ARGUMENTS FALLACIEUX : LES ENNEMIS DE LA RAISON

                                     (Quino)

NDLR (Gayssoteries) : Notre époque est celle des anathèmes, des sophismes, des paralogismes : des arguments fallacieux et/ou biaisés.

Les conséquences sont dramatiques et induisent une totale difformité de notre schéma de pensée.

Voici quelques méthodes d’argumentation couramment utilisées et qui tendent, chacune à leur façon, à éviter tout débat sur le fond. Si vous apprenez à les identifier, vous saurez d’autant mieux les contrer mais aussi vous en prémunir.

« L’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme. La mort de Socrate pèse encore sur le genre humain ».(Flaubert, Correspondance)


L’argument d’ignorance (argumentum ad ignorantiam) : est un faux raisonnement qui consiste à dire qu’une proposition est vraie parce qu’elle n’a pas été démontrée fausse (ou vice versa).

Le renversement du fardeau de la preuve : Normalement, la charge de la preuve repose sur celui qui procède à une affirmation. En ce sens, la question de la charge de la preuve est abordée par Christopher Hitchen qui affirme que « ce qui est affirmé sans preuve, peut être réfuté sans preuve ».

 

SOPHISTES :

Un sophiste (du grec ancien sophistès : « spécialiste du savoir », formé à partir de sophia : « savoir, sagesse ») désigne à l’origine un orateur et un professeur d’éloquence de la Grèce antique, dont la culture et la maîtrise du discours en font un personnage prestigieux dès le Vème siècle av.J-C. (en particulier dans le contexte de la démocratie athénienne), et contre lequel la philosophie va en partie se développer.

La sophistique désigne par ailleurs à la fois le mouvement de pensée issu des sophistes de l’époque de Socrate, mais aussi le développement de la réflexion et de l’enseignement réthorique, en principe à partir du IVème sicèle av. J-C. ., en pratique à partir du IIème siècel ap. J-C  dans l’Empire Romain.

Leurs détracteurs (dont le plus célèbre fut Platon) estiment que, n’ayant en vue que la persuasion d’un auditoire, que ce soit dans les assemblées politiques ou lors des procès en justice, les sophistes développent des raisonnements dont le but est uniquement l’efficacité persuasive, et non la vérité, et qui à ce titre contiennent souvent des vices logiques, bien qu’ils paraissent à première vue cohérents : des « sophismes ». Les sophistes ne s’embarrassaient pas de considérations quant à l’éthique à la justice ou à la vérité.

Cependant, depuis 2 siècles environ et parallèlement à l’effondrement progressif des principes moraux et éthiques aquis depuis l’antiquité, on commence à voir en eux non plus des rhéteurs vaniteux ou des jongleurs d’idées sans principes, mais des penseurs sérieux, parfois tragiques militants d’un humanisme qu’on rapprocherait à bon droit de l’époque des Lumières, à moins qu’ils ne soient les précurseurs de notre « postmodernité».

 

SOPHISMES :

Les sophismes de simple inspection, ou sophismes a priori : [] Il s’agit « des cas où il n’y a pas de conclusion tirée, la proposition étant acceptée, non comme prouvée, mais comme n’ayant pas besoin de preuve, comme vérité évidente en soi, ou du moins comme d’une si grande vraisemblance intrinsèque, que la preuve externe, bien qu’insuffisante par elle-même, suffit comme adjuvant de la présomption antérieure ».

Les sophismes d’observation : Ce sont les sophismes qui consistent en un mode vicieux de procéder dans l’opération de la preuve. Et comme une preuve, dans toute son étendue, embrasse un ou plusieurs ou la totalité de trois procédés, l’observation, la généralisation, et la déduction, il faut examiner les erreurs qui peuvent être commises dans ces trois opérations. Un sophisme par observation peut consister en une erreur de « non-observation » (négligence des faits particuliers qu’il fallait remarquer), ou « mal-observation » (« lorsque le fait ou le phénomène, au lieu d’être reconnu pour ce qu’il est en réalité, est pris pour quelque chose autre »).

