DES RESPONSABILITÉS DE CHACUN EN MATIÈRE DE RÉVISIONNISME

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RESPONSABILITÉ DU CHERCHEUR

Un chercheur n’est pas responsable de ce qu’il trouve, pas plus qu’il n’est responsable des récupérations dont peuvent faire l’objet les conclusions de ses recherches. Ces récupérations peuvent être de natures multiples : politiques et/ou idéologiques.

Celui qui effectue des recherches historiques sur les chambres à gaz et conclut au fait qu’elles sont une vulgaire rumeur de guerre (conclusion défendue par Robert Faurisson, Vincent Reynouard…) n’est pas responsable de la récupération de ses conclusions par des groupements où s’agitent des idées qu’il n’a lui-même jamais exprimées ou partagées. Il n’est pas non plus responsable de ce que ses conclusions sont accrochées comme un wagon au train de certaines idéologies dont il ne se réclame pas. C’est une erreur courante que celle qui consiste à prendre pour cible l’expression d’une idée sur la seule base des récupérations dont elle a pu faire l’objet. Cet argument de l’épouvantail qui consiste à condamner une idée sous prétexte qu’elle est reprise et défendue par une personne ou une organisation haïssable est monnaie courante. Cet argument peut même confiner à l’absurde et plonger leurs auteurs dans une logique de contradiction systématique dé-raisonnée puisqu’il les amènera à se positionner toujours et quelque soient leur intime conviction, contre les idées des personnes ou des organisations qu’ils haïssent – par peur bien sûr, d’être eux-mêmes victimes de l’assimilation. C’est un cercle vicieux dont il faut savoir s’extraire.

Nous ne jugeons pas de la pertinence de certaines récupérations ici. Ce n’est pas là notre sujet. Certaines récupérations sont pertinentes, d’autres le sont moins et d’autres encore, ne le sont pas du tout. Parfois aussi, et même lorsqu’elles sont pertinentes, elles ne sont pas judicieusement utilisées selon qu’elles alimentent des théories dont on ne sait pas où elles mènent sinon, et par un effet de loupe malsain qui évacue toute nuance, à la violence et au lynchage.

Néanmoins, le chercheur est responsable de la façon qu’il a de partager publiquement les conclusions de ses recherches. Car, et comme l’écrivait fort bien la philosophe Simone Weil, l’être humain n’a pas que des droits. Il a des obligations. Ainsi, le chercheur a l’obligation de rendre compte de ses conclusions de la façon la plus objective possible. Il doit choisir les mots qu’il emploie et s’assurer de ce qu’ils sont en résonance avec le contenu de son argumentation. Il doit veiller à exclure tout le superflu, à mettre de côté les opinions qui ne cadrent pas avec le sujet dont il traite et surtout, qui ne sont nulle part appuyées dans sa démonstration. Il doit choisir entre la science et l’art, entre le rapport scientifique et le pamphlet. Ceci ne signifie pas qu’un scientifique n’a pas le droit de faire de l’humour mais plutôt qu’il a l’obligation, d’après nous, de le faire en cohérence avec son argumentation. La forme doit être en rapport avec le fond.

NOTRE PROPRE RESPONSABILITÉ

De la même façon, les auteurs des articles que nous partageons ne sont pas responsables de la récupération que nous en faisons pour accompagner notre message en faveur de la libre circulation de certains travaux révisionnistes. Les auteurs de ces articles sont malgré eux associés au contenu révisionniste que nous partageons. Parfois même, leur message semble s’accrocher à celui que nous délivrons comme une pièce de notre puzzle parfaitement ajustée. Ceci s’explique la plupart du temps par le fait que leur message très généraliste ne nous renseigne pas sur les éventuels cas particuliers qu’ils ne souhaitent pas inclure à leur raisonnement : ces absences de réserves clairement formulées par leurs auteurs sont heureuses pour notre combat idéologique qui s’en trouve enrichi des talents de chacun. Cependant, elles le sont moins pour leurs auteurs qui peuvent parfois se trouver mal assis dans leurs propres états d’âmes du seul fait qu’ils ont le grand soucis de ne pas être la proie de la cabale actuelle contre ceux qui oseraient affirmer que la liberté de la recherche doit aussi inclure les recherches des révisionnistes (révisionnistes dont la plupart, tout militants pour la liberté qu’ils sont, veulent à tout prix se désolidariser). Cette contradiction qui suggère que la liberté de recherche dépend exclusivement des conclusions qu’elle tirera et non pas de ses arguments (puisque la loi Gayssot ne s’occupe pas de juger de l’exactitude ou de l’inexactitude des travaux révisionnistes), seuls les auteurs en sont responsables. Nous ne sommes en aucun cas responsables de la façon dont chacun gère ses conflits cognitifs (1) et ses propres contradictions.

Les auteurs dont nous partageons les articles pourraient nous écrire pour en demander la suppression. La requête serait justifiée si nous déformions leurs propos ou si nous les interprétions en leur faisant dire ce qu’ils ne disent pas, or nous pensons ne pas pervertir les textes que nous partageons en prenant soin de leur laisser la place objective nécessaire dans toute démarche intellectuellement honnête. Aussi, lorsque nous pensons que le lecteur, parfois victime du biais de confirmation (2), pourrait interpréter de travers une citation, nous lui notifions parfois ce que l’auteur cité ne dit pas (afin de ne pas nous rendre coupable, pas l’omission et en creux, d’une perversion du texte).

EN CONCLUSION

Le révisionnisme est une affaire sérieuse qui doit être réalisée par les révisionnistes avec soin et objectivité. Le révisionnisme est une affaire sérieuse dont les conclusions peuvent être récupérées mais d’une façon honnête et objective : le révisionnisme ne doit pas être le carburant illégitime d’une idéologie avide de trouver partout la confirmation de ses propres convictions sans se soucier de ce qu’il s’articule intelligemment et intelligiblement avec  son propre argumentaire.

Tout ceci n’est pas un jeu et chacun doit être conscient de ses responsabilités.


  1. Conflit cognitif : Le conflit cognitif est un désaccord de la pensée avec elle-même ou avec les faits. Un individu éprouve un conflit cognitif lorsqu’il tient pour vrai, en même temps, deux idées contradictoires entre elles. Ce phénomène a été mis en évidence par J. Piaget à l’occasion de l’examen de la façon dont le sujet s’y prend pour résoudre un problème. Pour J. Piaget, le conflit cognitif est un passage obligé par lequel passent régulièrement l’enfant et l’adolescent, au cours de leur développement. Le progrès vient de la résolution de conflits cognitifs qui oblige, à chaque fois, à construire une structure de connaissance d’un niveau supérieur à celles dont disposait le sujet au préalable.
  1. Biais de confirmation : Le biais de confirmation, également dénommé biais de confirmation d’hypothèse, désigne le biais cognitif qui consiste à privilégier les informations confirmant ses idées préconçues ou ses hypothèses (sans considération pour la véracité de ces informations) et/ou à accorder moins de poids aux hypothèses jouant en défaveur de ses conceptions. En conséquence, les personnes sujettes à ce biais rassemblent des éléments ou se rappellent les informations mémorisées, de manière sélective, et les interprètent d’une manière biaisée. On dit aussi que les personnes « tirent la réalité » à elles. (Source : Wikipédia)

Illustration : Nadar, Revue comique à l’usage des gens sérieux, 1849, Coll.J.-M.Bertin

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