FAUX ET USAGE DE FAUX

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Dans son petit ouvrage « L’antisémitisme expliqué aux jeunes » (Éditions  du Seuil, Mai 2014), Michel Wieviorka prétend citer Monsieur Robert Faurisson. La citation qu’il choisit n’est autre que la célèbre formule de de quelques 60 mots du Professeur.

Voici ce que Monsieur Michel Wieviorka écrit (page 86) :

Deux ans plus tard, un universitaire spécialiste de littérature, Robert Faurisson, interrogé sur Europe 1, va enfoncer le clou – je cite ses propos :

« Le prétendu massacre des juifs et la prétendue existence des chambres à gaz ne forment qu’une seule et même escroquerie politico-financière dont les bénéficiaires sont l’État d’Israël et le mouvement sioniste international, et les principales victimes sont le peuple allemand, mais pas ses dirigeants, et le peuple palestinien. »

 

A présent, voici la citation de Monsieur Wieviorka revue et corrigée par nos soins :

« Les prétendues massacre chambres à gaz  hitlériennes et le prétendu génocide des juifs et la prétendue existence des chambres à gaz ne forment qu’une un seule et même mensonge historique escroquerie politico-financière qui a permis une gigantesque escroquerie politico-financière dont les principaux bénéficiaires sont l’État d’Israël et le mouvement sioniste sionisme  international, et dont les principales victimes sont le peuple allemand,  mais non pas ses dirigeants,  et le peuple palestinien tout entier . »

Monsieur Michel Wieviorka a supprimé et remplacé des mots. Il a supprimé et déplacé des pans entiers de phrases : il a falsifié la citation. Ce faisant, il ne cite pas le professeur Faurisson mais bricole une  formule qui n’appartient qu’à lui. La gravité de cette falsification réside dans le fait qu’on prête à Monsieur Faurisson l’idée que les chambres à gaz hitlériennes et le génocide des juifs sont une escroquerie or il n’a JAMAIS déclaré ceci! Il a toujours déclaré qu’ils étaient des mensonges qui ONT PERMIS une escroquerie. C’est tout-à-fait différent.

Il est étonnant, de la part d’un sociologue de renommée internationale, de trouver dans une simple citation autant d’approximations (tandis que citer relève d’une tâche particulièrement facile qu’il aurait pu réaliser sans « coquilles » s’il avait écrit mot pour mot ce qu’il entendait dans la source qu’il a pourtant pris la peine de nous communiquer).

D’autant plus étonnant lorsqu’on lit ce que Monsieur Pascal Boniface – qui déclare être son ami – rapportait en 2011 dans son ouvrage dédié aux « (Les) intellectuels faussaires » et sous-titré « Le triomphe médiatique des experts en mensonge » (Editions Pocket,2015, P.9):

« Je me rappelle d’une discussion que j’ai eue au cours d’une promenade, dans l’attente d’une réunion, avec le sociologue et ami Michel Wieviorka. Nous parlions du débat d’idées en France. Je lui ai demandé s’il lui était déjà arrivé d’employer un argument qu’il savait inexact ou faux, mais qui aurait pu lui donner un avantage décisif dans le débat. Il m’a répondu tout de go, que cela ne lui était jamais arrivé et que cela ne lui serait pas possible. Il ne se sentirait pas capable d’assumer un mensonge, fût-ce pour un objectif estimable. »

Nous venons de montrer que Monsieur Wieviorka est non seulement capable d’employer un argument inexact ou faux (une citation est une forme d’argument), mais aussi qu’il est tout-à-fait capable de l’assumer (puisqu’il l’a publiée en l’état). Fera-t-il un erratum pour rendre justice à l’auteur d’une formule qu’il a totalement remaniée tandis qu’il trahit, dans la foulée, ses propres principes?

Voici l’exacte formule du Professeur Faurisson :

« LES PRÉTENDUES CHAMBRES À GAZ HITLÉRIENNES ET LE PRÉTENDU GÉNOCIDE DES JUIFS FORMENT UN SEUL ET MÊME MENSONGE HISTORIQUE QUI A PERMIS UNE GIGANTESQUE ESCROQUERIE POLITICO-FINANCIÈRE DONT LES PRINCIPAUX BÉNÉFICIAIRES SONT L’ÉTAT D’ISRAËL ET LE SIONISME INTERNATIONAL ET DONT LES PRINCIPALES VICTIMES SONT LE PEUPLE ALLEMAND – MAIS NON PAS SES DIRIGEANTS – ET LE PEUPLE PALESTINIEN TOUT ENTIER ».

