LA MACHINE A ABRUTIR

Pierre Jourde a reçu le prix Jean Giono.

Donner au public « ce qu’il demande »

La machine à abrutir

Août 2008 – Le monde Diplomatique

Par Pierre Jourde

N.D.L.R (Gayssoteries) : Notre page n’a pas pour seule vocation de combattre la censure en donnant au public les éléments de connaissance qui lui sont refusés ni de prôner une liberté d’opinion que nous souhaitons la plus large possible. Notre page essaye de donner au public l’envie d’utiliser la technologie au profit de la culture sans que celle-ci ne la supplante, ne l’entrave ni ne l’appauvrisse. Nous souhaitons voir la technologie devenir une alliée de la culture, un ressort possible pour elle (elle l’est déjà dans une certaine mesure). Notre page tente de démontrer que la lecture, la réflexion et la mise en perspective sont éminemment plus profitables que la consommation gloutonne de petits morceaux de connaissance éparses. Nous sommes profondément convaincus de l’urgente nécessité pour chacun de retrouver le goût de la lecture au détriment d’une consommation passive d’émissions télévisées.

La lecture vous apportera la capacité de structurer, à votre rythme, votre pensée : ceci en ce que vous imposez votre propre cadence dans la lecture avec la possibilité de relire à l’infini ce que vous n’avez pas compris. A la différence,  lorsque vous regardez la télévision, et la plupart du temps, une cadence effrénée vous est imposée qui perfore votre esprit de micro-lacunes que vous ne comblerez jamais : ceci pour la simple raison que vous n’avez pas le temps nécessaire pour en prendre conscience dans le jeu épileptique de l’information qui en chasse une autre.

Il est nécessaire de se divertir et même, dirons-nous, de s’abrutir. Mais ceci doit, à notre sens,  demeurer une « activité exotique » dans le quotidien de chacun.

Peut être souhaitons-nous simplement rappeler à la mémoire du public un certain art de vivre – celui de nos aïeux – qui nécessite de récupérer le temps de réflexion qu’il a consenti à livrer chaque jour davantage aux laveurs de cerveaux.

Jusqu’à présent, la qualité des médias audiovisuels, public et privé confondus, n’était pas vraiment un sujet. Puis le président de la République découvre que la télévision est mauvaise. Il exige de la culture. En attendant que la culture advienne, l’animateur Patrick Sabatier fait son retour sur le service public. En revanche, des émissions littéraires disparaissent. C’est la culture qui va être contente.

Avec l’alibi de quelques programmes culturels ou de quelques fictions « créatrices », les défenseurs du service public le trouvaient bon. Ils ne sont pas difficiles. Comme si, à l’instar d’une vulgaire télévision commerciale, on n’y avait pas le regard rivé à l’Audimat. Comme si la démagogie y était moins abondante qu’ailleurs.

Les médias ont su donner des dimensions monstrueuses à l’universel désir de stupidité qui sommeille même au fond de l’intellectuel le plus élitiste. Ce phénomène est capable de détruire une société, de rendre dérisoire tout effort politique. A quoi bon s’échiner à réformer l’école et l’Université ? Le travail éducatif est saccagé par la bêtise médiatique, la bouffonnerie érigée en moyen d’expression, le déferlement des valeurs de l’argent, de l’apparence et de l’individualisme étroit diffusées par la publicité, ultime raison d’être des grands groupes médiatiques. Bouygues envoie Jules Ferry aux oubliettes de l’histoire.

Lorsqu’on les attaque sur l’ineptie de leurs programmes, les marchands de vulgarité répliquent en général deux choses : primo, on ne donne au public que ce qu’il demande ; secundo, ceux qui les critiquent sont des élitistes incapables d’admettre le simple besoin de divertissement. Il n’est pas nécessairement élitiste de réclamer juste un peu moins d’ineptie. Il y a de vrais spectacles populaires de bonne qualité. Le public demande ce qu’on le conditionne à demander. On a presque abandonné l’idée d’un accès progressif à la culture par le spectacle populaire. Victor Hugo, Charlie Chaplin, Molière, René Clair, Jacques Prévert, Jean Vilar, Gérard Philipe étaient de grands artistes, et ils étaient populaires. Ils parvenaient à faire réfléchir et à divertir. L’industrie médiatique ne se fatigue pas : elle va au plus bas.

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