ON NOUS RACONTE DES HISTOIRES

 Un gouffre sépare l’histoire enseignée de la Science historique

Granville, caricature instituteur

NDLR (Gayssoteries) : Nous vous proposons ici un billet qui constitue l’aimable contribution d’un lecteur que nous remercions.

Pour nous proposer un article, Notre rubrique Contact : https://gayssoteries.wordpress.com/contact/

L’écart entre l’Histoire écrite par les historiens et celle qui est enseignée est considérable ; la distance entre cette dernière et l’Histoire propagée par la caste médiatique est bien aussi grande. La triste conséquence des deux est le gouffre vertigineux qui sépare l’Histoire, même officielle, de ce que croit le grand public, et même de ce que disent les représentants de la République française.

Un exemple : on entend souvent à la télé, à la radio, etc, que Louis XIV aurait dit « L’État, c’est moi », ou bien « J’ai trop aimé la guerre et les bâtiments. » Ce sont pourtant des propos qu’il n’a pas tenus, et qui sont contraires même à sa politique et à sa vision du monde.

Une partie de l’écran qui nous cache la réalité vient du partisanisme d’une classe enseignante notoirement politisée, au point de susciter un sketch fameux d’humoristes de renom, La Révolution, des Inconnus (9 min 36 s). ⬇

La politisation n’est pas un mal forcément, mais le monolithisme idéologique et la consanguinité militante ne favorisent nullement l’objectivité. .

Au partisanisme enseignant se superposent le parti-pris au moins également orienté de la classe médiatique (qui vote à gauche à 94 % selon un institut de sondage) et, en plus, le prisme politique. Quel rapport, en effet, entre l’histoire qu’on peut enseigner dans la République française à partir de M. Jacques Chirac, pour qui « La France seconda la folie criminelle de l’occupant », et celle de l’époque de François Mitterrand, pour qui, comme pour tous ses prédécesseurs, une telle assertion était inadmissible ?⬇

Il en va de même pour toute notre histoire : ce que les travaux des historiens nous découvrent, sûrement mais lentement, a peu à voir avec ce qu’on porte à la connaissance des masses.

L’exemple de la Seconde Guerre mondiale est parmi les plus remarquables de cette distorsion entre les travaux des chercheurs, y compris les plus intraitables et les plus reconnus des antirévisionnistes, et ce que nous entendons.

La plupart des gens pensent que ces auteurs admettraient unanimement qu’il aurait existé, très tôt, un projet hitlérien d’extermination des Juifs qui se serait traduit par une politique méticuleusement planifiée, alors que cette version ne fait plus, depuis longtemps, l’unanimité chez les antirévisionnistes.

On peut avoir un premier éclairage par l’article Intentionnaliste de Wikipédia. La page, en anglais, intitulée Functionalism  versus  Intentionalism, est encore plus intéressante. Elle n’est pas disponible en français, malgré l’importance de ce sujet, aussi en traduis-je ici un passage, en priant qu’on veuille bien m’excuser si cette traduction devait être inexacte : je ne suis pas prof’ d’anglais !

« Le Fonctionnalisme contre l’intentionnalisme :
L’opposition entre fonctionnalistes et intentionnalistes est un débat d’historiens sur les origines de l’Holocauste, ainsi que sur la plupart des aspects du e Reich, comme la politique étrangère. Le débat sur ​​les origines de l’Holocauste se concentre essentiellement sur deux questions :
– Hitler avait-il un plan directeur pour aboutir à l’Holocauste ? Les intentionnalistes le soutiennent, alors que les fonctionnalistes soutiennent qu’il n’en avait pas.
– L’initiative de l’Holocauste est-elle venue d’en-haut par les ordres d’Adolf Hitler, ou d’en-bas, des rangs de l’administration allemande ?
Quoique aucune des deux parties ne conteste la réalité de l’Holocauste, et qu’il n’y ait pas non plus de débat important sur le principe qu’Hitler (en tant que Führer) fût personnellement responsable d’avoir encouragé l’antisémitisme qui a permis que l’Holocauste eût lieu, les intentionnalistes arguent que l’initiative est venue d’en-haut, tandis que les fonctionnalistes soutiennent qu’elle vint des rangs inférieurs de l’administration.

[Ces deux] termes ont été forgés dans un essai de 1981 par l’historien britannique marxiste Timothy Mason. On inclut parmi les fonctionnalistes notables Raul Hilberg, Christopher Browning, Hans Mommsen, Martin Broszat et Zygmunt Bauman. On inclut parmi les intentionnalistes notables Andreas Hillgruber, Karl Dietrich Bracher, Klaus Hildebrand, Eberhard Jäckel, Richard Breitman et Lucy Dawidowicz.