La source :

Monsieur Wieviorka prétend tirer la citation d’une émission radiophonique de 1980, diffusée sur Europe 1. Voici l’enregistrement de l’émission et la véritable formule de 60 mots que le professeur Faurisson avait alors livrée au public (à partir de 03:47) :


 

(Illustration : « La fausse pièce de monnaie », Draner, Gravure de Presse, 1883)
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7 réflexions sur “FAUX ET USAGE DE FAUX

  1. Que M. Michel Wieviorka, antirévisionniste, ne cite pas correctement, dans un ouvrage historique, un révisionniste comme le Pr Faurisson est déjà regrettable. Qu’il remplace le génocide des Juifs par le massacre des Juifs l’est davantage. On pourrait croire, à lire cela, qu’il suppose que l’antirévisionnisme se distinguerait essentiellement du révisionnisme par l’existence d’un massacre des Juifs. Or l’antirévisionnisme de M. Wieviorka s’oppose au révisionnisme surtout par la place qu’il accorde aux massacres perpétrés contre les Juifs, les rendant incomparables aux autres massacres perpétrés pendant le conflit, soit par l’Axe – nous les connaissons tous, au moins un peu – soit par les Alliés – on en parle peu ; j’ai évoqué certains d’entre eux ici même, le 15 et le 24 janvier, et sur ce sujet méconnu un livre d’Heinz Nawratil (Le Livre noir de l’expulsion. L’épuration ethnique des Allemands en Europe centrale et orientale, 1945-1948. Éditions Akribeia, 2001) est fort instructif. C’est pour cela qu’évoquer « le massacre des Juifs » au lieu du « génocide » revient à effacer une différence cruciale distinguant l’enseignement de M. Wieviorka du révisionnisme du Pr Faurisson. .

    Ce n’est pas la moindre des surprises, pour moi, de voir que M. Wieviorka a ainsi effacé une caractéristique essentielle de son propre enseignement en présentant celui du Pr Faurisson!

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  2. L’histoire de cette émission est remarquable.

    En 1972, me semble-t-il, le Pr Faurisson avait déjà subi un déchaînement de colère en questionnant diverses personnalités sur les chambres à gaz.

    En 1978 et 1979, le quotidien Le Monde avait publié des lettres (deux, si je ne m’abuse) où le professeur développait ses thèses.

    S’abattit alors sur cet universitaire un ouragan d’injures et de menaces, contre lui et contre ses proches, et d’agressions aussi, bientôt.

    Le Pr Noam Chomsky, universtaire juif états-unien respecté, dénonça alors la France comme un pays totalitaire où l’on ne pouvait répondre lorsque l’on était attaqué. C’est ainsi que le Pr Faurisson fut invité à s’exprimer quelques minutes, ce qui était pour lui une grâce sans précédent.

    On peut remarquer que, lorsque le Pr Faurisson prend l’exemple de Néron qui n’a pas incendié Rome, M. Levaï paraît y voir une extravagance, comparable, si j’ai bien compris, à celle qui consisterait à nier l’existence de Napoléon. Il n’en est rien : n’en déplaise à certains professeurs d’Histoire mal formés et très ignorants, Néron n’est pas l’auteur du grand incendie qui dévasta Rome sous son règne (de 54 à 68 de Jésus-Christ), ainsi que le prouva, par exemple, le Britannique Edward Gibbon (History of the Decline and Fall of the Roman Empire, volume Ⅱ) dès le XⅧe siècle.

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    • Concernant M. Ivan Levaï, qui accepta de recevoir le Pr Faurisson, on peut se renseigner, par exemple el lisantles articles que lui consacre l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique, et celui que lui consacre Wikipédia, qui précise qui précise qu’au début de la Seconde Guerre mondiale M. Ivan Levaï est « confié à l’OSE (Œuvre de secours aux enfants) qui le cache à la campagne pour le mettre à l’abri des persécutions antisémites » et qu’il « ne reverra jamais sa mère morte en déportation. »

