée, c’est une visite à la synagogue. Tous les ans à la même époque, la communauté juive honore ses morts de la Seconde guerre mondiale. Elle invite ses amis devant la plaque de marbre où sont gravés les noms des juifs de notre ville, ceux qui ont été raflés, parqués, déportés et qui ne sont pas revenus. Tués dans les camps nazis.

Un préado en kipa…

Un à un, les noms sont lus à haute voix par les membres de la communauté et par leurs invités. Une longue litanie, bouleversante. Comme il y a un an ou deux, on m’a proposé de participer à la lecture. On énonce le nom, le prénom, l’âge des victimes de la déportation. Plus de cents noms figurent sur la stèle : des hommes, des femmes, des enfants dont les plus jeunes avaient deux ans. Les plus âgés de ces déportés approchaient 80 ans. A la fin, les familles peuvent ajouter à la liste leurs propres défunts. Ceux qui habitaient ailleurs ou ceux qui n’ont pas été recensés. Dimanche, un préado se tenait dans l’assistance. Digne et grave, coiffé de sa kipa, il a rappelé des noms, de sa parenté sans doute, une dizaine au mois.
Les trois noms qu’il m’est revenu de lire ne me disent personnellement rien. Je ne connais pas leurs descendants ou leurs proches mais j’ai retenu les prénoms : Arsène, 47 ans ; Jean, 19 ans ; Raymond, 17 ans. Tous du même patronyme, Cahn. Des familles entières ont disparu dans les fours crématoires – on le sait, mais rien ne vaut cette lecture interminable pour nous faire mesurer l’effroyable dimension de la shoah.

Connaître son histoire…

Pourquoi évoquer cette cérémonie en plein entre-deux tours de la présidentielle ? Pourquoi remuer ces vieux drames qui appartiennent au passé, me susurre un ami ? Je ne crois pas être le seul, pourtant, à établir un lien avec l’actualité. Il n’est tout de même pas anodin que Marine Le Pen, avant de se raviser, ait voulu cette semaine confier l’intérim de la présidence du Front national à un négationniste. Le FN, tout légal qu’il soit, n’est pas décidément pas un parti comme les autres. Et son programme vis-à-vis des réfugiés qui cherchent asile chez nous ne nous rassure pas davantage.
Puissions-nous ne jamais oublier l’avertissement d’Elie Wiesel : « Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence… »

Yves Durand

Source : http://dis-grand-pere.blogs.la-croix.com/le-negationnisme-a-portee-de-campagne/2017/04/29/
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Une réflexion sur “LE NEGATIONNISME A PORTEE DE CAMPAGNE

  1. « Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence… »

    C’est peu dire.

    Pertes de la population française :
    – Plus de 5 % pendant la guerre civile et la guerre étrangère déclenchée par la Révolution (1792-1799), et même 7 % en tenant compte de leur prolongation que furent les guerres du Consulat et de l’Empire (1799-1815).
    – 5 % pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918).
    – 1,3 % pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1945).

    Charitablement je n’évoquerai pas les monstruosités des guerres néo-coloniales. Les vainqueurs plongent chaque jour le monde dans un bain de sang dont les victimes, peut-être parce qu’elles sont actuelles, n’ont droit à aucune commémoration. Elles n’ont nul avocat, et surtout pas les moralisateurs qui ne savent pas grand chose de l’histoire au nom de laquelle ils prétendent avoir le droit de bâillonner autrui, ou de le déclarer fou, ce qui revient au même.

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