Exemple (ça ressemble à un meurtre de masse donc c’est un meurtre de masse) : « Il ne faut pas se demander comment, techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible puisqu’il a eu lieu. Tel est le point de départ obligé de toute enquête historique sur ce sujet. Cette vérité, il nous appartient de la rappeler simplement : il n’y a pas, il ne peut y avoir de débat sur l’existence des chambres à gaz.» (Le Monde, 21 février 1979, p.23)

Les sophismes de généralisation : Cette classe est considérée, par Mill, comme la plus étendue de toutes, en embrassant un plus grand nombre et une plus grande variété « d’inférences vicieuses ». [] Pour qu’une erreur de généralisation soit sophistique, précise Mill, « il faut qu’elle soit la conséquence d’un principe ; elle doit provenir de quelque fausse conception générale du procédé inductif ; le mode légitime de tirer des conclusions de l’observation et des expériences doit être fondamentalement mal compris ».

Les sophismes par confusion : Cette dernière classification des sophismes de Mill regroupe « tous ceux qui ont leur source, non pas tant dans une fausse appréciation de la valeur d’une preuve, que dans la conception vague, indéterminée et flottante de ce qu’est la preuve »[]. « En tête de ces sophismes s’offrent ces multitudes de raisonnements vicieux résultant de l’ambiguïté des termes comme lorsqu’une chose est vraie dans le sens particulier d’un mot on argumente comme si elle était vraie dans un autre sens ». []

 

Paralogisme : Un paralogisme est un raisonnement faux qui apparaît comme rigoureux et où le locuteur est de bonne foi, contrairement au sophisme pour lequel il y a une volonté de tromper. Le paralogisme est un antonyme de syllogisme.

L’homme de paille : En rhétorique, un homme de paille est une technique consistant à présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée avant de la réfuter.

Le faux dilemme : appelé aussi exclusion du tiers, fausse dichotomie ou énumération incomplète, est un raisonnement fallacieux qui consiste à présenter deux solutions à un problème donné comme si elles étaient les deux seules possibles, alors qu’en réalité il en existe d’autres.

Exemple :

Soit le créationnisme est vrai, soit le darwinisme est vrai. » « Comme le darwinisme n’est pas vrai, alors forcément, le créationnisme est vrai. »

Cet argument est fallacieux parce que la prémisse ne reconnaît pas qu’il puisse y avoir d’autres points de vue que le créationnisme et le darwinisme. S’il est prouvé qu’il n’y a pas d’autres possibilités, alors le raisonnement devient valide. Sinon, il est possible de contrer l’argument en présentant un troisième choix : « Et qu’en est-il de Lamarck? »

Le pied dans la porte : (traduction littérale de l’anglais « foot-in-the-door » mais traduit également en « doigt dans l’engrenage » ou encore phénomène du premier pas) est une technique de manipulation décrite par les psychologues sociaux. Elle consiste à faire une demande peu coûteuse qui sera vraisemblablement acceptée, suivie d’une demande plus coûteuse. Cette seconde demande aura plus de chance d’être acceptée si elle a été précédée de l’acceptation de la première, qui crée une sorte de palier et un phénomène d’engagement.

 

L’appel à la pitié (L’argumentum ad misericordiam) : est un sophisme consistant à obtenir l’appui de son argument en exploitant un sentiment de pitié ou de culpabilité chez son adversaire. L’appel à la pitié est une forme d’appel à l’émotion.

Exemple (accuser l’absence de compassion) :«[le négationnisme] Il est inspiré par la volonté, sous prétexte de recherches scientifiques et d’histoire, de nier à tout prix l’extermination nazie, et ce à une double fin. La première consiste à étouffer une compassion, jugée imméritée, à l’égard des victimes juives de la deuxième guerre mondiale » (Christian charrière-Bournazel, Paris, le 3 juillet 2002)

Argumentum ad odium: est une forme d’argument ou de réfutation sophistique consistant à rendre odieuse la thèse adverse en la reformulant et en la connotant de façon péjorative, sans justification apportée sur le fond. Le plus souvent, c’est par association d’idées ou d’images, plutôt que par un raisonnement, que le rapprochement est fait entre une formulation neutre et une formulation péjorative de la thèse.