      M. Levaï, ainsi confronté au Pr Faurisson, emploie notamment les arguments suivants :

      Le président de la République, M. Valéry Giscard d’Estaing (en fonction de 1974 à 1981), se serait prononcé contre le révisionnisme.
      Le Pr Faurisson juge cela peu probant. Je suis d’accord avec lui : chaque dirigeant juge pour lui-même, aucun n’est l’arbitre de la vérité, et d’ailleurs leurs jugements se contredisent les uns les autres. Ainsi tous les présidents français, jusqu’à François Mitterrand (en fonction de 1981 à 1995) inclus (voir la vidéo [53 s] François Mitterrand et les excuses de la France à propos de Vichy (1994)) jugèrent indigne et inacceptable l’exigence de la reconnaissance par la France de sa culpabilité envers les Juifs pour la Seconde Guerre mondiale, tandis que, depuis M. Jacques Chirac (en fonction de 1995 à 2002), tous la déclarent évidente et impardonnable… De même, on se souvient que M. Barack Obama et Mme Angela Merkel, respectivement président de la République du plus puissant État au monde et chancelière de la première puissance économique européenne, acceptèrent d’être photographiés (source : Financial Times, édition allemande) aux côtés de l’emblématique M. Élie Wiesel, auteur d’un ouvrage sur Auschwitz intitulé La Nuit, alors que, selon celui qui était alors le chef de file de l’antirévisionnisme en France, Pierre Vidal-Naquet, « il raconte n’importe quoi : il suffit de lire son livre pour voir que certaines de ses descriptions ne sont pas exactes » (Les Juifs, la mémoire et le présent, Petite Collection Maspéro, Paris, 1981). C’est dire si, en matière de véracité historique, les hommes politiques ne sont pas les meilleurs guides !
      Le seraient-ils qu’on pourrait alors remarquer que le général de Gaulle, le plus incontestable arbitre, en France, de la lutte contre Hitler, ne prononça jamais les expressions génocide des Juifs ou chambre à gaz hitlérienne (voir, notamment, ses Mémoires de guerre, Plon, Paris, 1954 [tome Ⅰ], 1956 [tome Ⅱ] et 1959 [tome Ⅲ]), sur lesquelles, justement, porte la critique que fait M. Levaï contre le Pr Faurisson.

      Les Nations unies condamnent unanimement l’hitlérisme.
      Cet argument est sans valeur contre le Pr Faurisson qui, selon le mot de M. Noam Chomsky, « pour autant que je le sache, est un libéral apolitique », le mot libéral ayant, aux États-Unis, le sens du mot progressiste en France. Un révisionniste se réclamant du national-socialisme hitlérien, comme M. Vincent Reynouard, pourrait faire remarquer, supposé-je, que les Nations unies furent formées en 1942 pour détruire le Ⅲe Reich, qu’en 1945 presque tous les États s’y étaient ralliés, les uns parce qu’ils étaient engagés dans la guerre contre l’Allemagne (Union soviétique, États-Unis, Royaume-Uni…), les autres parce qu’ils s’étaient trouvés en guerre contre l’Allemagne du fait de l’influence des Alliés (Mexique, Vénézuela…), d’autres enfin parce que, malgré leur désir de neutralité, ils étaient tardivement entrés en guerre, alors que la défaite allemande ne faisait plus de doute, afin de participer à l’établissement du nouvel ordre mondial qu’amènerait la victoire alliée. Le F.M.I. et la Banque mondiale furent d’ailleurs créés en juillet 1944, en pleine guerre, par les Alliés (accords de Bretton Woods). Enfin, remarquons que les positions diplomatiques sont souvent le fruit de pressions des plus forts sur les plus faibles : le Mexique vota la résolution de l’U.N.E.S.C.O. qualifiant le sionisme de variété de racisme, puis se ravisa, les tour-opérateurs états-uniens ayant fait perdre d’importants revenus au Mexique en le retirant d’office des destinations proposées aux touristes à la suite de ce vote. En diplomatie, les petits répètent les leçons des grands, ou sont écrasés!

      Tenir des propos révisionnistes serait l’équivalent, envers la communauté juive, d’une insulte.
      Cet argument est celui qu’on cherche aujourd’hui à imposer. Il est à mon sens une monstruosité juridique et une aberration. Le droit de la presse distingue les individus, qui peuvent porter plainte pour calomnie ou diffamation, des communautés, qui n’étaient alors pas reconnues par le droit français et auxquelles on ne saurait accorder cette faculté sans, en pratique, interdire toute recherche historique. S’il est permis que les Vendéens portent plainte contre ceux, historiens ou non, qui nient le génocide révolutionnaire, s’il est permis à des associations de citoyens d’origine allemande ou à des Tatars de Crimée de traîner devant les tribunaux ceux qui, à leur sens, nient, contestent ou minimisent les souffrances de leurs ancêtres, alors plus aucun travail historique ou même journalistique n’est possible. En fait, une telle position me semble revenir à exiger, pour la communauté juive, un statut juridique de fait d’exception, que devait finir par lui accorder la loi Fabius-Gayssot (votée le 13-Ⅶ-1990, inscrite au Journal officiel le 14-Ⅶ-1990).

