L’Histoire – Cours d’Introduction

Sans titre

L’Histoire est une discipline qui procède de méthodes de recherches exigeant discipline, patience, plasticité et intégrité intellectuelle. Aussi, ce que nous savons de l’Histoire, nous en sommes parfois certains, d’autres fois beaucoup moins.

Parmi les choses que je vais vous conter cette année s’y trouveront nécessairement des exactitudes mais aussi, hélas, des approximations et, bien sûr, des erreurs !

Mais, me direz-vous: « Pourquoi donc nous enseigner des approximations et des erreurs ? »

Et je vous répondrai : parce que j’ignore moi-même, à ce jour, où se trouvent les erreurs ! Aussi, elles sont pourtant bien quelque part, mais où donc? Quand donc ? Comment donc ?

Ce dont nous sommes convaincus est-il inexact ? Ce dont nous ne sommes pas certains est-il en réalité exact ? A partir de quel moment tomberai-je dans la légende ? Je ne le sais pas moi-même mais, soyez-en sûrs, j’y tomberai et vous y entraînerai, de gré ou de force. Pourtant, croyez-moi bien, je n’en saurai rien!

Pour ces erreurs inévitables, je vous présente mes excuses et je vous laisse le soin de les corriger un jour si nécessaire car c’est là votre devoir pour les générations à venir.

Pendant l’année que nous allons passer ensemble je vous donnerai l’Histoire telle qu’elle a été acceptée par la majorité. Je vous la donnerai telle qu’elle m’a été enseignée et, parmi les récits qu’on m’a rapportés il en est certains que je vous transmettrai dans une version toute différente de celle qu’on m’a contée.

Car l’Histoire est mouvante, l’Histoire est vivante, elle se tortille inlassablement, si bien que, la croyant parfois figée elle nous échappe sans crier gare et nous livre de nouveaux secrets.

L’histoire, je vous la donne sans me l’approprier, sans la banaliser, sans la sacraliser mais surtout sans la prêcher. Je vous la donne aujourd’hui d’une certaine façon mais, demain, je vous la donnerai peut-être d’une autre façon et, à votre tour, vous la donnerez peut-être encore d’une toute autre façon.

Il vous faudra écouter l’Histoire et la mémoriser. Chaque événement historique sera rangé dans une case de votre mémoire mais chacune de ces cases devra impérativement comporter une « trappe ». Chaque trappe sera garante de votre capacité à laisser s’infiltrer des éléments nouveaux mais aussi, bien sûr, à laisser s’échapper les éléments parasites.

Ces trappes, vous ne devez JAMAIS les cadenasser !

Si vous n’êtes pas capables de laisser l’Histoire se tortiller de façon inopportune et parfois disgracieuse, si vous n’êtes pas capables de laisser circuler, par cette trappe, ce qui doit en sortir comme ce qui doit y entrer, alors vous ne serez jamais dignes d’écrire l’Histoire ni même de la transmettre à quiconque.

Si je suis devenu professeur d’Histoire, c’est que j’ai fait le pari de vivre avec l’idée pénible que je ne débusquerai peut-être jamais moi-même l’instant où je bascule dans la mythologie.

Gayssoteries

NDLR : Ce texte, parce que nous aurions aimé entendre ces mots sur les bancs de l’école.

(Illustration de Batten pour le conte anglais « le maître et son élève » de Joseph Jacobs – 1881)

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