Exemple (Procès d’intention : invérifiable, impossible à prouver mais grand pouvoir de sidération mentale sur les foules) : « La loi sanctionne le négationnisme en tant qu’il est non pas une insulte aux victimes mais une incitation à la haine raciale. Selon les propres termes du ministre de la Justice (Pierre Arpaillange) qui présentait le texte de la loi aux sénateurs, «la négation de l’Holocauste (…) n’est, aujourd’hui, qu’une expression du racisme et le principal vecteur de l’antisémitisme». Ce qui est en cause n’est donc pas la mémoire, aussi respectable soit-elle, mais les usages actuels du déni de la mémoire ». (Meir WAINTRATER 16 décembre 2005)

Procès d’Intention : En philosophie, le procès d’intention est un sophisme consistant à invoquer le discrédit sur une personne en lui prêtant des intentions inavouables et condamnables. Le caractère invalide de cette construction existe si ces intentions ne sont pas prouvées, ou même qu’elles sont invérifiables. Elles constituent donc en ce cas une prémisse insuffisante.

La corrélation trompeuse (ou corrélation illusoire) : biais cognitif qui consiste à percevoir une corrélation entre deux évènements, corrélation qui n’existe pas ou qui est bien plus faible en réalité.

Exemple (imposer un lien de cause à effet entre deux notions dont l’une est condamnée afin de rendre l’autre condamnable) : « L’antisionnisme, c’est la porte ouverte à l’antisémitisme ».  (Manuel Valls, 19/03/2015, discours devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) –  source : https://www.youtube.com/watch?v=57RlD9MjqH0)

Truisme  : Un truisme est une évidence, une banalité qu’il est ridicule d’énoncer.

L’appel à la terreur (argumentum in terrorem) : est un raisonnement fallacieux dans lequel une personne tente de créer l’approbation d’une proposition en utilisant des menaces ou des peurs existantes. Une peur n’est en rien une preuve, c’est là que se situe la tromperie. Cette peur est exploitée pour créer un support « creux » à la proposition de l’interlocuteur, sans qu’il ait eu à exprimer clairement les liens de cause à effet. Ce qui permet d’en cacher les faiblesses, voire parfois même l’absence véritable. La peur contribue par ailleurs à créer un sentiment d’urgence, poussant l’effrayé à suivre la direction indiquée, tout en bloquant inconsciemment son esprit critique et sa réflexion sur les liens de cause à effet qui ont amené à cette conclusion (quand il y a urgence, on réfléchit moins, on agit).

Exemple (La peur qu’un fait se reproduise) :« La négation de la Shoah est condamnable dans l’exacte mesure où elle est le véhicule d’une idéologie visant à reproduire les conditions qui rendirent possible le génocide des Juifs. » (Meir WAINTRATER 16 décembre 2005)

L’argument par la conséquence(argumentum ad consequentiam) : Il consiste à déduire une conclusion (en général une croyance) à partir d’une conséquence, positive ou négative, de la croyance à prouver. Cette erreur vient du fait que l’on refuse d’admettre les conséquences désagréables d’une proposition, même si elle est vraie. Ou à l’inverse qu’on est tenté d’accepter les conséquences agréables d’une proposition fausse. Mais les conséquences agréables ou désagréables ne constituent pas une preuve.

Exemple (crainte des conséquences négatives) : « En d’autres termes, les victimes d’hier ont droit à la considération du législateur si elles-mêmes ou leurs descendants risquent de nouvelles atteintes, semblables ou non à celles qu’elles ont subies » (Meir WAINTRATER 16 décembre 2005)

Reductio ad hitlerum : Sophisme par association, trouver le moyen de comparer les propos d’une personne à ce qui représente le mal absolu suivant les critères de la société (Les nazis pour l’Europe occidentale de la fin du XXe siècle) pour pouvoir le placer dans une position où ils sera obligé de réagir et aura beaucoup de mal à se défendre.

L’attaque personnelle : (Argumentum ad hominem: est formulé contre la personne qui soutient une thèse, et non pas contre la thèse elle-même, il comprend argumentum ad personam, ad hominem circumstantiæ et ad hominem tu quoque.

Argumentum ad personam : Dans une argumentation, l’argumentum ad personam désigne une attaque personnelle portée par l’une des parties à la partie adverse sans rapport avec le fond du débat.

Exemple : « En réhabilitant cet Israël que votre Assemblée a porté sur les fonts baptismaux il y a presque 70 ans, en usant de votre autorité pour faire taire, une bonne fois, les crétins négationnistes […]  » (Bernard Henri Levy, ONU, janvier 2015). 

