LA REPETITION : ARME DE PERSUASION

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« On ne douta point parce que la chose était partout répétée et qu’à l’endroit du public, répéter c’est prouver.»*

Allègrement utilisée par les instances politiques mais aussi tous ceux qui travaillent à convaincre l’opinion dans un sens qui leur est nécessaire pour accomplir leur(s) dessein(s) ou conserver la position sociale qu’ils occupent, la répétition reste une technique efficace en participant d’un conditionnement qui parvient à créer un sentiment d’évidence. Ce qui nous semblait incroyable, mal et/ou non argumenté voire infondé finit par nous sembler crédible puis normal et enfin évident.

Gustave Le Bon parlait de la répétition en ces termes (Psychologie des foules, 1963) :  « On comprend bien l’influence de la répétition sur les foules, en voyant quel pouvoir elle exerce sur les esprits les plus éclairés. La chose répétée finit, en effet, par s’incruster dans ces régions profondes de l’inconscient où s’élaborent les motifs de nos actions. Au bout de quelques temps, oubliant l’auteur de l’assertion répétée, nous finissons par y croire. Ainsi s’explique la force étonnante de l’annonce. […] Lorsqu’une affirmation a été suffisamment répétée, avec unanimité dans la répétition, comme cela arrive dans certaines entreprises financières achetant tous les concours, il se forme ce qu’on appelle un courant d’opinion et le puissant mécanisme de la contagion intervient. »

S’il est doué de raison et de discernement, l’Homme reste fragile devant la répétition (qu’il utilise d’ailleurs à l’envie sans même y songer parce que l’expérience et son sens commun lui ont montré qu’elle était un outil efficace). La répétition n’est-elle pas, depuis notre plus tendre enfance, la façon la plus efficace qu’on a trouvée d’inscrire les connaissances dans notre mémoire ?

Tandis que les connaissances des sciences évoluent en mêmes temps que les enseignements qu’on en donne, n’est-il pas courant de constater que nous avons de la peine à remplacer nos connaissances sur un sujet lorsque nous sont proposées de nouvelles données ? N’est-il pas terriblement difficile de ne plus parler de Pluton comme d’une planète du système solaire si l’information ne nous est pas suffisamment répétée pour supplanter l’ancienne ? N’est-il pas terriblement difficile de ne pas penser à Christophe Colomb comme le découvreur de l’Amérique ? N’est-il pas terriblement difficile de ne pas penser Gutenberg comme le père de l’imprimerie ?

Lorsqu’une assertion est répétée, elle tend à sembler évidente.

Les remises en cause de certaines croyances coûtent peu : elles n’ont que peu de conséquences et engendrent peu de effets collatéraux. Il en est d’autres, en revanche, qui coûtent cher : leurs conséquences sont importantes et les effets collatéraux sont nombreux : elles ont le pouvoir de bousculer un ensemble d’autres croyances qui engagent dans le processus de révision un nombre important de convaincus : la tâche n’en est que plus ardue, les récalcitrants plus nombreux et les contradicteurs plus forts.

Le doute sur la réalité de la Shoah coûte cher. Le simple fait que sa « réalité » a été répétée et déclinée d’une façon tout-à-fait exceptionnelle depuis des décennies en fait un événement dont l’évidence est fortement ancrée dans un nombre formidable d’esprits. Sa remise en cause touche un grand nombre d’autres croyances et détient par là-même un pouvoir dévastateur puisque c’est une partie du « savoir » sur laquelle s’est construite la société au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Supprimer la Shoah des convictions revient à redistribuer les cartes hors, tout le monde n’est pas mécontent de son jeu. La répétition de cette « vérité » participe d’une mémoire militante qui, en plus d’être dangereuse, confine à l’obsession; hors, si la répétition est efficace, point trop n’en faut. La loi Gayssot est une arme de cette mémoire militante qui perd le contrôle d’elle-même : dérive propre à toute forme de fanatisme.

Il est toujours très difficile pour un esprit soumis à la répétition d’un message de s’en détacher suffisamment pour lui opposer le filtre des interrogations qui auraient pu/dû surgir dans les premiers temps de sa réception. Faire le chemin à l’envers demande un effort important qui n’est pas à la portée de tous. C’est pourtant souvent un exercice nécessaire qui peut s’avérer salutaire pour qui veut avoir de bonnes raisons de croire une assertion indépendamment de son pouvoir de persuasion.