      Deux points me semblent encore mériter d’être éclaircis.

      – L’allusion du Pr Faurisson au soutien de M. Cohn-Bendit.
      Il ne s’agit pas de M. Daniel Cohn-Bendit, expulsé par de Gaulle après mai 1968 (on se souvient du slogan de solidarité des soixante-huitards en sa faveur : « Nous sommes tous des Juifs allemands »), mais de son frère aîné, Jean-Gabriel, dit Gaby Cohn-Bendit, dont voici la position ultime sur cette question (4 min 20 s) : ⬇

      – La conclusion judiciaire de cette affaire.
      Donnons la parole au principal antirévisionniste de France pour la résumer (je cite de mémoire) :
      « Le 26 avril 1983, la cour d’appel de Paris a reconnu, et c’est un comble, le sérieux des travaux du professeur Faurisson, et ne l’a condamné, somme toute, que pour avoir agi avec malveillance en résumant ses thèses en un slogan. »
      – Pierre Vidal-Naquet, Les Assassins de la mémoire, Éditions La Découverte, Paris, 1987.

      Et, rappelons-le, le 14-Ⅶ-1990 entra en vigueur la loi Fabius-Gayssot, rendant délictueuse les opinions révisionnistes…

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      • Deux erreurs de mon précédent commentaire me semblent mériter d’être corrigées :

        – M. Jacques Chirac fut bien sûr président de la République de 1995 à… 2007!

        – La résolution condamnant le sionisme comme variété de racisme fut évidemment votée non par l’U.N.E.S.C.O., qui s’occupe des questions culturelles, mais par l’Assemblée générale de l’O.N.U. (résolution 3379 du 10-Ⅺ-1975) ; voir, par exemple, les articles qu’y consacrent les sites Panamza (article 10 novembre 1975: « sionisme=racisme » (O.N.U.)), Voltairenet.org (article Résolution 3379 de l’Assemblée générale des Nations unies), ou Wikipedia en anglais (article United Nations General Assembly Resolution 3379), dont voici un extrait :

        « Le vote du Mexique en faveur de la résolution a amené certains Juifs des États-Unis à organiser un boycott touristique du Mexique. Il s’acheva après que le ministre des Affaires étrangères mexicain Emilio Óscar Rabasa eut effectué un voyage en Israël (Rabasa peu après cela fut contraint de démissionner). » (« Mexico’s vote in favor of the resolution led some United States Jews to organize a tourism boycott of Mexico. This ended after Mexican foreign minister Emilio Óscar Rabasa made a trip to Israel (Rabasa shortly afterward was forced to resign). » ; sur Emilio Óscar Rabasa-Mishkin, l’article de Wikipedia en anglais est plus complet que celui en espagnol).

        La résolution 3379 fut révoquée le 16-Ⅻ-1991 (article Résolution 46/86 de l’Assemblée générale des Nations unies de Wikipédia en français).

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    • Une correction :

      J’ai suggéré que le Pr Faurisson aurait soutenu que Néron n’a pas fait brûler Rome, alors qu’il n’affirme rien sur cette question.

      Il dit exactement ceci (2 min 4 s – 2 min 16 s) :

      « Si je dis : “Je n’ai pas de preuves que Néron a fait incendié Rome », je ne le fais pas parce que je veux prendre la défense de Néron, mais parce qu’il m’intéresse de savoir si Néron a fait brûler Rome, ou non. »

      M. Ivan Levaï compare cette hypothèse à la contestation de l’existence de de Gaulle, entre autres choses (2 min 18 s – 2 min 28 s) :

      « M. Faurisson, on peut toujours dire effectivement que Néron n’a pas incendié Rome, on peut… on peut dire que le général de Gaulle n’a pas existé, que Jeanne d’Arc était un homme, enfin on peut de… on peut dire mille choses… »

      Que Néron n’ait pas incendié Rome est connu depuis longtemps. Je renvoie aux pages que consacra à cette question un historien du XⅧe siècle, le britannique Edward Gibbon (History of the Decline and Fall of the Roman Empire ; une traduction en français de l’ensemble de cet ouvrage est depuis relativement peu disponible, dans la collection Bouquins des Éditions Robert Laffont : Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain).

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