Dans son opuscule l’art d’avoir toujours raison le philosophe allemand Arthur Schopenhauer recense cette technique sous le titre d’Ultime stratagème (à la fois dernier recensé et dernier recours) :[] « Si l’on s’aperçoit que l’adversaire est supérieur et que l’on ne va pas gagner, il faut tenir des propos désobligeants, blessants et grossiers. Être désobligeant, cela consiste à quitter l’objet de la querelle (puisqu’on a perdu la partie) pour passer à l’adversaire, et à l’attaquer d’une manière ou d’une autre dans ce qu’il est : on pourrait appeler cela argumentum ad personam pour faire la différence avec l’argumentum ad nominem. Ce dernier s’écarte de l’objet purement objectif pour s’attacher à ce que l’adversaire en a dit ou concédé. Mais quand on passe aux attaques personnelles, on délaisse complètement l’objet et on dirige ses attaques sur la personne de l’adversaire. On devient donc vexant, méchant, blessant, grossier. C’est un appel des facultés de l’esprit à celles du corps ou à l’animalité. Cette règle est très appréciée car chacun est capable de l’appliquer, et elle est donc souvent utilisée. La question se pose maintenant de savoir quelle parade peut être utilisée par l’adversaire. Car s’il procède de la même façon, on débouche sur une bagarre, un duel ou un procès en diffamation. »

 

Les arguments ad hominem circumstantiæ : sont ceux consistant à mettre en avant des faits relatifs au passé ou aux convictions d’une personne pour discréditer son point de vue. Il consiste souvent à affirmer que la personnalité du locuteur biaise l’argument.

Exemple (Décrire l’auteur d’une thèse  via son prétendu entourage afin d’éveiller la méfiance et le discréditer sans passer par aucun débat de fond – à rapporcher de la technique de terrorisme intellectuel appelée « assimilation ») : « Robert Faurisson, né le 25 janvier 1929, est un militant négationniste français réputé antisémite et proche de l’extrême droite ainsi que des mouvances néonazies(Biographie de robert Faurisson – Wikipédia)

NDLR (Gayssoteries) : Notez qu’il n’est pas question, dès les premières lignes, de Monsieur Faurisson lui-même mais de sa « réputation » et de son entourage. Le décors idéologique est ainsi posé et propice à orienter l’opinion du lecteur à priori.

Biais de statu quo : la nouveauté est vue comme apportant plus de risques que d’avantages possibles et amène une résistance au changement.

Exemple (risque d’effets indésirables) : « Il faut souligner avant tout que la loi Gayssot punit l’opinion négationniste ou même toute expression de cette opinion. Cette expression ne constitue un délit que si elle est faite par l’un des moyens énumérés dans la loi, c’est-à-dire dans l’espace public. En d’autres termes, c’est seulement la diffusion de cette opinion qui est punie, parce que, plus qu’une opinion, elle est alors un acte susceptible de produire des effets indésirables. » (Michel Troper, « La loi Gayssot et la Constitution », Annales, Histoire, Sciences Sociales, 54(6), novembre-décembre 1999, p. 1253) »

Biais de confirmation d’hypothèse : préférer les éléments qui confirment plutôt que ceux qui infirment une hypothèse

CONFORMISME :

Les trois conformismes de Kelman :

Le conformisme par complaisance : Celui-ci apparaît dans les relations de pouvoir où il est préférable pour l’individu de se conformer, afin de préserver l’approbation du groupe. Dans ce cas de figure, les croyances du sujet ne sont pas atteintes.[] Il s’agit d’une influence superficielle. Le sujet se conforme afin d’obtenir l’approbation du groupe. Il souhaite ainsi éviter de se faire remarquer en donnant une réponse qui va à l’encontre de l’avis général. Ce type de conformisme prend souvent forme dans des situations de pouvoir.[]

Le conformisme par identification : Dans le cas présent, le conformisme découle du désir de l’individu à vouloir entretenir des relations positives avec le groupe. L’individu veut se faire accepter. Le changement est plus durable et s’exprime même en dehors du groupe.[]

Le conformisme par intériorisation : Lorsque la source est hautement crédibilisée, le sujet intériorise le message dans son système de valeur, La source d’influence est considérée comme experte. Il s’agit ici d’une totale conversion, car la norme est intériorisée.

L’influence informationnelle : Les sujets se sont conformés, car ils pensaient que les autres avaient raison. L’individu en vient donc à douter de sa réponse, car l’unanimité est, pour lui, signe de véracité. Dans ce cas, le conflit généré est d’ordre cognitif.

           (Source : Wikipedia)

 

 

 

 

 

 

 

 

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