Les révisionnistes s’inscrivent dans cette démarche de retour à l’origine de l’information qui leur a été délivrée. Loin de craindre les dissonances cognitives et disposés à faire table rase de leurs connaissances acquises, ils ont osé affronter la répétition, osé affronter le vide qu’il a fallu créer sur une doxa.

Le révisionnisme fait partie de ces exercices difficiles de l’esprit qui consistent à revenir à la source de l’information dans une démarche d’investigation propice aux découvertes d’éléments de savoir potentiellement surprenants voire révolutionnaires. Et l’information répétée (ressassée) qu’ils remettent en cause n’est pas des moindres (La Shoah)! Ce faisant, ils rompent le phénomène de répétition à l’échelle individuelle pour entamer un travail de reconstruction de l’information qu’ils confronteront à celle qu’on leur a délivrée : au risque de perdre le crédit qu’ils donnaient à l’une plutôt qu’à l’autre voire aux deux (c’est alors qu’ils formuleront une troisième et nouvelle information qu’ils auront élaborée).

Contrairement à ces méthodes de persuasion dans laquelle s’inscrit la répétition et qui reste accessible à tout individu qui s’en donne les moyens, il est des méthodes radicales qui consistent à refuser de donner la réplique à l’adversaire en condamnant l’expression de l’information contraire. Ces méthodes de « déserteurs » sont : la censure de l’information et la pénalisation de leurs auteurs.

La Loi (dite) Gayssot en est un exemple illustre et proprement malhonnête puisqu’elle se justifie en se cachant derrière une dynamique de bienveillance (protéger du racisme une certaine frange de la population) alors même qu’elle est sans aucun rapport avec le fond de la question qu’elle élude. Ce faisant, la Loi Gayssot exacerbe le pouvoir de fascination du révisionnisme sur les foules du seul fait qu’en avortant la discussion au moyen de la censure, elle dessine plus que jamais les contours de sa propre incapacité à démontrer la supériorité de ses assertions.

Ce n’est pas une « vérité » démontrée qu’elle protège mais un incapacité à continuer de la défendre avec les seuls outils qui lui ont servi pour la répandre. Toute censure est un aveu d’échec. Non pas qu’elle prouve que les censurés ont raison mais plutôt qu’elle ne fait plus l’effort de leur donner tort et, par là-même, se retirant du combat à mains nues pour bombarder, se trouve nécessairement déshonorée, discréditée et enfin conspuée.

Il ne reste plus, pour ceux qui ont le souci d’avoir de véritables raisons de croire, qu’à « oser le doute ». Le simple fait de s’autoriser le doute est une garantie de la libre expression des idées, de leur libre circulation mais aussi de la création de nouvelles perspectives dans le travail intellectuel qu’on peut exiger de toute société qui a la volonté de progresser. Si nous avons besoin de certitudes pour avancer, nous avons tout autant besoin de les mettre en difficulté : tantôt pour les confirmer tantôt pour les infirmer.

Anatole France a fort joliment parlé du doute en des termes que nous n’aurions pas mieux choisis :

« On ne douta point parce que la chose était partout répétée et qu’à l’endroit du public répéter c’est prouver. […] parce que la faculté de douter est rare parmi les hommes ; un très petit nombre d’esprits en portent en eux les germes, qui ne se développent pas sans culture. Elle est singulière, exquise, philosophique, immorale, transcendante, monstrueuse, pleine de malignité, dommageable aux personnes et aux biens, contraire à la police des États et à la prospérité des empires, funeste à l’humanité, destructive des dieux, en horreur au ciel et à la terre. »*

*(L’île des pingouins, Anatole France, 1908).
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Une réflexion sur “LA REPETITION : ARME DE PERSUASION

  1. LA MÉMOIRE…
    Le point de vue d’un connaisseur, en moins d’une minute :

    Si l’on en croit Napoléon, « la répétition est le plus utile des procédés de style. »

    La répétition… passe encore !

    Mais le rabâchage!

    Vient le moment où l’obsession du sujet se fait irritante (et je suis poli, comme le disait un général de Napoléon, un certain Cambronne).

    Quand le doute n’est pas autorisé, c’est qu’il est indispensable.

    J’approuve votre article, et en apprécie particulièrement la partie qui évoque l’utilisation de l’argument antiraciste pour faire taire les voix discordantes.

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