Les Origines du débat :

(…) Au procès des criminels de guerre à Nuremberg en 1945/1946, la “solution finale de la question juive en Europe” fut présentée par le ministère public comme faisant partie d’un plan à long terme de la part de la direction nazie remontant aux fondamentaux du parti nazi en 1919. Conséquemment, la plupart des historiens ont souscrit à ce qui serait aujourd’hui considéré comme l’interprétation intentionnaliste extrême. À partir de la fin des années 1960 avec la publication d’une œuvre telle que Hitler’s State [« L’État hitlérien »] de Martin Broszat en 1969 et de The Twisted Road to Auschwitz [« Le Chemin tortueux d’Auschwitz »] de Karl Schleunes en1970, un certain nombre d’historiens ont contesté l’interprétation prédominante et ont suggéré qu’il y avait pas de plan directeur pour l’Holocauste. »

Une fois qu’on a jeté un coup d’œil sur Wikipédia pour déblayer le terrain, on peut se renseigner plus soigneusement. Le plus fameux antirévisionniste était le politologue Raul Hilberg, classé comme fonctionnaliste par Wikipédia. En fait, dans l’édition originale de sa grande œuvre (The Destruction of the European Jews, Quadrangle Books, Chicago, 1961), Hilberg mentionnait (pp 177 et 570) l’existence d’un ordre, et même de deux ordres, donnés par Hitler, de tuer tous les Juifs. Mais après une vie de recherche il en vint à admettre que cette opinion, acceptée au T.M.I. de Nuremberg en 1945/1946, était erronée. Aussi dans l’édition définitive, augmentée, revue et corrigée de ce livre essentiel (The Destruction of the European Jews, Holmes & Meier, New York, 1985 ; en français : La Destruction des Juifs d’Europe, Fayard, Paris, 1988) en vint-il à déclarer l’inverse. Son point de vue définitif est qu’il n’y eut aucun plan préétabli, vraisemblablement aucun ordre signé par Hitler, et que le processus se serait fait par « une sorte de structure latente » bureaucratique, chaque décision en amenant une autre, de manière imprévisible (Le Monde des livres, 20-X-2006, p 12).

Il convient de rappeler, encore une fois, qu’il ne s’agit pas de l’opinion d’un révisionniste, mais au contraire de celle d’un antirévisionniste, et même du plus grand antirévisionniste.

Quelle différence, nous dira-t-on ? La différence est essentielle : elle prouve que l’acceptation inconditionnelle des moindres aspects du jugement du T.M.I. de Nuremberg est contraire à la Science historique.

[NDLR (Gayssoteries) : Voyez, à propos du T.M.I, notre recension de protestations : https://gayssoteries.wordpress.com/nos-articles/tribunal-de-nuremberg-protestations/]

On aurait pu se passer de le démontrer : la Science est incompatible, par essence, avec l’acceptation inconditionnelle de quoi que ce soit.

Cela allait sans dire, mais, hélas, si forte est l’imprégnation médiatique qu’il fallait le dire, et même le montrer.

L’écart – et pas seulement pour la Seconde Guerre mondiale – est immense entre les progrès de la science historique et ce qu’entend le public, et il n’y a nul besoin d’une loi pour qu’existe ce gouffre, creusé par l’ignorance et le partisanisme des classes sociales – enseignants, journalistes, politiciens… – qui se tiennent entre la foule et le savoir.

À tous ces biais s’ajoute l’aberration logique d’une loi interdisant l’expression d’une thèse : même les thèses les plus absurdes doivent pouvoir être exprimées. Y être confronté est le seul moyen de mesurer la force des arguments que l’on utilise, de même qu’on ne connaît la valeur exacte d’une arme qu’en s’en servant. Ainsi, les révisionnistes « ont soulevé des questions qui ont eu pour effet d’engager des historiens dans de nouvelles recherches. Ils ont obligé à rassembler davantage d’informations, à réexaminer les documents et à aller plus loin dans la compréhension de ce qui s’est passé. »
– Raul Hilberg, Le Nouvel Observateur du 3 au 9VII -1982, p 7.

C’est au jugement de chacun qu’il faut faire confiance pour que triomphe la vérité historique, qui jamais n’a eu besoin, et jamais n’aura besoin des tribunaux pour s’imposer.

Il faut abolir l’absurde loi Fabius-Gayssot, dont l’existence nous dénie le droit de chercher des sources contradictoires pour nous informer, puisqu’elle interdit aux contradicteurs des antirévisionnistes de s’exprimer ; il faut abolir cette loi qui suppose l’infaillibilité du T.M.I. de Nuremberg, lequel, pourtant ne s’est pas montré plus infaillible que quiconque – voir ci-dessus.

Il faut abolir la monstrueuse loi Fabius-Gayssot, qui bâillonne des citoyens français, et les envoie en prison pour leurs opinions, quand des pédophiles multirécidivistes n’accomplissent parfois que des peines guère plus longues, pour avoir, eux, brisé des dizaines de vies.

Il faut abolir la loi Fabius-Gayssot comme on brise une chaîne, comme on se libère d’un esclavage.

« XYZ », 10 Février 2016

(NDLR : L’auteur a souhaité garder l’anonymat)

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(Illustration – intégrée dans l’article par Gayssoteries : Grandville et Langlumé, lithographie coloriée à la main, collection Les métamorphoses du jour, Pl.22, 1829)
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